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Full text of "Le grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, vol. 3"

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BIBLIOTHEQUE 
NUMÉRIQUE 



Moreri, Louis (1643-1680). Le grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane . Tome troisième, C-Com. 1995. 



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LE GRAND 

DICTIONNAIRE 

HISTORIQUE 
DU MORÉRI 



TOME TROISIEME 

C-COM 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 



Réimpression de l 'édition de Paris, 1 759. 

ISBN 2-05-101303-9 



LE GRAND 



DICTIONNAIRE 

HISTORIQUE 

OU LE MÉLANGE CURIEUX 

DE L'HISTOIRE 

SACRÉE ET PROFANE 



Par M r Louis MORÉRI, Prêtre, 
Docteur en théologie 

Nouvelle édition de 1759 



TOME TROISIÈME 




COM 




Slatkine Reprints 

GENÈVE 
1995 



LE GRAND 





HISTORIQUE, 

o u 

LE ME LANCE CURIEUX 

DE L'HISTOIRE 

SACRÉE ET PROFANE, 

Q_UI CONTIENT EN ABREGE 

L'HISTOIRE FABULEUSE 

Des Dieux Se àts Héros de l'Antiquité Païenne? 

LES frlES ET LES ACTIONS REMARQUABLES 

Des Patriarches ; des Empereurs ; des Rois ; des Princes îlluftxcs ; des Grands Capitaines ; des Papes ; des faints 
Martyrs & Confefïeurs; des Pcres de l'Eglife; des Evêques; des Cardinaux & autres Prélats célèbres; 

des Héréfiarqiies & des Schifmatiques : 

LHijloirc des Religions <ÙT Selles des Chrétiens y des Juifs & des Païens : 

Des Conciles généraux & particuliers : 

Des Auteurs anciens & modernes ; des Philofophes ; des Inventeurs des Arts , & de ceux qui fe font rendus recommandabldS 
en toute foire de Profeffions , par leur Science, par leurs Ouvrages , & par quelque aâicn éclatante : 

L'ÉTABLISSEMENT ET LE PROGRES 

Des Ordres Religieux Se Militaires.; & l a Vî e de leurs Fondateurs: 

LES GÉNÉALOGIES 

Des Familles iliuftres de France , & des autres Pays de l'Europe : 

LA DESCRIPTION 

Des Empires , Royaumes , Républiques , Provinces , Villes, Mes , Montagnes -, Fleuves & autres lieux confia 
dérables de l'ancienne & de la nouvelle Géographie , où l'on remarque la fituation , l'étendue & la qualité du 
Pays ; la Religion , le Gouvernement , les Mcexirs & les Coutumes des Peuples : 

Par M re L O U I S M O R É R I, Prêtre, Do&eur en Théologie, 

NOUVELLE É DIT! O N, dans laquelle on a refondu les Supplémens de M. CAbbè GQVJËt$ 

Le tout revu , corrigé & augmenté par M. D R o u e t. 

T OMET ROI S lÉ ME- 



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V**fcH 







A JP A R I S $ 

CHEZ LES LIBRAIRES ASSOCIES. 



M. D. CC. LIX. 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DIT R O h 




LE G R A N 






ISTORIQUE, 

o u 

LE MÉLANGE CURIEUX 

DE LHISTOIRE 

SACRÉE ET PROF 





C 




Cette lettre , qui a la troifïéme 
place dans l'alphabet des Latins , 
& dans celui des langues vivan- 
tes de l'Europe , femble tirer fon 
origine du Caph des Hébreux. Se- 
lon le fentiment de Scaliger , le C 
eft la moitié du K des Grecs ; car 
fi l'on retranche la colonne de 
cette lettre , les deux pointes qui 
relient , forment le C , en les arondiffant pour en ren- 
dre la figure plus aifée. Elle a différentes prononciations : 
elle fe prononce d'ordinaire comme un K devant les 
voyelles A, O , U , à moins qu'il n'y ait une cédille : 
ce qui fait une lettre que les imprimeurs nomment un C 
à queue , qui défîgne qu'il faut le prononcer comme une S ; 
mais devant les voyelles E & I , elle fe prononce tou- 
jours comme une S. Dans ce cas , les Italiens la pronon- 
cent par Ch , & les anciens Romains la prononçaient ap- 
paremment de la même manière , puifqu'on voit dans 
les anciennes infcriptions Chdonïus , pour Ceionius. Le 
P. Mabillon remarque que Charlemagne écrivoit fon 
nom par un C , ( Carolus) au lieu que les rois de la fé- 
conde race nommés Charles l'écrivoient par un K-, (Ka- 
rolus.) Chez les Latins , le G prenoit quelquefois la pla- 
ce du C , mais fur tout quand il précédoitune N , comme 
Gneius pour Crzelus. Ils écrivoient indifféremment Vi- 
ctfimus & Vigejîmus , & le C fe changeoit en G dans 
les mots compofés de Centum, On a trouvé un f\ grand 
rapport entre le C Se le Q , que plufieurs grammai- 
riens ont voulu rejetter le Q comme une lettre fuper- 
flue , prétendant que le C ex: i'U peuvent fuffire, La. 



différence de ces lettres ëir. pourtant fi néceffaire , que 
nous voyons que les anciens poètes emploient le C où 
nous mettons un Q , lorfqu'ils veulent divifer le mot. 
Ainfi Lucrèce a dit cuïret , trifTyllabe , pour quiret ; &C 
Plaute acua & relicuus pour aqua &: rdiquus. Aufonc 
parle ainfi de ces deux lettres : 

Pmvaluu poflquàm Garniriez vice funcia priùs C 
Atque aliam pro fe titulo npLlcata dedi't Q . . . 

La lettre C étoit nommée la lettre fatale , pareeque , 
chez les Romains , c'était dans les caufes capitales une 
marque de condamnation , de même que l'A en étoit 
une d'abfolution & de pardon. Comme le C exprimoit 
fouvent chez les Latins le nom propre Calus , auffi le C 
renverfé fîgnifioit Cala , nom de femme. Au refte la let- 
tre C exprimoit le nombre de cent , & avec une barre 
pardeffus C , cent mille ; comme encore aujourd'hui * 
dans le chiffre romain. Suidas remarque que le K ro- 
main fe mettait d'ordinaire fur les ibuliers des féna- 
teurs j comme une manière de C ou de lune. 

Appojitam nigrat lunam fubtexit alutee. Juvenal.' 
Saur. y. 

Le C lignifie auflî Confule , & deux CC Confulibus. 
* Plaute , Cifieil. Acl. 2,fc i. Aufon. de /hier, Pierius, 
liv. 7 , hierogl, c. 23. Voffius , degrammade. 

CAA 

CA , première partie d'un Tchag ou cycle de dix 
années , que les Cataïens font rouler avec un autre 
cycle de douze , pour compofer une période de foixante 
ans, qui fert à marquer les caractères de leurs années , &ç 

Tçmi III, A 



2 C A A 

de leurs époques. * D'Herbelot , bibliothèque orientale. 
CAAB ou CAB-BEN-ZOHAIR , poète diftingué 
parmi les Arabes , étoit'aufïi un des rabbins , parmi ceux 
qui avoient embraffé le judaïfme. Mahomet le haïflbit , 
ck il fit la guerre aux tribus arabes qui profeffoient le 
judaïfme , clans le deffein de fe faifir de lui , ck de le faire 
mourir , pour fe venger d'un poème fatyrique contre fa 
fefte ck Ces impoftures particulières. Caab échapa pen- 
dant quelque temps à fa fureur ; mais lorfque Mahomet 
fut devenu maître de l'Arabie, Caab craignant de tom- 
ber entre fes mains , il fe réconcilia avec lui , en fe fai- 
fant mahométan , ck dans tous les endroits de fon poè- 
me , où il avoit mis le nom de cet impofteur , il mit celui 
d'Abubeker. Comme ces baffefles ne gagnoient pas en- 
core le cœur de Mahomet , Caab le prit par l'endroit le 
plus foible, en faifant un poëme à l'honneur d'une de fes 
maîtreffes , qu'il aimoit éperdument. Ce moyen criminel 
lui réuffit auprès d'un homme , que mille- défordres 
avoient fait monter au degré où il étoit parvenu. Maho- 
met lui donna fon amitié , ck le confident depuis ce 
temps-là comme un de Ces plus chers favoris. Il lui don- 
na même le manteau qu'il portoit , ck que Moavias 
acheta dans la fuite , quand il parvint à l'empire. Depuis 
ce temps-là , lui ck tous fes fucceffeurs de la maifon d'Om- 
miah, le portèrent dans les occafîons diftinguées. On dit 
que Caab a eu grande part à l'alcoran , ouvrage fi fé- 
cond en impiétés ck en rêveries. Selon d'Herbelot,il mou- 
rut la première année de l'hégire , de J. C. 622. * Pri- 
deaux,vie de Mahomet, p. 99. D'Herbelot , £i£. orient. 
CAABAH ou KIBLAH , nom que l'on donne au 
temple de la Mecque , ou pour parler plus exactement , 
à la tour quarrée qui eft au milieu de l'amphithéâtre de 
la mofquée. D'Herbelot dit que Caabah eft un mot 
arabe qui fignifie un dais , ou une maifon quarrée. Ri- 
caut , de l'empire Ottoman , donne une autre fignifica- 
tion à ce mot. Il dit que Kiblah , qui eft le même que 
Caabah ; eft un mot arabe qui veut dire , un lieu vers 
lequel on a le vifage tourné , ck fe donne par les Turcs 
à ce lieu de la mofquée de la Mecque , pareequ'ils doi- 
vent regarder de ce côté-là en priant. C'eft pour cela , 
ajoute Ricaut , que dans toutes les mofquées de la Tur- 
quie , il y a une niche à la muraille , du côté qui regarde 
la Mecque , ck que cette niche eft auflî nommée Kiblah. 
CAANTHUS , félon la fable , étoit fils de l'Océan , 
& frère de Mélice. Celle-ci ayant été enlevée par Apol- 
lon , Caanthus , que fon père envoya pour chercher fa 
fœur , alla trouver ce dieu prétendu , lui redemanda celle 
qu'il tenoit injuftement en fa puiffance , ck n'ayant pu 
l'obtenir , il mit le feu , de dépit , au bois ifménien. Mais 
Apollon , en fureur , lui décocha une flèche , dont il le 
tua. Paùfanias , livre 9 de fa defeription de la Grèce , 
dit que Fou yoyoit fon tombeau près du temple d'Apol- 
lon Iiinénien , dans la Béotie. Apollon eut deux enfans 
de Mélice , félon la même fable , Tencrus &C Ifménus : il 
donna au premier l'art de prédire l'avenir , ck pour faire 
honneur à l'autre, il voulut qu'un fleuve portât fon nom : 
c'eft le fleuve que l'on nommoit auparavant Ladan. 

CAATH , fils de Lévi , père d'Amram , & aïeul de 
Moïfe , naquit , félon S. Épiphane ck la plupart des 
chronologiftes , en la 34 année de fon père Lévi , c'eft-à- 
dire,randumonde23i2, ck avant J. C. 1723. Il mou- 
rut à l'âge de 1 3 3 ans,en l'année du monde 2445 ,& avant 
J. C. 1 590.* Éxod. c. 6 , v. 18. S. Epiphan. in ancho- 
rat. Eufeb. de pmparat. évang. I. 9. Ufler. in annal. 

CAB , mefure hébraïque contenant un peu plus de 
90 pouces cubiques d'eau. * Cumberland , des mefures 
& des poids des Heb. en anglois. 

CAB-BEN-ZOHAIR , poëte arabe , cherche^ CAAB. 
CABA , cherchei CAVA. 

CABADE ou CAVADE (Cabades) roi de Perfe, 
fils de Perofës , fuccéda l'an de J. C. 486 , à Obalas fon 
oncle. Eii 497 il fut chaffé du trône , pareequ'il vouloit 
que les femmes raflent communes , pour autorifer le pen- 
chant qu'il avoit à la débauche. Blafe fon frère fut élu 
en là place ; mais quatre ans après , Cabade s'étant fau- 



CAB 

vé de prîfon , fous les habits de fa femme , fit crever les 
yeux à fon frère , ck remonta fur le trône. Il perfécuta 
long-temps les chrétiens , jufqu'à ce qu'un évêque eut 
chaffé les démons d'un château , où ce prince trouva de 
grands tréfors. En reconnoiffance de ce fervice , il laifla 
vivre les fidèles en paix. Les* Manichéens conspirèrent 
contre lui , ck entreprirent de lui ôter la couronne pour 
la donner à fon fils , qui leur promettoit de les favorifer. 
Ce projet l'irrita fi fort, qu'il en fit punir un grand nom- 
bre , en chafla plufieurs hors du royaume , ck déclara 
ceux qui y reftoient, incap'ables d'exercer aucune charge. 
Il fit la guerre à l'empereur Anaftafe, fk en 502 il com- 
mença le fiége d'Amida , ville de Méfopotamie , qui dura 
cinq mois. Il la prit par la trahifon des moines,aufquels il 
fit couper la tête pour les payer de leur perfidie. En 503, 
la ville fut reprife. Cabade fit avec Anaftafe une paix 
qu'il renouvella avec Juftin fon fucceflëur ; elle dura 
quelque temps ; ck depuis Juftinien remporta de grands 
avantages fur Cabade , par la conduite de Belifaire. Ca- 
bade mourut l'an 53 1 de J. C. après un règne de 41 ans, 
en deux fois. Ceux qui ne lui donnent que 3 5 ans de 
règne fe trompent. Son fils Chofroës lui fuccéda. * Mar- 
cellin , in chron. Agathias, liv. 4. Procope , de la guerre 
des Perfes. Nicephore , liv. 16. hijl. mifeel. liv. 152. 
Theophane. Cedrene. Pagi , crit. ann. Baron, an. 48 1 , 
496, 501, 530. 

CABALE ou CABBALE , fe&e qui a été parmi les 
Juifs. Ce mot de Cabale eft tiré de l'hébreu Kibbel , quï 
veut dire , tradidit , il a enfeignè. Ainfi les Cabaliftes 
font des gens qui fe font principalement attachés à la 
tradition des anciens , ou à la feience qui renferme , à 
ce qu'ils prétendent , tous les myfteres de l'ancienne loi, 
les fecrets du nom ineffable de-Dieu , les hiérarchies cé- 
leftes, les feiences des nombres , ckc. On croit que cette 
fede étoit déjà formée dès le temps de J. C. & que les 
Juifs vifionaires croyoient même que le Sauveur n'opé- 
roit des miracles , qu'avec le fecours de la cabale. Les 
Cabaliftes divifent leur feience en Theorêtique , qui ne 
confifte que dans la fpéculation ck dans la recherche de 
ces myfteres ; ck en Pratique, qui confifte dans les talif- 
mans , ck dans la connoiffance des aftres ; & peut-être 
dans la magie , ck dans la recherche de la pierre phiio- 
fophale. Car la cabale eft la fource de toutes ces vaines 
imaginations , qui font le fondement de la magie. Il y a 
plufieurs Juifs entêtés de cabale , qui s'adonnent à la ma- 
gie en abufant du nom de Dieu ck des anges , dans la 
vue de faire des chofes furnaturelles. Il y a apparence 
que la cabale tire fon origine de la philofophie de Py- 
thagore ck de Platon , que quelques Juifs ont mêlée avec 
le judaïfme , ck chargée d'une infinité de rêveries , nées 
de l'oifiveté ck de la fuperftition ; comme cela fe voit 
dans les livres d'Adam , d'Enoc , de Salomon , de Zohar, 
de Bahir ck dans plufieurs autres. Dans les premiers fié- 
cles de Féglife , les hérétiques donnoient facilement dans 
ces fuperftitions cabaliftes. Les Valentiniens , ck fur-tout 
les Bafilidiens , y étoient attachés , ck on trouve en- 
core des agathes de ces derniers , avec des médailles 
gravées ck chargées de figures hiéroglifiques affez fem- 
blables aux talifmans judaïques. On voit encore de leur 
façon quelques-unes de ces figures que les Latins nom- 
moient Amuleta. C'étoit un remède préfervatif , qu'on 
attachoit au cou des enfans , ou même des animaux , con- 
tre toutes fortes de maux, ck particulièrement contre les 
enchantemens. 

Le P. Kircher Jéfuite , qui s'eft bien donné de la peine 
à ces fortes de découvertes , entre dans un détail plus 
précis.. Il divife la cabale en trois parties , que l'on nom- 
me Gematria , Notarica , & Themura. La Gématrie eft 
une interprétation quife fait , par la tranfpofition des let- 
tres du mot. Par exemple , il eft dit dans l'Exode : Prce- 
cedet te Melachi ( id eft Angélus meus. ) Les Cabaliftes 
trouvent que cet ange eft S. Michel , pareeque les lettres 
de Melachi, étant tranfpofées font Michaéï. La Notari- 
que fait de chaque lettre un mot entier , ou expliqué un 
mot par un autre qui contient le même nombre. Il eft 



CAB 



C A B 



écrit dans le Pfeaume 3 , Multl infurgunt in me. Le mot 
hébreu qui lignifie miâti , eft compofë d'une R , d'un B', 
d'un I, ci d'une M, De-làles Cabaliftes conjecturent que 
ces ennemis font les Romains , les Babyloniens , les Io- 
niens , c'eft-à-dire les Grecs , & les Medes. Ils difoient 
aufh" que Maçon eft le même nom que Jehova , parce 
que les lettres de ces deux mots écrits en hébreu font le 
même nombre de 186. L'art que l'on nomme Tkemurct 
ou Ziruph , confifte dans le changement des lettres que 
l'on fait équivalentes en certaines combinaifons. En 
voici un exemple dans la langue latine. Après avoir fait 
la combinaifon des lettres en cette manière , AB , CD , 
EF , ckc. on prétend que les deux lettres de cette com- 
binaifon fe mettent l'une pour l'autre : & que ce qui fera 
écrit D B C F , fe pourra dire CADE, c'eft-à-dire , 
Tombe^. Cette cabale dans toutes ces trois parties n'eft 
bonne qu'à amufer les petits efprits ; <?ar pour reprendre 
les mêmes exemoles , au lieu de Mie kaéï, ne peut-on pas 
dire, Ckamiel , Kimael , &c. c'eft-à-dire , ange de feu" , 
ange de playes , &c. Par les quatre lettres R, B , I , M , 
on peut entendre les Rabbins , les BacTriens, les Italiens;, 
&: les Moabites. Cette chvihon de la cabale n'eft qu'une 
fuperftition inventée par les nouveaux Rabbins. Les plus 
habiles divifent la cabale en deux parties , l'une appellée 
Mtrcava , c'eft-à-dire, feience du chariot, ck l'autre Be- 
reflth, c'eft-à-dire , ouvrage de la création. Celle-là con- 
sidère le monde intellectuel , & celle-ci le monde via- 
ble. * Reuchlin , ou Capnion , qui étoit un très-favant 
homme du dernier fiécle , s'amufa à écrire fur cette ma-*- 
tiere , De Cabala 6'* verbo mirifico. On a imprimé en AU 
•lemagne Ars Cabalifîica. Ou pourra auffi voir Porta 
lucis de Pic de la Mirande. Urna mannee. Liber Je^ira. 
Le traité des Talifmans de Gaffarel , le. Père Morin , 
M. Simon , Athanafe Kircher , in œdip. agyptide. Voyez 
les remarques fur f origine , f antiquité , les illujions , hic. 
de la cabale , par M. de la Nauze , dans les Mem. de 
V Académie des infeript. & belles lettres , Tom. IX , 

CABALE , c'eft ainù* qu'on nomma en Angleterre un 
confçil de confiance que le roi Charles II fe forma en 
1670. Le but de ce prince étoit , dit-on , de ruiner dans 
ce royaume la religion proteftante , d'obtenir le fupport 
aux catholiques , & de fe rendre abfolu. Le confeil iécret 
qu'il compofa devoit l'aider dans ces vues. Ce confeil fut 
nommé Cabale , pareeque les lettres initiales des noms 
des cinq membres choifis par le roi , forment ce mot. 
Ces confeillers étoient Thomas Cliffbrd, qui étoit catho- 
lique déclaré ; Arlington , fecrétaire d'état , catholique 
fecret ; Buckingham , homme de beaucoup d'efprit , mais 
dont les mœurs étoient bien éloignées d'être pures & 
qui paffoit d'ailleurs pour n'avoir aucune religion ; Ahf- 
ley y qui fut enfuite comte de Shaftsbury , un des plus 
grands génies d'Angleterre : mais félon le père d'Or- 
léans , Je fui te , dans fes révolutions d? Angleterre , ce fei- 
gneur n'avoit ni religion ni confeience ; il étoit ami zélé , 
& implacable ennemi ; enfin Lautherdale , lequel étoit 
grand partifan du pouvoir arbitraire. Ces confeillers , 
avec le roi & le duc d'Yorck , formoient, dit-on, tout 
le confeil de la cabale. Ce confeil fe doutant bien qu'il 
trouveroit de grandes oppofitions dans l'efprit des An* 
glois , réTolut de lever une armée par terre &c par mer. 
Le prétexte que l'on prit pour armer fut défaire la guerre 
à la Hollande. La fuite a montré le peu de fuccès de cette 
entreprife. * Voyez X abrégé de rhifloire dAngleterre de' 
Rapin Thoyras , tome III , page 3 53 , & le fupplément 
français de Bafle , tome II , page 1 . 

CABALE , endroit dans la Sicile où Denys le tyran 
gagna une bataille contre les Carthaginois. * Diodore 
de Sicile, liv. iS. C'eft auffi le nom d'une ville de Cili- 
cie. * Appianus. Et d'une ville de Thrace. * Cedrenus 
6c Zonaras. Ces auteurs font encore mention d'un châ- 
teau de ce nom près d'Iconie. 

CABALLIN , Caballinus , fontaine d'une eau très- 
claire du mont Helicon dans la Béotie , confacrée aux 
Mufes, Les Grecs la nommoient Hippocrme , c'éft-à- 



dire , foni equi , la fontaine du cheval , parCeque le 
cheval Pegafe après avoir frapé une roche de fon pied , 
en fit fortir une fontaine : ce qui fait que Strabon la 
nomme le Pegafe. Perfe , en parlant de Cette fontaine 
dans fon prologue , allure qu'il n'y a jamais bu : 

Nec fonte labra prolui Caballino. 

Et Properce , liv. 3 , élégie féconde , v. 1 .' 

Vifus eram molli recubans HeliconU in umbra ; 
, _ Bellerophontài quafiuit humo'r equi, 
Stacedit: , 

Pendentis bibit ungulce liqùorem: 
* Liv. 2. , Silv. 7 9 i n Genêt kliaco Lucani , y. 4/ 

CABALLO ( Emanuel ) illuftre Génois , a immorta-i 
life fon nom par une entreprife très-hardie qu'il fit pen- 
dant que les François afliégeoient la ville de Gènes, Après 
jeize mois de fiége , les François qui s'étoient emparé de 
la citadelle , avoient réduit les Génois à la dernière extré- 
mité. Un vaiffeau génois chargé de vivres & de muni- 
tions parut près de la ville ; ck ne fâchant pas que la cita- 
delle etoit pnfe , alla s'y ranger , dans le deffein d'éviter 
la flotte des ennemis. Les Génois s'étantapperçu de cette 
erreur , ne fongeoient plus qu'à fe rendre , lorfque lé bra- 
ve Caballo demanda un vaiffeau pour délivrer celui qui 
étoit pris. Une troupe de -jeunes gens fe joignirent à lui ' 
& ils tirèrent droit à la citadelle , paffant au milieu de* 
François , malgré les continuelles décharges que l'on fai- 
foit fur eux. Lorsqu'ils y furent arrivés , Caballo coupa 
les cordages du vaiffeau qui y étoit arrêté , & l'emmena 
dans la ville. Cette action généreufe fut fuivie des accla- 
mations & des applaudiffemens de tous les Génois , qui 
regardèrent Caballo comme le libérateur de la patrie, & 
lui rendirent ries honneurs extraordinaires. Cela arriva en 
I 5 1,3. * Ub. Foglieta , élog. clar. virôr. 

CABALLO ( François ) de Breffe en Italie future 
médecin très-célébre.à la fin du XV e fiécle, & au com- 
mencement du XVI e . Il profeffa la médecine à Padoue 
avec beaucoup de réputation: Il mourut à Breffe même 
dans un âge très-avancé l'an 1 540 , ou environ. On a dé 
lui un livre où il traite de l'animal qui entre dans la thé-' 
riaque. Il fe trouve avec les confeils d'Antoine Cërmi- 
foni , imprimé à Vënife en 1503 , in~fol. & il a été foui 
vent réimprimé depuis dans d'autres collerions. La der- 
nière édition eft de Nuremberg en 16 ^z, in-fol. avec 
les ouvrages choifis de médecine de Barthelemi Monta- 
gnaria. * A^£ Mange t, bibliot.fcript. medic. Libro ter-_ 
tio , tom. 1 , pag. 1 & %, 

CABALLUS , félon d'autres CAVALLUS ( Bona- 
venture ) évêque de Caferte , étoit originaire d'Aman^ 
thée dans le royaume de Naples , d'une famille illuftre 
qui eft encore aujourd'hui une des patriciennes de Vë- 
nife où elle fleurit. On le deftinoit au fiécle , & fa mère 
combattoit le penchant qu'il avoit à embraffer l'état ecclé- 
fiaftique, pour lequel feul il avoit de l'inclination. La mort 
de fa mère , arrivée lors du grand tremblement de terre 
qui fit beaucoup de ravages en Calabre l'an 1637 , le 
laiffa libre de fe déterminer lui-même. Caballus entra 
dans l'ordre des Minimes , où on lui donna le nom de 
Bonaventure , au lieu dé celui de Jean-Baptifte qult avoit 
reçu au baptême. Après avoir étudié à Naples , à Rome 
ck à Boulogne , & avoir enfeigné lui-même , il prêcha 
en différens endroits , & s'acquit une grande réputation 
d'éloquence. La république de Venife voulut être témoin 
de fes talens , elle le fut , y applaudit , & lui offrit de ri- 
ches préfêns ; & Caballus ayant refuie de les recevoir, 
la république les lui envoya à Amanthée. L'empereur 
Léopoldle.fitauffi venir à Vienne , où Caballus fatisfit 
l'empereur & toute fa cour. L'empereur imita la conduite 
des Vénitiens ; il offrit à Caballus de grands préfens en 
argenterie. Caballus , p^r tout également défintéreffé , 
s'exeufa de les accepter , ck il fallut encore les lui' faire tenir 
à Amanthée. Son ordre , flaté de fon mérite , le nomma 
commiffaire générai ; & le 10 décembre 1669 } il fut 

Tome III. A ij 



CAB 

nommé à Pé vêché de Caferte, qu'il eut beaucoup de peine 
■à accepter. Caballus , quoiqu'évêqùe , continua fa ma- 
nière ordinaire de vivre & de s'habiller , & il rut le père 
des pauvres ; il mourut le 10 juin 1689. Commefesim- 
menfes charités lui avoient fait contracter quelques det- 
tes , la chambre apoftolique fe chargeade les payer. Ca- 
ballus eft auteur de l'ouvrage fuivant : La Vita di Nicol. 
lAlbergaù , imprimé à Rome en 1 6 5 4 , i/z-4 . * Ugheili, 
Ital.facra, tqm. VI , pag. 5 1 6 , &c. Supplément français 
vU Bafie , tome II , page 8. 

CABANE ( Raimond ) étoit un jeune Sarafm , ainfî 
Siommé , parceque Raimond de Cabane , major-dome 
ou principal officier de la cuifîne de Charles II , roi de 
Naples , l'avoit acheté d'un corfaire , l'avoit faitinftruire 
& baptifer , & lui avoit permis de prendre fon furnom , 
teprès lui avoir fait impofer au baptême celui de Raimond» 
Le Sarafm plut à fon maître , & s'éleva par dégrés : il de- 
vint intendant de la cuifine , amaffa beaucoup de bien 
dans ce pofte , & fe fit aimer de tous les feigneurs de la 
cour. De ce premier grade , il paffa à la garde-robe du 
roi , & fut armé chevalier à la recommandation de la 
ducheffe de Calabre. Il époufa enfuite la Catanoife : cette 
femme avoit été d'abord l'époufe d'un pêcheur ; mais 
ayant été choifle pour être la nourrice du jeune prince 
Louis , & n'ayant pas moins d'efprit que d'ambition & de 
foupleffe , elle s'étoit acquis un grand crédit , & étoit 
dans une haute faveur , lorfque Raimond Cabane l'épou- 
ià. Raimond fut revêtu de la charge de fénéchal , & 
mourut dans cette dignité , biffant un fils' , qui fuit. 
.* M. d'Egly , hifloire des rois des deux Siciks de la mai- 
fonde France , tom. II , pag. 3 , & fuivantes. 

CABANE ( Robert de ) fils du précédent 6c de la 
Catanoife , fut pourvu après la mort de fon père , 6c par 
le crédit de fa mère, de la charge de grand fénéchal. Sa 
mère lui fit donner de plus le comté d'Evoli. Le pape 
Clément VI ayant promis par un bref à André , mari de 
la reine Jeanne , de lui faire donner le titre de roi , ce 
bref alarma la reine qui vouloit régner feule , ôc n'alarma 
pas moins fon cohfeil fecret , lequeLétoit compofé de la 
Catanoife , de Robert de Cabane fon fils , & 4e Sanchia 
fa petite-fille. Le crédit de Robert étoit alors fi grand , 
qu'onnecraignoitpasde répandre qu'il avoit avec la 
reine Jeanne un commerce illégitime , 6c cela par l'entre- 
mife de la Catanoife. Le foupçon étoit appuyé fur ce 
que toutes les affaires importantes fe décidoient par ces 
trois confidens. Ce confeil ne s'occupa plus que des 
moyens d'empêcher PafTociation d'André à la couronne 
de fa femme. La reine Jeanne follicita la même chofe au- 
près du pape , en quoi elle fut foutenue par Philippe de 
Valois, roi de France; & fur ces follicitations , le pape 
révoqua la commiflîon qu'il avoit donnée à fon légat de 
couronner le prince André. Ce prince qui avoit décou- 
vert que la reine étoit enceinte , quoiqu'ils ne vécuffent 
point enfemble , voulut faire éclater fon refTentiment ; 
mais il fut affaifiné le 1 8 de feptembre de Pan 1 3 4 Ç . Cet 
affaffinat fit beaucoup de bruit , 6t la reine fe vit obligée 
de faire faire d'exactes perquifitions pour en découvrir les 
auteurs. En vertu de la commiflîon qu'elle donna à Ber- 
trand de Baux , on arrêta entr'autres la Catanoife , Ro- 
bert de Cabane ôt Sanchia. On leur fit donner la queftion 
dans une place fur le bord de la mer , à la vuç de tout le 
peuple affemblé ; mais une paliffade empêchoit que l'on 
ne pût approcher âffez près pour entendre leur déclara- 
tion. On mena ces trois criminels au fupplice , fans que 
la reine, qui s'intéreffbk vivement pour eux , pût les fau- 
ver. La Catanoife accablée de vieÛleffe , 6c par les dou- 
leurs de la torture , mourut avant d'arriver au lieu du 
fupplice ; Robert de Cabane 6c Sanchia furent tenaillés. 
* Voye{ Phiftoire citée à la fin de l'article précédent, 
tom. II , pag. 9 , & fuivantes. 

C ABARNES , Cabarni , étoit le nom des prêtres de 
Cerés dans Paros. Ce mot dans fon origine eft phénicien 
ou hébreu J^J^p , Carbamin 9 qui vient du mot Ulp 
careb y offrir , d'où vient IpÏÏj? 5 Carban , oblation , 
offrande. Jofephe fait voir par Théophrafte que ce mot , 



CAB 



étoit «n ufage dans ce fens parmi les Syriens. * tiefych* 
Suidas. Etienne de Byfance. 

CAB ASÏL AS ( Nicolas ) Grec de nation , archevê- 
que de Theffalonique , vivoit dans le XIV fiécle , fous 
l'empire des Andronics. 11 étoit neveu de Nil Cabafilas 
archevêque de Theffalonique , qui l'envoya l'an 1 3 46 à 
l'empereur Cantacuzene , pour lui propofer de quitter 
l'empire. L'an 1347 Cabafilas fut envoyé par Cantacu- 
zene qui venoit de fe mettre en pofTeffion de Conftan- 
tinople , vers Pimpçratrice. Anne lui faire des proportions 
de paix. Il fuccédâ l'an 1350a fon oncle dans l'archevê- 
ché de Theffalonique. Il foutint le fchifine des Grecs , 6c 
écrivit deux traités contre les Latins , l'un des caufes de la 
divifiondes deux églifes,6c l'autre de la primauté du pape; 
& une exposition de la liturgie grecque , que nous avons 
. de la verfion de Gentien Hervet , & qu'on a depuis mife 
dans la bibliothèque des Pères. On a encore de Cabafilas 
un traité de la Vie en Jefus-Chrijl , partagé en fix livres , 
où il parle des facremens , & un difcours contre les ufu- 
riers. Il avoit outre cela compofé un grand traité de la 
proceffion du faint Efprit , Se quantité d'opufcules 6c 
d'homélies qui n'ont point été imprimées , mais que l'on 
trouve dans les bibliothèques. On lui attribue quelques 
autres ouvrages qui ne font pas de hai. Les deux premiers 
traités ont été imprimés à Londres en grec & fans date : 
à Bâle en grec & en latin en 1 5 44 & en 1 5 5 5 , 8c avec les 
notes de Saumaife, à Hanau en 1 608 , & à Amfterdam eut 
1645. L'expofition de la liturgie a été imprimée en grec 
à Paris en 1 5 24 , & la verfion en avoit déjà été imprimée 
à Venife en 1 545 , 6t à Anvers en 1 560. La traduction 
des fix livres de la Vie en Jefus-Chrijl a paru à Ingolftad 
en 1604. Les ouvrages de cet auteur font pleins d'érudi- 
tion , ôc écrits avec beaucoup d'ordre 6c de netteté. Le 
P. le Long, dans fa bibliothèque facrée , in-fol. p. 660 , 
cite de Cabafilas une expofition fur la vifion d'E{tchiel 
des quatre animaux ; une autre fur celle du même pro- 
phète d'un champ plein d'offemens fecs ; une autre fur 
les quatre Evangiles. * Jean Cantacuzene , liv. 3 , chap. 
5 3 & 99 , /. 4 , chap. 16. BeUarmin,yàY/>/:. ecclef. Hervet. 
Pofïevin. Sponde. Pontanus. Léo Allatius de Nilis. Du 
Pin , bibliothèque des auteurs eccléjiajiiques du XVI 
Jiécle. 

CABASSOLE ( Philippe de) gentilhomme Proven- 
çal , natif de Cavaillon , ville de Provence , fut cha- 
noine dans fa cathédrale , puis archidiacre , prévôt & évo- 
que de la même ville en 13 34. II. fut honoré de la quali- 
té de chancelier de Sanche , reine de Sicile , par fon mari 
Robert en 13 41 , pour gouverner le royaume avec cette 
princeffe pendant la jeuneffe de Jeanne fa petite-fille. Ea, 
1 3 66 , il fut nommé patriarche de Jérufalem , & fut char- 
gé de Padminiflration de Pévêché de Marfeille ; enfui 
Urbain V Péleva à la dignité de cardinal , 6c le fit fon 
vicaire général pour le fpirituel 6c le temporel , dans le 
diocèfe d'Avignon. Il fut auflï fait évêque de Sabine. 
Grégoire XI lui donna le gouvernement des terres du 
faint fiége en Italie , dans le temps que les papes réfidoient 
à Avignon. Il mourut à Péroufe en 1 372 , 6c fon corps 
fut porté en Provence , où il eft enterré à la charrreufe de 
Bon-Pas. On attribue à ce cardinal un traité de Nugis 
curialium , des fermons , 6c deux livres de la vie 6t des 
miracles de fainte Marie-Magdeléne , qui font dans la bi- 
bliothèque de S. Victor à Paris. Pétrarque , qui avoit 
beaucoup de part à fon amitié , lui dédia fon livre de la 
"viefolitaire, 6c lui écrivit diverfes lettres. Les autres au- 
teurs de fon temps parlent auffi de lui avec éloge. * Pé- 
trarque,/iv. z 9 ep.i&i. Sainte-Marthe , Gall. Chrijlùirr. 
Fxizon, Gall. purpur. Baluze, VitizVap. Aven. t. i. 

CABASSUT , ( Jean ) prêtre de l'Oratoire , né â 
Aix en Provence , entra dès l'âge de feize ans dans la 
congrégation de l'Oratoire. Il fut profeffeur en droit ca- 
non à Avignon , & mourut à Aix le 25 feptembre 1685 , 
âgé de 81 ans. Il a donné de grands exemples d'humili- 
té , de retraite continuelle , de mortification & de défin- 
tereffement admirable. Le cardinal Grimaidi le choifit 
pour fon directeur , le mena à Rome, où il fut fort efti- 



C AB 

me , & Je détermina à donner divers ouvrages au public. 
II ne perdoit jamais de temps , mais il intenompoit Tes 
études dès qu'on venoit lui propofer des cas de confcien- 
ce ou des difficultés ; il les décidoit avec une clarté ^ une 
précifion 6k une modeftie qui gagnoit tous les cœurs. Les 
perfonnes de la condition la plus baffe avoient audience 
aufîitôt que les plus diftinguées. Il a donné en latin la théo- 
rie & la pratique du droit canonique pour le fore de la 
pénitence & pour le contentieux , tant eccléjîajlique que 
féculur , imprimée pour la première fois à Lyon en 1660, 
ck réimprimée plusieurs fois depuis, La meilleure édition 
qu'on ait de cet ouvrage eft celle qui a été faite à Poitiers 
en 1738 , augmentée de fommaires 6k de notes de feu 
M. Gibett , célèbre canonifte , 6k de plusieurs édits , ar- 
rêts , ckc. concernant la jurifdiérion eccléfiaftique. Il a 
donné encore , auffi en latin , une Notice des conciles , 
qui a paru à Lyon en 1667 , 6k pour la féconde fois en 
1670 , in-%°. Il y donne en effet une notice des conci- 
les , il en explique les canons ; & dit quelque chofe fur 
les rits anciens 6k nouveaux de l'églife , 6k furies princi- 
pales parties de l'hiftoire de l'églife. II augmenta dans la 
fuite cet ouvrage , & le fit imprimer in-foL en 1685 à 
Lyon , fous ce titre : Hijloriarum , Cônciliorum & Ca- 
nonum invicem collatorum veterumque Ecclejiœ rituum 
ab ipjîs Ecclejiœ Chrijli incunabulis ad nojlra ufque tem- 
pora , notitia eccUjiajîica. Il y a inféré des* differtations 
utiles , 6k qu'on ne lira pas fans profit. Mais il faut avoir 
aufli l'édition de 1 670 , où l'on trouve quelques difterta- 
tions qui ne font point dans celle que nous citons , comme 
la difïertation fur les empêchemens dirimaris des ordres. 
CabafTut a aufîî compofé un traité de Vufure t imprimé 
à Aix , & alaiffé quelques dédiions fur diverfes queftions 
fous le titre de Horce fubcijivtz. * M. Du Pin , biblioth. 
des auteurs eccléjîajiiques du XFIIJiécU t tom. 3. 

CABBEDO DE VASCONCELLOS ( Michel ) 
né à Setuval en 1 517 , s'appliqua avec un fuccès mer- 
veilleux à l'étude du droit , tant en Portugal , qu'en 
France , où Ion oncle maternel Gonçalo Pinheiro , qui 
étoit évêque de Vizeu , l'avoit fait venir. II étudia la 
langue grecque avec beaucoup de foin , 6k parvint à la 
fâvoir allez bien pour faire une traduction latine très- 
élégante du Plutus d'Ariftophane. Cabbedocompofa cet 
ouvrage dans fa jeuneffe , lorfqu'il étoit à Paris. Il fut fuc- 
ceffivement confeiller au parlement , auditeur criminel , 
& préfident des provinces de Beira, Minho & Tras-los- 
Montes ; 6k il étoit un des trois fénateurs qui gouver- 
noient la ville de Lisbonne , lorfqu'il mourut en 1 577 , 
étant âgé de 5 2 ans. On a de lui des lettres au roi Jean III, 
à Antoine Pinheiro , évêque deMiranda, 6k d'autres ou- 
vrages en vers imprimés à Rome en 1 597 , in-8°. * Mé- 
moires envoyés de Portugal. Lundorp. lié. ij.kiflor. 

CABBEDO DE VASCONCELLOS ( George ) 
fils du précédent , ne fut pas moins illuftre que fon père. 
Dès fa jeunefle il profeffa le droit civil dans l'uni verfi té 
de Conimbre ; 6k étant âgé de 28 ans , il fut fait féna- 
teur. Philippe II 6k le prince Albert l'honorèrent de leur 
eftime : on le vit fucceflivement Deçembargador dopaço , 
( du palais ) grand chancelier du royaume , 6k enfin 
membre du confeil d'état de Madrid pour le Portugal. 
Cette dernière charge contribua beaucoup à altérer fa 
fanté : il ne put fupporter l'air d'Efpagne ; 8i étant re- 
tourné en fon pays , il y mourut le 4 mars 1 604 , âgé 
de 45 ans. On a de lui divers ouvrages imprimés à Lis- 
bonne." Decifiones fupremi Lufitanics. fenatus , en deux 
parties,, 1601 6k 1604 , in-fol. De Patronatibus Eccle- 
jîarum regice coroncs Lujitancz s 1603 , i/z-4 . * Mémoi- 
res envoyés de Portugal. 

CABE , petite rivière du royaume de Galice enEfpa- 
gne , qui paffe près de Montfort de Lemos , 6k fe jette 
dans le Velezar , 6k avec lui dans le Minho. On l'appelle 
en latin Chalibs , c'eft-à-dire , acier , pareeque , dit-on 
fes eaux font fort bonnes pour tremper ce métal. * Mati 
diction. 

CABEDIUS, (Michel) cherchei CABBEDO. 
CABELLIAU , ( Georges ) Flamand , moine d'Al» 



C A B 



àenbomfr , dans le diocèfe de Bruges , de l'ordre dé 
S. Benoit , vivoit dans le feiziéme fiécle. Il a laiffé l'ou- 
vrage fuivant fur l'hifroire de la ville 6k de l'abbaye 
d'Aldenbourg : Hijloria urbis & abbatum Aldenbumen- 
fiutn. Cette hiftoire , qui eft confervée manuferite dans 
lé heu dont on vient de parler , commence à la fondation 
de la ville , parle de fa deftruclion par Attila ck par les 
Normans, & eft continuée jufqu'à l'an 1 570. On con- 
ferve encore une autre chronique de l'églife ek abbaye 
d'Aldenbourg , mais on en ignore Fauteur. * Foye{ la 
bibliothèque belgique dé Val ère André , édition de 1739 ^ 
tom. I , in-tf, pages 332 & 333. 

CABES , CAPES, CAPE , TACAPA , ville con- 
sidérable , de la côte de Barbarie , dans le royaume dé 
Tunis , vis-à-vis de Trapani en Sicile , à l'embouchure 
de la rivière de Capes dans le golfe de ce nom , qui 
autrefois étoit appelle la petite Syrte. Cette ville , qui 
autrefois étoit épifcopale , a un port , qui n'eft pas , 
dit-on , de grand ufage , parcequ'il eft expofé aux vents. 
Elle eft défendue par une bonne citadelle. Ptolémée 
nomme le lac qui eft en cet endroit , Tritonis ; on dit 
qu'il eft chaud , 6k qu'il guérit de la lèpre. Léon l'Africain 
dit que Capes étoit une ville des Romains , très-impor- 
tante par fa force. * Diction. Anglois. Mati , diction* 
Pline 1 appelle Tacape , 6k il y a bien de l'apparence que 
c'efl le nom qu'elle avoit de fon temps : car celui de Ca- 
pes , qui ne fè trouve dans aucun auteur ancien , ne lui 
a été donné que par quelques modernes, qui ne fâchant 
que faire d'une médaille de Lepidus , où étoit écrit col. 
CaBE ,ce qui fignifie Cavaillon , Colonie , ont prétendit 
corriger Pline, & lire Cabe dans fon texte , afin d'avoir 
en Afrique une ville à qui donner cette médaille ; ce qui 
étoit d'autant plus mal imaginé , que Lepidus ne fut pas 
maître de l'Afrique. 

CABERA , fille de Protée , eut de Vulcain trois gar- 
çons nommés Caberes , 6k pareil nombre dé filles nom- 
mées Cabérides , à qui on a bâti des temples. *Strabon ^ 
lib. 10. 

CABESTAN , bourg de France dans la province de 
Languedoc près de Nîmes. C'eft de ce bourg qu'a tiré 
fon nom Guillaume ou Guilhen de Cabestan, 
ou de C ABESTAING , gentilhomme 6k poëte Provençal , 
qui vivoit dans le XIII fiécle. Il étoit de l'ancienne maifon 
de Servieres , 6k avoit pafte les premières années de fa vie 
auprès dufeigneur de Cabeftan. Il devint amoureux d'une 
dame de la maifon de Baux, 6k fit des vers à fa louange. 
Cette dame , que ces vers mettoient en réputation , crai- 
gnant que Guillaume de Cabeftan ne devînt infidéle,lui fit 
manger d'une certaine herbe qui perifa lui être mortel!e;car 
ayant produit un effet contraire à celui qu'elle avoit ef- 
peré , ce malheureux poëte perdit d'abord toute forte 
de connoiftance. Un médecin lui donna un antidote qui 
lui rendit la fanté. Alors Cabeftan déteftant la dame de 
Baux , fervit Incline Carbonel , de la maifon de Rouf- 
fillon , femme de Raimond de Seillans. Cabeftan qui 
avoit du mérite , 6k que Ces vers avoient rendu célèbre , 
plut à cette dame , qui lui témoigna trop d'eftime 6k de 
complaifance. Son mari en devint fi jaloux., qu'ayant 
rencontré le poëte à la campagne, il le tua, & lui arra- 
cha barbarement le cœur , qu'il fit manger à fa femme 
comme une autre viande. Elle le fut , 6k en mourut de 
déplaifir vers l'an 121 3. Pétrarque parle de Guilhen de 
Cabeftan dans fon triomphe d'amour , *'Petraque , trion- 
fo tTamor , c. 4. Noftradamus } vie des poètes Proven- 
çaux , chap. 1 i, 

C ABGI AK ck C APTCHAK , tribu des Turcs orien- 
taux , à laquelle Oghuz Kan donna ce nom. Ce prince 
qui faifoit la guerre à un prince de la nation des Tartares , 
fut obligé de reculer. Une femme qui étoit dans fon 
camp prefTée d'accoucher , fe cacha dans le creux d'un 
arbre où elle accoucha. Oghuz l'ayant fu , prit foin de 
cet enfant , le fit élever comme fon fils , l'adopta , ck vou- 
lut lui donner un nom qui marquât l'aventure de fa rtaif- 
fance , qui fut celui de Cabgiak , qui lignifie écorce de bois. 
Cabgiak eut enfuite une poftérité fort nombreufe, qui fe 



CAB 

répandit jufqu'au nord de la mer Cafpienne. Ces peuples J 
font encore aujourd'hui connus .fous le nom perfien & | 
turc , Defcht Kkckak. C'eft de ces gens-là que font 
forties les grandes armées qui ont ravagé les états que 
les Mogols pofledoient dans la Perfe. Ce fut chez eux 
que Bajazet premier fultan des Turcs , fit de grandes 
levées de troupes contre Tamerlan. * D'Herbelot, 
bibl. orient. Voye^ CAPSCHAC. 

CABILLAUX , Cabelgenfes , nom d'une fadion qui 
s'éleva en Hollande en 1350. Une autre faction qui 
lui fut contraire , prit le nom de Ho'dckenfes, Jean 
de Leyde parle ainfi de ces deux factions. Ceux qui 
étoient de la première faction prirent le nom d'un poif- 
fpn que les Latins nomment Afellus , c'eft - à - dire , 
un Cabbeliau , pour marquer que , comme ce poiflbn 
dans la mer dévore tous les autres , de même ceux-ci 
viendraient à bout de leurs adverfaires , & qu'ils les 
vaincraient. Ceux de l'autre parti s'appelloient Hoè* 
ckenfes , mot qui fignifie Hameçonniers , ou un hame- 
çon , pour faire entendre qu'ils feroient comme le ha- 
meçon qui prend d'ordinaire le poiffon , quel qu'il puiffe 
être. * Joannes à Leydis , lib. 29, cap. 16. 

CABILLE ou CABILAH , c'eft parmi les Arabes 
une tribu qui vit fous un chef. Ces .tribus ou cabilles font 
indépendantes , & ne reconnoiffent aucun fouverain.Ce 
font des troupes de vagabonds qui marchent fous un 
chef qu'ils appellent cacique. On compte quatre- vingt 
de ces tribus parmi les Arabes. * D'Herbelot, biblioth. 
orient. 

CABILLEAU ( Baudouin ) Jéfuite , étoit d'Ypres en 
Flandre. Il fut en fon temps un poëte diftingué. On 
Ique l'éloquence &c la facilité de fon ftyle , de même que 
la vivacité de fon efprit. Il fit toujours un bon ufage du 
talent qu'il avoit pour la poéfie ; & la pieté qui le gui- 
iloit dans Ces actions ? paraît dans fes écrits ; il eft mort 
à Anvers le 13 novembre 1652 à l'âge de quatre- 
vingt-quatre ans. Toutes fes poéfies font en latin. i.Epi- 
grammata , à Anvers en 162.1 , i/z-n, & 1634, in-16. 
&. encore ailleurs ; c'eft un choix d'un plus grand nom- • 
bre forti des mains de l'auteur. 2. La Magdeléne , tragé- 
die fainte , à Anvers , 1625. 3. Le Phofphore, ou Jean- 
BaptiJIe, àLouvain 1642,^-8°. Il paraît, par la manière 
dont s'exprime Valere-André , que c'eft un recueil de 
vers lyriques , d'épigrammes , d'élégies , & de fym- 
boles , apparamment à la louange de S. Jean-Baptifte. 
4» Deux livres d'élégies dont le titre général eft , Agar 
exilée pour La féconde fois , à Louvain. 5. La Chajfefa- 
crée, ou V 'Enfant- Jefus perdu par fa mère , en quatre- 
vingt élégies , à Louvain.' 6. Lemmata. hiftorica , tetraf- 
tichis comprehenfa, àLouvain, 1614. 7. Epîtres de 
héros & d'héroïnes ( Epifiolce heroum & heroïdum ) 
en vers élégiaques , & en quatre livres , à Anvers 1636, 
ï/z-8° * Valer. Andr. Bibliotheca belgka , édition de 
1739 , i/2-4 . tome I, page 116. 

CABIRES , certains dieux qui étoient révérés en Sa- 
mothrace , ifle de la mer Egée , félon Hérodote , liv. 8. 
Ce nom vient peut-être de l'hébreu Cabir , qui fignifie 
grand & puiffant. On avoit une fi grande vénération 
pour ces .Cabires , que c'étoit un crime de les nommer 
parmi le peuple. On croyoit que ceux qui étoient initiés 
dans leurs myfteres étoient favorifés de leur protection , 
6f qu'ils en obtenoient tout ce qu'ils pouvoient fouhaiter. 
Les anciens auteurs ne font pas d'accord touchant le 
nombre de ces dieux. Mnafeas en comptoit trois , Axie- 
ros , Axiocerfa &C Axiocerfus ; c'eft - à - dire , Cerés , 
Proferpinei& Plùton. Dionyfiodore en ajoutoit un qua- 
trième, qu'il nomme Cafmil, c'eft- à- dire, Mercure. 
D'autres tiennent qu'il n'y eut que deux Gabîres , Jupiter 
qui étoit l'aîné , & E>ionyfius le plus jeune. Atenion dit 
que dç .Jupiter, & d'Eleftra naquirent Jafion & par- 
danus , qui furent nommés Cabires. Quelques - uns 
jcrayoieiit que c'étoient les.miniftres des dieux ; d'autres 
les : mettoient au rang des démons ou génies. Us avoient 
aum* un-temple en Egypte i dont l'entrée n'étoit permife 
qu'aux feuls prêtres de ces divinités , 6c un autre au terri- 



CAB 



toire de Thèbes. Dans une médaille de Claude le Go- 
thique il n'eft repréfenté qu'un dieu Cabire , la tête cou-> 
verte d'un chapeau , tenant un marteau d'une main , ck 
une tenaille de l'autre ; & l'on apprend de Plutarque 
dans la vie d'Alexandre , que c'étoit le dieu tutélaire de 
ThefTalonique , ce qui eft confirmé par les médailles fra- 
pées dans cette ville au coin de Valerien. Il y avoit encore 
des Cabires de Cerés , qui étoient tellement refpectés , 
qu'on s'imaginoit que ceux qui auraient ofé les battre , 
u'échaperoient jamais à la vengeance des dieux. Les Phé- 
niciens avoient des dieux appelles Cabires ou Caberes , 
qui étoient particulièrement révérés à Beryte. Voye^ Me- 
ziriac , qui s'étend fort au long fur les Cabires. Bochart 
en parle prefque de la même manière dans la féconde 
partie de fa géographie facrée , liv. 1 , chap. 1 z ; & fé- 
lon fa méthode ordinaire , il remonte jufqu'à la langue 
phénicienne , d'où les Grecs ont formé les noms des dieux 
Cabires , en les accommodant au génie de leur langue. 
Le mot de Cabires a un autre fens dans Origène 
contre Celfe , où il fe prend pour les anciens Perfes.. 
M. Hyde quia donné depuis quelques années une hiftoire 
de la religion de ces anciens Perfes , tirée deleurs^écrits 
en leur langue , a remarqué que le mot de Cabire eft per- 
fan , Cabiri t dit-il , au ch. 29 de fon ouvrage , funt G a- 
bri , voce perfîcâ aliquantulùm dttortâ. En effet , ceux 
qui ont donné des relations de la Perfe , nous apprennent 
qu'il refte encore aujourd'hui chez les Perfans des def- 
cendans de ces anciens Gabres ou Giaores , adorateurs 
du feu ; mais ils n'ont aucun rapport aux Cabires , dont 
on a parlé ci-deffus. M. Hyde qui en traite fort au long 
dans fon hiftoire de la religion des anciens Perfes , pré- 
tend qu'ils ne rendent point au feu cV au foleil un vé- 
ritable culte , mais feulement un culte civil , & qu'ainfi 
ils ne font point idolâtres : prétention infoutenable , &C 
qui tend à condamner de folie & d'entêtement tous les 
martyrs de Perfe. * Sanchoniaton cité par Eitfebe , ait 
liv. 1. de laPrep. ivang. Le Scholiafte d'Apollonius, 1 
Damafcius, dans Photius. Hefychius. Cafaubon. Bo- 
chart. Meurfius , des Fêtes des Grecs. 

CABIROLE , c'eft une des montagnes des Pyrénées.* 
Elle eft fur les confins du comté de Foix , de celui de 
Cerdaigne &: de Conferans. * Mat , dicl. 

C ABO , Caput , royaume d'Afrique au pays des Nè- 
gres , que l'on dit plein de mines fort riches , fur le Rio- 
grande , vers le fud. 

CABO de AQUER , Caput Aquarum , place de Bar- 
barie' , au rqyaume de Maroc , & dans la province de 
Hea , avec un port fur la côte de l'Océan Atlantique , 
entre Meza &C Trefana , au "pied du grand Atlas. On 1 ap- 
pelloit premièrement Santa-Cru^ lorfque les Portugais 
s'y fortifièrent en 1505. Les Maures la nomment Dar- 
ramia, c'eft- à- dire maifon des Chrétiens ; mais ils en 
ont chafîe les Portugais il y a long temps. 

CABO D'ISTRIA , ville , cherche^ CAPO D'IS- 
'TRIA. 

CABOCHIENS. Parti de mutins & de rebelles , qui 
fit beaucoup de défordres en France au commencement 
du XV e fiécle : il- n'étoit prefque compofé. que* de bou- 
chers. 11 prit fon nom de Simon Caboche , valet de bou- 
cherie , qui gagnoit fa vie à échorcher des bêtes , & qui 
fut urt des principaux de ces révoltés. Ce qui efbétonnant , 
c'eft qu'ils furent enfuite employés par l'autorité féculiere, 
&que loin de réprimer leur infolence , on la fortifia par le 
pouvoir dont on les revêtit., Voici ce qu'en dit le moine 
de S. Denys dans fon. hiftoire de Charles VI. « Ontrou- 
» va , dit-il, fort étrange que le comte de Saint - Pol , 
» gouverneur de Paris , au lieu de cultiver l'affection c\es 
» plus confidérables familles , & de rechercher l'amitié 
» des plus honnêtes gens de la- ville , cherchât des créa- 
» tures dans les familles les plus abjectes , & jufquedans 
» la boucherie de Paris. On fut fùrpris qu'il n'eût point 
» de honte de partager fon emploi avec les trois fils d'un 
» boucher durai , nommés les le Goix. C'étoient, conti- 
» nue le moine de S. Denys , des gens fans mérite s qui 
«n'avoient d'autre confulération auprès de lui, que 



CAB 



» celle d'avoir témoigné dans la guerre précédente ," 
» qu'ils étoient Bouchers d'inclination , comme de naif- 
» fance ; qu'ils aimoient le carnage ; & qu'il n'y en avoit 
>5 point de plus propres à faire une fédition. Ce ne fut 
» que pour ce fujet , dit toujours le même kijiorien , que 
» le comte de Saint-Pol leur donna , & à quelques autres 
» du même caractère , un commandement abfolu , dont il 
» leur fit expédier des lettres du roi , fur un corps de cinq 
» cens compagnons bouchers &écorcheurs . dont il leur 
» abandonna le choix. Cela déplut aux gens de qualité ; 
» ils furent offenfés qu'on foudoyât cette canaille aux 
» dépens de la ville , fous le nom de Milice royale , & 
» que non feulement il leur (ùt permis de marcher en ar- 
9> mes par les rues , mais encore qu'ils euffent charge de 
» remarquer ceux du parti d'Orléans , c'eft-à-dire , de 
n faire infulte à qui ils voudraient ,, & que ce fût à eux 
» de s'entremettre des intérêts de la ville de Paris , & de 
» rapporter aux confeils du roi les requêtes des particu- 
» Tiers & des bourgeois. » Ainfi parle le moine de S. De- 
nys. Ces Cabochiens ou Bouchers firent auffi de grands 
ravages à Boulogne en Picardie. 

CABOT ( Vincent ) j urifconfulte , qui s'eft rendu 
célèbre dans le XVI fiécle , &dans les premières années 
du XVII, étoitné àTouloufe d'une famille honnête , qui 
tant du côté paternel que du côté maternel a eu plu- 
sieurs hommes qui fe font diftingué par leur favoir. Ses 
parens le laifferent jeune & héritier de peu de bien , mais 
de beaucoup de vertu , & d'un grand amour pour l'é- 
tude des lettres. Il s'appliqua particulièrement à la jurif- 
prudence , & il n'avoit encore que vingt-quatre ans, lorf- 
qu'il difputa à Paris une chaire de droit canon. L^eftime 
qu'il s'acquit dans cette grande ville , engagea fans autre 
recommendation , l'univerfité d'Orléans à l'appeller dans 
fon fein peu de temps après. C'eft-là que malgré les trou- 
bles de la ligue', auffi appliqué à l'étude , que fi l'on eût 
joui d'une paix parfaite , il remplit fes fonctions avec beau- 
coup d'honneur , & compofa deux livres de difputes du 
■droit public & privé qui furent fort bien reçus. Ils furent 
imprimés à Paris en 1598, in-S°. fous ce titre, Variarum 
juris publia & privati dijfertationum libri duo. Cabot 
«nfeigna l'un & l'autre droit pendant quatorze ans à Or- 
léans. Sa réputation excita le zélé & l'affection de M. du 
Faur de Saint-Jorry , premier préfident du parlement de 
Touloufe , qui le rappella dans fa patrie , & le fit élire 
pour y remplir une chaire dans l'univerfité. Il la remplit 
pendant vingt-deux ans avec autant d'affiduité , que d'u- 
tilité pour fes difciples. On rapporte qu'il difoit à ceux 
qui auraient defiré plus d'ornement & d'éloquence dans 
fes leçons , qu'il étoit gagé du public pour enfeigner avec 
fruit , & non pour paraître vainement éloquent ou l'a- 
vant. Il ne méprifoit pour tant pas l'éloquence , mais il 
préférait une clarté fimple à la pompe des paroles. Loin 
de toute ambition, il ne faifoit fa cour à perfonne, qu'au- 
tant que l'utilité publique le requérait. Il eft auteur d'un 
traité des bénéfices , que Jean Doujat a publié en 1656 , 
Tous le nom de /. Dart,tk dont il a reconnu enfuite Vin- 
cent Cabot pour l'auteur , Lib. 5. Pmnotion. canonicar. 
cap. 9. Quelques années avant fa mort , il avoit entre- 
pris un grand ouvrage fur la politique dont il ne put ache- 
ver qu'une partie. Il laiffa fon manufcrit en mourant à 
Léonard Campiftron , qui après avoir mis en ordre , & 
revu (es papiers , dreffa un plan de l'ouvrage & le fit im- 
primer. Il vint pour cet effet à la cour en 1624, & pré- 
senta ce plan à prefque tous ceux qui compofoient le con- 
feil du roi , aux principaux membres du parlement & de 
l'univerfité de Paris, & à plufieurs minières d'état. Ce 
plan fut fort approuvé , on loua le deffein de l'auteur , on 
regréta qu'il ne l'eût pas entièrement exécuté , &M. Cam- 
piftron fut exhorté à donner ce qui étoit achevé. Ses af- 
faires particulières l'empêchèrent quelque temps de fatis- 
faire à cet empreffement ; mais la maladie qui affligea la 
ville de Touloufe en 1619 , l'ayant obligé de fe retirer à 
la campagne , il profita du loifir que cette retraite lui laif 
foit , pour mettre le premier volume en état de paraître : 
c'eft le feul que nous ayons : il fut imprimé à Touloufe 



CAB 



7 

en 1630. Campiftron le dédia à M. le cardinal de Riche- 
lieu : c'eff un gros volume z/z-8°. intitulé les Politiques dt 
rincent Cabot , Tolofain , à Tolofe par Pierre Bofc , 
marchand libraire. L'éditeur y fit réimprimer en tête le 
plan dont on a parlé. Cet ouvrage devoit comprendre 
cinq tomes en vingt-huit livres. De ces vingt-huit livres, 
le tome que nous avons n'en contient que fix d'une im- 
preiîion fort chargée. Dans le premier , après avoir ex- 
pliqué ce que c'eft que la politique , il parle de l'origine 
des républiques, & de la différence entre le politique Se 
1 économe. Le deuxième livre traite des diverfes fortes 
de commandemens économiques néceffaires à la confti- 
tution de la cité ; le troifiéme de toute poffeffion , & 
de l'acquifition naturelle & artificielle des biens ; le qua- 
trième de la cité & des citoyens ; le cinquième de la 
fouveraineté , bk le fixiéme de l'inftitution des hommes , 
& en particulier combien Finftitution de la jeuneffe eft né- 
ceffaire à xm état. II y a d'excellentes maximes dans cet 
ouvrage , & on y voit une vafte lecture ; mais l'érudition 
facrée & profane y eft trop prodiguée , l'ordre & la 
méthode y feraient pareillement à defirer , aufïï-bien que 
moins de diffufion. L'auteur y juge fort bien de la politi- 
que de Machiavel. Dans les autres tomes il devoit parler 
de la religion , des loix & ordonnances , de la juftice, des 
magiftrats , officiers & gouverneurs des provinces , du 
confeil , des affemblées publiques & générales , de l'éra- 
bliffement & réformation d'un état , de la monarchie , & 
de fes diverfes efpéces, de la tutelle & régence des royau- 
mes , des qualités néceffaires aux princes, des finances, 
de la difeipline militaire , de la guerre , des duels , des 
ambaffadeurs , des traités de paix , &c. L'auteur a écrit 
fon ouvrage en françois par amour pour notre langue , 
& pareequ'il croyoit qu'on devoit lui faire honneur pré- 
férablement aux autres langues. * Voyez l'avertiffement 
au lecteur dreffé par M. Campiflron. 

CABRA , c'étoit autrefois une ville épifcopale nom- 
mée Agabra ou JEgabra, Maintenant c'eft un petit lieu 
d'Efpagne , fitué dans l'Andaloufie , aux confins de la 
Grenade , entre la ville de ce nom & celle de Cordoue , 
& à onze lieues de l'une & de l'autre. * Mati , diction. 

CABRAL( Pierre-Alvarez) fils de Fernand Cabrai , 
feigneur confidérable en Portugal , fut commandant de 
la féconde note que le roi D. Emanuei envoya aux 
Indes en l'an 1 500. Cabrai ayant eu , après un mois de 
navigation , une groffe tempête à effuyer , fut jette fur les 
côtes du Bréfil , qui étoit inconnu alors , & auquel il 
donna le nom de Sainte-Croix. Il en prit poffeffion au 
nom durai de Portugal le 24 avril de cette même année 
1 500. Il fit voile de - là à Sofala , où il arriva avec fept 
vaifleaux , en ayant perdu fix des treize que le roi lui 
avoit donnés ; & étant allé enfuite à Calecut , il traita 
avec le zamorin ou empereur , qui lui permit de bâtir 
une maifon de commerce pour les Portugais. La perfidie 
de ce barbare obligea peu après Cabrai de lui déclarer la 
guerre : un vaiffeau delà Mecque pris , quinze autres vaif- 
ieaux brûlés à l'ancre, la ville battue de tous côtés , for- 
cèrent le zamorin à être plus exact. Cabrai traita 'auflî 
avec le prince de Cananor , & revint en 1 501 en Por- 
tugal avec fa note richement chargée. Il a eu foin de dé- 
crire fon voyage , que Ramufio a fait imprimer avec plu- 
fieurs autres à Venife, après l'avoir traduit en Italien. * 
Mémoires envoyés de Portugal. 

CABRAL , famille ancienne de Portugal. Antoine 
Brandam dans la partie quatrième de fa Monarchia Lu- 
fitana , lib. 1 5 , azp. 36 , croit que la famille de Cabrai 
a exifté en Efpagne dès le temps des Grecs , & queues 
deux chèvres , que ceux de cette famille portent pour ar- 
mes , ont l'origine de ce que Caranus, roi de Macédoine , 
confultant l'oracle de Delphes fur l'endroit où il fixerait 
fa cour, celui-ci lui fit réponfe, qu'il n'avoit qu'à choifir 
la place où deux chèvres le mèneraient , au rapport de 
Solin , & de Juftin. Quoi qu'il en foit , cette famille porte 
de gueules aux deux chèvres pajfant armées de pourpre & 
de fable , & pofféde depuis fort long-temps la châtellenie 
de Belmonte dans la province de Beira , ck d'autres fei~ 



s 



CAB 



C A B 



gneuries 6c fiefs : & elle a le privilège de ne prêter ni 
ferment , ni hommage. " ^ • 

I. Nous ne commencerons cette famille , qu a GiL-AL- 
VARES Cabrai , qui époufa Maric-GU Cabrai , fa cou- 
fine germaine : il fonda des méfies à Belmonte , 6c fut 

.pere de 

IF. Pierre-Anne Cabrai , qui vivoit en 1260 , oc 
fut Repofteiro -mor , ou grand - maître de la garde - robe 
d'Alphonfe 1 1 1 , roi de Portugal , fut père de 

III. AYRES-PiRES Cabrai , qui vivoit au temps du 
roi Denys , 6c garda les places de Portalegre , Mouram , 
Aronches , & Caftellode Vide , qu'il conferva toujours 
pour l'infant Alfonfe frère de ce monarque , époufa Ca- 
therine-Anne, du Loureiro , fœur de Jean- Anne du Lou- 
reiro , de laquelle il eut entr'autres enfans , 

IV. AL V ARO-GiL Cabrai , qui époufa N de Fi- 

gueiredo , fille de Diegue , ou Jacques- Alfonfe de Fi- 
gueiredo , & de Conjiance-Rodrigues Pereyra ; & par 
ce mariage , il hérita la feigneurie de Moimenta da Serra, 
d'Azurara , 6c da Torre , 6c le château de S. André. Il a 
été châtelain de la ville de Guarda , & de Belmonte. Il 
fuivit le roi Jean I à la bataille d'Aljubarrota , 6c fe dis- 
tingua beaucoup dans cette fameufe journée ; & ayant 
perdu fon équipage ', où il avoit les donations des rois , 6c 
d'autres titres appartenais à fa maifon, le roi lui en-fit ex- 
pédier d'autres,en déclarant que les Efpagnols luiavoient 
pris les originaux; il eut entr'autres enfans , 

V. Lo uis-Al v ARES Cabrai , feigneur de tout ce que 
fon père pofTédoit , a été premier maître d'hôtel de l'in- 
fant Henri, fils du Roi Jeanl. Il époufa, i°. Confiance- 
Anne, de laquelle il a eu Ferdinand-AlvAres Ca- 
brai , qui fuit ; 6c Ifabelle Cabrai : z°. EUonor Domin- 
gues morte fans poftérité. 

VI. Ferdinand-AlvareS Cabrai , guardamor de 
l'infant D. Henri , fut tué au^fiége de Tanger en Afri- 
que. Il époufa Thèrefe d'Andrade , fille de Roderic Freyre 
d'Andrade , fils de Nuno Freyre d'Andrade , grand-maî- 
tre de l'Ordre de Chrift , 6c de Marle-Fernandes de Mei- 
ra , de laquelle il a eu Ferdinand Cabrai , qui fuit ; 6c 
Aldonce Cabrai , qui fut femme de Vafco-Marùns Mo- 
nis , commandeur de Panoyas. 

VII. Ferdinand Cabrai , châtelain de Belmonte , 
&C Adiantado , ou commandant des frontières de la pro- 
vince de Beyra , époufa D. Elisabeth de Gouvea , fille 
de Jean de Gouvea, feigneur d'Almendra, & châtelain 
de Caflello-Rodrigo , dont elle devint l'héritière. II en a 
eu Jean-Fernandes Cabrai , qui fuit ; Louis -Alvares 
Cabrai , Pierre- ALVARES Cabrai, dont il fera parlé 
ci-après ; D. Violante ou Yolande , femme de Louis da 
Cunha , feigneur de Sentar ; D- Beatrix , femme de 
D. Pierre de Noronha , châtelain d'Almeida , qui étoit 
bâtard de D. Pierre de Menefès , premier marquis de 
.Villareal. 

VIII. Jean -Fernandes Cabrai , châtelain de Bel- 
monte , époufa D. Jeanne de Caftro , fille deD. Rodri- 
gue de Caftro , dit de Monfanto , 6c de D. Marie Cou- 
tinho, dont il eut Ferdinand Cabrai , qui fuit ; Rodri- 
gue - Fernandes Cabrai , qui fe maria aux Indes avec 
£>. Elisabeth de Vafconcellos, fille de Diego, ou Jacques 
de Mefquita , gouverneur de Sofala ; OC Georges Cabrai, 
gouverneur des Indes en 1 5 50. 

IX. FERDINAND Cabrai , châtelain de Belmonte , 
époufa D. Marie de Caftelfobranco , fille de D. Jean 
de Caftellobranco, châtelain de Caftellobranco, & de 
D. Eleonorde Soufa, dont vinrent Nuno-Fern ANDES 
Cabrai, qui fuit ; D. Philippine de Caftro , qui époufa 
Emanuel de Soufa Ribeiro de Vafconcellos , châtelain 
de Pombal; 6c d'autres qui n'ont point laiffé de poftérité. 

X. Nuno -Fernandes Cabrai, châtelain de Bel- 
monte , époufa D. Marie de Noronha, fille de Henri de 

"Noronha , grand commandeur de S. Jacques , & de 
D- Guiomar de Caftro , dont font iffus Ferdinand 
Cabrai, qui fuit ; D. Aldonce de Noronha, époufe d'An- 
toine Lobo , châtelain de Monfany 6c d'autres qui fe 
firent religieufes. 



XI. Ferdinand Cabrai , châtelain de Belmonte , 
époufa D. Jeanne de Caftro , fille & héritière de fon 
oncle Georges Cabrai , gouverneur des Indes , dont na- 
quirent Nuno-Fern andes Cabrai, qui fuit ; D. Marie 
de Noronha , première femme de D. Alvaro de Soufa , 
capitaine d'une des compagnies d'hallebardiers de la gar- 
de du roi , morte avec poftérité. 

XII. NUNO -Fernandes Cabrai , châtelain de Bel- 
monte , époufa D. Marguerite de Menefès , fille de 
D. François de Soufa , capitaine d'une compagnie d'hal- 
lebardiers Allemands de la garde du roi , dont il eut Fer- 
dinand Cabrai , mort en exil fans poftérité pour avoir 
coupé les oreilles à François de Mello , gentil - homme 
des Indes orientales ; François Cabrai , qui après la mort 
de fon frère époufa D. Marie de Silva , fille unique 6c 
héritière de Jean de Mendoca ; PlERRE- Al VARES Ca- 
brai , qui fuit ; D. Louife de Caftro , époufe de D. Pierre- 
Fernandes de Caftro, feigneur de Boquilobo ; 6c des filles 
religieufes. 

XIII. Pierre- Al vares Cabrai, châtelain de Bel- 
monte, troifïéme fils de Nuno-Fern ANDES Cabrai, 
époufa à Penamacor D. Eleonor de Menefès , fille 6c hé- 
ritière de D. Jean de Menefès , dit le Roxo , comman- 
deur de Penamacor , 6c de Jofephine-Mar guérite de Par: 
quelques-uns croient que le véritable nom de fa fa- 
mille étoit Parme , 6c qu'elle étoit bâtarde du fameux 
Alexandre Farnèfe , duc de Parme , 6c d'une dame Fla- 
mande de la maifon de Boquoi , qui eft une branche de 
celle de Longeval. Ses enfans furent Jean-Rodrigues Ca- 
brai , mort fans alliance ; D. Marguerite de Menefès-, 
époufe' de Rodrigues de Figueiredo d'Alarcam ; Ferdi- 
nand Cabrai , qui fuit ; Nuno -Fernandes Cabrai , qui 
ne laiffa point de poftérité ; François Cabrai , qui époufa 
D. Marianne de Sa de Menefès , morte fans enfans ; 
mais il a laiffé pour bâtardes D. Marguerite , religieufe 
defainte Monique ; D. Philippine , époufe de Louis Gon- 
çalo de Soufa de Macedo , fils ^'Antoine de Soufa de 
Macedo ,fecrétairc d'état du roi Afonfe VI, D, Mar- 
guerite Maurice , qui époufa François de Brito Freire , 
vice - amiral ; D. Philippine , morte fans alliance ; 
D. Louife & D. Jofephine , religieufes à f ointe Monique, 

XIV. Ferdinand Cabrai , châtelain de Belmonte , 
a fervi à la guerre contre l'Efpagne , qui commença en 
1 640. Il fut nommé après gouverneur de Pernambuc dans 
l'Amérique , où il mourut. Il époufa D. Marie-Antoinette 
de Brito Freire , fille d Antoine de Brito Freire , 6c de 
D. Ifabelle Lobo , dont il eut Pierre-Al vares Ca- 
brai , qui fuit ; Cajetan - François - Louis Cabrai , qui 
époufa D. Jofephe-Marie Pereyra , fille de Gafpardd y k- 
breu de Freitas , ambaffadeur en Angleterre , du confeil 
des finances , 6c commandeur de l'ordre de Chrift ; 
D. Eleonor, époufe de Louis-Antoine de Bafto Bahaum, 
gouverneur du Fort de S. Antoine, morte fans poftérité 
en 17x9. 

XV. Pierre -Alv ares Cabrai, châtelain de Bel- 
monte , brigadier d'infanterie , 6c miniftre plénipoten- 
tiaire à la cour d'Efpagne , où il étoit en 1734, a époufe 
D. Catherine , fille de D. Antoine d'Almeida , comte 
d'Avintes , dont il n'avoit point d'enfans. 

VIII. Pierre - Alvares Cabrai , troifïéme fils de 
Ferdinand Cabrai , châtelain de Belmonte,'II du nom, 
dont nous avons parlé plus haut dans un article féparé , 
époufa D. Ifabelle de Caftro , fille de D. Ferdinand de 
Noronha du confeil du roi Jean II , 6c frère cadet de 
D. Pierre de Noronha , grand-maître du roi Jean II , 6c 
feigneur du Cadaval , dont font iffus Ferdinand-Al- 
VARES Cabrai , qui fuit ; D. Confiance de Noronha , 
époufe de Nuno Furtado , commandeur da Cardiga. 

IX. Ferdinand -Alv ares Cabrai , commandeur 
de Banho dans l'ordre de Chrift , périt fur mer à fon re- 
tour des Indes , étant capitaine du vaiffeaule S. Benoît. 
Il époufa D. Marguerite de Caftro , fille de D. Gonçalo 
Coutinho , commandeur d'Arruda , dont il eut Pierre- 
Alvares Cabrai , page de Catherine d'Autriche , époufe 
du roi Jean III, tué à la journée d'Alcacer en 1578. 

Jean- 



C A B 



j£AN-GOM£Z Cabrai , qui fuit; Ruy-Dias Cabrai, tué 
aux Indes orientales dans Ja guerre du Malabar. 

X. Jean -Gomez Cabrai , capitaine de la garde des 
rois Jean III , & Sebaftien , fut tue en Afrique. Ilépoufa 
D. Beatrix de Barros , fille & Antoine- ou François de Bar- 
ros, dont il eut Ferdinand -Alvarez Cabrai, qui 
fuit. 

XL Ferdinand-Alvarez Cabrai époufaD. Jean- 
ne de Carvalhofa , fille de Ruy - Gome^ dé Carvalhofa , 
grand tréforier de Portugal au temps du roi Sebaftien , 
dont vint D. Marie de Menefès , époufe de D. Jean- 
Louis de Vafconcellos de Menefès, gouverneur de Ma- 
ragam, avec une illuftre poftérité. * Mémoires manu/crics 
communiqués par feu M. le comte d'Ericeyra. 

CABRERA (Dom Bernard de ) miniftre d'état fous 
le règne de Pierre IV roi d'Aragon , fut très -utile à ce 
prince , tant qu'il demeura auprès de lui ; mais l'envie 
de ceux qui ne l'aimoient pas , l'obligea enfin de fe retirer 
dans un monaftere. Pierre IV s'apperçut bientôt de la 
perte qu'il avoit faite ; & dans le deAein de la réparer , il 
alla lui-même tirer Cabrera de fa folitude. C'étoit en 
1 349. Plufieurs années après , ce môme prince eut la foi- 
bleue d'écouter les calomnies des envieux de fon minif- 
tre , qui le firent paffer pour un traître dans fon efprit , & 
de lui faire trancher la tête le 16 juillet 1 364. Son regret 
trop tardif, fuivit de près cette exécution. Il reconnut 
qu'on Favoit trompé , & pleura en vain une perte qu'il ne 
pouvoit plus réparer. Tout ce qu'il put faire , fut de dé- 
clarer dans fon teftament, que Cabrera avoit été fait mou- 
rir injuftement, & d'ordonner que fon petit -fils feroit 
rétabli dans les biens de fon grand-pere , qui avoient été 
connfqués , & qu'on lui accordexoit d'autres marques de 
diftin&ion. *Mariana, hiftoire d'Efpagne, L 1 9, c. 1 j,&c. 
_ CABRERA ( Bernard de ) favori de Martin , roi de 
Sicile , neveu de Jean I roi d'Aragon , fut d'un grand 
fecours par fa valeur & par fa prudence à Martin, & ce 
fut à lui que ce prince dut d'avoir été reconnu généra- 
lement roi de Sicile en 1386. ParreconuoifTance, Mar- 
tin le fît préfident de ce royaume. Mais il abufa de fon 
autorité ; & lorfque le trône de Sicile vaqua en 141 o , il 
l'ambitionna , & pour y parvenir , il voulut engager la 
veuve de Martin , Blanche , fille de Charles III roi de 
Navarre , à l'époufer. Cette reine l'ayant refufé , il l'af- 
fiégea dans le château de Syracufe ; & quoi qu'il eût été 
forcé de lever le fiége peu de temps après, il continua {es 
hoftihtés à Palermeïjufqu'en 1 411, qu'il fut pris & en- 
fermé d'abord dans une citerne deiféchée , d'où il fut 
transféré dans une haute tour , que l'on environa peu 
après d'un filet , dans lequel Cabrera tomba en voulant 
s'évader. On l'y laifTa pendant un jour fufpendu en l'air, 
& en fpe&acle au peuple. Ferdinand , infant de Caftille, 
fucceffeur de Martin, lui fît grâce, à condition qu'il for- 
tiroit mcefiamment de la Sicile , ce qui fut exécuté. Il 
mourut peu après fon exil. * Mariana , hifloire d'Efpag. 
liv. ï 8 , 19 , 20. Laurent Valla , de Ferdinando , liv. z 

CABRERA MORALES ( Francifco de ) Efpagnol , 
natif du bourg dit las Brodas , dans l'Efirémadure , vivoit 
au^commencement du XVIIfiécle. Il favoit les langues, 
qu'il avoit enfeignées à Samalanque ; & depuis étant venu 
à Rome , il y fut théologien du cardinal Deza, mort en 
1 600. Il a continué l'hiftoire des papes de Ciaconius , & 
a travaillé à quelques autres ouvrages. * Nicolas Antonio 
biblioth. Hijpan. 

. CABRERA ( François de ) religieux de l'ordre de 
S. Auguftin, étoit Efpagnol, & a publié les généalogies 
des maifons de Ponce de Léon , de Cordoue, &c. Il eft 
mort en 1649. * Nicolas Antonio , biblioth. Hifpan. 

CABRERA (Louis de) de Cordoue, vivoit l'an 1630. 
Il étoit gentilhomme , & fut capitaine d'infanterie. Il a 
compofé l'hiftoire de Philippe II roi d'Efpagne , & un 
traité de l'hifloire. * Nicolas Antonio , bibl.Hifp. 

CABRERA ( Pierre de ) de Cordoue , étoit religieux 
de l'ordre de S. Jérôme dans le XVI fiécle. Il a écrit fur 
S. Thomas ; & fon frère nommé Alfonfe , religieux de 
l'ordre de S. Dominique , a été un excellent prédicateur. 



CAB 



9 



Il mourut en 1598 âgé de près de 50 ans. * Nicolas 
Antonio , bibl. Hifp. 

CABRERE (la) Capraria , petite ifle d'Efpagne ; 
dans la mer Méditerranée , proche de Me de Ma orque 
dont elle n eft éloignée que de deux lieues au midi vers le 
cap des Salines. 

CABRERE ( la ) ou la terre Cabrera , Capraria , con- 
trée d Efpagne dans la partie feptentrionaîe du royaume 
de Léon , dans les montagnes. Il n'y a aucun lieu de con- 
nderation. 

, ^ A ^ REU ^ L CBarthelemï ) chirurgien françois , étoit 
delà ville ou dudioçèfe de Montpellier. Il fut chirurgien 
du ro: Henri IV & du connétable de Montmorenci. Il eft 
mort avant Je milieu du XVII fiécle. U pofîédoit fort bien 
lanatomie, fur laquelle il a donné plufieurs ouvra** 
entr autres : Alphabeton anatomicum , id eft , anatlms 
elenchus accuraufftmus & c . à Genève chez Jacques 
Chouet , en 1604 , ** ;4 °. Obfervaùones varie , IZ 

es obfervations de plufieurs autres anatomiftes habiles, 
imprimées a Francfort en ,668 , in- 4 °. On trouve auffi 
dans le même recueil le colUpum anatomicum, du mê- 
me ; & plufieurs autres opufcules fur l'anatomie , dans 
un autre recueil de cette efpéce , imprimé à Hanovre en 
1654, i«-8«. Foye^ Manget, biblioth. feriptor. medi- 
cor.hv. 3,pag.x, in-fol. 

CABRIERES , bourg dans le comté Venaifiîn enPro- 

ve ^nSr? w°* D0L1L > lieu fame -« 

^ABKUS, Cabrus, eft le nom d'un Dieu des Pha- 
felites citoyens d une ville de Pamohilie. Ils lui offroient 
du poiffon fale : de-là vient qu'on a>pelloit proverbiale- 
ment du ponTon falé, un facrifice de Phafélites Suidas 
appelle ce dieu Calabrus , & Erafine prétend qu'il faur 
dire Caprus On peut croire que Caprus s'étoit dit plu- 
tôt pour Cabirus. v 

C ABSEEL ville de la tribu de Juda ; elle fut la patrie 
de Banaïas. * Jofué XF, 2 r . 

CABUL , la terre de Cabul ou de Chabul. C'étoit une 
contrée de la tnbu d'Afer, au midi des montagnes de Tyr 
Elle contenoit une ville, vingt bourgs ou villages, que Sa- 
lomon donna a Hiram roi de Tyr , pour le bois & l'or 
que ce roi avoit fourni pour bâtir le temple de Jerufa- 
lem. * I Reg. IX, 15. L 

63- CABUL , ville de l'Inde en deçà du Gange , aii 

royaume de Cabul ou Cabuliftan , dont elle eft la capi- 
tale. C eft une fort grande ville qui a deux bons châteaux ; 
& comme il y a eu deux rois qui y ont tenu leur cour , &t 
que plufieurs princes enfuite l'ont eu pour apanage , il y 
. a beaucoup de palais. * LaMartiniere , dicl. gêoe 

1 empire du Mogol. Ce pays a pour limites au nord laTar*- 
tarie , dont il eft féparé par le mont Caucafe , que les 
orientaux appellent Caf Dagui. Kachemire eft à fon 
orient : il a a ion occident le Zabuliftau , & une partie 
du Çandahar ; & a fon midi le pays de Multan. Il a été 
quelquefois fous la domination des Perfaus Deux des 
rivières qui groffifTent t'Indus ont leur fource dans fes 
montagnes, d'où elles arrofent la province, &ne la ren- 
dent pas pour cela plus abondante : car comme le pays 
eft trcs-froid , il eft peu fertile , fi ce n'eft aux endroits 
qui lont couverts de montagnes ; cependant il ne laifle 
pas d être fort riche, parccqu'il s'y fait un très-grand tra- 
fic de ta Tartane , du pays des Usbecs , de la Perfe & 
des Indes. Les Usbecs feuls y vendent tous les ans plus 
de foixante mille chevaux ; & cette province eft fi com- 
modément fituée pour le commerce , que l'on y apporte 
de toutes parts ce qui y manque, & les chofes y font à 
. bon marché. Les inirabolans croiftent dans les monta- 
gnes de ce pays , & c'eft la caufe que les Orientaux les 
appellent Cabuly. C'eft particulièrement de cette pro- 
vince d'où l'on fait venir les cannes dont on fait les halle- 
bardes & les lances , & beaucoup de Ces terres en font 
plantées. Le Cabuliftan eft rempli de petites villes , de 
bourgs & de villages,& la plupart des habitans font Gen- 
tils : c'eft pourquoi il y a beaucoup de pagodes. Ils comp- 
tent leurs mois par lunes , & célèbrent avec grande 

Tome III, g 



ÏO 



C AB 



C A C 



vénération leur fête nommée Houby. Elle dure deux 
jours : leurs temples font alors remplis de peuple qui y 
vient prier & faire (es offrandes. Le refte de la célébra- 
tion confiée à dalifer par troupes dans les rues , au fon 
des trompettes. Ils ont tous à cette fête des habits d'un 
rouge foncé. Plufîeurs font des mafcarades , ck vifitent 
ainfi leurs amis. Ceux qui font de même tribu mangent 
enfemble , ck le foir on allume des feux par les rues. 
Cette fête fe célèbre tous les ans à la pleine lune de fé- 
vrier , ck elle finit par la deftruftion de la figure d'un 
géant , contre lequel un petit enfant tire des flèches pour 
repréfenter ce qu'on fait croire au peuple : à favoir que 
Dieu étant venu au monde fous le nom de Cruchman , 
il y parut fous la forme d'un enfant ; qu'un grand géant 
qui craignoit d'en être détruit , voulut le perdre ; mais 
que cet enfant lui lança fi adroitement une flèche , qu'il 
le renverfa par terre & le tua. 11 femble que ces peuples 
aient autrefois été inftruits de la religion chrétienne; 
mais s'ils en ont eu quelque teinture, elle eft bien gâtée 
par les fables ck les contes, ridicules qu'on leur a faits , 
aufquels ils conforment leur vie ck leur religion. Leur 
plus confidérable charité confifte à faire creufer beau- 
coup de puits , ck à faire élever quantité de petits bâti- 
mens d'efpace en efpace dans les grands chemins , pour 
la commodité des voyageurs. Ce pays fournit au refte des 
Indes beaucoup de médecins , qui font tous de la cafte 
des Banians : il y en a de très-habiles , qui ont de beaux 
fecrets pour la médecine : entr'autres remèdes, ils ië fer- 
vent fouvent de l'uftion. * La Martiniere , dicl. Geogr. 

CABUS , furnommé Schams alMaala , c'eft-à-dire , 
le foleil dans fon apogée , étoit fils de Vafchmeghir ou 
Vafchamghir, ck neveu de Mardavige. Vafchmeghir 
<étoit fils de Siad , ck prétendoit defcendre de Raafch , 
ancien gouverneur de la province de Ghilan , du temps 
que Kai Khofru , prince de la dynaftie des Cajadines , 
regnoit en Perfe. Il entra à la cour de Nub, fils de NafTer , 
iùltan de la dynaftie des Samanides l'an de l'hégire 332 , 
de J. C. 943. S'y étant fait connoître pour homme de 
valeur ck de conduite , on lui confia une armée avec la- 
quelle il conquit l'année fuivante la province de Gior- 
gian. Après la mort de Vafchmeghir , fon fils aîné lui 
iùccéda , ck régna jufqu'en 336 qu'il mourut, biffant fa 
fucceffion à fon cadet nommé Cabus , qui eft celui dont 
nous parlons. Cabus fut un prince de très - grande répu- 
tation pour toutes les belles qualités qu'il poffédoit. Il 
avoit l'efprit noble ck élevé ; il étoit favant ck éloquent , 
& écrivoit avec beaucoup de politeffe. Ces belles quali- 
tés ne l'empêchèrent pas d'être malheureux. Ayant donné . 
retraité à Fakreddulat , prince de la maifon des Buydes , 
chaffé de fes états par fon frère Muiaddulat , celui-ci 
entra l'an de l'hégire 371, de J. C. 98 1 > avec fon armée 
vi&orieufe dans- le Giorgian , ck contraignit Cabus de fe 
réfugier lui-même avec Fakreddulat dans le Khora- 
fan , où il demeura près de 1 3 ans fugitif & dépouillé. Le 
comble de fon chagrin , fut que Fakreddulat étant ren- 
tré après la mort de fon frère dans fes états , loin de le 
rétablir dans fes états , s'en empara lui-même. Après la 
mort de cet ingrat , qui arriva l'an 387 de l'hégire, de 
J. C. 997 , Cabus fut reconnu par les peuples du Gior- 
gian ck du Mazanderan pour leur prince légitime. Entré 
dans fes états , il les augmenta peu après des provinces 
de Ghilan ck de Tabareftan ; mais il ne jouit pas long- 
temps du fruit de Ces vi&oires. Sa févérité , qu'on nom- 
moit d'un titre plus odieux , ne plaifant pas à ceux qui 
vouloient pécher avec impunité , les grands de fa cour 
conjurèrent contre lui 6k fe faifirent de fa perfonne , 
ck envoyèrent à Manugeher fon fils , pour lui faire fa- 
voir qu'ils vouloient le placer fur le trône de fon père ; 
ck que s'il refufoit leurs offres , ils les feraient à quelqu'au- 
tre. Manugeher ne voyant pas d'autre parti à prendre , 
accepta les offres ; mais dès qu'il eut été reconnu ck pro- 
clamé fultan , il alla à Baftham , où fon père étoit retenu , 
baïfa la terre devant lui , l'aflura de fon obéiffance , 6k lui 
dit que s'il le lui commandoit , il lui ofFroit au péril de fa 
couronne ck de fa vie de punir les rebelles , ck de le réta- 



blir. Cabus content des fo-umifîions de fon fils , lui dit ran- 
gement : J'ai fixé ici le terme de mes actions & de ma vie, 
& je vous remets toute mon autorité entre les mains, Ca- 
bus ne fongeoit plus dans fa prifon , qu'à fervir Dieu. 
Mais fes ennemis appréhendant qu'il ne pût un jour fe 
venger d'eux , fubornerent des gens qui le firent mourir 
parlepoifon. Ce prince étoit favant. Ilacompofédes 
lettres & des vers qui ont été fort eftimés. Ilfitbeaucoup 
de careffes ck de préfens à Avicenne , qui avoit guéri fon 
neveu d'une paffion amoureufe fort violente. * D'Her- 
belot, bibl. orient. 

CACA, feeur de Cacus, découvrit à Hercule le larcin 
que fon frère avoit fait de fes bœufs , 6k mérita d'être ho- 
norée par des facrifices qui lui étoient offerts par les Vef- 
ftales , dans une petite chapelle bâtie à Rome fous fon 
nom , félon Servius , fur le 8 livre de l'Enéide. Virgile 
néanmoins au même lieu , 6k Ovide , au 1 livre des Faf- 
tis , difent que ce larcin fut découvert d'une autre ma- 
nière. Voye^ CACUS. 

CÀÇAÇA , ville de la province de Garel , dans le 
royaume de Fez en Afrique , fur la côte de la mer Médi- 
terranée , à fept lieues de Melile , par mer , d'où elle n'eu: 
éloignée que de deux lieues par terre. Le duc de Médina 
s^n étoit rendu maître en 1496 , après la prife de Melile. 
Les habitans qui n'avoient ofé attendre fa venue , s'é- 
tant retirés ailleurs , il fit rafer la ville , ne confervant 
que le château qui eft fort , 6k fîtué fur un roc que l'on 
ne peut miner. * Marmol , de l'Afrique , liv. 4. 

CACALLA ( Àuguftin ) étoit de Valladolid en EA 
pagne , 6k fut long - temps prédicateur de l'empereur 
Charles-Quint ; mais il apoftafia pour embrafler les opi- 
nions de Luther. Après la mort de Charles-Quint, il fut 
condamné par l'inquifition , 6k brûlé à Valladolid le 2 1 
mai 1559. * Théod. Beza Icônes virorum doctrine Jï- 
mul & pietate illufrium , à l'article Martyres Hifpani. 
CACALLA ou CAZALLA, bourg d'Efpagne , fitué 
dans l'Ândaloufie , vers le royaume de Léon , à douze 
lieues de Seville 6k à quatorze d'Ecija. On croit que La- 
conimurgium , ancienne ville épîfcopale , pouvoit être en 
ce lieu , ou à Conftantina , ou à Colmenar. * Baudrand. 
CAÇARFARAON , ou Château-Pharaon , ville rui- 
née,fituée fur la montagne de Zarhon,proche de la ville de 
Fez en Afrique, On dit qu'elle a été bâtie par les Goths ; 
6k les habitans , fur une tradition fabuleufe , en attri- 
buent la fondation à Pharaon roi d'Egypte. Les plus 
célèbres hiftoriens la nomment le palais Zarhon , ou Za- 
rahanum , 6k non pas de Pharaon. On voit encore en 
plufîeurs endroits des inferiptions en lettres gothiques , 
qui font connoître qu'elle fut bâtie ou embellie par les 
Goths. Toutes les collines 6k les vallées d'alentour font 
couvertes d'oliviers. * Marmol, de F Afrique liv. 4. 

CACAR, ville du royaume de Fez. ChercheiAhCA- 
ÇAR. a 

CACCIA (Auguftin) natif de Novarredans le Mila- 
nez , vivoit vers Tan 1550. Il porta les armes avec ré- 
putation dans l'armée de l'empereur Charles-Quint , Se 
s'attacha aufïi à faire des vers. Lorfqu'il fut avancé en 
âge , il compofa deux volumes de po'éfies fpirituelles , 6k 
en dédia un à Catherine de Medicis reine de France , ck 
l'autre au cardinal de Grandvelle. * Nicolas Antonio , 
bibl. Hifp. 

CACCIA ( Frédéric ) cardinal ck archevêque de Mi- 
lan.'Etant nonce en Efpagne , il fut nommé cardinal par 
le pape Innocent XII le 12 décembre 1695. Il mourut 
à Milan le 16 janvier 1699 , âgé de 65 ans. 

C ACCIALUPI ( Jean - Baptifte ) de San - Severino 
en Italie , jurifconfulte, vivoit dans le XV fîécle vers l'an 
1407. C'étoit le dofleur de fon temps le plus confulté 
fur les matières civiles ck eccléfiaftiques. Il écrivit divers 
ouvrages de droit : De jujlitia &jure. De debitortfuf- 
peclo fugitivo. De paclis. De modo Jludendi. De tran- 
faclione defenforum juris , &c. IlenfeignoitàSienne en 
1 464. * Forfter , in vit. jurife. Bumaldi , biblioth. B ci- 
non. &c. M. Simon, biblioth. des auteurs de droit. 
C ACCIANEMICI eft le nom d'une famille de Bou- 



C AC 



iôgne en Italie, d'où fbrtoit Gérard de Caccianemici 
pape fous le nom de Lucius II , & Humbert de Cac- 
cianemici , que le même pape fit cardinal en 1 1 44. Il ren- 
dit de grands fervices à Alexandre III durant le fchifme , 
& mourut peu de temps après fous fon pontificat. * Si- 
gonius , de eplfc. Bon. liv. 1. Baroniu.s. Onuphre , îkc 
CACEGAS ( Louis) religieux de l'ordre de S. Domi- 
nique en Portugal. Il travailla à l'hiftoire de fa province 
en portugais , tk à celle de la vie de dom Barthelemi des 
Martyrs ; & Louis de Soufa fe fervit de Tes mémoires. 
Cacegas ■■mourut vers l'an Î610 âgé de plus de 70 ans. 

* Nicolas Antonio , bibUothHifp. 

C ACERES , petite ville de l'Eftrémadure d'Efpagne. 
Elle eft fur la petué rivière de Sarlot , environ à lix lieues 
•d'Alcanfara. * Baudrand. 

CACERES ou CACERES DE CAMARINHA , 
.ville de Tifle de Luçon., l'une des Philippines, avec évê- 
ché fuffragant de Manille. Elle eft fituée fur le détroit dit 
Ejirccho de M unit lui , avec un bon port qui eft aux Es- 
pagnols. On voit dans cette ifle la montagne de Mayon- 
que qui jette des flammes. * Baudrand. 

CACHAN ville de Perfe dans la province d'Yerak , 
à vingt-deux lieues d'Ifpahan , vers Kom. Il y a de beaux 
bazars ou marchés , & plufieurs caravanferas bâtis en bri- 
que. Un grand nombre d'ouvriers en foie y font des bro- 
cards d'or & d'argent , des plus riches & des mieux tra- 
vaillés qui fortent de la Perfe. On y compte plus de mille 
familles de Juifs , qui fe vantent d'être defcendus de la 
tribu de Juda, de même que ceux d'Ifpahan & de Kom. 

* Tavernier , voyage de Perfe. 

CACHEMIRE, royaume. Cherche^ KACHEMIRE. 

CACHET (Jean) Lorrain , né à Neuchâtcau dans 
ïe diocèfe de l'ouï , entra chez les Jéfuites à Nanci le 
S janvier 1617a l'âge de 20 ans. Il fit les vœux Amples 
à Pont-à-Moufton , le 9 janvier 16 19. Après avoir ré- 
genté quelque temps les balles dalles , & avoir été éle- 
vé au facerdoce , on ne le chargea plus que d'emplois 
faciles à remplir. Sa mauvaife fanté , & diverfes mala- 
dies qui le tourmentoient fréquemment , ne permirent 
point qu'on le plaçât dans des poires pénibles. Il eft mort 
à Pont- à -Mouflon le 22 décembre 1633. On a de lui 
1 . La 'vie de Jean Brachmans , religieux de la compa- 
gnie dj Je/us, compofée en italien par le R. P. Virgilio 
Cepari , & mife en françois par le père Jean Cachet ; à 
Paris, i63'o,i/z-8°. 2. Conférences fpintuelles , traduites 
de l'efpagnol du R. P. Nicolas Arnaza ; à Paris, 1630 , 
in-4,. 3. Abrégé de la vie de S. François de Borgia ; à 
Pont-à-Mouflon , i/z-r 2. 4. La vie de S. Ifidore gatron 
des laboureurs , & de la bienheureufe Marie de Cabeça , 
fa femme , par un père delà compagnie de Jefus ; à Ver- 
dun, 163 1, in-i 2. C'eft une traduction de l'efpagnol de 
Jérôme Quintana. 5. La vie de S. Jofeph , chanoine ré- 
gulier de l 'ordre de Prémontré ; à Pont-à-MoufTon, 1632, 
i/z-12. 6. U horreur du péché ; iPont-k-Mouffon, 1633 , 
in-4 . & à Rouen , 1 68 1, in-i 2. * Mémoires manuferits 
communiqués par le père Oudin , Jéfuite. 

C ACHIEU ou C AECHEU , bourg ou petite ville de la 
Nigritie en Afrique. Il éft fur la rivière de faint Domingo , 
&a un bon port fréquenté par les Européens. Mati, dict. 

CACHOUB , c'eft un bout de la Pomeranie , qui, eft 
refté au roi de Pologne , & qui commence à huit lieues 
de Dantzick. Ce ne font que des montagnes & des bois , 
qui n'ont que de petits fentiers faits , ce femble , feule- 
ment pour les cerfs : il n'y a ni terre cultivée , ni village. 
* Mérn. du Chev.de Beaujeu. 

CACIQUE , nom des gouverneurs ou princes fous 
les anciens incas ou empereurs du Pérou. Les plus confi- 
dérables des nobles originaires du pays , retiennent en- 
core ces noms d'incas & de caciques , quoiqu'ils obéif- 
fent aux Efpagnols. Les princes de I'ifle de Cuba , dans 
l'Amérique Septentrionale , portoient le même nom de 
caciques , lorfque les Efpagnols s'en rendirent les maî- 
tres. * Herrera. Antonio de Solis , &c. 

^3* C ACONGO , petit royaume d'Afrique , dans la 
baffe Guinée à l'occident, & prefqu'à l'embouchure du 



C AC 



Zaïr, depuis laquelle il s'étend jufqu'à la mer. * La Mai 1 - 
tinierc , diction, géog. 

$Or CAÇORLA ouCAZORLA, ville d'Efpagne 
en Andaîoufie , fur le ruiffeau de Vega, entre deux mon- 
tagnes , vers les frontières du royaume de Grenade. 
Elle eft du domaine de l'archevêque de Tolède , à qui 
elle appartient , avec le pays aux environs , nommé Ade- 
Lantamiento de Caçorla. Elle n'eft qu'à deux lieues de 
la Source du Guadalquivir , & à fix de Baéça , félon Ro- 
drigue de Silva. * La Martiniere , dicl. géog. 
• CACOUCHAS , peuple de l'Amérique Septentrio- 
nale. Ils font dans le Saguenai , contrée de la nouvelle 
France , & au nord de la ville de Tadouflac. * Mati , dicï. 

CACQUERAI ( Louis de ) écuyer, Sieur de Valmei- 
nier, étoit d'une ancienne noblefte de Normandie. Cette 
famille , qui s'eft partagée en vingt-trois branches , tire 
fon origine de Guillaume de Cacquerai , écuyer, 
Sieur de la Folie en Valois, qui en 1470 époufa Antoi- 
nette du Bofc de Rudepont. Les titres & les fervices de 
cette famille furent approuvés dans la recherche que 
l'on fit des nobles en 1669 , & dans l'arbre généalogique 
drefîe par M. d'Hozier en 1720. 

. Louis de Cacquerai s'établit à la Martinique en 1651, 
& y amena un grand nombre de domeftiques. M. du 
Parquet , alors feigneur propriétaire de I'ifle , le reçut 
avec joie. Il lui accorda tout le tërrein qu'il voulut , &: 
une exemption de tous droits. En 1654 , M. du Par- 
quet le nomma gouverneur de la Grenade. A fon retour 
en 1657 , il fut fait capitaine de la première compagnie 
de cavalerie , qui fut mife fur pied dans les Mes , & en 
cette qualité , il rendit des fervices confîdérables à la 
compagnie de^ 1664 » en difJipant plufieurs Séditions qui 
s'étoient élevées contre le nouveau gouvernement. Le 
roi ayant retiré les Ifles des mains delà compagnie , Se 
les ayant réunies à Son domaine en 1674 , le Sieur de 
Baas , lieutenant général de fes armées, & premier gou- 
verneur général des Ifles , ayant eu de nouvelles preuves 
de la bravoure & de la fidélité de Louis de Cacquerai , 
Surtout lorfque la flotte hollandoife, commandée par Rui- 
ter , attaqua le. Fort Royal de la Martinique , le nomma 
pour pirsnier confeillerdu confeil fouverain qu'il établit 
à la Martinique par ordre du roi le 2 novembre 1675* 
Louis-Gaston de Cacquerai , fon fils , a feryi en 
France dans la Marine depuis l'année 1687. Il fe diftin- 
gua en 1690 au combat de la Manche , où il futbleflfé à 
la jambe par un éclat. Il fut fait major , & peu après lieu- 
tenant de roi à Salnt-Chriftophe , à la paix de Rïfwick. 
S'étant trouvé à la Guadeloupe en 1703 , lorfque les 
Anglois l'attaquèrent , il y fit paraître beaucoup de bra- 
voure. Il étoit à Paris en i7i7,-lorfqu'on y reçut la nou- 
velle d'un Soulèvement à la Martinique contre le gouver- 
neur général. La cour le fit partir auffitôt avec le fieur de 
la Guarigue Savigny , major de la même ifle , pour ap- 
paiSer ce déSordre. Il s'étoit marié en 1700 , avec Rose. 
le Vaflor de la Touche , dont il a eu un fils qui a Servi dans 
les mouSquetaires du roi. * Le père Labat , en Ces nou- 
veaux voyages aux Ifles françoifes de l'Amérique , to- 
me V, page 466. Supplém. franc, de Bafle , tome II 
page 7. On peut confulterauffi VHiJioire de Saint-Do-' 
mingue , par le père Charlevoix , Jéfuite : il y eft parlé 
en plufieurs endroits de meffieur* de Baas ck du Parquet â 
nommés dans cet article. 

CACUS , berger d'Italie , du grec -mko\ b méchant , 
fâifoit fa demeure fur le mont Aventin , qui fut depuis 
renfermé dans l'enceinte de la ville de Rome ,, & exer- 
çoit de continuels brigandages aux environs. On dit 
qu'Hercule revenant d'Efpagne , après avoir tué Gé- 
ryon , pafla près du mont Aventin , avec le troupeau de 
ce roi qu'il emmenoit : Cacus lui enleva pendant la nuit 
quelques boeufs , les tirant par la queue dans fa caverne , 
afin que leurs pas imprimés- à reculons ne puflent décou- 
vrir le lieu où ils étoient. Hercule ayant reconnu' ce lar- 
cin , chercha vainement aux environs de la caverne de 
Cacus , & ne s'imagina pas que fes bœufs y fuflent ren- 
fermés , pareeque les veftiges donnoient lieu de croire 

Tome II L B ij 



n CAD 

le contraire. Cependant il entendit le cri d'un de Tes 
bœufs qui Tentant le refte du troupeau , commença à mu- 
gir, Auffitôt il enfonça la porte de cette caverne , & 
atfbmma ce voleur à coups de maflue. Les po'ëtes difent 
que Cacus étoit fils de Vulcain , & qu'il jettoit des flam- 
mes par la bouche : peut-être pareequ'il bruloit les mai- 
fons , après les avoir pillées. Quelques-uns ont prétendu 
qu'il avoir été domeftique d'Evandre. Ils ajoutent que 
c'étoit un géant d'une grandeur prddigieufe , qu'il vi- 
vo it de chaire humaine , ôc qu'il étoit demi -homme , 
comme on nous repréfente les Satyres. D'autres difent 
que Cacus habitait l'Efpagne Taragonnoife ; qu'il donna 
fon nom au mont Cacus , maintenant Moncaïo , dans 
l'Aragon , fur les confins de la Caftille-vieille ; qu'il étoit 
affreux à voir, fk d'une humeur extrêmement fauvage ; 
ce qui avoit donné lieu de Fappeller Demi-homme ; qu'il 
avoit inventé certaines armes à feu , & une poudre fem- 
blable à notre poudre à canon ; ce qui le fit pafler pour le 
fils de Vulcain : enfin qu'il pourfuivit Hercule jufqu'en 
Italie , où il lui déroba quelques-uns de fes bœufs. * Tite- 
Live , liv. i. Virg. Enéïd. 8. Ovid. Fafi. liv. i. Pro- 
pert. liv. 4 , eleg. io,v.j. Gerund. liv. i.paralip. Hifp. 
Martial , llv. 5 , tpig. 67, v. 5. Solin , chap. i, Voye^ 
Saumaife ,fur Solin. 

CADALOÙS ou CADOLUS , évoque de Parme , 
fut élu pape l'an 1061, par la fa&ion de l'empereur Hen- 
ri IV contre Alexandre II qui avoit été élevé fur le faint 
fiége par les cardinaux , après la mort de Nicolas IL 
Cadaloiis fut reconnu fous le nom d'Honoré II , par les 
évoques & par les princes deçà les Alpes. II vint avec 
une armée devant Rome pour fe mettre en pofleffion 
de cette ville ; mais il fut repoufle par les troupes de 
Godefroi marquis de Tofcane , & de Mathilde fa fem- 
me , qui avoit pris le parti d'Alexandre , & fut contraint 
de fe retirer à Parme. Cette première tentative ne lui 
ayant pas réufil , il revint une féconde fois avec un plus 
grand nombre de troupes , & s'empara de la partie d& 
la ville nommée Léonine , & de Féglife de S. Pierre ; 
mais il fut encore chafifé ,&fès troupes mifes'dans un fi 
grand défordre , qu'il penfa être pris , & fut obligé de 
s'enfermer dans le château Saint- Ange , d'où ibajût bien 
de la peine à fe fauver , en donnant de l'argent à ceux 
qui l'avoient afliégé. Quelque temps après on aflembla 
un concile à Mantoue, pour juger le différend qui étoit en- 
tre Alexandre & Cadaloiis. Cadaloiis y foutint foible- 
ment fon droit & fe retira. Alexandre y fut reconnu pour 
pape légitime , mais on l'obligea à pardonner à Cada- 
loiis. Ce concile fut tenu l'an 1064, en préfence d'Han- 
non archevêque de Cologne , qui étoit le principal ad- 
miniftrateur des affaires d'Allemagne , fous l'empereur 
Henri IV. Cadaloiis mourut depuis miférablement , fans 
avoir voulu renoncer à la qualité de pape. * Leond'Of- 
tie , /. 3 , c. 20. Platine , dans ALcxandrelL Baronius , 
A. C. 106 1 , 1062 , 1064. Du-Pin , biblioth. des auteurs 
ecclef. du Xljiécle. 

CADAMUSTI ( Louis ) de Venife , a vécu vers l'an 
1 504. Il publia une relation de fes voyages de mer , que 
nous avons en latin , par les foins d'Archangelo Ma- 
drignani. 

pr/ir- CAD ARIENS ou CADARITES , fefte parmi 
les Mufulmans , qui«pie le deftin & la prédeftination , & 
croit qu'il eft absolument en notre pouvoir de faire le bien 
ou le mal , & d'ufer de notre liberté comme il nous plaît. 
Cette fe&e eft oppofée à celle des Giabares , qui dépouil- 
lent l'homme de fa liberté , & regardent le deftin comme 
la feule caufe de toutes nos actions. Cadar fignifie pou- 
voir ; &c les Cadariens prennent ce nom, pareequ'ils fou- 
tiennent que l'homme peut faire ce qu'il juge à propos , 
& agit félon fa volonté , en ce qu'il eft de bien ou de 
mal. * Ricaut , de V empire Ottoman. 

Le premier auteur de celte fecte fut Mabed ben 
Khaled Algiohni , que Hégiagefit mourir à Baffora. Ben 
Aun , un des plus célèbres dofteurs du mufulmanifme , 
ne faluoit point les Cadariens , ou Motazales , ( car ce 
font les mêmes ) & diioit qu'ils étoient les Manichéens- ' 



CAD 



du mufulmanifme , pareequ'ils admettaient deux prin- 
cipes , favoir Dieu & l'homme. Schaabi difoit , que pour 
11'être point Cadarien ou Motazale , il faut rapporter 
toutes, les bonnes actions à Dieu , & les méchantes à 
l'homme. * D'Herbelot , hibl. orient. 

CADAVRE ou CORPS MORT. Il n'y a point de 
nation qui n'ait eu fes cérémonies pour l'enterrement 
des morts. Les Romains gardoient pendant huit jours 
le corps dans la maifon , & pendant ce temps l'on met- 
toit d'ordinaire un cyprès à la porte, fiir tout fi c'étoit une 
perfonne riche , pour empêcher le monde d'entrer ; le 
huitième jour ils faifoient avertir le peuple par un crieur , 
afin qu'il afîiftât à l'enterrement : Exequias L. Ti- 
TIO L. FILIO QUIBUS EST COMMODUM ,~IRE JAM 
TEMPUS EST : OLLUS EX JEDÏBUS EFFERTUR ; c'eft 
cet avertiflement au peuple que Feftus appelle Funus in- 
diclivum. Le peuple étant arrivé , on mettait le corps, 
dans une efpece de lit , avec des linceuls fort propres. 
Les pleureufes alors fe préfentoient devant la maifon du 
défunt , où elles faifoient de leur mieux pour marquer 
une triftelTe qu'elles ne fentoient point : elles verfoient 
des larmes en concert , &t pleuroient aftez haut pour 
faire une efpece de mufique funèbre. La pompe funè- 
bre marchoit ; un joueur d'inftrumens précédoit le corps , 
& chantait les louanges du défunt. Lorfque les anciens 
mettoient le corps fur le bûcher pour le ( brûler , on lui 
ouvroit les yeux comme pour lui faire regarder le ciel ; 
& l'ayant appelle plufieurs fois à haute voix , le plus pro- 
che parent mettait le feu au bûcher avec une torche , 
en tournant le dos pour dire que c'étoit à regret qu'il 
rendoit ce fervice au défunt. Pline veut que l'ufage de 
brûler les corps des défunts ne foit pas fort ancien à 
Rome ; vu , dit-il , que nous ne voyons pas qu'aucun de 
la famille de Cornélius ait été brûlé jufqu'à Sylla ; mais 
Pline femble fe contredire lui-même , puisqu'il écrit 
que le roi Numa défendit d'arrofer de vin les feux qu'on 
allumoit pour brûler les corps ; aufli Plutarque afiure 
que le même -Numa défendit exprefiement qu'on brûlât 
fon corps après fa mort , mais qu'il ordonna de faire 
deux tombeaux de pierre , dans l'un defqucls on met- 
trait fon corps , & dans l'autre on y enfermerait les 
livres facrés qu'il avoit compofés fur la religion & le 
culte des Dieux : ce qui eft une preuve que l'ufage de 
brûler les corps eft fort ancien , & qu'il fe pratiquoit mê- 
me de fon temps. Les loix des douze Tables faites trois 
cens ans après la fondation de Rome , qui défendoient 
d'enterrer & de 'brûler les corps dans la ville , ne favori- 
fent peint le-premier fentiment de Pline ; &c l'on n'en peut 
rien conclure autre chofe , û ce n'eft que les deux ma- 
nières d'enterrer les corps & de les brûler , étoient en 
ufage , & qu'il n'étoit défendu de les brûler &c de les 
enterrer dans la ville , qu'à caufe de Finfeftion & des in- 
cendies qui en pourraient arriver. 

Ciceron nous apprend que la coutume d'enterrer les 
corps fut introduite à Athènes par Cécrops , & qu'on 
enterrait les Athéniens du" côté du foleil couchant : au 
lieu qu'à Mégare ils avoient le vi&ge tourné au foleil le- 
vant. La coutume d'enterrer les corps a duré fort long- 
temps par toute la Grèce. 

Les Egyptiens embaumoient les corps des défunts , 
pour les préferver de la corruption. Les Ethiopiens 
avoient divers ufages ; quelquefois ils les jettoient dans 
le courant des fleuves & des rivières , quelquefois ils les 
bruloient ou ils les enfermoient dans des vaifleaux de 
terre cuite , félon le témoignage d'Hérodote & de Stra- 
bon. Les Indiens les mangeoient , pour leur donner par 
ce beaufecret, une féconde vie , les changeant ainfi en 
leur propre fubftance. Ceux qu'Hérodote appelle Ma- 
crobiens , c'eft-à-dke , de longue vie, deflechoient 
leur corps , puis peignoient leurs vifages , avec du blanc 
leur donnant leur coloris naturel. Ils les enfermoient en- 
fuite dans une colonne de verre , puis ayant gardé le 
corps un an en cet état , ils l'expofoient en quelque lieu 
proche de la ville , où on le voyoit. Diodore de Sicile 
rapporte qu'il y avoit certains peuples qui bruloient les 



corps , puis eçfermoient leurs cendres 6k leurs os dans 
des ftatues d'or, d'argent 6k de poterie, les revêtant de 
verre pardeffus. Les Garamantes les enterraient fur le 
bord du rivage dans le fable , afin qu'ils fu fient lavés des 
eaux de la mer. 

Pour revenir à la coutume des Grecs 6k des Romains 
de brûler les corps , le corps du défunt ayant étéconfumé 
par le feu , après que les aflîftans lui avoient dit le der- 
nier adieu : VitU (sternum , nos co ordine quo naturel y o- 
l 'mrk yjequemur ; les proches parens en ramaffoient les 
cendres , 6k recueilloient les os que l'on arrofoit d'eau 
luftrale, Se qu'on enfennoit dans des urnes de madère dif- 
férente, pour les mettre enfuite dans des tombeaux, ver- 
fant deffus des larmes , qui étoient reçues dans de peti- 
tes phioles appellées lacrimatoires , qu'on enfermqit pa- 
reillement avec l'urne dans le tombeau. On ne voit pas 
trop bien de quelle manière ils pouvoient recueillir les 
cendres, 6k empêcher qu'elles ne fe mêlaflent avec celles 
du bois ck des autres chofes que l'on bruloit avec le corps. 
Pline fait mention d'un Un qui croît dans les Indes , nom- 
mé par les Grecs Asbcfis. -m^çoç , c'eft-à-dire , incombuf- 
tiblt , dont ou faifoit de la toile qui ne bruloit point , 
quoiqu'on ia jettât dans le feu. L'on pouvoit en eiwe- 
loper le corps, ck-ramaffer aifément les cendres du dé- 
funt , fins qu'elles fuffent mêlées avec celles du bois ; 
mais peu de perfonnes pouvoient s'en fervir, puifque le 
même Pline allure que cette toile étoit fort rare , ck 
qu'on la gardoit pour les rois du pays. Peut-être fe fer- 
voient-ils d'une autre toile faite de la pierre d'Amiante , 
qu'on avoit alors le fecret de filer au rapport de Pline : 
& Plurarque nous allure qu'il y avoit de fon temps une 
carrière de cette pierre dans l'ille de Negrepont ; on en 
trouve même dans l'ille de Chypre , dans celle de Tmés, 
ck ailleurs. Ils pouvoient encore avoir quelque autre in- 
vention , comme de mettre le corps fur le bûcher dans 
un cercueil d'airain ou de' fer , d'où il étoit fort aifé de 
recueillir les cendres 6k les os qui n'étoient point brûlés. 
* Joan. Rofin. Antiquités romaines. Thom. Dempfler. 
Petr. Danet. Perfe , Sat. 3 , v. 103. Lucan. liv. ç,v. 442. 

Les Grecs 6k les Romains avoient coutume de fermer 
les yeux à leurs morts : ils remettoient tous les mem- 
bres dans leur fituafion naturelle , quand ils avoient été 
dérangés par quelques convulfions ou par les derniers 
efforts du malade. Ils lavoient leurs cadavres 6k les em- 
fcaumoient, foit qu'ils duflfent les enterrer ou les brûler. 
C'eft difent quelques auteurs , pareeque l'ufage étant de 
garder les corps pendant long -temps , on vouloit, par 
ce moyen , faire ceffer , ou du moins diminuer l'infe- 
clion du cadavre. Les Grecs habilloient foigneufement 
leurs cadavres que l'on devoit enterrer , dans la faufle 
perfuafion où ils étoient , que les morts étant fenfibles 
au froid , ils feraient incommodés par les rigueurs de 
l'hiver. Les habits mortuaires n'étoient pas uniformes 
par rapport à la qualité, de l'étoffe , chacun ne confultoit 
que fon amitié pour le mort, ou l'envie qu'il avoit de pa- 
raître , en lui donnant des habits magnifiques. Enfin les 
magift rats Romains étoient diftingués par la richefle de 
leurs parures , qui étoient quelquefois de pourpre 6k 
même enrichies d'or ; mais ils étoient femblables quant 
a la façon , car c'étoit toujours une robe qui envelo- 
poit le mort depuis la tête jufqu'aux pieds. Les pauvres 
comme les riches mettoient une couronne fur la tête des 
morts , parfemoient leurs bierres ou tombeaux dç fleurs, 
avoient également foin de mettre une pièce de monnoie 
dans leur bouche, pour- obliger Caron à les faire parler 
dans fii barque , ce fleuve fi renommé chez les Grecs 6k 
les Romains. Us tiraient enfuite le mort de fon lit , 6k le 
mettoient en quelque autre endroit de la maifon.'Dans 
les funérailles des princes , les domeftiques du mort 
avoient coutume d'entourer le cadavre, 6k d'agiter l'air , 
afin d'en éloigner les mouches. On les expofqit auffi dans' 
des lits de parade , les pieds tournés du côté de la porte. 
Quand la mort avoit défiguré le cadavre , on fubftituoit 
en fa place une figure de cire. Us s'adreffoient par trois 
fois , 6k parloient au mort , comme s'il avoit été encore 



CAD 13 

vivant ^ 6k n'en ayant point de reponfe , ils publioient 
fon décès avec des pleurs 6k des lamentations extraordi- 
naires.^ Lorfiqu'un homme avoit fait des dettes , fe$ créan- 
ciers s'emparaient de fon cadavre , 6k ne le rendoient 
qu'après le payement entier de leurs créances. On re- 
gardoit comme une infamie le peu de cas que les héri- 
tiers ou les amis du défunt auroient fait d'aquitter fes 
dettes. L'empereur Severe fut obligé de rendre un édit 
contre la dureté des créanciers , qui détenoierit les cada- 
vres , 6k qui ne les vouloient rendre qu'après avoir été 
payés. Les enterremens fe faifoient prefque toujours la 
nuit; il n'y avoit rien de fixé fur l'heure , mais la coutume 
étoit de prendre celles qui précédoient immédiatement 
1 aurore. On gardoit les cadavres plufieurs jours après 
leur mort, foit pour les préparatifs des .funérailles , ou 
par une prudente précaution , de peur qu'ils ne fuilent 
dans quelque léthargie , 6k qu'ils n'euffent pas encore 
rendu i'ame. Quelques-uns cependant,pourôterunfpec- 
tacle aufli trifte de devant leurs yeux , faifoient enterrer 
leurs cadavres fur le champ. Les parens ou les plus pro- 
ches héritiers , les amis ou les domeftiques , portoient 
le mort en terre : parmi les gens du commun , on fe fer- 
voit de gens à gages : mais on tranfportoit fouvent dans 
des chars les perfonnes de diftinêtion , depuis leur porte 
jufqu'au lieu de leurfépulture. Les mères enfeveliffoient 
leurs enfans , 6k les portoient elles - mêmes en terre. 
Dans les funérailles des perfonnes de diftin&ion , on 
portoit leur ftatue à la tête du convoi , 6k on la pofoit 
dans la place publique avec celles de leurs parens-, qui 
s'étoient rendu recommandables dans la république. On 
portoit aufli la marque des charges , dont le mort avoit 
été honoré. Cela étoit accompagné de joueurs d'inftru- 
mens. 

Lucien , dans, fon traité du Deuil , décrit agréablement 
les cérémonies qui fe pratiquoient lorfque quelqu'un étoit 
mort : « Après , dit-il , que le plus proche parent a re- 
» cueilli l'ame du mort, 6k qu'il lui a fermé les yeux , on 
» a foin de lui mettre une pièce d'argent dans la bouche 
» pour payer le batelier des enfers , qui eft Caron, fans 
» confidérer fi c'eft une monnoie qui ait cours dans le 
» pays , joint qu'on ferait -mieux , à mon avis , de ne 
» rien donner , afin qu'on fût contraint de le renvoyer 
» ici. Après cette cérémonie on lave d'eau tiède le corps 
» du défunt, comme-s'il n'y avoit point d'eau là -bas , 
» ou qu'il dût affilier à quelque fefiin en arrivant ; car 
» outre cela , on le parfume , on le couronne de fleurs , 
» on l'habille de Ces plus beaux habits ; foit qu'on ait peur 
» qu'il meure de froid en chemin,ou qu'on ne le traite pas 
» félon fa condition. Tout cela eft accompagné de pîain- 
» tes 6k de regrets , de larmes 6k de fanglots , pour ré- 
» pondre à un maître de cérémonies , qui préfide à l'ac- 
» tion , 6k qui rapporte d'un ton lugubre les anciennes 
» calamités , pour faire pleurer , fi l'on n'en avoit point 
» d'envie. Les uns donc s'arrachent les cheveux , les au- 
» très fe frapent l'eftomac ou s'égratignent le vifage : 
» il y en a qui déchirent leurs habits , 6k qui mettent de 
» la poufiiere fur leurs têtes , ou qui fe couchent par 
» terre 6k fe heurtent contre les murailles : fi bien que le 
» mort eft le plus heureux de la bande : car tandis que 
» fes amis 6k fes parens fe tourmentent, jl eft placé en 
» quelque lieu éminent , lavé , nettoyé , parfifmé 6k cou- 
» ronné , comme s'il vouloit aller en compagnie. Enfuite 
» fon père 6k fa mère , s'il en a, fortent de la troupe 6k 
» le viennent embrafler avec des lamentations fi ridicules, 
» que cela ferait capable de le faire crever de rire , s'il 
» avoit quelque fentiment. Il y en a qui à la mort de 
» leurs parens égorgent leurs chevaux 6k leurs efclaves, 
v pour les aller fervir en l'autre monde , 6k brûlent ou 
» enterrent avec eux ce qu'ils ont de plus précieux , 
» comme fi cela leur devoit être fort utile. Cependant tout 
» ce que ces gens-là difent , ce n'eft ni pour le mort , qui 
» ne les faurok entendre , quand ils crieroient dix fois 
» plus haut , ni pour eux-mêmes'7car il fuffiroit de parler 
» tout bas : fi bien qu'il ne refte , finon que ce -foit par 
» coutume , de peur qu'on ne les croie fans amitié 6k 



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» fans fentiment pour leurs proches. S'illes entendoit 
» donc , voici ce qu'il pourrait leur dire : Qu'ave^-vous 
» tant à pleurer, & à vous tourmenter pour moi , qui fuis 
» plus heureux que vous ? Ejl-ct que Us ténèbres ou je 
» fuis vous font peur , & que vous appréhendez que je ne 
» fois fuffoqué par la pefanteur de monfépulcre. Mais un 
» mort na rien a craindre , puijqu'il ne fauroi^ plus 
» mourir, & mes yeux pourris ou hgul,és n'ont pCTts be- 
vfoin de voir la lumière. D'ailleurs , quand je ferois mi- 
»J érable , à quoi me ferviroient toutes vos plaintes , & 
» tous ces coups donnés contre l'eftomac à la cadence des 
» inflrumens 3 & cette tombe couronnée , ces ejfujions G* 
»*ces lamentations de femmes ? Croyez-vous que cevin que 
» vous répandez defcendejujqu aux enfers, ou qu'il foit en- 
» core bon à boire en l'autre monde ? Car pour les bêtes que 
» vous brûlez en facrifice , une partie s'en va enfumée , 
» & le refie nef que cendres , qui J "croient un fort mauvais 
» aliment. Voilà donc les plaintes que l'on fait pour les 
» morts, qui font femblables à Rome & en Grèce ; mais lès. 
» iepultures font différentes félon les différentes nations. 
» Car les uns les brûlent ou les enterrent & les autres les 
» embaument. J'ai affilié à 'des feftins en Egypte , où on 
» les place au bout de la table , & quelquefois un homme 
» par néceflité prête la carcafïc de ion pc.re ou de fa mère 
» pour fervir à cet ufage. Pour les monumens , les co- 
» lomnes , les pyramides , ck les inferiptions , y a-t-il 
» rien de plus inutile ? Il y en a qui célèbrent des jeux à 
» la mémoire du défunt , & qui font des oraiibns funé- 
» brçs fur fon fépulcre , comme fi cela lui devoit fervir 
» là bas de certificat & d'atteftation de vie & de mœurs. 
» Apres tout cela on traite Faffemblée , où les amis vous 
» confolent, Se vous convient à manger. Jufqu'd quand, 
» difent-ils , voulez-vous pleurer un mort ? vous ne h rap- 
» pellereipas à la vie par vos larmes. Voulez-vous vous 
» faire mourir pour d-éfefpérer vos amis, & lajjfer vos en- 
vfans orphelins ? Il faut pour le moins manger, quand ce 
» ne ferait que pour faire durer votre deuil. » Voilà ce que 
dit Lucien. * Pitifcus , Lexicon antiquitatum , &c. 

POT CADÉE ( Ligue de la ) ou MAISON DE 
DIEU. C'eft le nom que l'on donne à la féconde ligue des 
Grifons , que l'on nomme en allemand Gotts Haujjbundt, 
parcequ'elle renferme l'églife épifcopale de Coire , & 
que piuneurs de Tes terres en dépendoient autrefois > 
comme quelques-unes en dépendent encore. Cette ligue 
eft partagée en onze grandes communautés , qui fe fub- 
clivifent en vingt & une petites qu'on nomme Juri- 
dictions. Voici les noms de ces grandes communautés , 
fuivant le rang qu'elles tiennent clans les diètes du pays. 
Coire , Pergell , Furftenau & Ortenftein , Oberfax , 
haute-Engadine , baffe Engadine , Fatz & Bergun , les 
quatre villages , Pufclîiavo , Stallen & Averfa, & Munf- 
terthal. * Délices de la Suiffe , p. 60 5 . 

Les habitans de la ligue de la Cadée firent quelque 
confédération entr'eux l'an 1400 ; mais enfuite ayant 
affaire à un évêque remuant nommé Jean Abundius 
Nafo , ils fe liguèrent de nouveau l'an 1419 , &t confir- 
mèrent leur confédération , la réduifant à une forme fixe 
& confiante. Six ans après , la ligue grife ayant été éta- 
blie , quelques communautés de la Cadée fe joignirent à 
elle : ce furent celles d'Oberfax , de Fatz , de Stallen 
& Averfa ; cfe Bergun , & de Furftenau. * Délices delà 
Suife, v .6^ 7 . 

Après diverfes alliances particulières que quelques 
communautés avoient faites avec deux ou trois d'entre 
les cantons Suiffcs , la ligue grife ayant fait une alliance 
perpétuelle avec les fept anciens cantons en 1497, l'an- 
née fuivante la ligue de la Cadée fit auffi la même al- 
liance avec les mêmes cantons. * Ibid. p. 670. Dans 
les afTemblées générales , cette ligue , qui tient le fécond 
rang , a vingt-quatre voix. * Ibid. p. 674. 

On trouve dans la ligue de la Cadée une diverfité 
dans le langage. Dans le pays de Pergell & de Pufchia- 
vo , on parle une langue qui approche beaucoup de l'i- 
talienne. La ville de Coire , Motta, dans la communauté 
d'Oberfax & Averfa parlent allemand : tout le relie de 



la ligue parle une langue particulière cotrompue du la- 
tin & de l'allemand , que l'on appelle Lad'm dans l'En- 
gadine. * Délices de la Sidjfe , p. 63 4. * La Martiniere , 

dict. géoç. 

CADEMOTH'jCttlCADIMOTH, ville des Lévites, 
dans la tribu de ftûben , dont il eft parlé dans le I livre 
des Paralip. cap. 6 , verf. 79 , & de Jofué , cap. 21 , 
verf. 3 6. Il y avoit un défert de ce nom , d'où Moy fe en- 
voya des députés au roi d'Helebon , pour lui demander 
paffage fur fes terres. * Deut. z , v. 26. 

C ADEN AC , petite ville de France , cherchez CAP- 
DENAC. 

CA*DENE , ( Michel ) de Nuremberg , étoit confi- 
dérable dans le feiziéme fiécle , dans le parti des protef- 
tans d'Allemagne. L'empereur Charles - Quint étant à 
Plaifance , à fon retour d'Efpagne , les proteftans d'Al- 
lemagne lui envoyèrent une 'ambaffade en 152.9, & Mi- 
chel Cadene fut un des trois envoyés. L'empereur leur 
fixa le 1 2 de feptémbre pour leur donner audience. Ils 
lui repréfenterent que le décret qui avoit été. fait 
trois ans auparavant , mais qui avoit été cafTé-depuis peu > 
caufoit une grande agitation dans le parti proteftant ; 
qu'on efpéroit qu'il ferait enfin aflembler un concile li- 
bre , & que pendant que ce concile ferait afTemblé , le 
parti proteftant promettoitde ne rien faire qui ne pût être 
aprouvé , foit pour le bien de l'Empire en général , foit 
pour le fervice particulier de l'empereur. Charles-Quint 
leur délivra fa réponfe le 1 3 d'oélobre. Elle nortoit qu'il 
étoit exactement inftruit de ce' qui s'étoit fait à la diète 
de Spire par le roi Ferdinand &' fes adjoints ; qu'il 
étoit fâché de toutes les divisons qui étoient dans l'Em- 
pire ; qu'il defiroit le concile , quoiqu'il ne .le jugeât pas 
néceftaire , & qu'il étoit plus à propos de fe réunir , afin 
de concourir à repouffer le Turc , qui déjà s'étoit avancé 
dans la Hongrie. Cette réponfe ayant été faite par écrit, 
les ambanadeurs délivrèrent leur appellation à Alexan- 
dre SchveiÛe qui la remit entre les mains de l'empereur. 
Le même jour, Charles-Quint fit faire défenfe aux am- 
bafïadeurs de'fortir de leur logis , ni d'écrire à leurs chefs , 
jufqua ce que d'autres ordres leur euflent été donnés ; 
cette défenfe leur fut faite fous peine de confifeation de 
corps & de biens. Cadene n'étoit pas avec les autres , 
lorfque cet ordre leur fut donné ; &t ayant appris d'un 
de fes domeftiques ce qui fe paiïbit , il en fit part fur le 
champ par lettres au fénat de Nuremberg. Les ambafla- 
deurs eurent ordre de fe rendre à Parme , & ils obéi- 
rent. Ce fut là que Nicolas Granvelle leur déclara le 
30 o&obre , que leur appellation déplaifoit à famajefté 
impériale, qu'ils pouvoient cependant s'en retourner chez 
eux , excepté Cadene à qui il fut défendu fous peine de 
la vie de fe retirer. Voici la raifon de cette défenfe par- 
ticulière. Le landgrave avoit donné à Cadene en par- 
tant un petit livre relié proprement , lequel renferment 
un abrégé de la doctrine chrétienne ; c'eft -à- dire ? de 
celle des proteftans , pour l'offrir de fa part à l'empe- 
reur. L'ambaflàdeur le préfenta en effet à Charles-Quint 
dans le temps que l'empereur alloit pour affifter à la 
méfie , & Charles-Quint l'avoit remis a un évêque Es- 
pagnol pour l'examiner. L'évêque ouvrant le livre , y 
trouva le paflage qui fe lit au vingtième chapitre de 
S. Matthieu , verfet 2.5 , où Jefus-Chrift dit : Vous fa- 
ver que ceux qui font princes parmi les nations , les domi- 
nent , & que.les grands les traitent avec empire , &c. On 
dit crue ce prélat lie s'étant pas donné la peine d'exami- 
ner quelle application l'on feifoit de ces paroles , dit à 
l'empereur que ce livre enlevoit le droit du jjlaive au 
magiftrat chrétien & le livrait aux Gentils. Telle fut, 
cominue-t-on , la caufe du traitement différent qui fut 
fait à Cadene & aux deux autres ambaffadeurs , qui 
étoient Jean Ehinger & Alexis Fraventrute. Cadene 
s'imaginant que l'on avoit deffein d'aller plus loin con- 
tre lui , monta fecrettement à cheval & prit la route de 
Ferrare & de Venife , pour s'en retourner dans fon pays. 
Dès que le fénat de Nuremberg eut reçu les lettres, que 
Cadene lui avoit aclreflees , il en fit part à l'éleveur de 



CAD 



Saxe , au landgrave de Hefle & à tous les alliés. L'af- 
faire ayant été mife en délibération le 24 d'o&obre , il 
fut arrêté que fur la fin de novembre on s'affembleroit 
à Smalcalde. * Sleidan , de l'état de la religion & de 
l'empire , livre VII , au commencement. Supplément 
français de Ba/le , tome II , page 8. 

CADENET , bon bourg de France dans la viguerie 
d'Apt en Provence , à demi-lieue de la Durance , à trois 
d'Apt & à cinq d'Aïx. * Mati, diction. 

CADER BUlah , fils çYIfaac , & petit-fils du calife 
Moctader , fit, dit - on , un fonge qui l'avertiffoit de fa 
grandeur future & de la longueur de fon régne; & immé- 
diatement après il fut élevé au califat par Baaheddulah, 
fultan de la maifon des Buides , l'an de l'hégire 381 , de 
Jefus-Chrift 991 , après la cîépofition de Thai fonpré- 
décefieur. Il fut le vingt-cinquième calife de la maifon 
des Abbafîides. Cader ayant fait ion entrée dans Bagde.t, 
& étant entré en poffeffion de fa nouvelle dignité , or- 
donna toutes chofes avec plus d'autorité que n'avoient 
fait fes prédéceffeurs depuis long-temps. Baaheddulah , 
qui avoit fait dépofer Thai , à caufe qu'il en prenoittrop, 
trouva la fienne beaucoup affoiblie fous ce calife , quîil 
avoit élevé lui-même ; d'autant plus que fon régne fut 
fort long, car il régna quarante-un ans & trois mois , & 
ne mourut qu'en l'an 421 de l'hégire , de Jefus-Chrift 
1030. Cader , qui croyoit qu'Ali étoit celui qui lui avoit 
annoncé en fonge fon élévation , témoigna toujours 
être fort reconnoiffant de cette faveur , en procurant de 
grands avantages à tous ceux de fa famille. L'an 416 
de l'hégire , & de Jefus-Chrift 1025 , Cader déclara fon 
fils Cairn Beemrillah pour fon fuccefTeur ; &l'an 421 , il 
mourut dans la 81 e année de fon âge,fort regretté de fes 
fujets , aufquels il avoit toujours rendu très -bonne juf- 
ftice. * D'Herbelot , biblioth. orient. 

CADERD , fils de GiaferBeg , fils de Mikail, fils de 
Sdgiuk , premier fultan de la féconde race des Selgiuci- 
des , qui a établi une dynaftie particulière dans le pays 
de Kerman , qui eft la Caramanie perfique. Ce fut fon 
oncle paternel , nommé TogrulBeg, premier fultan de 
la première race des Selgiucides de Perfe , qui le fît gou- 
verneur de ce pays-là l'an de l'hégire 43 3 , de Jefus-Chrift 
1 041 . Il y devint en peu de temps fi puiffant,que de {im- 
pie gouverneur il fe rendit prince fouverain , 6k il ajouta 
même à cette province celle que l'on nomme Fars , qui 
eft la Perfe proprement dite ; enforte que l'an 45 5 , il 
s'étoit fait un état très-confidérable dont il fe pouvoit con- 
tenter. Mais l'ambition l'ayant porté à entreprendre fur 
les états de Malek Schah fon neveu , il fe donna entr'eux 
une des plus fanglantes batailles que la Perfe eût encore 
vues. La viftoire fe déclara enfin pour Malek Schah. Ca- 
derd , fait prifonnier , fut conduit dans un château , où il 
fut empoifonné par l'ordre du vi&orieux. II avoit régné 
trente -deux ans , ck il laifTa pour fuccefTeur un fils nom- 
mé Soltan Schah , qui régna toujours fous la dépen- 
dance de Malek Schah , fon coufin germain, qui lui fit 
rendre fes états. * D'Herbelot, biblioth. orient. 

C ADES , ville dans le défert de Pharan ck de Sin , qui 
eft entre la terre promife, l'Egypte ck l'Arabie. Chodor- 
khomor , roi des Elamites , & les rois (es alliés , après 
être entré dans le défert de Pharan , revinrent à la fon- 
taine de Milfat. * Genef. 14, v. 7. Il eft encore fait men- 
tion de ce lieu , Denter. 3 2 , v. 5 1, & 20 , v. 14& 16. 
Ce fut - là que Marie , feeur de Moyfe , mourut ck fut 
enterrée. * Num. 20 , v. t. Les Ifraélites y féjourne- 
rent après être fortis d'Afion-Gaber , & avant d'aller à 
la montagne de Hor. Il y avoit dans la Paleftine d'au- 
tres villes qui portoient le nom de Cadês , comme Ca- 
dès-A^or & Cadh-Barné , au midi de la terre promife. 

CADES ou CEDES , ville de Galilée , dans la tribu 
de Nepktali. Jofephe l'appelle Cedefa. C'était une ville 
de reiuge , qui fut donnée aux Lévites de la famille de 
Gerjon. Elle étoit fituée au haut d'une montagne , à 
l'occident du lac de Lamechon. Ce fut -là où Jonathas , 
frère de Judas Machabée , accompagné d'une poignée 
de gons ? qui fembloient n'être animés que par le défef. 



CAD 



1$ 

poir , pouffa 6k pourfuivit avec tant de furie une grofta 
armée de Démétrius Nicanor , qu'il lui tua trois mille 
hommes. * I Machab. XI, 63. JoJ'ué , XX, 7. 

É^F* CADESSIA , ville d'Afle , dans l'Irac baby- 
lonienne , à quinze parafanges de Cufa. Cette ville 
eft auffi célèbre parmi les Arabes , à caufe de la bataille 
qu'ils y gagnèrent fur les Perfes , que celle d'Arbelle l'a 
été chez les Grecs. La bataille de Cadefîe , ou Cadef- 
fia , fut donnée l'an 1 5 de l'hégire , ck de Jefus-Chrift 
636, fous le califat d'Omar , par Saad , fils d' Abu-Vacaz 
général des Arabes , contre Roftan , furnommé Ftro- 
Kbiad, général d'Izdegerd , dernier roi de Perfe , 
de k dynaftie de Khofroès , ou des Safanides. Après 
trois jours de combat , la viftoire fe déclara pour les 
Arabes , ck la monarchie des Perfes fe trouva détruite , 
Izdegerd ayant péri près le fleuve Gihon , où il s'étoit 
enfui après la défaite de fon armée. * La Martiniere , 
dicl. géog. 

&Cp CADILLAC , petite ville de France en Guien- 
ne près de la Garonne , à quatre lieues au-deffus de Bafas. 
C'eft le chef-lieu du comté de Benauges. * La Marti- 
niere , dicl géog. 

CADILESCHKER ou CADILESQUER , dans 
l'empire du Turc, eft le chef de la juftice , qui juge tou- 
tes les caufes dans le divan. Cadi fignifie juge , & Lef- 
chker armée : d'où eft venu le nom de C ddilefchker •, c'eft- 
à-dire , juge de l'armée , pareequ'il étoit le juge des fol- 
dats. Il n'y a que trois Cadilefchkers dans toute l'éten- 
due de l'empire du grand-fejgneur. Le premier , eft ce- 
lui de l'Europe : le fécond celui de la Natolie ou de 
l'Afie : ck le troisième , celui du grand Caire. Ce der- 
nier fut établi lorfque Selim eut conquis l'Egypte , ck il 
eft le plus confidérable : car fa jurifdiftion s'étend fur 
les Egyptiens , les Syriens & les Arabes , ck fur une par- 
tie de l'Arménie. Aujourd'hui les Cadilefchkers n'exer- 
cent plus aucune jurifdièfion fur les foldats , qui ont le 
privilège de ne pouvoir être jugés que par les officiers 
qui les commandent. * Ricaut , de l'empire Ottoman. 

CADIS , juges des caufes civiles dans l'empire du 
Turc. Ils connoiffent aufli des affaires Spirituelles , dans 
le Biledulgeride en Afrique. Cadis fè prend ordinaire- 
ment pour le juge d'une ville. Les juges des provinces 
fe nomment Mollas. * Ricaut , de l'empire Ottoman. 

CADIS ,'CALIS ou CADIX , que les Anglois & 
ceux du Pays-Bas nomment Calis Malis , ifle & ville 
d'Efpagne , près de la côte occidentale d'Andaloufie , au 
nord du détroit de Gibraltar. Elle a été connue à Céfar, 
à Strabon , à Pline , à Pomponius Mêla , ck à divers au- 
tres auteurs , qui en parlent fous le nom de Gades ck de 
Gadira. Elle en eut encore d'autres , comme celui de 
Tartejfus , que lui donne Feftus Avienus. 

Strabon dit qu'il y avoit autrefois deux villes de ce 
même nom ; mais Pline n'en met qu'une , dite Julla Ga- 
ditana , pareeque Jules-Céfar , après avoir fournis l'Ef- 
pagne , y laifia une colonie de Romains. On croyoit 
auffi autrefois que Cadis étoit comme le terme de la na- 
vigation , & qu'on ne pouvoit pas avancer au-delà. On 
y avoit bâti un temple à Hercule , qui y amena , dit-on , 
les boeufs de Geryon. C'eft dans ce temple , où l'on dit 
que Jules-Céfar ayant vu-la ftatue du grand Alexandre, 
verfa des larmes , en fe fou venant de tout ce qu'avoit 
fait ce conquérant , à l'âge de 3 3 ans. On dit que Cadis 
a été la patrie de L. Cornélius Balbus , ck du poète Ca- 
nius qui vivoit du temps de Martial. Columella affure 
auffi^de lui-même que Cadis étoit le lieu de fa naiffance. 

L'ifle de Cadis eft plus longue que large : fa longueur 
eft environ de fix lieues. Elle a vers le feptentrion le 
golfe appelle Baye de Cadis , où fe rend la rivière de 
Guadalquivir. Du côté d'orient elle n'eft féparée de la 
terre-ferme que par un petit bras de mer qu'on y pafTe 
même fur un pont nommé lapuente de Suaco ou le pont 
du Sac. Prefqu'au bout de l'ifle , du côté de l'océan occi- 
dental , il y a une langue de terre féparée par un petit 
golfe ck un grand fofie rempli d'eau , où eft bâtie 1^ 
ville çleCadis ; de forte qu'elle femble être une féconde 



i6 



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lue. De chaque côté du rivage , 6k fur-tout à 1 entrée 
du port , il y a plufieurs forts , entre lefquels ceux de 
San Filippo 6k de San Sebaftiano font les plus confidé- 
rables. On a même eu foin d'en bâtir un fur un rocher, 
qui s'élève au milieu de la mer. Les Efpagnols n'ont 
rien négligé pour fortifier cette place , quoiqu'elle 
ne le foit peut - être pas auffi régulièrement que celles 
qu'on fortifie à la moderne. Depuis l'avènement -de Phi- 
lippe V , petit-fils de Louis XIV , à la couronne d'Ef- 
pagne , on a beaucoup augmenté {qs fortifications. C'eft 
Je rendez-vous ordinaire des galions d'Efpagne 6k des 
plus grands vaifieaux , parceque le port eft très -beau , 
& c'eft-là qu'arrivent les flottes des Indes occidentales , 
avec l'or 6k l'argent du Pérou. Cadis eft une clef d'Ef- 
pagne , l'une des trois _gu_'on dit que l'empereur Char- 
les-Quint " recoïnmanda au roi Philippe II fon fils , 6k 
dont la garde eft d'une extrême importance pourlacon- 
fervation de cet état. Les deux autres étolent Fleflîngue 
£t la Goulette , l'une dans les Pays-Bas , 6k l'autre en 
Afrique. Son terrein eft mêlé de plaines 6k de monta- 
gnes , mais fans aucunes fontaines ; défaut auquel on 
fupplée par quantité de puits. L'entrée de la baye de 
Cadis eft fort dangereufe, à caufe des écueils appelles 
le Diaman ck Los Bueros. Le port de la ville , qui eft 
fitué à la pointe de i'ifle , regarde l'orient. La ville eft 
peuplée d'un grand nombre de riches marchands ^, qui 
y ont les plus beaux magafins de l'Europe. Le château 
a été bâti par les Mores , 6k depuis il a été mis dans un 
très-bon état. Le fort de faint Sébaftien a été conftruit 
pour défendre l'entrée du golfe : 6k le fort de faint Phi- 
lippe pour aflurer le port. La ville eft le fiége d'un évê- 
ché , 6k Ton y voit plufieurs églifes , dont la ftru&ure 
eft aiTez bien entendue. La terre de I'ifle produit de fi 
bons pâturages , que le bétail creveroit , fi on l'y aban- 
donnoit, 6k fi l'on n'avoit foin de le faigner tous les mois. 
On y trouve dès falines , dont le fel eft excellent, * Pline, 
liv. 4 y chap. il , & liv. 5 , chap. 5. Pomponius Mêla , 
liv. 3 , chap. 6. Silius Italicus , liv. 1 & 3. Nonius , Hifp. 
chap. 9. Mariana. Marinœus. Merula. Jouvin , voyage 
d'Efpagne. P. Labbe, géographie royale. 

CADIZADELITES , fefte de Mahométans qui 
imitent à peu près la manière de vivre des Stoïciens. Ils 
fuient les feftins 6k les divertiffemens , 6k affectent une 
gravité extraordinaire dans toutes leurs actions. Ils par- 
lent inceflamment de Dieu en public 6k en particulier. 
Le chef de cette fecte s'appelloit Birgali-Effendi. Il in- 
venta plufieurs cérémonies qui fe pratiquent aux enter- 
remens. Lorfqu'on prie pour les âmes des défunts, leur 
iman , ou prêtre , crie aux oreilles du corps mort , qu'il 
fe fouvienne qu'il n'y a qu'un Dieu 6k un prophète. La 
plupart de ceux qui fuivent cette fecte, font des Ruffiens, 
6k des chrétiens renégats", qui font un mélange du chrif- 
tianifme 6k de la religion de Mahomet. On en voit fur 
les limites de la Hongrie 6k de la Bofnie. Ils lifent l'é- 
vangile en efclavon , 6k Falcoran en arabe. Ils boivent 
du vin pendant le mois de Ramazan , qui eft le mois du 
jeûne des Mahométans , mais ils n'y mettent point de 
canelle , ni d'autres liqueurs ; & alors il pafle parmi eux 
pour une liqueur permîfe. Ils aiment 6k protègent les 
chrétiens autant qu'il leur eft poflible. Ils croient que 
Mahomet eft le S. Efprit , 6k que la defeente des lan- 
gues de feu au jour de la Pentecôte , étoit une figure de 
la venue de ce faux prophète. Ils pratiquent auffi la cir- 
concifion , comme les Juifs , 6k fe fervent de l'exem- 
ple de Jefus-Chrift pour i'autorifer. * Ricaut , de r empire 
Ottoman. 

C ADLUC ou CADLUCUS,( Vincent ) c'eft le nom 
corrompu de Kadlubeck ou Kadlubko , dont nous par- 
lons en fon lieu. Cherche^ KADLUBECK. 

CADMUS , roi de Thèbes , étoit Egyptien de na- 
tion , ou félon les poètes Grecs , fils d'Agenor, roi de 
Phénicie ck de Théléphafla , frère de Phénix 6k de Ci- 
lix , ck petit-fils d'Epaphus. Son frère Phénix ck lui fon- 
dèrent enfemble le royaume de Tyr 6k de Sidon. Il 
parla depuis dans la Béotie , ck y bâtit Thèbes , ou du 



moins la citadelle nommée Cadmée , l'an 1 545 du mon- 
de , 1490 avant Jèfus-Chrift. Ce fut lui qui apporta en 
Grèce ces feize lettres , ttj,}-, ^,5,;, «jX, ft,», 
o,97, s><t,t. v, aufquelles Palamede ajouta ces quatre, 
? • -9" j <p > X » ^ u tem p s de la guerre de Troye , 6k Simo- 
nide ces quatre autres , « , a , £\ 4 > plusde fix cens ans 
après. Les poètes ajoutent qu'il fortit de fon pays pour 
chercher fa feeur Europe , que Jupiter avoit enlevée; 
mais que n'ayant pu apprendre de fes nouvelles après 
de longs 6k périlleux voyages , il alla confulter l'oracîc de 
Delphes , qui lui ordonna de bâtir une ville à l'endroit 
où un bœuf le conduiroit. S'étant mis en devoir, avant 
toutes chofes , de facrifler aux dieux , il envoya {es com- 
pagnons à la fontaine de Dircé , qui étoit proche , afin 
d'avoir de l'eau , mais ils furent dévorés par un dragon. 
D'autres difent qu'il n'y en eut qu'un feul de dévoré. 
Minerve , pour confoler 6k venger Cadmus de cette 
perte , lui ordonna d'aller tuer ce monftre , 6k d'en fe- 
mer les dents fur la terre ; ce qu'ayant exécuté , il en vit 
naître un grand nombre de foldats armés , qui s'entre- 
tuerent l'un l'autre , à l'exception de cinq , qui étant 
reftés de ce carnage , lui aidèrent à bâtir une ville , qui 
fut Thèbes , dans la Béotie , où il régna plufieurs an- 
nées. Il époufa enfin Hermione , ou Harmonie , fille de 
Mars 6k de Venus , de laquelle il eut Polydore , qui lui 
fuccéda , Semelé , Ino , Autonoé , 6k Agave , toutes cé- 
lèbres dans la fable , parleurs aventures. Ceux qui cher- 
chent la vérité hiftorique dans les fictions , aflurent que 
Cadmus ayant pafle dans la Béotie , province de Grèce, 
qui s'appelloit alors Eolide , y tua un prince du pays, 
nommé Dracon ; qu'il mit adroitement la divifion paT- 
mi les peuples qui vouloient s'oppofer à fon établiffe- 
ment ; 6k que profitant de leurs défordres , il fe ren-- 
dit maître du pays. Par le nom qu'il donna à la ville 
qu'il bâtit , il voulut marquer la première origine de 
fes ancêtres , fouverains de la grande ville de Thèbes 
en Egypte. Il poliça fes peuples , 6k leur communiqua 
l'invention de l'écriture. Dépuis , les malheurs de fà 
maifon l'obligèrent d'aller finir fes jours en Illyrie. 
La fable ajoute que fa femme 6k lui furent changés en 
ferpens, 

Cadmus , félon d'autres , étoit maître-d'hôtel d'un 
roi de Tyr ou de Sidon ; 6k Hermonu ou Harmonie fà 
femme étoit une joueufe de flûte. Le nom de Cadmus 
femble être venu de Cadmoni ,* qui eft le nom d'une 
nation de la Paleftine , la même que les Hevéens. Har- 
monie tire fon origine deHarmon , montagne du même 
pays , 6k l'on a dit qu'elle étoit changée en ferpent, par* 
ceque le mot Hevéen fignifie en fyriac un ferpent. Oit 
dit que Cadmus fema des dents" de ferpent , 6k qu'il en 
naquit des hommes armés , pareequ'en phénicien , pour 
dire des gens firmes de javelots de cuivre , on fe fert de 
certains mots , qui peuvent être traduits , armés de dents 
de ferpent. Conon rapporte que Cadmus qui étoit puif- 
fant parmi les Phéniciens , fut envoyé de Thèbes , ville 
d'Egypte , en Europe , par le roi de Phénicie ; qu'il laiffa 
fon frère Tafus dans I'ifle de Tafos , 6k qu'étant allé en 
Béotie , il y bâtit la ville de Thèbes ; que les Béotiens 
l'ayant attaqué , les Phéniciens fe défendirent avec tant 
de vigueur , qu'ils fe rendirent maîtres de toute la Béo- 
tie. La frayeur que les Béotiens eurent des armes des 
Phéniciens , qui parurent avec des cafques 6k des bou- 
cliers ( ce qu'on n'avoit pas encore vu ) 6k qui leur 
dreflbient des embufeades , leur fit croire que ces hom- 
mes étoient fortis tout armés de la terre. lis les appel- 
èrent des ferpens , comme ayant été femés en ce pays. 
C'eft - là , félon Conon , la véritable hiftoire de Cad- 
mus , 6k de la fondation de Thèbes. L'arrivée de Cad- 
mus en Grèce , 6k la fondation de la ville de Thèbes 
eft marquée dans les marbres d'Arondel , à la 64 e année 
de l'ère attique ,1519 avant Jefus-Chrift , 3195 de la 
période julienne. Si l'on en croit les Grecs , c'eft aux 
Phéniciens qu'on eft redevable des lettres que Cadmus 
fit paffer en Grèce. Ce peuple ofa le premier , félon 
Lucain , exprimer fes penfées par différentes figures. 

Manfuram 



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CAD 



Manfuram rudlbus vocem Jignare figuris : 

Penféeque Brebceuf, dans fa traduction de la Pharfale, 
a heiireufement étendue dans ces quatre vers ; 

Ce/i de lui que nous vient cet art ingénieux 
De peindre la parole , & de parler aux yeu£ ; 
Et par les traits divers de figures tracées , 
Donner de la couleur & du corps aux penfées. 

Il efî plus vraifemblabk que les lettres ont été en ufa- 
ge chez les Hébreux , long- temps avant Cadmus , qui ne 
paffaen Europe avec Phénix que l'année d'après la fortie 
des Ifraélites d'Egypte.* Ovid. Metamorph. liv.^v. 575. 
Orat./iv. 'Carm. Od. 10, v. 17. Paufanias , liv. 3. Hy- 
gin , dans fes fables. Natalis Cornes , liv. 9 , chap. 14. 
Lucien. Brebceuf, traduction de la Pharfale. Bochart , 
in Canaan. Voyez le livre intitulé , P alœogr'aphia Grœ- 
ca> de dom Bernard de Montfaucon. 

CADMUS , de Milet , fils de Pandion , eft le pre- 
mier des Grecs qui ait écrit l'hiftoire en profe ; on croit 
qu'il vivoit dans le temps qu'Halyattes régnoit en Ly- 
die : du moins il eft certain qu'il eft un peu plus ancien 
que Pherecydes , qui fioriffoit du temps de Cyrus. Ceux 
qui l'ont cru un peu plus récent qu'Orphée , n'avoient 
aucune connoiflance des temps ; la Grèce a toujours eu 
de ces écrivains , qui par ignorance ont rapproché des 
faits éloignés les uns des autres de plufieups hécles. Cad- 
mus écrivit les antiquités de Milet , ck de toute l'Ionie en 
quatre livres. Denys d'Halicarnaffe dit qu'on lifoit de fon 
temps un ouvrage fur cette matière attribué à cet hifto- 
rien ; mais que les habiles gens le croyoient fuppofé : 
s'il ne fe trompe pas , on n'a pas beaucoup perdu de ce 
que cet ouvrage n'eft pas venu jufqu a nbus ; mais on 
ne peut trop regretter la perte de l'original. On parle 
d'un autre CADMUS , fils d'Archelaùs , qui compofa 
l'hiftoire d'Athènes en feize livres : Suidas , qui eft le 
feul qui ait confervé fa mémoire , ne dit pas en quel temps 
il vécut. * Voffius , hiji. grec. 

CADOGAN ( Guillaume ) comte de Cadogan , 
defeendoit d'une ancienne famille angloife. Il étoit petit- 
fils du colonel Guillaume Cadogan , quife distingua 
en 1641 contre les Irlandois rebelles. Son père , le che- 
valier Henri Cadogan , mourut à Dublin l'an 171 5 , 
ck laifTa de' Bridged , fille du chevalier Hardres Waller, 
Guillaume dont il s'agit , ck Charles. Guillaume 
s'aquit beaucoup de gloire par fa valeur ck fon expé- 
rience militaire : il donna des preuves de lune ôk de 
l'autre dans la guerre de la fucceffion d'Efpagne , parti- 
culièrement dans les Pays-Bas , ck d'abord fous le com- 
mandement du duc Marlboroug. Il étoit encore en 1704 
avec ce duc , en qualité de quartier-maître général. En 
3705 il devint brigadier, ck obtint un régiment de ca- 
valerie. En 1708 , il parvint à lacharge de major général ; 
& en 1709 il fut fait lieutenant général , gouverneur de 
Four , ck envoyé extraordinaire ck plénipotentiaire à la 
Haye ck à Bruxelles. Dans ce dernier emploi , il donna 
lieu à plufleurs griefs par fon amour immodéré pour le 
gain , ck par la manière dure avec laquelle il agifïbit dans 
les Pays-Bas Efpagnols. George I étant monté fur le 
trône d'Angleterre , Guillaume devint grand-maître de 
la -garde-robe , 6k obtint le commandement d'un régi- 
ment aux gardes comme colonel. On l'envoya enfuite 
en qualité de plénipotentiaire d'Angleterre à la Haye , à 
Bruxelles ck à Vienne ; & il contribua beaucoup au trai- 
té de la Barrière , qui fut conclu cette année à Anvers. 
Le roi George le nomma en 17 16 confeiller intime ck 
chevalier de l'ordre du Chardon , baron de Reading ; 
& en 171 8 baron d'Oakley, vicomte de Cavesham dans 
le comté d'Oxford , ck comte de Cadogan. La même 
année , il fut député pour la féconde fois à la Haye , 
comme «unbaffacîeur extraordinaire , pour y travailler à 
la conclusion d'un traité d'alliance avec les Etats Géné- 
raux. Peu de temps après , il fut fait général en chef de 
l'infanterie , colonel du premier régiment aux gardes , 
& gouverneur de Fille de Wight. Son opiniâtreté , fa 



ïf 



dureté ck fon avarice firent tort à fes grandes qualités , 
ck lui attirèrent fur la fin de les jours beaucoup d'enne- 
mis , entr'autres , M. Robert Walpole. Le roi, à qui il 
avoit auffi parlé durement , n'eut plus pour lui la mémo 
confiance ; ck fans lui ôter le commandement , on le 
borna tellement, qu'il n'eut plus le pouvoir de congédier 
un officier , ou de nommer à une place vacante. Ort dit 
qu il recouvra en partie la faveur du roi , peu de temps 
avant fa mort , qui arriva au mois de juillet 1716. Il ne 
laifTa que deux filles : Sara , épôufe du duc Charles Le- 
nox de Richmond ; ck Marguerite. Charles , fort frère , 
colonel d'un régiment d'infanterie , ck marié" avec la fille 
du chevalier Jean Sloane , a hérité la plus grande partie 
de fes biens , & le titre feulement de baron de Reading 
ck Oakley. * Mémoires de Lambeni , tome V. Supplé- 
ment françois de Bajîe , tome II , page 1 2. 

CADOI, ville de Mytie, ait Etienne de Byzânce» 
Strabon en dit autant , livre 12 ; mais Ptolémée la 
place dans la Lydie fur les frontières de la Phrygie , ck 
non feulement dans Hieroclès elle eft appellée ville' de 
la Phrygie Capatiane , mais on trouve qu'un évêque de 
cette ville fouferivit au fixiéme concile de Conftantinople, 
Philippe évêque de Cadoi de la Capatiane. Cette ville a 
dû être confidérable au troifiéme fiécle ; car on trouve 
qu'elle frapoit des médailles du temps de l'empereur Va- 
lerien. 

CADOLUS , antipape, cherche^ CADALOUS. 

CADORINE , ou IL. CADORINE , pays d'Italie 
dans la Marche Trévifane , darts les états de la républi- 
que de Venife. C'eft le plus feptentrional de toute l'Ita- 
lie. Il a le comté de Tirol, ck les Alpes au Couchant 6k 
au f eptentrion , le Fnoul au levant , 6k la Marche au midi. 
Ce pays eft divifé en neuf centuries ou centaines , qui 
font celles de la Pieve , Domeges , il Valle , Comelico 
deffus , Comelico defTous , Saint- Vito , Aurouzo , de- 
là la Pieve , 6k Venanzo. La ville capitale eft La Pieve 
de Cadore , fituée fur la rivière de Pieve ou Piave, 
qui fépare ce pays en deux. Il étoit autrefois fuj et au pa- 
triarche d'Aquilée , mais il appartient à la république de 
Venife depuis l'an 1420. Il n'a pas plus de 75 milles de 
tour, 6k fes habitans font exempts à perpétuité de toutes 
fortes d'impôts 6k de fubfides , par conceffion du fénat 
de Venife , à caufe de leur fidélité envers la république. 
La centaine d'Ampezo , ck le château de Butiftagno 
étoient auffi de cette province ; mais ils furent cédés°en ' 
1505 à la maifon d'Autriche par le traité de paix entre 
l'empereur Maximilien I ck les Vénitiens : a'infi ' ils font 
préfentement maîtres d'une partie du Tirol, félon que le 
marquent plus au long les fieurs Guidot ck Léonard Ce- 
thereo , refteur de Sainte-Juftine d'Aronzo. *Baudrand. 
. CADOUIN , en latin Cadunium , ou Caduinum , 
abbaye de l'ordre de Cîteaux , diocèfe de Sarlat dans 
le Perigord. On dit que l'on y garde le faint fuaire de 
Jefus-Chrift , qui fut autrefois retiré des mains des infi- 
dèles , ck qui fut dépofé dans une églife de la ville de 
Jérufalem ^ où il demeura jufqu'à l'an 100O , qu'il fut 
tranfporté à Antioche , dans le temps que le calife de 
Babylone faifoit une cruelle guerre aux chrétiens. Ce 
tréfor fut confervé à Antioche jufqu'en l'an 1099 » ou Ies 
François s'étant rendu maîtres de Jérufalem ck de la 
Terre-fainte , Aymard, évêque de Pui en Vêlai , légat 
apoftolique de l'armée chrétienne , le retira de la ville 
d'Antioche. Il le garda pendant fa vie , ck le confia en 
mourant à un de fes aumôniers , natif du Perigord , qui 
l'apporta , dit-on , en fon pays l'an 1 105 , avec l'hiftoire 
du môme fuaire , ck le cacha dans une églife proche de 
Cadouin. Le feu y ayant pris par accident , y confuma 
tout , à la réferve du coffre où cette relique étoit enfermée, 
Les religieux de l'abbaye de Cadouin accoururent à ce 
miracle , enlevèrent le coffre du milieu des flammes , ck 
le portèrent dans leur églife. Depuis ce temps-là il y vint 
un concours extraordinaire de toutes parts ; cette dévo- 
tion s'augmentant de jour en jour , non feulement dans 
la France , mais auffi en Italie , en Efpagne ck en Angle- 
terre. Les Anglois ayant deffein d'enlever ce précieux 

Tome IIL C 



i8 



CAD 



CAD 



tréfor , on le tranfporta à Touloufe en 1 3 9 x , où par per- 
miffion du pape , l'archevêque le porta folemnellement 
par la ville , accompagné de neuf évêques. Les religieux 
de l'abbaye de Cadouin intentèrent enfuite procès de- 
vant le pape & le roi,pour être remis en pofleffion de cette 
relique , mais ils furent obligés de s'en défifter. Néan- 
moins en 1456 ,1e faintfuaire fut emporté de la ville de 
Touloufe., & rapporté à Cadouin. Le roi S. Louis l'alla 
vifiteren 1169 , Charles VI ordonna en 1399, qu'il lui 
fût apporté à Paris pour le révérer ; & Louis XI l'ayant 
vu , donna quelques biens à l'églife de Cadouin. Quel- 
ques-uns difent que ce fut Raimond de Saint-Gilies , 
comte de Touloufe , qui apporta le faint fuaire en France, 
après la conquête de la Terre-fainte , du temps du pape 
Urbain II , vers l'an 1099. * Hijloire du roi Charles FL 
Chroniq. de V abbaye de Moijfac. Du Puis , hifloire des 
évêques de Perigueux. 

L'abbaye de Cadouin fut fondée au commencement 
du XII fiécle par Giraud de Sales , compagnon de Ro- 
bert d'Arbriffel , qui lui donna des conftitutions de Cî- 
teaux, aufquelles il enjoignit de particulières. Le même 
Giraud fonda d'autres monafteres fous la dépendance de 
Cadouin , qui devint ainfi chef d'une congrégation, qui 
s'eft divifée depuis. * Heliot , hifloire des ordres monajtiq, 
tome 6 , chap. 14. 

CADRITES , fortes de religieux mahométans , dont 
le fondateur qui s'appelloit Abdul Cadri , avoit la répu- 
tation d'être grand philofophe &jurifconfulte. Ils paffent 
une partie de la nuit du vendredi à tourner en rond , fe 
temnt tous par la main , & répétant inceffamment le 
mot Hai , qui lignifie vivant , & qui eft un des attributs 
de Dieu , pendant qu'un des religieux joue de la flûte 
pour les animer à cette danfe extravagante. Ce font de 
grands fophiftes & de fins hypocrites qui ne révèlent 
leurs fecrets qu'à ceux de leur profeflion. Ils ne fe rafent 
point les cheveux, ni ne fe couvrent jamais la tête , & 
marchent toujours les pieds nuds: on leur permet de for- 
tir du couvent , & de fe marier s'ils le veulent , à la 
charge de porter des boutons noirs pour fe distinguer du 
peuple. * Ricaut , de l'empire Ottoman. 

CADIMA ou CEDIMA , anciennement Carima , 
Carinna. C'étoit autrefois une ville , maintenant ce n'eft 
qu'un village delà province de Beira en Portugal. Il eft 
à la fource de la rivière de Giraon , à quatre lieues de la 
ville de Conimbre , & à deux de la mer. On dit qu'il y 
a clans ce lieu une fontaine oubaflin qui engloutit à l'inf- 
tant tout ce qu'on y met , quelque réfiftance qu'on y ap- 
porte. * Mati , dictionnaire. 

gd* CADRY ( Jean - Baptifte ) qui a été connu 
. long-temps fous le nom de Darcy , qui eft l'anagram- 
me du fien , prêtre , do&eur en théologie , ancien cha- 
noine-théologal de l'églife de Laon , étoitné fur la fin de 
l'année 1680, à Trez, gros bourg & baronie en Pro- 
vence , au diocèfe d'Aix. Il reçut fa première éducation 
fous les yeux d'un oncle paternel , fupériëur du célèbre 
féminaire fondé par le cardinal de Grimaldi. Ayant été 
obligé de quitter ce féminaire Vers l'année 1710 , il fe 
rendit à Paris , où fes talens fupérieurs pour annoncer 
dignement la parole de Dieu le firent rechercher pour la 
place de vicaire de la paroiffe de S. Etienne du Mont. 
Il y demeura jufqu'èn 17 16 , qu'il paffa de cette pa- 
roiffe à celle de S. Paul, en la même qualité de vicaire. 
M.deClermont , évêque de Laon, le choifit pour fon 
théologal en 17 18 ; & M. Cadry demeura paifible pof- 
feffeur de cette place , qu'il remplit avec fuccès , jufqu'à 
la mort de ce prélat. Son oppofîtion à la bulle Unigeni- 
tus lui fit perdre foncanonicat , & il fut obligé de revenir 
à Paris. Après y avoir fait quelque féjour , il fe retira à 
Palaifeau , où il demeura jufqu'èn 1748 , que la mort 
du curé l'obligea de quitter cet endroit. Il fe lia pour 
lors d'une manière particuliere'avec M. de Caylus , évê- 
que d'Auxerre , dont il devint l'homme de confiance , 
le cônfeil , l'ami & le théologien. La mort de ce prélat 
l'obligea de chercher une nouvelle retraite , il la trouva 
au village de Savigni , près Paris , où il demeura jufqu'-à 



fa mort arrivée le 15 novembre 1756 , à la fin de la 76* 
année de fon âge. M. Cadry avoit confacré le temps de 
fes retraites à la composition de plufieurs ouvrages. Voici 
la lifte de tous ceux dont il eft auteur. 1 . Prône fur V ap- 
pel , prononcé dans l'églife de S. Paul en 1718 , à l'oc- 
cafion de V appel de fon êminence M. le cardinal de 
Noailles , où Von montre que les appellans ne font point 
excommuniés , &c. i/z-12, 17 18 , première édition; fé- 
conde édition , plus exacte & plus correcte ; la même 
année , in-i 1 , 42 pages. 2. Relation de ce qui s'efl paffè 
dans V ajfemblée générale de la congrégation de la mifjion , 
tenue à Paris (à S. Lazare) le premier août 1 724 , «z-4 , 
44 pag. 3 . Apologie pour les Chartreux , que la perfé- 
cution excitée contr'eux , au fujet de ta £#//e Unigenitus, 
a obligé defortir de leurs monafteres , 1725 , z/z-4 , 60 
pag. 4. Témoignage des Chartreux contre la conflitution 
Unigenitus , in-ix. 5. Défenfe des Chartreux fugitifs 3 
ou Von traite particulièrement de la fuite dans lés perfé- 
cutions ,35 pages in-4. . 6. Préface à. la tête des preuves 
de la liberté de Véglife de France dans V acceptation de 
la Conflitution Unigenitus , ou recueil a" ordres émanés 
de la cour , Sec. i/z-4 , 1726 , 40 pages. 7. Hifloire de 
la condamnation de M. V évêque de S 'ene^ par les prélats 
ajfemblés à Embrun , 164 pag. in-4. , 1728. S.LacauJi 
de Vétat abandonnée par le clergé de France , ou réfle- 
xion fur la lettre de V ajfemblée du clergé au roi du on^e 
feptembre 1730 , 68 pag. 272-4°. 9. Avertiffement placé 
à la tête de l'Avis des cenfeurs nommés par la cour du 
parlement de P aris , pour V 'examen de la nouvelle collec- 
tion des conciles , faite par les foins du P. Hardouin , Jé- 
fuite , imprimé en 1730 , 16 pages i/z-4 . 10. Les trois 
derniers volumes de Y hifloire du livre des réflexions mo- 
rales , & de la conflitution Unigenitus. Cet ouvrage qui 
finit à la mort de M. le cardinal de Noailles , eft en quatre 
volumes. Le premier eft de feu M. Louail. 1 1 . Réflexions 
abrégées fur V ordonnance de M. l'archevêque de Paris 
( Vintimille) du 29 feptembre 1729 , au jttj 'et de la, 
conflitution Unigenitus , en trois parties , imprimées en 
1729. 12. Obfervations théologiques & morales contfeU 
P. Berruyer , 3 vol. i/z-12, 1756. M. Cadry futpendant 
quelque temps théologien de M. de Verthamon , évê- 
que de Pamiers ; & il a été employé en plus d'une occa- 
fion par M. Soanen , évêque de Senez , («écialement 
dans le temps de luiftruction paftorale de ce prélat , qui 
donna lieu au concile d'Embrun. * Mémoires du temps. 
CADUCÉE , c'eft ainfi qu'on appelloit !a verge que 
Mercure reçut d'Apollon en échange de la lire à fept cor- 
des , dont il lui fit préfent. Quelques-uns veulent que ce 
mot tire fon origine du mot latin cadere , qui fignifie; 
tomber , pareeque , félon la fable , cette verge avoit la 
vertu de faire tomber , c'eft-à-dire , d'appaifer toutes 
fortes de querelles &: de différends. C'eft pourquoi les 
ambafladeufs ou les hérauts pour la paix à Rome , por- 
toient un caducée d'or à la main , & on les appelloit à 
caufe de cela Câducatores, comme ceux qui alloient 
déclarer la guerre fenommoient Feciales. Les anciens 
Egyptiens ont orné cette verge de deux ferpens , dont 
l'un étoit mâle & l'autre femelle , lefquels entortillés à 
l'entour & comme noués enfemble par le milieu , ve- 
noient s'entrebaifer , & faifoient comme un arc de la plus 
haute partie de leurs corps , à quoi l'on ajouta deux aile- 
rons. Ceci eft fondé , difent les mythologiftes , fur ce 
que Mercure ayant trouvé un jour deux ferpens qui. fe 
battoient opiniâtrement , il jetta fa verge entre-deux, Se 
aufîitôt les accorda ; de forte que depuis il la porta tou- 
jours pour une marque & fymbole de paix. D'autres 
difent que le caducée marque la force de l'éloquence , 
qui adoucit les efprits & gagne les cœurs ; que les fer- 
pens font les fymboles de la prudence néceffaire à l'ora- 
teur , & que les ailes fignifient la fublimité du difeours 
& la promptitude à parler ; d'où vient qu'Horrfere ap- 
pelle les paroles ailées. Cette verge , félon les poètes „ 
avoit encore d'autres propriétés , comme de conduire 
les âmes aux enfers , ou de les en faire fortir ; d'exciter 
ou de troubler le fonwneil. * Pierius , in hiéroglyphe 



C A E 

Voulus , in voce caduc. Vir.gil. JEneid. t. 4, v. 242. 

"CADURCIENS; ( les ) Cadurci , font des peuples 
qui occupoient le pays que nous nommons aujourd'hui 
le Qucru , & étoient , lèlon Strabon , un des quatorze 
peuples 'qui habitoieut entre la Loire 6k la Garonne. Ils 
partent pour être les inventeurs des lits 6k des matelats. 
* Voyc{ Valois , not. Gall. 

C ADUSIENS , peuples de l'Afie, près du Pont Euxim 
Voici la defeription que Plutarque fait de leur pays dans 
la vie d'Artaxercès. Il effort raboteux & fort fuja aux 
brouillards : on n'y recueille point de grain , & la teiW 
produit feulement des pommes & des poires , & d'autres 
femblables fruits ■> dont ces nations braves & belliqueufes 
Je nounjfent. Etienne de Byzance les met entre le Pont- 
Euxin 6k la mer Cafpienne ; 6k Strabon qu'il cite au li- 
vre II,dit effectivement que les Cadufiens,qu*il f innomme 
Montagnards, tenoient la partie feptentrionaiedelaMé- 
dte Atropatene , partie , qu'il dit pleine de montagnes 6k 
(k rochers , & tort froide : un peu après il dit que les 
Cadufiens habitent fur la mer d'Hyrcanie , qui eft la mer 
Cafpie ; & plus haut , que les Cadufiens tiennent la 
côte pleine de montagnes dans l'étendue d'environ cinq 
mille ilades. Ptolémée s'accorde avec Strabon dans ion 
livre VI , chapitre 2 , 6k met les Cadufiens entre les Cai- 
piens à l'occident , la mer Cafpie au feptentrion , les 
Celés à l'orient , ck les Marundes 6k Carduques vers le 
midi. Il répond au pays que nous nommons àpréfent le 
Schirvan ; 6k félon les nouveaux géographes , il fe trou- 
ve , comme le dit Etienne de Byzance , entre le Pont 
Euxin 6k la mer Cafpienne , qui dans leur fentiment leur 
eft orientale. * Mari, diction. La fituationdes Cadufiens 
eft bien fixée par M. Freret , dans les obfervadonsfur la 
cyropédie de Xenophon , II partie , inférées au tome VII 
des mem. de l 'académie des inf captions & belles-lettres , 
p. 428 & fuiv. 

C/EADAS étoit un lieu fouterrain , ou urie efpece 
de gouffre , proche de Lacédémone , dans lequel on 
précipitoit les criminels ; ck comme il y avoit plulieurs 
cadavres les uns fur les autres , les renards , par le 
moyen des crevaffes fouterraines qui y répondoient , le 
gliffoient dans ce gouffre pour fe nourrir de la chair des 
cadavres qu'on y jettoit. Un nommé Ariftomene y ayant 
été jette , tomba par hazard d'une manière à ne fe point 
bleffer. Après y avoir demeuré deux jours , il appja&ut 
le troifiéme , à travers d'une foible lumière , un renard 
qui rongeoit un cadavre , fur lequel s'étant jette , com- 
me la neceffité eft ingénieufe , il empoigna la queue de 
cet animal , qui ne cherchant plus qu'à s'enfuir , l'entraî- 
na à travers tous ces paffages étroits. Il fe fauva par le 
moyen de cet animal , qui le conduifit toujours , mon- 
tant par différens chemins , jufqu'à un trou qui étoit à 
raie terre. Paufanias n'eft pas le feul qui rapporte cette 
hiftoire , mais encore Polien , Stratagem. I. 2 , c. 3 1 , & 
Plin, /. 1 1 , c. 13 , où il traite des renards. 

CvECULUS , fils de Vulcain , cherche^ CECULUS. 

CjELIUS , cherche^ CCELIUS. 

CMLIUS ANTIPATER , voye^ ANTIPATER. 

CjELIUS JANSONIUS , imprimeur , cherchai 
BLAEU. 

CAEN , fur la rivière d'Orne , ville de France , ca- 
pitale de la baffe Normandie , dans un pays très-fertile 
& agréable , avec officialité dépendante de l'évêque de 
Bayeux , prélidial , bailliage , élection , généralité , bu- 
reau des finances , des tréforiers ck univerfité. Les au- 
teurs latins la nomment Cadomum , mot dont on ex-* 
plique diversement l'origine. Le préfident Fauchet croit 
que Caën eft un mot corrompu ck abbrégé de celui de 
Quenwic ou Quentovic , une des villes où Charles le 
Chauve faifoit battre monnoye ; mais il s'eft trompé , ck 
a trompé Hondius , Janfon , Berthius 6k quelques autres ; 
car dans leurs cartes géographiques , on trouve Quento- 
vic mis pour Caën , fur la rivière d'Orne , entre Bayeux 
S>c Falaife. D'autres difent que Caïus Céiar la fit bâtir , 
& qu'il la nomma Cadomum , comme qui dirait Caiido- 
mus. Cela eft encore fabuleux 7 quoique très-bien expri- 



C A E 



Î0 



mê dans un po'ëme de M, Hallei , profeffeur royal en 
éloquence de l'univerhté de Caën , ck par M. Rouffet 
dans cette épigramme ; 

Mite folum _, fluvios per gemmea pratà liquentës $ 
Adfpicis ; inimités rurfus ab àrce minas. 

'Hic cum Marte jocos credas mifeere Dionem * 
Sic ad bella facit deliciafque Locus. 

Adveniens Cœfar , nofri fuit ctxtera juris , 
Dix'u ; erit Caii Cafaris ifla domus. 

Il faut mettre encore entre les fables les étymolo^ies 
de quelques auteurs , qui tirent le nom de Cadomum „ 
de la fituation de Caën , qui la rend maitreffe de la 
campagne voifme r Campodomus. Le fentimentde Guil- 
laume le Breton n'eft pas plus heureux , lorfqu'il s'eft 
imaginé dans fa Philippide , que Caën avoit pour fon- 
dateur un certain Caïus , maître d'hôtel du roi Artus. 
Bochard , qui n'a pas été un des moindres ornemens de 
la ville de Caën , a tiré ce nom du mot faxon latinifé, 
Kadonum, comme' qui diroit , demeure agréable & divi- 
ne. Quoi qu'il en foit , Caën n'eu: point une ville ancien- 
ne, ck elle n'eft devenue confidérable que depuis le XIII* 
fiécle. Aujourd'hui la ville de Caën eft grande , belle , 
riche ck bien peuplée. La rivière d'Orne la fépare du 
fauxbourg de Vaucelle , ck ces deux parties de la ville 
communiquent enfemble par le pont S. Jacques , 6k par 
le pont S. Pierre. La maifon de ville bâtie fur ce dernier , 
eft un grand édifice avec quatre groffes tours. Caën a. 
auffi un bon château bâti fur une éminence. Il y a de 
belles églifes , divers monafteres , ck tout ce qui peut 
contribuer à l'ornement des villes , comme des édifices 
publiques , des. places , des fontaines , ck des promena- 
des , ck deux abbayes , fur-tout remarquables par leur 
origine. Le pape Nicolas II accorda l'an 1059 à Guillau- 
me duc de Normandie , qui fut depuis roi d'Angleterre, 
une difpenfe pour époufer Mathilde fille du comte de 
Flandre fa parente , à condition qu'ils bâtiraient chacun 
un monaftere à leurs dépens pour les perfonnes de leur 
fexe. Guillaume bâtit S. Etienne de Caën , où il mit 
pour premier abbé le B. Lanfranc , prieur du Bec ; Ma- 
thilde bâtit celui de la fainte Trinité , où elle mit des re- 
ligieufes. Nous avons marqué les divers tribunaux de 
juftice qui font à Caën. Le roi Henri II y établit une 
chambre des monnoyes. L'univerfité y a été fondée l'an 
143 r , comme nous le difons ci-après. Les Jéfuites ont 
auffi un collège dans cette ville. Elle a été féconde en 
gens de lettres , 6k fur-tout dans ces derniers fiécles. On 
y a encore établi fous ce régne une académie , compo- 
fée de perfonnes de mérite 6k de favoir , nous en par- 
lons plus bas. Caën eft une ville de commerce ; car elle 
n'eft qu'à trois ou quatre lieues de la mer , d'où remon- 
tent avec la marée de gros navires fur l'Orne , qui y re- 
çoit l'Oudun au pont S. Pierre. L'Oudun qui traverfe 
la ville par des canaux , y fert pour divers ufages aux 
habitans , 6k remplit les foliés. 11 y a un de ces canaux 
qui parte près d'une des places , dite la Place Royale , 
6k une autre à celle de S. Sauveur , où eft le collège 
du Bois. Caën à diverfes foires , entre lefquelles , celle 
de la Quafimodo eft des plus renommées. Au refte cette 
ville eut beaucoup de part, fur la fin du XVI e fiécle , aux 
guerres civiles : elle tomba au pouvoir des Huguenots , 
qui y abolirent l'exercice de la religion catholique en 
1562. Quelque .temps après elle rentra fous l'obéirtance 
du roi , qui fit une déclaration en faveur des habitans 
pour la liberté de confeience : peu de temps après , les 
habitans qui étoient prefque tous huguenots , en vin J 
rent aux mains avec ceux du château. Colligni donna du 
fecours aux habitans. Ils affîégerent le château dans les 
formes au mois de mars , 6k ils l'emportèrent. Ceux de 
Caën fe vantent d'avoir toujours été très-fideles à nos 
rois ; 6k ils difent même que c'eft pour cette raifort 
qu'on leur a permis de porter trois fleurs de lys dans leurs 
armes. On croit que le fécond concile , que Maurille ar- 
chevêque de Rouen célébra en 1063 , fut tenu à Caën 
en préfence de Guillaume le Bâtard, Ce prince y eft 

Tome III, C ij 



2 o C A E 

enterré dam l'abbaye de S. Etienne , qu'il y; fonda , 
comme Mahaut ou Mathilde de Flandre fa femme y 
fonda celle de la Trinité. * Chronique de S. Etienne de 
Caén , Charles de BoUrgueville , recherches des antiqui- 
tés de Normandie , & de Ca'ên. Du Chêne , recherches 
des villes de France. Papire MalTon , defcript.flum. G ail. 
De Thon, hift. fui ternp. lib. 33. De Brieux , in epijl. 
Robert Cenalis. M. Huet, origine de Caén. 

Université de C a e n* 

CAEN a auflî une univerfité célèbre , dont Henri VI 
roi d'Angleterre eft. le fondateur , comme on le voit 
par fes lettres patentes données à Rouen au mois de 
janvier 1431. La publication en fut faite par l'official 
de Bayeux. Henri n'y établit alors que les facultés du 
droit canon & du droit civil. Ses lettres furent vérifiées 
au parlement de Paris le 12 novembre 1433 ; , malgré 
l'oppoution de l'univerfité de Paris , qui offrait d'enfei- 
gner le droit civil. Par de nouvelles lettres données à 
Rouen le 1 5 février 1436 , Henri ajouta les facultés de 
théologie & des arts ; & l'année fuivante, il établit la fa- 
culté de médecine , par d'autres lettres données en An- 
gleterre. Le pape Eugène IV confirma ces établiflemens 
par fes bulles données à Bologne le 30 mai 1437 ; & le 
19 mai 1439- Charles VII , roi de France , .ayant con- 
quis la Normandie , ufurpée par les Anglois , ck tétant 
rendu maître de Caën en l'année 1450, les habitans 
préfenterent requête à ce prince , par laquelle ils lui de- 
mandèrent , comme à leur roi légitime , une nouvelle 
érection de leur univerfité. En conféquence , Charles 
donna des lettres patentes à Ecouchéle 30 juillet 1450, 
par lelquelles il permet provifionnellement la continua- 
tion des exercices des facultés , à la réferve de celles des 
loix ; & en 1451, il ôta cette reftri&ion , & fit expédier 
des lettres de nouvelle création & fondation de l'uni- 
verfité dans toutes fes facultés. Il y confirme auffi le bailli 
de Caën dans la charge de confervateur des privilèges 
royaux de ladite univerfité , en reftreignant toutefois les 
droits accordés par les Anglois. L'évêquede Bayeux en 
eft chancelier , ck les évêqués de Lizieux & de Coutan- 
ces font les confervateurs des privilèges apoftoliques. 
Cette univerfité eft compofée de trois collèges , qui font 
ceux du Bois , du Cloutier , ck des Arts. Les grandes 
écoles où fe font les affemblées , les a&es & les lectures 
publiques , font un préfent de Marie de C levés , mère 
de Louis XII , par fes lettres données à Blois au mois 
de mars 1476. 

Académie des B e lles-Lettre s. 

Jacques Mofant de Brieux , dont nous avons parlé à 
fon article , a donné commencement à l'académie de 
Caën , à l'occafion que nous allons rapporter. C'eft' une 
ancienne coutume à Caen , comme dans la plupart àes 
autres villes , que les honnêtes gens fans emploi s'afTem- 
blent en quelque place de la ville pour fe voir ck s'en- 
tretenir des affaires publiques , ck des leurs particulières. 
Le carrefour de S. Pierre a toujours été à Caën le lieu 
de ce rendez-vous. Le concours y étoit plus grand au 
lundi , jour auquel la pofte , qui depuis eft devenu plus 
fréquente , apportait les lettres ck la gazette. Plufieurs 
personnes curieufes fe trouvant dans cette place pour 
avoir le* plaifir de cette leâure , 6k la rigueur du temps 
les incommodant quelquefois , M. de Brieux qui , après 
avoir brillé à Metz par fon efprit, lorfqu'il y étoit confeil- 
ler , cultivoit folidement les mufes à Caën depuis qu'il 
s'y étoit retiré , offrit à ces meilleurs fa maifon , qui étoit 
fituée dans la même place. On l'accepta f ck la commo- 
dité du lieu faifoit qu'après la le&ure de la gazette 6k le 
débit des nouvelles , on paflbit volontiers à des conver- 
fations favantes. On y prit goût , les gens d'efprit ai- 
mèrent à s'y trouver. M. de Brieux en particulier en 
étoit charmé : il propofa de donner une forme à ces 
affemblées , ck d'en faire une compagnie. On y con- 
fentit : les permiftïons furent demandées aux fupérieurs 
& obtenues. Le lieu fut fixé dans la même maifon de 



C AE 



M. de Brieux, 6k le temps fut marqué au lundi au foif , 
depuis cinq heures jufqu'àfept. On doit dire à l'honneur 
de cette académie , qu'elle étoit compofée alors de fujets 
éminents en feience , 6k il eût été difficile de faire un 
meilleur choix. Les principaux étoient , outre M. de 
Brieux , Nicolas du Moutier , fieur de la Motte , qui fut 
dans la fuite lieutenant-général au bailliage de Caën , 
Jacques Paulmier de Grentemefnil , fi connu par fa vafte 
littérature ; Jacques Graindorge , fieur de Premont , fi 
recommandable par fa vertu , la douceur de fes mœurs , 
8e la lumière de fon efprit ; Jacques Savari , un des poè- 
tes les plus délicats de fon temps , & qui faifoit des vers 
avec une extrême facilité ; Antoine Halley , dont le mé- 
rite eft connu de quiconque cultive les lettres ; Philippe 
le Sueur , fieur de Petiville , confeiller au parlement de 
Rouen ; Antoine de Garaby , fieur de la Luzerne , poëte 
latin ; Louis Touroude , de qui nous avons une excel- 
lente géographie de la Grèce ; Regnauld de Segrais , 
poëte François , d'un mérite diftingué -; Pierre-Daniel 
Huet, mort ancien évêque d'Avranches , qui a réuni tant 
de t^lens différens dans fa perfonne ; 6k plufieurs autres 
hommes illuftres , dont la plupart ont eu des fucceffeurs 
qui ont fait aufïi beaucoup d'honneur à la république des 
lettres. Après la mort de M. de Brieux , qui arriva en 
1674 , M. de Matignon , lieutenant de roi de la provin- 
ce , qui faifoit alors fa demeure à Caën , 6k qui occupoit 
la même maifon de M. Brieux , l'offrit à l'académie. Elle 
s'en fervit pendant quelque temps. Elle penfa même' 
alors à obtenir des lettres patentes pour rendre fon établif- 
fement plus folide , & â créer des officiers , à l'exemple 
de l'académie françoife de Paris. Mais ces deffeins n'eu- 
rent point d'effet , 6k peut-être même fe feroit-elle difïï- 
pée enfin par les changemens qui furvinrent , 6k par la 
mort de M. de Matignon , fi M. de Segrais , l'un des 
membres de ce corps , n'eût pris foin de fa comervation,' 
en lui fourniflaht une demeure très-propre 6k très-conve- 
nable. Après la mort de M. de Segrais , M. Foucauld ,- 
intendant de la généralité de Caën , defirant faire revi- 
vre le goût 6k l'amour de's lettres dans la principale ville 
de fon département , employa fon crédit pour le réta- 
blhTement de cette académie, 6k la fit ériger en compa- 
gnie réglée, par des lettres patentes données au mois de 
janvier de l'année 1705. •> 

Cette compagnie étant prefque anéantie depuis la mort 
de M. Foucauld ,"elle a été renouvellée en 173 1', fous les 
aufpices & par la protection de M. Albert de Luynes 9 
alors évêque de Bayeux , aujourd'hui archevêque de Sens 
6k cardinal , ce prélat en ayant été déclaré alors protec- 
teur. A cette occafion on a réimprimé en 173 1 les lettres 
patentes de 1 70 5 , 6k les ftatuts ; 6k l'on y a joint le pro- 
cès-verbal du renouvellement , 6k les difeours qui furent 
prononcés dans cette circonftance. Depuis, en 1754» 
on a donné de nouveau plufieurs des mêmes pièces dans 
un volume in-S° , intitulé : Mémoires de l'académie des 
belles - lettres de Caën. On trouve dans ce volume la lifte 
des académiciens , divers difeours , quelques pièces de 
vers , 6k plufieurs diflertations phyfiques. 

Cette académie de belles lettres s'étant renfermée 
dans l'étendue de ce terme, les matières de phyfique 6k de 
mathématiques n'y furent point admifes. C'eft ce qui en- 
gagea quelques membres de ce corps qui avoient du goût 
pour ces dernières feiences , d'ériger à l'occafion de la 
comète de 1664 , une petite académie particulière, qui 
tint fes affemblées chez M. Huet , qui a été dans la fuite 
évêque d'Avranches. Ondeftina à ces affemblées l'après- 
dînée du jeudi de chaque femaine ; & comme l'on s'ap- 
pliquoit principalement à l'anatomie , on s'aflembloit 
extraordinairement quand il fe préfentoit quelque fujet 
rare à difféquer. On cultivoit auffi l'aftronomie , îa chy- 
mie , la botanique , & on ne hégligeoit aucune parde de 
la phyfique. Ces exercices fe continuèrent jufqu'en 1667, 
avec un grand fuccès. M. Chamillard , intendant de la 
généralité de Caén , protégea cette académie , ck defira 
de lui donner une autre forme. M. Colbert approuva fon 
deffein, ôt voulut que «es exercices ? qui n'étoient paa 



CiES 



£m<; dépenfe , fe fiflent aux frais du roi. Il chargea M. Huet 
d'aflurer la compagnie d'une penfîon annuelle , dont il I 
avança une année. Mais cette fociété , que l'efprit d'in- 
térêt afFoiblit infenfiblement ', fe diffipa entièrement en 
1676 , à la mort de M. Graindorge , chez qui elle tenoit 
les féances , depuis que M. Huet avoit été obligé de 
quitter Caën tout-à-fait. 

Le P a l 1 n o d. 

La première institution du Palinod fut en l'année 
1 5 27. Son origine vient de la dévotion particulière que 
ies Normans ont toujours eue envers la fainte Vierge , 
& principalement envers la fête de la Conception , qui 
pour cela a été nommée la fête aux Normans. L 'univer- 
sité la folemnifoit à Caën dans l'églife des pères corde- 
liers , avec beaucoup de cérémonie. En 1527 , Jean le 
Mercier , iîeur de S. Germain , célèbre avocat , rendant 
à fou tour les pains-bénits , ajouta aux folemnités ordi- 
naires une .invitation aux poètes , pour célébrer en ce jour 
Y Immaculée. Conception de la Vierge y à l'imitation du 
Puy qui étoit auparavant érigé à Rouen. Mais ce qui ne 
fe faifbit alors que par des libéralités fortuites , fut en- 
fuitc établi en divers temps par des fondations perpétuel- 
les , de gens zélés pour l'honneur de la Mère de Dieu , 
& amateurs de la poëfie". Cette pieufe inftkurion étant 
déchue par le temps , Jacques le Maître , fieur de Savi- 
gny , chanoine d'Avranches , ck principal du collège du 
Bois à Caën , prit foin de la rétablir. * Confultez les 
origines de Caen , par feu M. Huet , ancien éveque 
d'Avranches , fur-tout la féconde édition de cet ouvrage , 
qui efk beaucoup plus exacte & plus ample que la pre- 
mière. La vie de ce prélat compofée par lui-même , fous 
le titre de : Commentarius de rébus ad cum pertinentibus j 
& les lettres de M. de Mofaut de Brieux , ckc. 

CtENIS , fille à'Elathie Lapithe , qui fut aimée de 
Neptune , ck changée en un homme invulnérable. Il 
combattit contre les Centaures pour 'les Lapithes , fans 
qu'il reçût aucune blefîure ; mais il fut accablé fous la 
chute des grands arbres. Virgile nous apprend qu'elle 
reprit fon fèxe après fa mort ; mais Ovide veut qu'elle 
ait été changée en oifeau. 

C^EPOLLA ( Barthelemi ) natif de Vérone , fut 
un des plus favans jurifconfultes du XV e fiécle.Il avoit 
étudié la jurifprudence à Boulogne , fous Ange Aretin , 
&: Paul de Caftres. Il y reçut le bonnet de docteur en 
1446 , ck dans les fériés fui van tes il expliqua Ycedilitium 
ediclum , avec beaucoup d'applaudiffement. Son érudi- 
tion lui valut une chaire à Padoue , la qualité de noble, 
ck le titre de comte palatin. Cependant les sautions in- 
génieufes qu'il avoit inventées , lui firent perdre la répu- 
tation d'homme franc ck confeientieux. On croit qu'il 
mourut à Padoue en 1477. 

CAERLEON ou CAERLION, anciennement//^, 
Ifîa , Siturum , Legio- 2 , Augufla , petite ville d'An- 
gleterre. Elle eft dans le comté de Monmouth , à cinq 
lieues de la ville de ce nom , ck fur la rivière d'Oufque, 
environ à une lieue de fon embouchure dans la Saver- 
ne. Caërlion eft une ville ancienne , qui fut une des trois 
métropoles , que les premiers chrétiens établirent dans 
la Grande-Bretagne. Son fîége transféré à Saint-Davids 
par les Saxons , a été depuis fournis à celui de Cantor- 
beri. * Mati , dici. 

OERON. Voyei CERON. 

CAERPHILLI , bourg du pays de Galles , dans le 
comté de Glamorgan , qui eft la capitale de fon canton. 
Il y a un beau château. Il eft à 122 milles anglois de 
Londres. * Ditl. a-nglois. 

- CvESALPINI ( André ) né à Arezzo en Italie, a 
profefle long-temps la médecine dans l'univerfité de Pife. 
Il a été premier médecin du pape Clément VIII. Il étoit 
fort attaché à la philofophie des Péripatéticiens , qu'il 
avoit beaucoup étudiée. Il eft mort à Rome en 1603. Il 
a donné : Spéculum artis medicez Hippocraticum , qui a 
été imprimé plusieurs fois. C'eft un ouvrage eftimé. On 
a encore de ce médecin , de Plantis 3 lib. 1 6 f à Florence 



C A F 



en 1 5 8 3 , in-£. Appendix ad libros de plantis > à Rome, 
en 1603 . De metallicis libri très, à Nuremberg,en 1602» 
Quœflwnum medicarum libri duo : de medicamentis libri 
duo , à Venife en 1 593 , za-4 , chez les Juntes. * Man- 
get , Bibliotk.fcript. medic. tom. II p. 2 

CESAREOPOLIS , ville , voye l KESMARCKT. 

CvESARIUS ( Jean) médecin ck phiiofophe , né à 
Juliers , a fleuri au XVI e fiécle. Il enfeigna à Cologne , 
d'où il fut chaffé en 1543 , comme fufpect de luthéra- 
nifme : ce qui l'obligea de fe retirer chez le comte de 
Nuwenar ck de Meurs , où il mourut en 1550, âgé de 
plus de 90 ans. Quelques-uns cependant difent qu'il ren- 
tra dans la religion Catholique , ck qu'étant mort à Colo- 
gne en 1 5 5 1 , il fut enterré au couvent desliieronymi- 
tes , proche le grand-autel , où l'on avoit placé une lon- 
gue épitaphe , qui marquoit entr autres cho'fes , qu'il 
n'av.oit jamais été marié. Il a procuré l'édition de plu- 
fieurs auteurs", dont on trouvera le détail ci-après. Son 
zèle pour l'avancement des feiences fur très-grand , & il 
n'y épargna point fes peines ; mais bien loin de faire en 
cela quelque chofe pour fa fortune , il fe mit hors d'état 
d'avoir de quoi fubfifter pendant fa vieillerie ; ck il feroit 
mort de faim , fi (es amis ne l'euflent aidé. Alexandre 
Hegius , dont il avoit été difciple à Deventer , fe trou- 
vant trop âgé pour accepter l'offre qu'on lui faifoit , le 
propofa pour la direction de l'école qu on fonda àMunf- 
ter vers la fin du XV e fiécle : ce qu'il refufa auffi ; ck l'on 
choifit pour cet emploi Simon Camener , qui étoit un 
de ceux que Csefarius avoit propofés. 

gCF 5 * Les ouvrages dont on eft redevable aux foins: 
de Jean, Cœfarius , font , Diomedes grammaticus , emen-* 
datus ,fcholiifque illuflratus , Colonise , 1536. Rheto- 
rica , à Paris , chez Wechel , ck à Fribourg , en 1 541. 
Dialeciica > à Cologne , en 1 5 3 2 , & encore ailleurs , 
avec les notes deRayamis ck de Henri Glareanuj. Com- 
mentaria in Jodoci Clichthovœi introduciianem cognitio* 
nis terminorum , à Paris , chez "Wechel. Epitome intro- 
duclorii geometrici C aroli Bovilli , à Bafle. Caii Plinil 
fecundi opus Jùfiorits naturalis , avec des argumens ôc 
des fcholies , à Cologne , 1 524. C. Plinii libri duo de- 
medicina pijcium , avec des fcholies , à Strasbourg ,' 
1534. Boetius , de confolatione philofophia recognitus , 
à Cologne , 1535, avec des commentaires de Murmel- 
lius & de Rodolphe Agricola. * Chytrams, in Saxonia; 
Hb. 16 , & p. 80. Valere André , biblioth. Belg.p. qjq. 
Joannes Sturmius , prœfat. tom. II. orationum deeronis: 
M. Goujet , Mem. mf~. 

CiESENNIUS , ckerckêiPETUS , capitaine Romain. 1 

CAFFA , ville de la petite Tartarie , eft fîtuée fur le 
bord de la mer Noire , du côté de l'ancien Bofphora 
Cimmerien , qui a été depuis appelle détroit de Caffa, 
du nom de cette ville. Les Génois s'en rendirent maîtres 
dans le XIII e fiécle , du temps de la guerre fainte , & de 
la décadence de l'empire d'Orient. Mahomet II la prit 
en 1475 f ur * es Génois ; & les fultans y ont depuis en- 
tretenu une forte garnifon. Il y a deux châteaux , dont 
l'un commande les environs , & eft la demeure du bâ- 
cha ; & l'autre eft plus petit , mais bien muni d'artille- 
rie. On compte quatre mille maifons dans Caffa ; trois 
mille deux Cens de mahométans , Turcs , ék Tartares ; 
& huit cens de chrétiens , catholiques , Grecs & Armé- 
niens. On n'y voit aucun édifice de pierre ; excepté huit 
anciennes églifes , qui ont été bâties par les Génois : 
quoique d'autres rapportent qu'il y a quarante-cinq égli- 
fes : une pour les catholiques , dédiée à S. Pierre , douze 
pour les Grecs , & trente-deux pour les Arméniens. Les 
maifons ordinaires font de terre & de mortier. L'air y 
eft très-fain ; mais les eaux n'y font pas bonnes. Il y 
croît auffi fort peu de fruits ; pour ce qui eft des autres 
alimens , on dit qu'il n'y a point de ville au monde où 
ils foient meilleurs & à plus bas prix. Le mouton y a un 
goût excellent , & la livre n'en coûte que quatre deniers. 
Les autres viandes , la volaille , le beurre & le pain fe 
vendent à proportion encore moins : mais le poifTon frais 
y eft aftez rare ; ck l'on n'en pêche aux environs du port 



CAF 



ai 

t)ue de fort petits en automne ou au pr'mtems. Prefque 
tous les Turcs ck les Tartares , qui font- là , portent de 
betits bonnets de drap , doublés de peau de mouton ; 
<k comme le bonnet eft dans toute l'Afie la coeffure la 
jpïus ordinaire des chrétiens , ceux de Caffa font obligés 
d'attacher à ce bonhet une petite pièce de drap ( comme 
«n Allemagne les Juifs en ont à leur manteau ) afin que 
cette marque les distingue des mahométans. La rade de 
CafFa eft commode 6k fort afturée pour les vaifleaux ; il 
s'y fait un plus grand commerce qu'en aucun port de la 
hier Noire. Le trafic le plus ordinaire eft de poiflon falé, 
ck de caviar , qui vient de la mer de Zabache , 6k qui fe 
tranfporte dans l'Europe , 6k jufqu'aux Indes : on dit que 
l'on prend dans cette mer des poifTons qui pefent huit à 
neuf cens livres chacun , 6k dont on fait trois ou quatre 
quintaux de caviar. La raifon que les gens du pays ap- 
portent de l'abondance & de la groffeur des poifions , qui 
fe trouvent clans la mer de Zabache , eft que fori eau eft 
limoneufe , grafîe 6k peu falée , à caufe du Don ou Ta- 
naïs , qui s'y jette ; c'eft pourquoi elle attire , à ce qu'ils 
difent , le poiflon du Don , & de la mer Noire , le nour- 
rit 6k l'engraiSTe en peu de temps. La pêche fe fait de- 
puis le mois d'o&obre jufqu'en avril. Outre le tranfport 
du poiflon , on vient encore charger à CafFa du bled t 
du beurre , 6k du fel pour Conftantinople & pour d'au- 
tres lieux. Le beurre de ce pays eft le plus excellent de 
Turquie. Les Vénitiens ont Souvent demandé la per- 
miffion d'y négocier ; mais on la leur a toujours refufée. 
L'an 1671, le chevalier Quirini-fit de grandes dépen- 
des pour l'obtenir , 6k il l'obtint en effet ; mais le doua- 
nier de Conftantinople la fit révoquer , ayant remontré 
au grand vifir , que le négoce des Vénitiens fur la mer 
Noire , étoit très-dommageable au grand feigneur , 6k à 
fon état ; que c'était ouvrir aux princes chrétiens une 
nouvelle voie de communiquer , & de fe lier avec ceux 
qui fon* fur les côtes de cette mer , lefquels ne fuppor- 
tent qu'avec peine le joug des Turcs ; que cette per- 
mifïion ruineroit une infinité de gens , fujets du grand 
feigneur , pareeque les Vénitiens feraient enforte d'être 
les feuls voituriers de la mer Noire ; & que chacun croi- 
rait avoir plus de fureté de s'embarquer avec fes mar- 
chandifes fur leurs vaifTeaux : ces raifons furent goûtées 
du grand vifir , qui ordonna au gouverneur de Conftan- 
tinople de ne laifter parler aucun vaifleau Vénitien â la 
mer Noire. * Le chevalier Chardin , voyage de Perfe 

tn 1673. 

CAFFA ( Melchior ) plus connu fous le nom de 
Maltois , du nom de fa patrie , naquit en 163 1« Etant 
entré dans» l'école du Bernin , il fe rendit Ci habile fculp- 
teur , qu'il devint bientôt le rival de fon maître. L'on 
voit dans plufîeurs églifes de Rome des morceaux de 
feuipture , qui font autant de preuves de fa capacité. Le 
grouppe de S. Thomas de Villeneuve , donnant l'au- 
mône aux pauvres , qui eft dans l'églife des Auguftins 
de cette ville , eft un de fes principaux ouvrages , quoi- 
que demeuré imparfait par fa mort arrivée en 1687. Il 
fut achevé par Hercule Ferratha. Le Maltois étoit ex- 
cellent defïïnateur,ck d'un génie des plus féconds/ Mém. 
Htt temps. 

CAFFARO (dom Antoine) fils de dom Thomas 
Caffaro , qui avoit été créé fénateur du fénat de Mefli- 
11e de la part de la nobïefTe , au mois d'avril 1 674 , s'eft 
diftineué aufîi dans le dernier fiécle. La ville de Mefline 

1 1 T 

étoit alors dans une grande agitation- par les intrigues du 
gouverneur dom Louis Del-Hojo , Efpagnol , qui s'é- 
toit mis dans l'efprit de détruire le fénat & la nobïefTe 
pour fe rendre abfolu. De-là naquirent les deux partis 
des Merli , qui tenoient pour le gouverneur , 6k des 
Malvi^i qui foutenoient le fénat 6k les libertés de Mef- 
fine. Dom Thomas Caffaro voyant que le nouveau gou- 
verneur don Dieguo Soria , n'étoit pas mieux intention- 
né que fon prédécefTeur ; qu'il étoit même d'un caractère 
plus violent , crut que le feul moyen de fauver Mefline 
étoit de recourir à la protection de la France , 6k de faire 
en forte que le roi voujût prendre, Mçffîne, fous fa fauve- j 



CA F 



garde. Dans cette vue , il envoya Antoine Caffaro , fort 
fils aine , à Rome , pour traiter avec M. le duc d'Eftrées j 
ambafladeur de France en cette ville , 6k avec M, le car- 
dinal d'Eftrées , frère du duc. Antoine Caffaro , muni 
des lettres du fénat , partit fous prétexte d'aller négocier 
avec l'ambafïadeur d'Efpagne. Le duc d'Eftrées promit 
le fecours que l'on demandoit , 6k ne tarda pas à dépê- 
cher un courier en France. Le duc 6k le cardinal , fon 
frère , furent d'avis qu'Antoine Caffaro fe rendît lui- 
même à Toulon pour s'aboucher avec M. le duc de Vi- 
vonne , qui fe préparait à conduire une armée navale: 
en Catalogne , afin que fi le roi lui ordonnoit d'envoyer 
une' efeadre à Meffine , dom Antoine pût s'y embarquer 
6k aider les François à s'introduire dans la ville. Dom 
Antoine n'ayant pas trouvé le duc à Toulon , alla le join- 
dre en mer 6k en fut parfaitement bien reçu. Le duc de 
Vivonne ayant écrit en cour, reçut ordre d'envoyer une 
efeadre à Meffine avec des provisions, fous les ordres du 
commandeur de Valbelle. Dès que les Génois 6k les Mal- 
tois eurent appris que la France envoyoit du fecours à 
Mefline , ils rappellerent leurs galères qu'ils avoient prê- 
tées au marquis deBajona. Celui-ci , privé de ce fecours^ 
fe voyant alors trop foible pour empêcher le deffein des 
François , fit aux révoltés des propositions qui n'eurent 
aucun effet. Les révoltés ne pouvant même retenir leur 
joie , en donnèrent auflltôt des marques en enlevant le 
portrait du roi d'Efpagne de deflous le dais où il étoit 
placé à la porte du palais du fénat. M. de Valbelle parut 
le 28 feptembre , 6k alla mouiller à un mille de Mefline. 
Dom Antoine Caffaro defeendit à terre , 6k alla rendre 
compte de fà commiflion au fénat , qui , au bruit des 
tambours 6k des trompettes , fit arborer par-tout l'éten- 
dard 6k les armes du roi de France. Le lendemain , le 
même fénat proclama Louis XIV roi 6k fpuverain des 
Mefllnois. Dom Antoine eut peu après ordre de fe ren- 
dre en France pour exp'ofer au roi la nécefllté 'preflante 
où la ville de Mefline étoit d'avoir des vivres. Ce dé-< 
puté eut une prompte audience , il fut introduit félon le 
cérémonial irfité pour les autres ambafladeurs , 6k il trou- 
va fa majefté difpofée à continuer fes fecours aux Mefll- 
nois. En effet , M. le marquis de Vallavoire reçut ordre 
de conduire à Meffine un nouveau fecours 6k quantité 
de provifions fur l'efcadre du commandeur Valbelle, 
L'efcadre entra à pleines voiles dans le port de Mefline^ 
le troifiéme de janvier 1675 , fans que les Efpagnols , 
qui fe retirèrent d'abord , euflent fait aucun mouvement 
pour lui difputer le paflage. Le marquis de Villavoire 
fut accueilli au milieu des cris de joie 6k des acclama- 
tions de vive le roi de France > notre maître & notre libé- 
rateur. Le 28 du mois d'avril Suivant, les Mefllnois prê- 
tèrent ferment de fidélité au roi Louis XIV , entre les 
mains de M. le duc de Vivonne comme viceroi. * Voyez 
Yhijloire des rois des deux Siciles de la mai/on de Fran- 
ce , par M. de Monthenault d'Egly , tome IV , pag. 266 
& fuivantes, 

CAFFARRELLI , ou CAFARRELLI , famille de h 
plus ancienne nobïefTe de Rome. Elle poflede un duché 
dans le royaume de Naples , ck plufieurs terres auprès de 
Rome. Les fuivans font , dit-on , de cette famille. 

CAFFARRELLI (Jean ) Romain , s'eft rendu fort 
habile dans les humanités &C dans la théologie. Il fut 
d'abord chanoine de fainte Marie-Majeure à Rome ; & 
le 26 février de l'an 1427 ,.il fut nommé à l'évêché de 
Forli. On lui ôta cet évêchéen 1433., mais on en ignore 
les raifons : ce qu'on fçait , c'eft qu'il obtint l'an 1437 
celui d'Ancone. .Ce prélat a fervi le faint fîége dans plu- 
sieurs occafions importantes. Le pape Eugène IV qui 
l'eftimoit beaucoup , l'employa à l'ouverture du concile 
tenu à Ferrare. Caffarrelli mourut à Rome au mois d'a- 
vril de l'an 1460. * Ughelli , Italiafacra , tome I page 
338 , & tome II page 583, Supplément françois, de 
Bajle , tome II page 15. 

CAFFARRELLI (Profper) évêque d'Afcoli , étoit 
de la même famille que le précédent , & ne fe difringua 
pas moins par fon amour pour les fçienççs, Il fut pourvu 



C AF 



C A F 



de I evêché d'Afcoli l'an 1464 , & il le gouverna avec 
beaucoup d'honneur. C'eft en qualité de nonce apofto- 
lique qu'il affermit la paix entre Matthias Corvin , roi 
de Hongrie , & l'empereur Frédéric III , comme le té- 
moigne Antoine Bonfmius dans fon livre de pudicitiâ , 
& dans fon hiftoire de Hongrie. Abraham Barfchiaijus, 
rend le même témoignage dans fa chronologie des rois 
de Hongrie. Profper Caffarrelli mourut à Rome le 14 
février 1 500. * Ughelli , Italiafacra , tome I pag. 470. 
Supplément françois de. Bafle , tome II pag. I 5. 

CAFFARRELLI-BORGHÈSE (Scipion) Romain ', 
fils de Marc-Antoine, Caffarrelli , & d'Hortence Borg- 
hèfe , feeur du pape Paul V. Il prit le furnom de Borg- 
hèfe , à caufe de Paul V fon oncle , qui le créa cardinal 
le 18 juillet 1605. Il futaufïï grand pénitencier, arche- 
vêque de Boulogne , & évéque de Sabine , & mourut 
le 2 octobre 1633 , %^ ^ e )7 ans< ^ e ^ auteur de plu- 
heurs ouvrages , dont on cite les fuivans : r. Carmina 
de cardmalibus à Paido V creatis , ac epifeoporum ab 
en injlitutorum prczflantia. 2. Epiflolce négociâtes plur es. 
* \Vitte , diarium ; Mandohi bibliotheca romana. 
Supplément françois de Bajle. 

CAFFARRELLI (Faufte) archevêque de San-Se- 
verino , étoit natif de Rome , fils d'ALEX ANDRE Caf- 
farrelli & de Panta Aftalla. Après qu'il eut fini fes étu- 
des de droit , le pape Paul V le créa avocat confiflorial. 
Il devint enfuite référendaire du faint fiége , & fuccefli- 
vement vicaire de Tégliié principale du Vatican , & ar- 
chevêque. Il fut depuis revêtu de la charge de nonce 
apoftolique , & à fon retour , il ne s'occupa plus que du 
foin de fon troupeau qu'il gouverna avec beaucoup de 
zèle & de fageffe. Il mourut le 17 de novembre de l'an 
165 I. * Car. Cartharius ,'Syllabus advocatorum con- 
fiftor. Ughelli , Italiafacra 3 tome IX page 489. Sup- 
plément de Bafle. 

CAFRERIË , ou côte des CAFRES , pays d'Afri- 
que , qui occupe la part ie la plus méridionale de l'E- 
thiopie. Les uns mefurent l'étendue de ce pays depuis 
le cap Nègre du côté de Congo , jufqu'à la rivière de 
Cuama , qui le fépare du Zanguebar ; & les autres pla- 
cent fes bornes , fous le Tropique du Capricorne. Tou- 
tes ces côtes de la Cafrerie ont onze ou douze cens lieues 
de longueur ; elles font bornées dans les terres par une 
longue chaîne de montagnes , que les monts de la lune 
forment , & qui enferment le Monomotapa. Les Portu- 
gais ont nommé Picos Fragofos , pointes ou roches ai- 
guës , cette partie des montagnes qui s'avancent du côté 
du cap de Bonne-Efpérance , qui eu le plus confidéra- 
ble du pays & la pointe la plus méridionale de l'Afrique. 
Ce mot de Cafre veut dire fans loi , & vient du mot 
Cafir , au plurier Cafiruna , que les Arabes appliquent à 
tous ceux qui nient l'unité d'un Dieu , & qu'on a donné 
aux habitans de ce pays , parce qu'on a cru qu'ils n'a- 
voient ni princes , ni religion : ce nom de Cafres leur 
eft inconnu. On a depuis appris par les relations qu'ils 
ont divers rois , & entr'autres ceux de Malemba , de 
Chicanga , de Sedanda , de Quietava , de Cefala , & 
de Meta van. Les peuples y font noirs , brutaux , cruels ; 
& il y en a même d'antropophages , c'eft-à-dire , man- 
geurs d'hommes. Les Cafres du côté de l'orient font beau- 
coup plus civilifés , & plufieurs font fournis au roi de 
Monomotapa. Ceux qui font près de la mer , vendent 
leurs denrées aux étrangers. On comprend dans le pays 
des Cafres le royaume de Zofala ou Sofala , qui eft fi 
abondant en or & en éléphans , que quelques-uns le 
prennent , mais fans beaucoup de fondement , pour l'O- 
phir , où Salomon envoyoit fa flotte. Les Portugais y 
ont la fortereffe de Sofala , ou de Cuama , vis-à-vis de 
Madagafcar. Ce pays eft habité par divers peuples , qui 
ont leurs chefs particuliers. Les principaux de ceux qu'on 
a découverts , font les Goringhaiconas , qui demeurent 
tous vers le cap de Bonne-Efpérance , à cinq lieues aux 
environs du fort des Hollandois ; & les Cochoquas , les 
Cariguriquas , les Hofaas , les Ckainouquas , les Co- 
bonas , les Souquas 3 les N&maquas 3 les Heufaquas 3 



23 



les Brigoudis , & les Hancumquas , &c. 

Voici ce que les voyageurs nous difent de ces peuples 
dans leurs relations. Les Goringhaiconas , que les Hol- 
landois appellent Watermans , c'eft-à-dire , hommes 
d'eau , font quatre ou cinq familles de Cafres , qui font 
environ le nombre de cinquante perfonr.es , fous la con- 
duite d'un chef. Les Gorachouquas , furnommé larrons 
de tabac , font trois ou quatre cens hommes , capables 
de porter les armes , qui ont auffi leur capitaine. Les 
GonnkcLtças , ou gens du cap , ainfî appelles , pareeque 
ce font eux qui s'attribuent la propriété du cap de Bonne- 
Efpérance , peuvent fournir environ quatre cens bons 
foldats , & obéiffent à un petit prince. Les Cochoquas , 
ou Soldanhars , font quatre ou cinq cens familles qui 
occupent quinze ou feize villages dans les vallées de 
Saldanha-bei , qui font à vingt-fept lieues du cap de 
Bonne-Efpérance vers le nord-oueft. On dit qu'ils ont 
plus de cent mille bêtes à corne , & que leurs moutons 
au lieu d'une laine frifée , ont le poil long , moucheté , 
& de diverfes couleurs : ces peuples ont un chef, lequel 
prend le titre de Coëque , & prétend être le roi de tous 
les Cafres qui demeurent aux environs du cap à quatre- 
vingt lieues à la ronde. Les Cariguriquas & les Hofaas 
demeurent proche des vallées de Saldanha-bei, & font le 
métier de pafteurs. Tous ces Hottentots ou Cafres habi- 
tent vers le cap de Bonne-Efpérance : ceux dont on va 
parler , font plus éloignés de la côte. Les Ckainouquas, 
demeurent à plus de trois mois de chemin du cap : leur 
chef eft habillé d'une peau de léopard , & a tout le 
corps luifant de graifTe , félon la coutume du pays. Les 
Cobonas font au-delà des Ckainouquas. Ce font des 
antropophages qui rôtiffent tout vifs ceux qu'ils attra- 
pent , fans épargner les Cafres même ; ils font les plus 
noirs d'entre les nègres , & ils portent les cheveux fort 
longs. Les Sonquas habitent fur de hautes montagnes ; 
les hommes & les femmes s'adonnent à la chaffe ; auflî 
ne vivent-ils que de venaifon , & d'une racine qui leur 
fert de pain. On trouve dans leur pays des chevaux &C 
des d.nes fauvages , qui font mouchetés , de plufieurs 
couleurs très-vives , & très-belles. Ordinairement les 
chevaux y font bien pris , & ont le dos & le ventre 
tachetés de jaune , de noir , d'écarlate & d'azur : mais 
la peau des ânes fauvages eft marquée de blanc , & de 
couleur de noifette. En 1662 , les Sonquas portèrent 
une de ces peaux au cap de Bonne-Efpérance , & la 
donnèrent pour du tabac aux Hollandois , qui l'ayant 
remplie de paille , la fufpendirent dans la {aile du châ- 
teau , comme une chofe digne de la curiofité des étran- 
gers , qui prennent terre fur cette côte : ces Cafres font 
voleurs de profeffion , & tout le bétail qu'ils peuvent 
enlever eft de bonne prife : les autres Hottentots ne 
fauroient ni les attraper , ni les trouver dans leurs Ca- 
vernes : leurs habits font de peaux de bulles coufues 
enfemble dont ils font une efpece de manteau. Les fem- 
mes portent un parafol fait de plumes d'autruches , 
qu'elles attachent autour de leur tête. Les N arnaquas fe 
tiennent à plus de cent cinquante lieues , &c quelquefois 
à deux cens lieues du cap de Bonne-Efpérance : ce font 
des gens de belle taille ; ils fe couvrent le corps de peaux 
de bêtes , embellies de grains de verre de Chambaye , 
qu'ils achètent des Portugais , pour des brebis & des 
chèvres , pénétrant fouvent jufques. dans le Monomo- 
tapa. Les hommes portent une plaque d'yvoire au bas 
du ventre , & les femmes fe couvrent cette partie d'une 
belle peau : elles portent un parafol fur la tête comme 
celles des Sonquas , & ont tout le refte du corps nud. 
Ces Cafres obéiffent à un roi. Lorfqu'ils reçurent les 
Hollandois en 166 1 , une troupe de joueurs d'inftru- 
mens les vint faluer : ils feufloient chacun dans un ro- 
feau , dont le fon imitoit celui d'une trompette marine. 
Le roi régala les Hollandois de lait & de chair de mou- 
ton ; & ceux-ci lui firent préfent d'eau-de-vie , de tabac, 
de grains de corail , & de quelques morceaux de cuivre. 
Les Heufaquas demeurent fort loin , au nord-oueft du 
cap, On n'a jamais été dans leur pays, ckonen a feule- 



24 C A F 



C AG 



ment vu quelques-uns qui étoient venus fur la côte , avec 
le chef des Gnainouquas pour faire trafic de bétail. Ils 
font pafteurs comme les autres Cafres ; mais ils ont cela 
de particulier , qu'ils s'adonnent à l'agriculture. Ils culti- 
vent entr'autres une certaine racine , qu'on nomme da- 
cha y laquelle étant infùfée dans de l'eau , enyvre com- 
me le vin le plus fort. On dit que ces Heufaquas tendent 
des pièges pour attraper des lions , qu'ils les appriyoi- 
fent , & les rendent auffi dociles que des chiens : juf- 
ques-là même qu'ils les mènent avec eux à la guerre , & 
les lâchent contre leurs ennemis dans la chaleur du com- 
bat. Les Brïgoudis n'ont point encore été vus des voya- 
geurs : on a feulement oui dire que c'étoit un peuple 
fort riche en bétail. Les Hancumquas demeurent au- 
près des Heufaquas ; mais on n'a point de commerce 
avec eux. 

La plupart des Cafres ont le teint bazané & olivâtre, 
le nez plat , les lèvres groffes & le vifage affreux. Ceux 
cjui ont quelque communication avec les Hollandois fe 
civilifent peu à peu : les autres font fort fauvages ,. & 
vivent dans une grande ignorance. Leurs armes font 
Tare & les flèches , avec une zagaie ou javelot : ils ne 
fe nourrirent que de racines cuites dans l'eau , ou rôties 
fur les charbons ; de la chair de leurs plus méchantes 
bêtes ( qu'ils ne tuent point , fi elles ne font vieilles ou 
«naïades , ) ou du poiflon qu'ils trouvent mort fur le ri- 
vage. Ils fe font un morceau délicat d'un chien de mer, 
& ils n'en manquent pas ; car il en vient par centaines 
fur la côte où les fauvages les tuent à coups de bâtons. Ils 
s'adonnent auffi à la chaffe des éléphans , des élans , des 
rhinocéros , des tigres , des lions & des bufles. Les Ca- 
fres vivent fort long-temps , & la plupart vont jufqu'à 
cent ou fix-vingts ans. On enterre les morts affis &c nuds, 
& l'on obferve dans leurs funérailles une cérémonie 
très-dure & fâcheufe ; car tous les parens du défunt font 
obligés de fe couper le petit doigt de la main gauche , 
pour le jetter dans la fofle auprès du mort ; c'eft pourquoi 
ils n'aiment pas à voir mourir leurs parens. Les Cafres vi- 
vent à la campagne fous des tentes , faites de branches 
d'arbres , & couvertes de nattes de jonc. Il y en a de fi 
grandes qu'une famille de trente perfonnes s'y peut reti- 
rer. Tous les Hottentots du cap parlent la même langue ; 
mais elle eft fi confufe , que leurs mots reffemblent plu- 
tôt au fon des cloches , qu'à des paroles articulées. Le 
langage des Bas-Bretons & des Bafques eft fort doux 
en comparaifon du leur. Quoique les étrangers ne puif- 
fent apprendre leur langue , les Cafres néanmoins ap- 
prennent aifément celle des étrangers , & il y en a beau- 
coup qui fe font entendre en flamand. Ces peuples ne 
font pas beaucoup d'état des toiles , des étoffes & des 
laines , des miroirs , ni des fonnettes , dont les Nègres 
font fi amoureux ; mais ils eftiment le fer , le cuivre , le 
laiton , les haches , les couteaux , & autres pareils inf- 
trumens. Ils aiment auflî le corail, le tabac , & l'eau-de- 
vie : ils donnent une vache pour deux pièces de laiton 
de la largeur de la main , avec un morceau de tabac. A 
l'égard de leur religion , ils reconnohTent qu'il y a un être 
fouverain , auquel ils donnent le nom de Humma : mais 
ils ne l'adorent guères que quand il leur envoie du beau 
■(temps : & ils fe plaignent de lui , lorfque le vent ou la 
pluie , le froid ou la chaleur les incommodent : ils ren- 
dent auffi quelque culte à la lune , lorfqu'elle commence 
à paraître , ils parlent toute la nuit à chanter & à dan- 
fer. On apprend par les nouvelles relations , que le pays 
vers le cap eft rempli de montagnes fort hautes : elles 
ne parlent d'aucune ville ou lieu confidérablé , mais feu- 
lement de quelques golfes & de quelques terres , comme 
la côte déferte , la terre de Natal , la terre des Fumées, 
la terre des Naonetas , la baye de Sardaigne , celle de 
la Table , celles de faint Sebaftien , de faint Baille , de 
fainte Catherine , de faint François , & la baye de La- 
goa , ou du Marais. Depuis l'an 165 3 , les Hollandois 
ont commencé de s'habituer en ce pays-là , en fàifant un 
fort près la baye de la Table au cap de Bonne-Efpéran- 
ce , avec une colonie auprès , qui devient tous les jours 



plus confidérablé. Depuis quelques années ils ont fait 
une habitation affez forte qu'ils nomment Hellenbock , 
à dix lieues avant dans le pays , ainfi qu'on l'apprend 
des relations du chevalier de Chaumont , & de l'abbé de 
Choifi , qui ont paffé en ces quartiers , en allant à Siam 
dans les Indes orientales. * Dapper, defeript. de l'Afri- 
que. Ludolf , Hijl. Ethiop. L 1 . 

CAGAN, cherche^ CHAGAN. 

CAGALGAR , lieu ou paffage très-fort dans les mon- 
tagnes de la Tranfoxane , où il y a une porte qui ferme 
aux nations barbares du feptentrion , l'entrée dans les 
plaines fertiles de cette province. On dit de ce lieu , 
qu'il a la tête au ciel &: le pied dans l'eau. * D'Herbelot, 
biblioth. orient. 

^ §£W* CAGAYAN , province de l'ifle de Luçon , 
l'une des Philippines , dans fa partie feptentrionale. Elle 
eft arrofée par une rivière nommée auffi Cagayan. Cette 
province eft la plus grande qui foit dans les ifles , & s'é- 
tend quatre-vingts lieues en longueur , & quarante en 
largeur. Ses paroiffes font deffervies par des Domini- 
cains. La ville principale fe nomme Nouvelle Sé- 

GOVIE. 

&W CAGLI , ville d'Italie , dans le duché d'Ur- 
bin , au pied de l'Apennin &c du mont Petrofo , au-def- 
fus de l'endroit où le Baofo tombe dans ïe Cantiano , 
entre Urbin &f Eugubio. Elle a , quoique petite, un évê- 
ché fuffragant d'Urbin. Cet évêché eft affez ancien ; car 
Grecianus , évêque de Cagli , ( â Calh ) eft nommé 
dans un fragment de S. Hilaire , félon Holftenius , com- 
me s'étant trouvé au concile^de Rimini : ck Viticanus , 
autre évêque de ce lieu , fouferivit au premier concile 
romain tenu fous Symmaque. Le P. Charles de S. Paul 
nomme ce lieu en latin CaLiiam. Antonin le nomme ad 
CaLem. Il y a encore fur le Baofo un pont que les an- 
ciens Romains y ont bâti , ce lieu étant fur la voie fla- 
minienne. * La Martiniere , dict. géogr. 

CAGLIARI , ou CALLIARI , en latin Caralis , 
ville capitale de l'ifle de Sardaigne , avec archevêché & 
univerfité , fituée fur une petite montagne , au bord de 
la mer , avec un bon château & un grand port ; & elle 
eft divifée en trois bourgs différens. Outre fon commer- 
ce qui la fait valoir , elle eft encore habitée par une par- 
tie de la nobleffe de Tifle. Elle donne fon nom à un cap 
voirai dit Capo Cagliari. Caralitanum promontorium , 
ck au golfe de Cagliari , Caralitanus finus. Ce golfe eft 
le plus grand de tous les golfes qui font fur la côte de 
l'ifle. Pline , Tite-Live , & Pomponius Mêla , parlent 
de Cagliari , qui eft une ville très-ancienne. Il en eft auflî 
fait mention dans l'itinéraire d' Antonin , & dans Ciau- 
dien. Elle appartenoit autrefois aux Pifans , mais Jac- 
ques II , roi d'Aragon , la prit fur eux en 1330, & de- 
puis ce temps elle a été foumife aux Efpagnols , aufli 
bien que le refte de l'ifle , qui vient d'être cédée au duc 
de.Savoye. Le viceroi y fait fon féjour ordinaire. C'a 
été la patrie du pape S. Hilaire ; & Martin roi de Sicile 
y mourut en 1409. Cette ville a des privilèges finguliers. 
Le fiége métropolitain y eft fondé dès les premiers fie- 
cles du chriftianifme, puifque le célèbre Lucifer en étoit 
prélat fous l'empire de Conftantin le grand , & de 
Conftantin le jeune. Il y a un ouvrage latin imprimé 
l'an 1639, à Cagliari, fous ce titre : Defmjîo fanctitatis 
B. Luciferi , n&c-non primatus archiepifeopi Caralitam. 
Cagliari étoit la métropole civile de Sardaigne , ck des 
ifles d'alentour': elle fut auffi dans la fuite métropole 
eccléfiaftique ; elle l'étoit au moins en 681 , du temps 
du pape Agathon. Quelques-uns ont prétendu qu'avant 
ce temps-là elle avoit été immédiatement foumife à Vé- 
glife de Rome. S. Saturnin fut martyrifé en cette ville 
du temps de Dioclétien , vers l'an 303. Il a été confé- 
déré comme le patron de toute l'ifle de Sardaigne. Lu- 
cifer honoré comme faint dans l'ifle de Sardaigne , quoi- 
qu'auteur d'un fchifme dans l'églife , étoit évêque de 
Cagliari , ainfi qu'on l'a déjà dit. S. Eufebe qui fut de- 
puis évêque de Verceil , étoit né dans la ville , ou du 
moins dans 1 le territoire de Cagliari. * Baillet , topogr. 

des. 



C A (j 



C A H 



'•des Saints. Tite-Live , /. 30. Leandre Albert!, defc, Ital. 
"Le Mire , notit. epifc. orbis, 

CAGLIARI (Paul) cherche^ CALIART. 

CAGNATI (Marfile) étoit de Vérone , ck fut pre- 
înier lecteur en médecine à Rome , dans le XVI fiécle , 
fous les papes Clément VITI & Paul V. Il avoit étudié 
à Padoue fous Zabarella. Il avoit beaucoup de littératu- 
re , & il a été confïdéré comme le premier de fon temps 
dans fa profefiîon. Ayant été appelle à Rome à caufe 
«3e fon mérite , on l'engagea à y enfeïgner la philo fo- 
phie 6k la médecine , dans le collège de cette ville , 6k 
on lui donna des appointemens confidérables. Comme 
il pofiedoit parfaitement le grec 6k le latin , 6k qu'il avoit 
lu avec attention les meilleurs hiftoriens qui ont écrit 
en ces deux langues , il s'exprimoit hn-même avec : poli- 
teffe , ck il femoit fes leçons de quantité de traits d'hif- 
toire , qui réveilloient l'attention 6k qui lui concilioient 
ï'eftime Ôk l'application de fes auditeurs. Il difoit qu'il 
en ufoit ainfî , principalement pour diminuer la féche- 
reSTe de les leçons , fur-tout quand il n'expliquoit encore 
que les principes des fciences qu'il enfeignoit, 6k quand 
il avoit affaire à de jeunes gens , à qui il faut faire goû- 
ter ce qu'on leur apprend , en s'atnrant leur amitié , 6k 
en fixant leur attention. Cagnati a écrit deux livres , où 
il traite de la manière de conferver la fanté : dans l'un , 
il parle de la nourriture 6k de la règle qu'on doit garder, 
foit en la prenant , foit dans la qualité des viandes : dans 
le fécond , il traite de l'exercice qu'il faut prendre , 6k 
des bornes , comme de l'étendue, qu'on doit lui donner. 
Ces deux livres ont été imprimés à Rome en 1 591 , 6k 
à Padoue en 1605. Il a écrit encore fur les inondations 
du Tibre , fur la bonté de l'air de Rome pour la fanté, 
fur les maladies épidémiques , fur le vingt-quatrième 
aphorifme d'Hippocrate , qu'il prétend n'avoir point en- 
core été entendu jufqu'à l'explication qu'il lui donne , 6k 
de la manière dont on procède à Rome , dans la guéri- 
fon des fièvres. L'érudition profonde de Cagnati paroi t 
-dans fes quatre livres d'obfervations diverfes , qui paru- 
rent à Rome en 1 587 , 6k que Gruter a inférés dans le 
troifiéme volume de fon thefaurus cr'ukus t imprimé à 
Francfort en 1604 , in-S°. Le père Labbe , dans fa bi- 
bliothèque des manufcrits , parle d'un cinquième livre 
•defdites obfervations , mais qui n'a point encore été 
imprimé. Ce fut Cagnati qui fit l'oraifon funèbre de Jean- 
Baptifte Ferrari , Jéfuite , profeiïeur de l'écriture fainte 
dans le collège romain. Vanderlinden dans fon traité 
de fcrlpionbus medicis , dit auiïi que Cagnati avoit fait 
un traité , de ligno fanclo ; un autre , de morte caufâ 
partûs ; 6k une autre de, différentes chofes ( enarrationum 
liber. ) Ces traités ont été recueillis 6k imprimés z/z-4 . 
en 1603 , avec plufïeurs autres du même. La plupart de 
ces opufcules avoient déjà paru féparément. Draudius 
lui attribue : nuove efemeridi de pianeti e altri corpi ce- 
lefli , à Rome en 1604. * MafFei , Verona illufirata , 
in-fol. dans le liv. 4 de gli fetittori Veronejl. Manget , 
bibl. feript. medlc. tom. 2 , pag, 3. 

CAGNAZZO ( Jean ) religieux de l'ordre de faint 
Dominique , eft connu fous le nom de Tabienfîs , quoi- 
que le fien fût Cagnazzo ; il prit l'autre du lieu de fa 
nahTance, qui eft un bourg fur k cote de Gènes 6k dans 
le diocèfe d'Albinga : ce bourg eft aujourd'hui fameux 
par fes bons vins mufeats. Jean de Cagnazzo fut ami du 
cardinal Cajetan , auquel il dédia fa fomme des cas de. 
confcience , qu'on appelle ordinairement Summa Ta* 
biena , o\xfumma fummarum. Il mourut, en 1 5 2 1 . * Bel- 
larmin , de feript. ecclef. Leander Alberti , defeript. ItaL 
Antoine de Sienne , de Ulujl. Domin. Soprarti , feript, 
Ligur. Echard , feript. ord. Prced. 

CAGNOLI (Jérôme) jurifconfulte célèbre, étoit 
de Verceil , dans le Piémont , & fut nommé par le duc 
de Savoye confeiller d'état, 6k chevalier de l'ordre de S. 
Lazare : il profeffa aflfez long-temps à Turin , puis à Pa- 
doue , où la république de Venife l'attira , & où il mou- 
rut le premier février 15 5 1 , âgé de 59 ans. Ilacompofé 
divers ouvrages : Varice legum enarrationes , de vita & 



'regimine boni pïincipis , ùc. * Thomafiriï , m eldg. 

CAGNOLI ( Bellemonte ) connu fous le nom de 
l'abbé Gagnoli , Italien de nation , s'eft diftingué au com- 
mencement du XVII fiécle. Il avoit quelque érudition t 
mais fes talens étoient obfcurcis par de grands défauts*' 
Il a laiflé divers ouvrages en profe ck en vers , comme 
un poème de la rédu&ion d'Aquilée , un éloge de S. Gré- 
goire le Grand, ckc. Il eu mort vers le milieu du XVII 
fiécle. * Janus Nicius Erythraeus, Pin. Ifwiag. illufi. c. 8* 
Le Mire , de fcnpt. fœcul. XF IL 

CAGOTS ou CAPOTS. Ceft le nom de certaines 
familles habituées en Béarn ck en plufieurs endroits de 
Gafcogne , defeendues , félon quelques-uns , des Wi- 
goths , qui refterent en ces quartiers après leur déroute 
générale : ils font cenfés ladres & înfefl-*: &• mr ,, n , f . 
ticle de la coutume de Béarn , 6k par l'ufage des pro- 
vinces voifines , il leur eft défendu très-févérement de 
fe mêler avec le refte du monde : dans les églifes , ils 
ont une porte féparée pour y entrer avec le bénitier ck 
leurs fiéges pour toute la famille : ils font logés à l'écart 
des villes ck des villages. En plufieurs endroits les prêtres 
ne veulent pas les recevoir à la confeffion : ils font char- 
pentiers , & ils ne peuvent porter d'autres armes ni fer- 
remens que ceux qui font propres à leur travail : ils ne 
font point reçus en témoignage. L'ancien for de Béarn 
leur faifoit cette grâce , de prendre fept témoins d'en- 
tr'eux , pour en valoir un d'un autre homme du com- 
mun. On croit qu'ils ont été appelles Cagots, comme pour 
dire , Caas Goths, c'eft-à-dire , Chiens Goths ; ce repro- 
che leur étant refté de même que le foupçon de ladre- 
rie , en haine de l'arianifme , dont les Goths faifoient 
profeffion , & des rigueurs qu'ils avoient exercées dans- 
ces pays. Ils font tous charpentiers , parce, dit-on , que 
pour peine de leur fervitude , on leur avoit impofé la 
néceflité de couper le bois , comme les Ifraélites firent 
aux Gabaonites. En 1460 les états de Béarn demandè- 
rent à Gafton de Béarn , prince de Navarre , qu'il leur 
fût défendu de marcher pieds nuds par les rues , de 
peur d'infection ; ck qu'en cas de défobéhTance , on leur 
perçât les pieds avec un fer; ck qu'ils portaflent fur leurs 
habits leur ancienne marque de piedd'oye ou de canard,; 
animal aquatique ck qui fe lave fouvent , pour marquer 
qu'ils étoient immondes , ck qu'ils avoient befoin d'être 
lavés. On les a aulfi appelle G é^iatins 3 comme defeen- 
dans de Giezi , ferviteur d'Elifée , qui fut frapé de lè- 
pre. * Marca , hifloire de Bearn 3 L i , c. 16. 
C AGUAI,dans la Jamaïque^ercA^ PORT-ROYAL; 

CAGURRIA , bourg de la Navarre , fitué aux con- 
fins de la Caftille vieille , dans une petite ifle que forme 
une rivière qui tombe dansTEbre , au-deflus de Logro- 
gno , & de Calahorra. On prend communément Ca- 
gurria pour l'ancienne Gracuris, que quelques-uns pour-* 
tant placent au bourg d'Agreda. * Mati , dici. 
. CAHAIGNES ( Jacques ) étoit de Caè'n , fils de 
Pierre de Cahaignes médecin , originaire de la paroifie 
de Matthieu. Il perdit fon père fort jeune, mais il tâcha 
de le faire revivre dans fa perfonne par fa feience 6k fes 
talens. Il étudia ck prit les dégrés de médecine dans l'uni- 
verfité de Ca'én , dont il fut reâeur, II avoit pris des le- 
çons de Julien le Paumier , célèbre médecin. Il fut auflï 
profefîeur royal dans cette faculté. Il ne fe maria point. 
Il pratiqua la médecine , ek il fut élu échevin de Caën^ 
Sur l'entrée de fa vieillerie i il quitta fes emplois pour fe 
donner tout entier à la composition. Il commença par 
quelques petits ouvrages. Il compofa ck récita les orai- 
fons funèbres de Jean Rouxel ck de Nicolas Michel ? 
profeffeurs royaux en éloquence. Il ramafla 6k publia les 
poëfies latines du même Rouxel. La féconde édition pa- 
rut à Caën avec fes oraifons en 1636 , in-%°. Il traduiflt 
de latin en frânçois le livre de Julien le Paumier fur le 
cidre , & un autre du même auteur fur le mal vénérien* 
Lorfqu'il fe préparoit à publier la pafaphrafe de la phy- 
fiologie de Fernel , qu'il avoit faite , il conçut le deffein 
de compofer les éloges des illuftres de Caën, 6k quitta 
tout pour s'appliquer à cet ouvrage. Il n'en a publié que 

Tome III. 



la première centurie : elle eft en latin ï Se parut à Ca'e'n 
en 1 583 6k en 1609 , z/z-4 . Il y fait paraître beaucoup 
clc candeur , de probité 6k d'amour pour fa patrie. Son 
ftyle eft trop diffus & languiflant ; il fort fouvent de fon 
fujet pour fe jetter dans des moralités communes , 6k fa 
diction , quoiqu'aiféé, n'eft pas d'une pureté aflez exacte. 
Il n'a parlé dans cette centurie que de Ceux qu'il avoit 
connus , 6k les a arrangés félon le temps de leur mort. 
ï! eût rendu le même devoir aux autres dans les centu- 
ries fuivantes , fi leurs héritiers avoient répondu à l'in- 
vitation qu'il leur avoit faite de lui fournir les inftruc- 
tions néceflaires. Cahaignes a fait encore un difeours 
latin fur les propriétés de la fontaine d'Hebrecrevon de 
S. Gilles en Côtentin , à Caën en 161 2 ; & un anony- 
me ayant attaqué fon difeours , il y répondit , 6k cette 
réponfe a été imprimée en latin à Rouen en 1614. 
M. Huet ne parle point de ces deux écrits dans fes ori- 
gines de Caën. 

CAHAIGNES ( Etienne ) proche parent du précé- 
dent , étoit aufli de Caén , 6k ïuivit pareillement la pro- 
feflion de médecin. Il alla de bonne heure étudiera Ley- 
de en Hollande ; 6k à fon départ , Jacques , dont on a 
parlé dans V article, précédent , le chargea d'une lettre 
pour Jofeph Scaliger , 6k d'une bourfe pour le même , 
«n broderie d'or , faite à Caën qui étoit alors en réputa- 
tion pour ces fortes d'ouvrages. Scaliger en remercia Jac- 
ques Cahaignes , par une belle lettre que l'on voit dans 
le recueil des épîtres de ce favant , qui par fon érudi- 
tion foUtenoit dans un pays étranger l'honneur du nom - 
françois. Etienne Cahaignes dit à fon retour , que dans 
le moment qu'il donnoit cette bourfe à Scaliger , la prin- 
ceffe d'Orange étant furvenue , celui-ci lui en fit pré- 
fent. Cahaignes prit affection pour Scaliger j 6k comme 
il s'exerçoit beaucoup à la peinture , il fit le portrait de 
ce favant qui fut -trouvé très-reffemblant. II. eut la dou- 
leur de le voir mourir , 6k il fut un de ceux que l'on 
choifit pour porter un des coins du drap mortuaire dont 
on couvrit le cercueil : les trois autres étoient encore un 
François 6k deux Hollandois , & l'on avoit fait ce choix 
pour marquer le lieu de la naiflance de Scaliger 6k celui 
de fa mort. Cahaignes à fon retour , entra dans la fa- 
culté de médecine où il brilla. M. Huet dit dans les mé- 
moires de fa vie , qu'il l'eut pour fon ami 6k fon méde- 
cin , 6k il le loue beaucoup pour fon efprit 6k l'étendue 
de feu connoiffances. * Voye^ fur Jacques 6k Etienne 
Cahaignes , M. Huet , ancien évêque d'Avranches , dans 
i'cs origines de Caca , 6k dans les mémoires de fa vie 
écrits en latin. Sur Jacques feulement , voye^ de plus le 
Long , dans deux endroits delà bibliothèque des hijioriens 
de France , &c. 

CAHER Billah , dix-neuviéme calife de la maifon 
«les Abbaffides ; il étoit fils du calife Motadhed : il étoit 
prifonnier 6k deftiné à la mort , pareequ'il avoit été pro- 
clamé calife dans une fédition , lorfque le calife Moéfa- 
der fon frère venant à mourir ,lui donna par fa mort la 
vie 6k le califat. Il fut fi avjwe , qu'on dit , que pour 
avoir de l'argent , il tourmenta les enfans de fon frère 
& même fa belle-mere , jufqu'à lui faire fouffrirla ques- 
tion , quoiqu'elle l'eût élevé , 6k qu'elle fût hydropique : 
cette cruauté 6k cette avarice fouleverent contre lui les 
grands feigneurs de fa cour , 6k lui attirèrent la haine 
générale des peuples. Munas l'eunuque , un des plus 
coniîdérables de tout l'empire , 6k quelques autres , con- 
jurèrent contre lui ; mais le calife averti , les prévint , 
fit couper la tête à Munas , 6k à deux-autres des conju- 
rés ; mais Ben Mocla , qui étoit aufîi de la conjuration , 
fe fan va , Ç* demeurant caché , conduiflt fi bien foh intri- 
gue , qu'il gagna Sima , chef de la milice turque ; le pa- 
lais impérial fut aflîégé , 6k on fe faifît de Caher. Il fut 
auflîtôt privé de la vue 6k de la liberté , n'ayant joui du 
califat que dix-huit mois ; fon régne ayant fini l'an de 
l'hégire 322 , de J. C. 933. Il vécut jufqu'au califat de 
Mothi , 6k fut réduit > après avoir recouvré la liberté , 
à une fi extrême mifere,qu'il alloît tous les vendredis à la 
porte,de la grande mofquée , avec les autres aveugles a 



ck difoit aux pafTans : Souvenez-vous de celui qui itou 
autrefois votre calife , & qui vous demande aujourd'hui 
r aumône. Il mourut l'an 399 de l'hégire , âgé de 5 5 ans» 

* D'Herbelot , bibl. orient. 

CAHORLE ou CAORLE petite ifîe avec une ville 
épifcopale , mais mal peuplée , à caufe du mauvais ait 
qu'on y refpire : elle eft dans le golfe de Venife , fur les 
côtes du Frioul , 6k au midi de la ville de Concorde, 
L'évêché de Cahorle , fuffragant du patriarche de Ve- 
nife , ne s'étend pas au-delà des murailles de la ville. 

* Mati. dicl. 

CAHORS fur le Lot , ville de France , capitale de 
la province de Querci , avec un riche évêché , autrefois 
fuffragant de Bourges dans la première Aquitaine , 6k à 
préfent d'Albi , depuis l'érection de cette églife en métro- 
pole , une fénéchauflee du refiort du parlement de Tou- 
loufe , 6k uneWrverfité. C'eft la Divona Cadurcorum 
des anciens. Elle eft fituée dans une prefqu'iile que for- 
me la rivière du Lot, 6k elle eft élevée d'un côté fur un 
rocher efearpé , où étoit bâtie la citadelle. Cahors eft 
une ville ancienne , aflez grande ck bien peuplée ; Pto- 
lémée 6k Pline en font mention. Aufone aflure qu'Exu-* 
père fameux rhéteur de Touloufe , mourut en cette ville, 
qui a été depuis honorée par la naiflance de Jacques 
d'Ofla , évêque de Fréjus , puis cardinal 6k fouverain 
pontife fous le nom de Jean XXII. C'eft ce pape qui 
pour témoigner l'amour qu'il avoit pour fa patrie,y fon- 
da l'an 1 3 5 1 une univerfîté célèbre par l'érudition de {es 
profeifeurs. Bzovius s'eft trompé en difant que ce pape 
y fonda l'évêché : il y eft établi dès les premiers fiécles 
du chriftianifine. L'égïife cathédrale de S. Etienne eft une 
des plus anciennes , 6k l'on croit même que S. Martial la 
confiera. Il y a eu plufieurs illuftres évêques , entre lef- 
quels Genulphe, Urfice, ou plutôt Urficiri , Didier, 6k 
Ambroife font reconnus pour faints ; mais fur-tout S. Ge- 
nou ( Genulphus félon les uns , 6k Genulus félon d'au- 
tres ) a paflé pour évêque de Cahors , 6k même pour, 
le premier. Mais on croit qu'il ne fut tout au plus qu'é-| 
vêque régionaire 6k paflager dans la ville 6k le diocèfe. 
S. Didier ( Defiderius') fut fait évêque l'an 629 , après 
la mort de Ruftique fon frère aîné qui avoit été aflaffiné.' 
Il mourut l'an 654 , au pays des Albigeois , lieu de fe 
naiflance , à l'âge de 75 ans. Après la mort de Capuau 
qui avoit ïuccédé à S. Didier , 6k qui avoit tenu le fiége 
pendant 50 ans entiers , jufqu'à la fin du VII flécle , 
cette églife demeura plongée pendant cinquante autres 
années dans dé grands défordres , fous les derniers rois 
de la première race , 6k on ne connoît aucun de {es 
évêques dans cet intervalle. Ce fut dans les commence- 
mens du régne de Pépin , que pour réparer les maux 
qu'elle avoit foufferts 6k rétablir fon ancienne diféiplintf, 
S. Ambroife fut fait évêque du lieu vers l'an 75 2 ; mais 
il fe rebuta au bout de cinq ans 6k fe retira. Les plus re- 
nommés des autres évêques , font Geraut , Hector ,' 
Guillaume Bertrand , François de Cardaillac , Geraut de> 
Barras , Sicard de Montagu , Hugues Geraldi , Guillau- 
me d'Arpajon, Jean de Caftejnau, Louis d'AIbret, 6k 
Dominique de Carrette cardinaux , Pierre Bertrand , 
Antoine Ebrard de faint Sulpice , Pierre Habert , 6k 
Alain de Solminihac : ce dernier dont la mémoire eft en 
bénédiction , y tint un fynode l'an 1639. ^ utre la ca- 
thédrale il y a un grand nombre d'autres églifes , de 
monafteres , 6k un collège de Je fuites , depuis l'an 1 60 5 . 
L'évêque prend le titre de baron 6k comte de Cahors j 
6k on dit qu'il eft en droit d'officier avec la botte 6k les 
éperons. Quelques auteurs ont pris cette ville pour 
Wxellodunum , qui fut la dernière qui fe défendit dans 
les Gaules contre Céfar ; mais quoiqu'elle ait été dans 
le Querci , il iiy a pas apparence que ce foit Cahors. 
La rivière de Lot fert aux habitans pour diverfes manu- 
factures , 6k on la pafle fur trois ponts de pierre. Cahors 
foufFrit beaucoup dans le XVI fiécle , pendant les guer- 
res civiles. En 1 562 les huguenots , avec le fecours des 
écoliers qui étudioient en droit fous François Roaldez 3 
grand jurifconfulte y commencèrent à y faire des prêches 



C AH 



C A I 



publiquement , après avoir fait venir de Montauban un 
miniftre nommé Dominique Ceftat. Les catholiques s'en 
formaliferent , & prirent les armes pour l'empêcher : ce 
qui ne fe put faire fans que plufieurs y perdirent la vie. En 
ï 580 , le roi Henri IV, qui n'étoit alors que roi de Na- 
varre , prit la ville après un fiége de trois jours , 6k la mit 
au pillage. Cahors étoit alors une ville forte, tant par fa 
fituation , que par les fortifications d'un château bâti fur 
un roc , qui a été détruit. * Ptolémée , liv. 2. Pline , /. 4 , 
ch. 20 kifi. Auteferre , hlji. cTAqu'u. liv. 1 , ch. 8. De 
Thou , Ai/?, liv. 3 1 . Du-Chêne , recherches des antiqui- 
tés des villes. Papire Ma/Ton , dcf. flum. Gall. Sainte- 
Marthe , Gall. chrijî. François Roaldez , dif cours des 
cliofes mémorables de Cahors , I«j8i. Guillaume de la 
Croix , de epife. Cadurc. 

CAHUSAC ( Roger de) cherche^ ROGER. 

CAJACS. C'eft le nom que l'on a donné à un corps 
de deux cens gentilshommes , pour le fervice de la ma- 
rine , qui fut établi en 1668. Il doit fon origine à M. de 
Cajac fils de M. Camin , feigneur de Ham ekde Cajac, 
qui fit cet établiflement avec la permiflion du roi. Il en 
fut fait commandant , 6k eut pour lieutenant M. le mar- 
quis de la Roche-Courbon. Les Cajacs furent au/fi ap- 
pelles les Vermandois , pareeque Louis , duc de Ver- 
mandois , prince légitimé de France , étoit alors amiral. 
Cette compagnie' fut éteinte à l'occafîon d'un démêlé 
qu'eut M. de Cajac avec un des principaux officiers de la 
marine. Les Cajacs furent difperfés, 6k le roi Louis XIV 
ne voulut point remplacer les officiers qui mouroient ; 
ainfi cette compagnie tomba prefque auffitôt qu'elle fut 
formée. Il en eft parlé dans l'hiftoire de la ville de Ro- 
chefort , imprimée en 1733 , in-4 , pages 189,1 90. 

CAJADO (Henri) connu fous le nom d'HERM r- 
CUS CajadUS , poëte célèbre , & Portugais de na- 
tion , vivoit fur la fin du XV fiécle , vers l'an 1495. 
Un de fes oncles nommé Nonio Cajado lui perfuada de 
pafTer en Italie , où la réputation d'Ange Politien l'appel- 
loit depuis long-temps ; ce fut-là qu'il s'attacha à cet 
habile homme , & qu'il confuîta les favans qui étoient 
à Florence , à Ferrare 6k à Boulogne. On publia à Bou- 
logne en 1 501 un recueil de fes poëfies , i/z-4 , fous ce 
titre : Eclogcz , Sylva & Epigrammata. Cajado étudia 
auffi en droit , comme on le peut voir par ces vers , qu'il 
envoya à fon oncle : ' 

Legibus incumbo , Noni , tua jujfa fecutus : 
Namque jubere potes , & paur & dominus : 

"* À , l/l-VJIAJ ) FtlLlïJL 1.11/1. ILLUCU - KsUCIUI 

Non dure plura potejl , non dare plura Deus. 

Il mourut à Rome en 1 508 , comme on le croit, ck 
l'on dit que ce fut d'un excès de boire. Erafme juge qu'il 
a été heureux dans fes épigrammes , 6k Beroalde l'aîné 
témoigne que fes vers font voir que Cajado avoit du 
génie ; qu'ils ont de l'élégance , des ornemens recher- 
chés , de l'agrément 6k du fel ; que fes expreflïons font 
véritablement latines , fes penfées tout-à-fait poétiques , 
ck fa vérification polie ; enfin que fes épigrammes font 
fort régulières , qu'elles ont une fin aifée , 6k que la 
pointe en eft jufte & ingénieufe. Il eft à remarquer que 
le pape Alexandre VII en fit donner à dom Nicolas An- 
tonio un témoignage favorable , par le favant 6k ver- 
tueux cardinal Bona ; 6k que c'eft à ce pape que l'on a 
obligation de le voir inféré dans la bibliothèque des écri- 
vains d'Efpagne. * Erafme , in Ciccr. François Beroalde, 
in refp. ad Texcir. Nicolas Antonio , bibl, feript. Hifp. 
tom. 1 , p. 432, 433. M. Baillet , jugemens des favans 
fur les poètes modernes. 

CAJAN , évoque de Jérufalem , cherche^ GAIAN. 

CAIANIDES , féconde dynaftie des anciens rois de 
Perfe , qui font proprement ceux que les Grecs ont con- 
nus pour rois de Perfe. Pour ceux de la première dynaf- 
tie qui font nommés Pifchdadiens , ils doivent plutôt 
pafTer pour rois des Babyloniens , des Affyriens 6k des 
Medes , que des Perfes , félon la connoiffance que les 
Grecs nous en ont donnée. 

Cette féconde dynaïlie a tiré fon nom de Cai , mot 



27 

qui fignifie dans l'ancienne langue perfienne nommée 
Pehelevienne, ungrandroi ou ungéant : elle contient neuf 
rois qui ont régné 734 ans , félon le Lebtarik , 6k 938 , 
félon le Tarikh Montekeb ; de forte qu'il faut pour rem- 
plir ce nombre d'années , compter néceffairement quel- 
ques-uns de ces rois parmi ceux des Me-Jes & même des 
Affyriens. Voici la fuccefïïon de ces rois félon les hifto- 
riographes Perfiens. 

Le premier roi 6k fondateur de cette dynaftie eft Cal- 
cobad. 

Le fécond , Caikaus , fils de Caicobad. 

Le troifiéme , Caikhofru , fils de Siavefch. 

Le quatrième , Lohorafp , fils d'Orond Sehab. 

Le cinquième , Kifchtafp , fils de Lohorafp. 

Le fixiéme, Arclfchir , dit Bahaman , fils d'Asfendiar. 

Le feptiéme, Homai, fils d'Arfchir Bahaman. 

Le huitième , Darab ou Darius , fils de Bahaman. 

Le neuvième , Dara ou Darab , que nous appelions 
Darius fécond du nom , fils de Darab premier. 

Celui-ci qui eft le dernier des Caianiens ou Caianides, 
fut défait par Eskander Roumi , Alexandre le Grec , que 
nous appelions le Grand , lequel paffe pour le dixième 
roi de cette dynaftie, félon quelques hiftoriens. * D'Her- 
belot , bibl. orient. 

Toute cette fuite de rois eu: fauffe , 6k imaginée pat- 
les Arabes , qui n'ont eu aucune connoiffance de l'hif- 
toire ancienne : M. d'Herbelot ne devoit point y recon- 
noître les rois de Perfe , dont les Grecs ont fait mention, 
mais dire feulement que tous les Arabes avoient fubftitué 
cette lifte de rois à celle des anciens rois de Periè. Tout 
ce qu'on lit des princes de ces dynafties dans les articles 
particuliers eft faux , ck ne 'mérite aucune créance. 
M. d'Herbelot n'a pas eu foin de les faire conformes à 
celui-ci. 

CAJANIE ( la ) Bothnia orientales , Cajania , pro- 
vince de Suéde , au pays de Finlande , que l'on appelle 
autrement la Bothnie orientale , a de long vingt-quatre 
milles de Suéde , ck de large près de quarante. Elle s'é- 
tend entre le golfe de Bothnie qui eft au couchant , la 
Laponie au feptentrion , ck la Finlande propre au 'tevant 
ck au midi ; ck eft féparéc de la Bothnie occidentale par 
la rivière d'Elff. Les lieux plus confidérables font Wafa , 
Vlabourg , Carleri 6k Cajanebourg. 

CAJANS , cherche^ CAINISTES. 

CAJAPHAS , cherche^ CAIPHE. 

CAJAZZO ck GAÏAZZO , Caiata , ville d'Italie , 
oans ie royaume de Naples , dans la terre de Labour , 
avec évêché fuffragant de Capoue : elle eft fituée près 
de la rivière de Vulturne entre Capoue , Telefe & Cal- 
vi. Cajazzo eft ancienne , mais aujourd'hui peu confi- 
dérable. Ciceron , Cefar , Pomponius Mêla , ck Pline , - 
en font mention. * Cluvier. Leand. Alberti. 

CAICOBAD , fils de Zab , fils de Tahamasb , fils de 
Manugeher, premier roi de la féconde dynaftie de Perfe, 
que l'on nomme des Caianiens ou Cajanides. Ce prince 
monta fur le trône après la mort de Kerfa Schaf , der- 
nier roi de la dynaftie nommée des Pifchdadiens , tant 
par le droit qu'il prétendoit avoir à la couronne , comme 
defeendant de la lignée de Naudar , ou de Manugeher , 
que par le crédit de Zalzer , qui avoit toutes les forces 
de l'état entre fes mains : il reconnut les obligations qu'il 
lui avoit , en faifant paffer toutes les charges qu'il avoit 
à Roftam fon fils. Ce héros de la Perfe , fe voyant à la 
tête des armées , les fit marcher aufïîtôt contre Afrafiab 
roi du Turqueftan , qui s'étoit emparé d'une grande 
partie de la Perfe , après la mort de Naudar. Il lui livra 
plufieurs combats , ck l'obligea enfin à demander la paix ; 
ck chaffé pour une féconde fois de la Perfe , il fut con- 
traint de fe retirer en fon pays , au-delà du fleuve Gi- 
hon. Caicobad régna 1 20 ans , fi on en veut croire les 
anciens hiftoriens de Perfe , qui difent auffi qu'il vivoit 
du temps du prophète Samuel , 6k qu'il apprit de lui la 
connoiffance du vrai Dieu , qu'il adora 6k qu'il fit ado- 
rer à fes fujets. Ce fut lui qui établit les décimes , 6k or- 
donna que les chemins fuffent marqués de quatre mille 

Tome III. D ij 



8 



Kj A. A 



2 

en quatre mille pas , ce que les Perfans nomment For- 
fenk., & les Grecs & les Latins ont appelle Para/anges. 
Il choifît aufli la ville d'Ifpahan , dans FIraque perfienne, 
pour en faire fa capitale : il y fit fon féjour ordinaire , 
& y fut enterré après fa mort. * D'Herbelot , bibliothè- 
que orientale. 

CAICOBAD Alaeddin > fils de Dai-Khofru, fut le 
dixième fultan de la dynaftie des Selgiucides de Rum ou 
de Natolie : il fuccéda à fon frère Cai Caus , qui mou- 
rut fans enfans l'an de l'hégire Si 6 , de J. C. 1119. Il 
fit la guerre au roi des Khuarezmiens , conjointement 
avec le fultan d'Egypte & de Syrie , & ils remportèrent 
des avantages confidérables fur lui. Peu après il envoya 
des ambafTadeurs à 0£hi Khan , qui avoit fuccédé aux 
états de Genghis-Khan fon père : ils en furent bien reçus ; 
il loua la prudence de leur maître , & répondit grave- 
ment à leurs complimens , que fi Caicobad venoit à fa 
cour , il lui donneroit une des principales charges , & 
ïe laifleroit jouir des revenus de fes états. Le fultan bien 
furpris d'entendre parler ce Mogol d'un ton û fier , dif- 
fïmula fon 'reffentiment , & fongea feulement à fe pré- 
valoir de la bienveillance que ce prince lui témoignoit : 
pour cet effet il entreprit dès Tan 630 de l'hégire , de 
J. C. 1x32, de rompre avec Malek al Afchraf & Malek 
al Kamal , princes de la dynaftie des Ajubites ou Jobi- 
tes , c'eft-à-dire , de la maifon de Saladin , qui régnoient 
en Egypte , en Syrie & en Méfopotamie : il prit fur le 
premier les villes d'Akhlat & de Sarmarai ; & fur le fé- 
cond , celle de Roha ou Edeffe : il n'épargna dans cette 
dernière ni les chrétiens , ni les mahométans ; il pilla les 
églifes , & ruina tout le plat pays. Les villes de Harran, 
de Racca , & de Bir fe rendirent auffî à lui ; mais enfin 
preffé d'un côté par les Mogols , & de l'autre par les 
Jobites , il fut obligé , après avoir fait un très-grand bu- 
tin , de retirer fes troupes de leurs états pour veiller à 
la confervation des fiens. Ce prince , de retour chez lui, 
plein de gloire , après avoir étendu bien loin fon nom & 
îes conquêtes , &: rétabli la réputation du grand nom 
des Selgiucides , que les enfans de Kilige avoient un peu 
flétri.jpar leur divifion , mourut au milieu des fiens , l'an 
de l'hégire 634, félon Ben Schonah , qui met le com- 
mencement de fon régne l'an 616 : ou l'an 636 , félon 
Khondemir , qui fixe ce commencement en l'année 610, 
& qui par conféquent lui donne 26 ans de régne. Ce 
dernier auteur dit que ce prince fut empoifonné par l'or- 
dre de Cai Khofru fon fils , qu'il avoit déclaré fon héri- 
tier , & qui effectivement lui fuccéda. * D'Herbelot , 
biblioth. orient. 

CAÏCOBAD,fils de Faramoz, neveu de Gaiathed- 
din Maffud , eft le dernier fultan de la dynaftie des Sel- 
giucides , qui ont régné dans la Natolie : il avoit fuccé- 
dé à fon oncle , qui mourut l'an 687 de l'hégire , de 
J. C. iz88 , fous l'autorité de Gazan Khan empereur 
des Mogols : mais s'étant révolté contre ce prince , les 
Tartares envahirent fes états , & lui ôterent la vie, étei- 
gnant ainfi en fa perfonne la famille & la dynaftie des 
Selgiucides. * D'Herbelot , bibl. orient. 

§£3=» CAICOS , ou CAIQUOS , ifles de l'Améri- 
que , au nord de Fifle de Saint-Domingue, Ces ifles font 
au nombre de fix, La plus grande fe nomme Caïcos. Les 
Portugais avoient rapporté qu'on y trouvoit quantité de 
; mais quelques recherches qu'aient fait les Anglois 
& les Hollandois , ils n'en ont pas trouvé un grain , quoi- 
qu'ils y aient remarqué beaucoup d'étangs , & plufieurs 
aires propres à le congeler. * La Martiniere , dicî. géogr. 

CAÏDU KHAN , fils de Dutumnam &: de Menulun, 
Septième aïeul de Genghiz-Khan , fut empereur des 
Mogols , ayant échapé feul à la furie des peuples nom- 
mes Giulair , qui firent mourir huit de Ces frères avec la 
reine leur merc : la caufe de ce cruel maffacre fut le re- 
fus qu" avoit fait Ménelun aux Gialairs , de labourer & 
de cultiver les terres de {es éta:s. Caidu Khan ayant 
imploré le fecours des peuples de Gin & de Magin ( ce 
font les Chinois ) contre les Gialairs , leur fit long-temps 
la guerre 3 bc les réduiût enfin à lui donner fatisfaction ; 



G A I 



les Gialairs , par la médiation des Chinois , lui livrèrent 
entre les mains 70 des principaux auteurs du crime , qui 
furent punis de mort , pour expier celui de toute la na- 
tion. Caidu i après cette guerre inteftine , régna paisi- 
blement fur tous les Mogols , & eut trois enfans nom- 
més Baifancor , Giucalenghin & Giurmaghin. Le pre- 
mier lui fuccéda dans l'empire , & les deux autres de- 
vinrent princes & chefs de deux grandes tribus , renom- 
mées parmi les Mogols , & connues fous les noms de 
Takiut & de Sahiut. * D'Herbelot , bibl. orient. 

CAIEM , ou CAIEM-ADAxM , vingt-quatrième ca- 
life , ou fucceffeur de Mahomet , régna après Ozmen, 
qui mourut en l'an 260 de l'hégire , & de J. C. 873 : il 
eut de grandes guerres contre les Perfes & contre les 
Grecs , qui implorèrent le fecours des Turcs,, & leur 
donnèrent entrée dans l'empire mahometan. Mais il 
réduifit ces rebelles ; & après avoir défolé leurs provin- 
ces , il tourna fes forces contre l'empereur de Conftanti- 
nople. Nicéphore Phocas , depuis 'empereur , & pour 
lors général des Romains , le vainquit , &C lui prit la 
ville de Beroë. 

Marmol eft tombé ici dans un nombre infini de con- 
tradictions groffieres. Ce Caiem-Adam , félon fa fuppu- 
tation , auroit régné au moins 80 ans ; car Nicéphore 
Phocas ne parvint à l'empire qu'en 963 de J. C. L'hif- 
toire des califes eft abfolument contraire à cette longue 
durée de régne. Le Caiem-Adam de Marmol eft fans: 
doute Cahir Mahometh , ou Caher Billah , qui ne ré- 
gna que 6 ans félon les uns , ou 1 8 mois félon les au- 
tres , & qui mourut Fan de l'hégire 321 , & de J. C. 
933. * Marmol , de V Afrique ,1.1. Elmacin, Abulfa- 
rage. D'Herbelot. 

CAIEM -BEM -RILLAH , vingt-fixiéme calife des 
Abbaffides , étoit fils de Cader Billah , à qui il fuccéda 
Fan de l'hégire 422 , de J. C. 1030. L'an 447 de l'hé- 
gire , de J. C. 1055 , ^ a ' s ^ Ruflà , vifir du calife 
Caiem , ayant eu de grands différends avec Beflaffiri -, 
un des principaux chefs de l'armée des fui tans de la race 
de Buiah , qui gouvernoit pour lors le califat , Beffaf- 
firi fut obligé de fortir de Bagdet , àc âe fe mettre fous 
la protection de Moftanzer , calife d'Egypte. Ce prince 
lui donna des troupes , avec lefquelles il vint piller & 
faccager tous les environs de Bagdet : ce qui obligea 
le calife Caiem d'appeller à fon fecours Togrul Beg le 
Selgiucide , dont la puifTance s'étoit établie depuis peu 
dans le Khorafan : ce fultan vint avec une groffe armée 
de Turcs , & entra dans Bagdet , où il rendit au calife 
tous les honneurs qui étoient dus à fa dignité ; mais le 
peuple s'étant foulevé peu de temps après contre les 
Turcs qui commettoient des infolences , & les ayant 
chargés à coups de pierres , Togrul Beg fit piller la 
ville. La fédition étant appaifée , & le 'fultan Malek al 
Rahim , généraliffime des armées du calife , s'étant 
rendu près de Togrul Beg fur fa bonne foi , celui-ci le 
fit mettre en prifon : & en lui finit la dynaftie des ful- 
tans Buides,qui avoit duré 1 27 ans. Après diverfes révo- 
lutions , le calife Caiem déclara fon fils Abdallah pour 
fucceffeur au califat , & on le' furnomma Moctadi. 
Caiem fut tout-à-fait fous là dépendance de Togrul Beg , 
ou de fon fils Malek Schah , les douze dernières années 
de fa vie ; & il mourut l'an 467*de l'hégire , de J. C. 
1 074. Son régne fut de 44 ans & huit mois : il eut Ia 
réputation d'un prince fage , ck il cultiva les belles let- 
tres & la poëfie. * D'Herbelot , bibl. orient. 

CAIEM -BEM- RILLAH , fils de Mahadi , premier 
calife des Fatimites en Afrique , lui fuccéda l'an de l'hé- 
gire 3Z2 , de J. C. 933. Abu-Jezid fon chancelier, qui 
étoit fort puiffant , fe révolta contre lui ; & ayant for- 
mé un gros parti , l'obligea de fe renfermer dans le châ- 
teau de Mahadi : il y fut affiégé pendant quelque temps ; 
&: fa mort feule , qui arriva Fan 334 de l'hégire, & de 
J. C. 945 , le mit en pleine liberté. Son fils Al Manfur 
Ifmail , qu'il avoit déclaré fon fucceffeur , le vengea de 
l'affront qu'Abu-Jezid lui avoit fait fouffrir, * Tyiierbe- 
lot a biblioth. orient. 



C A I 



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CAIEM-BEM-RILLAH (AbulbacaHamzah) fils 
d'Al Motavakel , fut le quatorzième calife de la race 
des Abbaffides en Egypte. Il fuccéda à fon frère Mof- 
tacfi l'an 855 de l'hégire , 145 1 de J. C. & il fut dé- 
poffédé l'an 859 par Malek al Afchraf Inal , douzième 
fultan de la dynaftie des Mamelucs Circaffiens. Voici 
comment. Le fultan ayant ce calife pour fufpect , le fit 
venir en fa préfence pour lui reprocher fon ambition ; 
car on l'accufoit d'avoir affeélé la fouveraineté dans le 
temporel , au préjudice du fultan. Caiem craignant que 
ce prince ne le privât de fa dignité , lui dit bmiquement : 
Je m abdique moi-même du califat; mais en même. temps 
je vous déclare déchu de la qualité de fultan. Le calife 
n'eut pas plutôt prononcé ces paroles , que fa démiffion 
fut acceptée ; 6k en même temps on lui déclara que s'é- 
tant dépouillé le premier de fon autorité , il ne pouvoit 
plus l'exercer fur la perfonne du fultan. Il fut relégué à 
Alexandrie , & il y demeura jufqu a fa mort , qui arriva 
l'an 863 de l'hégire, 1458 de J. C. * D'Herbelot , 
bibl. orient. 

CAIENNE , ifle de la Guiane , fur la côte de la mer 
du nord dans l'Amérique méridionale : elle regarde au 
midi l'embouchure de la rivière de Caienne , qui coule 
entre le pays des Caraïbes , 6k. celui des Galibis. Cette 
ifle a environ 7 lieues de longueur , 3 de largeur , 6k 
18 ou 10 de circuit. Elle forme quelques caps ou pro- 
montoires , dont les plus remarquables font ceux de 
Fort-Louis , de Seperou 6k de Mahuri: on y voit quan- 
tité de belles prairies , que les fauvages appellent Sava- 
nes. Les principales habitations de rifle font de Mahuri, 
d'Armine , du Bourg , 6k de Mashouri , fans y com- 
prendre celles des fauvages. L'air y eft tempéré , quoi- 
que i'ifle ne foit qu'à quatre dégrés de la ligne équino- 
xiale du côté du nord , 6k cette proximité eft caufe que 
les jours y font égaux aux nuits ; les bois y font pleins 
de gibier , & les rivières de poiffon. Le principal trafic 
du pays confifte en tabac. Les François en font les maî- 
tres , 6k y ont bâti le Fort-Louis , dans l'habitation du 
bourg , qui eft ainfi nommé , pareequ'il n'eft point fer- 
mé de murailles , 6k. qu'il n'eft compofé que de deux 
cens cafés ou maifons , qui forment deux rues. Le Fort- 
Louis a été appelle de ce nom , pareequ'il fut bâti par 
les ordres du roi Louis XIII. Il eft fituéfur une hauteur, 
6k. (es batteries font toujours en état de faire feu fur le 
bourg , 6k fur la mer. Le port a un fort bon ancrage ; 
ck: l'entrée en eft défendue par quatre groffes pièces de 
canon. Les François s'y étoient établis les premiers en 
162.5 ; mais ils ont été contraints plufieurs fois de le re- 
tirer : après' y être retournés en 1640 , ils s'en retirè- 
rent en 1654 , faute de fecours. Les Hollandois s'y éta- 
blirent vers l'année 1656 , 6k y relièrent jufqu'en 1664 
qu'ils en furent chaffés par les fieurs de Traci 6k de la 
Barre. Les François s'étant encore mis en poffeffion de 
cette ifle , l'abandonnèrent en 1676 aux Hollandois , 
qui en furent chaffés en 1677 par M. d'Eftrées , vice- 
amiral. * De Laët , kifoire du nouveau monde. Relation 
de La rivière des Amazones. 

C AIER-BEI , baffa ou gouverneur d'Alep 6k de Co- 
magène , pour fe venger de l'empoifonnement de fon 
frère , trahit fon prince Campfon foudan d'Egypte , ck: 
l'engagea malicieufement dans une guerre avec Selim 
empereur des Turcs. Comme il étoit général des armées 
du foudan , il tourna fes armes contre fon maître , 6k 
fut caufe de la défaite de fes troupes 6k de fa mort le 
24 d'août l'an 15 16. Cette victoire ouvrit à Selim les 
portes de toutes les places de la Syrie : 6k depuis ce 
temps-là l'Egypte obéit aux Turcs , avec lefquels Caier- 
bei , ck quelques autres des principaux Mamelucs fe 
joignirent , fans néanmoins avoir eu aucun pouvoir, que 
fort limité. * Daviti. 

CAIERNITTES , petites ifles fituées proche de la 
côte occidentale de i'ifle Efpagnole. On va à ces ifles 
pour y pêcher des tortues , pareequ'il y en a beaucoup , 
6k de fort groffes. Une de ces tortues peut fournir plus 
de deux cens livres de viande 3 fans compter la graille a 



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que l'on fond , & dont les habitans François 6k Èfpd* 
gnols fe fervent pour affaifonner des légumes : il y en a 
qui fourniffent plus de trente pintes d'huile : la chair de 
ces tortues eft de fort bon goût , 6k affez nourriffante ; 
6k les aventuriers en font des régals. On prend ces tor- 
tues avec des rets , que les infulaires nomment folbes „ 
qu'ils tendent fur les fonds d'herbes où elles paiffent 
ordinairement , ou avec des harpons ck bâtons armés 
au bout d'un fer pointu , qu'ils leur lancent fur le dos ; 
ou bien en les renverfant lorfqu'elles viennent à terre 
pour pondre : ce qu'ils font en polknt un bâton fur le 
fable par où la tortue doit paffer , 6k quand elle a les 
deux pâtes de devant paffées par-defliis ce bâton , ils le 
lèvent ck jettent la tortue à la renverfe , qui ne peut plus 
fe relever. Lorfque la tortue eft prife , ils la frapent avec 
le manche d'un couteau fur le nez qui eft au-deffus du 
bec , en forme de deux petits trous , par où elle prend 
l'air , ce qui la fait faigner en abondance , & elle meurt 
bientôt après ; il faut néceffairement la bleffer en cet 
endroit : car fi on la frapoit fur la tête ou ailleurs , on. 
ne pourrait pas l'affommer même avec un levier. * \Vit~ 
flet , des Indes occidentales. Oexmelin , hifl. des Indes. 

CAIETou CAYET ( Pierre-Viftor Palma) né en 
1525 a Mdntrichar en Touraine , d'une famille pauvre 
de la religion prétendue réformée , fut entretenu dans 
fes études d'humanités par un gentilhomme du pays : 
comme il y réuffit, ceux de la religion prétendue- réfor- 
mée le firent étudier en théologie ; ck enflure lui don- 
nèrent le titre de miniftre , 6k l'établirent d'abord à Poi- 
tiers vers l'an 1 582. Il le fut enfuiteàMontreuil-Bonnin. 
Caïet quitta bientôt fon églife , fe mit à la fuite de la 
cour , ck fut placé en qualité de miniftre auprès de la 
princeffe Catherine feeur du roi de Navarre Henri IV , 
depuis roi de France ; mais environ deux ans après la 
converfion de ce prince , comme il fut foupçonné de 
s'adonner aux feiences curieufes , il fut aceufé de magie 
ck d'avoir fait un livre infâme , ck fui dépofé pour ce 
fujet dans un fynode : peut-être pareeque les miniftres 
prévoyoient qu'il étoit difpofé à fe faire catholique. En 
effet il fit folemnellement abjuration à Paris l'an 1595» 
ck en reçut un bref de congratulation du pape Clé- 
ment VIII , daté du 20 mars 1 596. Il fé retira enfuite 
au collège de Navarre , où il fe mit en état d'être reçu 
docleur en théologie de la faculté de Paris. Il reçut l'or- 
dre de la prêtrife , & le bonnet de docleur en l'année 
1 600 , ck fut nommé profeffeur royal en langue hébraï- 
que après la mort de François Jourdain ou Jourdan , au- 
quel il fuccéda. Il mourut le 22 juillet 1610, ck fut en- 
terré dans l'églife de S. Victor , où il avok choifi fa fé- 
pulture. 

Il a compofé plufieurs livres de controverfe contre 
les prétendus réformés. Dès qu'il fut forti de leur com- 
munion , il publia les motifs de fa converfion dans un 
livre , auquel le miniftre Rotan fit une réponfe en 1 596. 
Caïet publia l'a même année une remontrance chrétien- 
ne à mefTieurs de la nobleffe de France qui ne font point 
catholiques ; un traité de l'euchariftie ; la vraie intelli- 
gence du facrifice de la meffe ; un avertiiïement fur les 
points de la religion , pour en compofer les différends. 
En 1 597 il donna un traité de la condamnation de Cal- 
vin par lui-même , un traité de l'églife 6k de la fucceffion 
direcle 6k légitime des pa fleurs. Il eut en 1 602 une con- 
férence avec le miniftre du Moulin ; 6k publia trois écrits 
fur leur difpute , avec un autre écrit contre du Moulin 
fur le purgatoire : il fit enfin en 1603 un traité fur le 
facrifice de la meffe. Après avoir été controverfifte , il 
travailla à l'hiftoire de fon temps : il avoit déjà fait en 
1598 une relation de la guerre entre les Turcs 6k les 
chrétiens de Hongrie depuis 1597 , jufqu'au printemps 
1 598. En 1605 , il publia fa chronologie feptenaire de- 
puis la paix qui fe fit à Vervins l'an 1 598 jufqu'en 1604. 
Cet ouvrage fut fi eftimé , que quelques-uns des plus 
grands feigneurs de la cour l'obligèrent d'ajouter à fon 
hiftoire de la paix celle de la guerre que le roi Henri IV 
avoit faite pendant neuf ans , depuis fon avènement à h 



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couronne en 1 589 , jufqu'à la paix de Vervîns. C'eft 
ce qu'il fit dans les trois tomes de fa chronologie noven- 
îiaire , qui fut imprimée à Paris en 1608, ck dans la- 
quelle , avant que d'en venir au régne de Henri IV , il 
fait un abrégé de ce qui fe paffa de plus confidérable 
pendant la ligue jufqu'à la mort de Henri III. Il a com- 
pofé encore deux autres livres , dont l'un a pour titre : 
Concilium pium de componendo religionis diffîdio j & 
l'autre , suffi en latin , eft une inftrucYion des quatre 
principales langues orientales , imprimé à Paris en 1 596. 
On a attribué à Caïet un livre intitulé : Remède aux 
diffolutions publiques ; mais Caïet , lui-même , dans fa 
chronologie novennaire , dit espreiTément que ce livre 
n'efr. point de fa façon , & il ajoute qu'il avoit été im- 
primé plus de quarante ans auparavant. Bayîe avoue 
qu'il en avoit vu des exemplaires fous le titre : Difcorfo 
del rernedïo délie pubLkhe diffolutioni , dt Nicolo Per- 
retto. C'en: le célèbre Nicolas Perrot , archevêque de 
Siponte. * Confultez le difcours funèbre fur la. mort de 
feu M. Cahier , docteur en théologie , & profefjeur du 
roi es langues orientales , &c. Launoy , hifi. colleg. Na- 
varr. in-4 , tome II. Colomiés , Gallia orientalls , parmi 
{es opufcnles , p. 144 & fuiv. Niceron , Mémoires, ckc. 
tome XXXV. Bayle a fort maltraité le docleur Caïet ; 
mais il a été folidement réfuté par M. l'abbé Joly , dans 
Ces remarques fur fon dictionnaire hifi. & crit. 

CAJETAN , maifon qui a donné à l'églife un pape , 
dit Boniface VIII , & plufleurs cardinaux, eft originaire 
4'Efpagne , félon quelques auteurs , d'où elle vint s'éta- 
blir à Cajette en Italie , & prit le nom de Cajetan , com- 
me i'affurent les mêmes auteurs. Quoi qu'il en foit, l'on 
rapporte ici la poftérité de cette maifon depuis 

I. Matthias Cajetan , qui commandait les armées 
de Mainfroi , roi de Sicile , & qui fut père deLoFFROi , 

3ui fuit ; de Pierre , évêque de Sora , puis de Todi & 
'Anagnie en 1226, & de Adinulphe Cajetan podeftat 
de Viterbe, qui fut père de Jacques Cajetan , qui eut 
pour fils Benoît Cajetan , qui fut créé cardinal par le pape 
Celeftin V en 1 294 , & mourut le 1 1 oftobre 1 296. 

II. Loffroi , Luitfroi ou Geofroi Cajetan , 
chevalier , vivoit en 1255. ^ époufa N. de la famille 
des comtes de Segni , ck nièce du pape Alexan- 
dre ÏV , dont il eut LOFFROI II qui fuit; & Benoît Ca- 
jetan , qui fut pape fous le nom de Boniface VIII. Foyer 
EONIFACE VIII. 

III. Loffroi Cajetan II du nom , comte de Caferte, 
feigneur de Sermonette , &c. époufa N. dont il eut 
Pierre , qui fuit ; tk François Cajetan qui fut nommé 
cardinal par fbn oncle en 1 29 5 , & mourut en mai 1 3.1 2. 

IV. Pierre Cajetan , comte de Caferte , feigneur 
de Sermonette , ckc. époufa Jeanne de Ceccano , veuve 
de Guillaume Sdendardi , & fille de Landolfe de Cec- 
cano , feigneur de Calvi , dont il eut LoFFROl III , qui 
fuit ; tk Benoît Cajetan, comte palatin , qui époufa 
i°. Jeanne des Urfins : 2°. Hilaire de Sus , qui étoit 
déjà veuve de trois maris , & en dernier lieu de Philippe 
de Gianville , comte de Saint-Angele: Du premier lit 
vinrent BONIFACE , qui fuit ; François ; Lucrèce , ma- 
riée à Ernaud Monadelchi , feigneur d'Orviette ; & 
Françoife Cajetan , alliée à Robert de Capoue. Boni- 
face Cajetan , comte palatin , époufa Emperie^e , fille 
de Matthieu Ceccani , dont il eut Boniface Cajetan , 
comte palatin, qui époufa Marie Conti , donf la poflé- 
rité finit à la troifiéme génération. 

V. Loffroi Cajetan III du nom , comte deFondi, 
époufa i°. Marguerite , comtefTe palatine de la maifon 
d'Aldobrandefcha , qu'il répudia : 2 . Jeanne d'Aquila , 
fille & héritière de Ricard, comte de Fondi : 3 . Cathe- 
rine de Ratta , fille de Diegue , comte de Montorio & 



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de Caferte. Du fécond mariage fortit Nicolas , q 
fuit ; tk du troifiéme vinrent Jacques , qui laifTa pofté- 
rité ; Jean , conful romain ; tk Charles Cajetan , châ- 
telain de Mole. 

VI. Nicolas Cajetan , comte de Fondi, grand cham- 
bellan du royaume de Naples, épouïà i°. Jeanne des 



Urfins : 2 . Violante Ratta , fœur de Catherine fa belle- 
mère , tk fut père d'HoNORÉ , qui fuit ; de Jacques, 
qui continua la poftérité , rapportée après celle de fon 
frère aîné • tk de François Cajetan , châtelain de Mole. 
VI L Honore Cajetan , comte de Fondi , feigneur 
de Sermonette , mourut en 1 401. Il époufa Catherine 
de Baux , fille de Bertrand , comte d'Andric & de Mon- 
tefcagiefo , dont il eut Chrijiophe , mort peu après fon 
père fans avoir été marié ; & Jeannette Cajetan, com- 
tefTe de Fondi , alliée à Baltafar , duc de Brunfwic , 
dont elle n'eut point d'enfans. 

VII. Jacques Cajetan , fils puîné de Nicolas , fut 
comte de Fondi , tkc. & époufa Sueve de faint Severin, 
veuve de Henri de Leonefîe , tk fille de Robert, comte 
de Carrigliano , dont il eut Christophe , qui fuit ; 
JACQUES , qui a fait la branche de SERMONETTE , rap- 
portée ci-après ; Antoine , créé cardinal en 1402 , mort 
le 11 Janvier 141 2 ; Roger; Colette ; Jeannelle , ma- 
riée à Charles de Artus , comte de fainte Agathe ; & 
Angele Cajetan , alliée à Jean Thomacelli , neveu du 
pape Boniface IX. 

VIII. Christophe Cajetan, comte de Fondi, &c. 
grand protonotaire du royaume deNaples,époufa i°. Ifa- 
belle de Piczutis , dont il n'eut point d'enfans : 2 . Jean- 
nelle de Furno , dont il eut Honoré II, qui fuit ; Gaf 
pard- Jacques , qui fit la branche des fàgneurs de Lon- 
gano ; Nicolas, mon fansenfans de Catherine Colonne; 
Jourdain, archevêque de Capoue en 1447 , puis patriar- 
che d'Antioche , mort le 13 octobre 1496 ; Melchior „ 
feigneur de Campello ; tk Alfonse Cajetan , feigneur 
ae Celefe , qui étoit le fécond fils , lequel épouià N. 
dont il eut Jean-Baptiste , qui fuit ; tk Honoré Ca- 
jetan , mariée à Hector Burgarelli , feigneur de Vico ; 
Jean-Baptiste Cajetan , feigneur de Telefe , époufa 
Couelle Caraffe , dont il eut Alfonfe , mort fans alliance ; 
& Hippolke Cajetan , mariée i°. à Vincent Giudice: 
2 . a Jacques Gargano. 

IX. Honoré Cajetan II du nom , comte de Fondi, 
Trajetto tk Morcone , grand protonotaire du royaume 
de Naples, mourut en 1489. Il époufa i°. Françoife de 
Capoue , fille de Fabrice , comte de Molife : 2 . Cathe- 
rine Pignatelli , dont il n'eut point d'enfans. Ceux qu'il 
eut de fa première femme furent Baltasar , qui fuit; 
PiERRE-BeRARDIN , qui fit la branche des comtes de 
Morcone & de Fondi , ducs de Trajetto , men- 
tionnée ci-après ; ANTOINE , qui fit celle des feigneurs 
de S. MARCO , aufjî rapportée ci-après ; Jeannelle, ma- 
riée à Jean Cantelmi , comte de Popoli ; Catherine , 
alliée à Charles de Sangro , feigneur de Torremaggiore ; 
Lucrèce , qui époufa Henri Pandone , comte de Venal- 
co ; & Fueve Cajetan , femme de Baltafar Spinelli. 

X. Baltasar Cajetan , comte de Trajetto , mou- 
rut avant fon père , ayant eu à'Antonelle Carraccioli h. 
femme , fille 'de Jean prince de Capoue , Jeannelle , 
mariée à Jérôme de faint Severin , prince de Capoue , 
& Laure Cajetan , alliée à Antoine de Guevara , comte 
de Potenza. 

Comtes de Morcone et de Fondi , 
ducs de Trajetto. 

X. Pierre-Berardin Cajetan, fécond fils d'Ho- 
NORÉ II du nom , comte de Fondi , fut comte de Mor- 
cone , grand protonotaire du royaume de Naples , 8c 
mourut en mars 1487. Il époufa Confiance des Urfins, 
fille de Robert , grand connétable du royaume de Na- 
ples , dont il eut HONORÉ III qui fuit ; tk Jacques-Marie 
Cajetan , comte de Morcone , qui de Confiance Pigna- 
telli , fille d'Hector duc de Monteleon , eut pour en fans 
Victoire , comtefTe de Morcone , mariée à Scipion Ca- 
raffe , fils du prince de Stigliano ; Hieronyme Cajetan , 
alliée à Baltafar Aquaviva , marquis de Bellante. 

XI. Honore Cajetan III du nom , comte de Fondi , 
fut créé duc de Trajetto en 1497 , prince d'Altamireen 
1507, &' mourut après l'an 1528. Il époufa Lucrèce. 
d'Aragon , fille naturelle d 7 Alfonfe , duc de Calabre , 



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puis roi de Naples , dent il eut i . Fredenc ', qui eut la 
tête tranchée en 15 18 pour caufc de rébellion , ayant 
eu de Catherine de faint Severin , fille de Bernardin , 
prince de Bifignano , Beatrix Cajetan , mariée à Jean- 
Jour dam de Arena ; 2. Louis , qui fuit ; 3. Nicolas ; 
4. Jeanne, mariée i°. à Jean duc de Ferrandine , 2°. à 
jean-Berardin Aquaviva , duc de Nardo ; 5. Porcia , 
alliée à Diomede CarafFe , duc de Madalone ; 6. Bea- 
trix , qui époufa Camille Cajetan , duc de Sermonette ; 
&: 7. Ferdinand Cajetari, feigneur de Grottola , qui de 
Cajfandre de Capoue , feeur de Vincent , duc de Ter- 
moii , eut pour enfans Jean , feigneur de Grottola , mort 
fans biffer de poftérité de Catherine de Cardines , fille 
de Léonard , des marquis de Laino ; <k Victoire Caje- 
tan , mariée à Antoine CarafFe , duc de Laurino. 

XII. Louis Cajetan d'Aragon , mourut avant fon 
pere , huilant de Lucrèce * fille de Louis de Montale , 
SciPFON , qui fuit. 

XIII. ScrpiON Cajetan d'Aragon , duc de Trajetto, 
laiiîa de Camille Zurla, LOUIS , qui fuit ; ALFONSE , 
qui a fait la branche des ducs de LaURENZANO , rap- 
portée ci-après; 8c Caffandrt Cajetan, mariée à Scipion 
de Moccia. 

XIV. Louis Cajetan d'Aragon II du nom , duc titu- 
laire de Trajetto , feigneur de Montepelofa , &c. épou- 
fa i°. Lucrèce des Urfins , fille de Raymond comte de 
Pacentro , 2 . Cornelic Caraffe , fille de Fabio , feigneur 
de iàint Maur. Du premier mariage fortit Scipion II du 
nom , duc de Trajetto , mort fans laifTer d'enfans de 
Hyeronyme Bozzato. Du fécond vint Camille Cajetan , 
mariée à Philippe Cajetan , duc de Sermonette. J 

DUCS DE LAU REN ZAN O. 

XÎV. Alfonse Cajetan, fécond fils de SciPlÔN , 
duc de Trajetto , fut duc de Laurenzano. Il époufa i°. Ju- 
lie de Rogeriis , barone de Laurenzano : i°. Camille Re- 
vertera , des ducs de Saîendre , dont il n'eut point d'eu- 
fans. Ceux du premier mariage furent FRANÇOIS , qui 
fuit ; Louis , Jéfuite ; Ferdinand ; Fredenc , chevalier 
de Malte ; & Camille Cajetan , mariée à Jofeph Cantel- 
ani , duc de Popoli. 

XV. François Cajetan d'Aragon, duc de Lauren- 
zano , &c. époufa Diane de Capoue , dont il eut Al- 
fonse , qui fuit; Charles , feigneur d'Avignano , mort 
en 1688 ; Louis, colonel, tué à l'armée; Jean, Théa- 
tin ; Jofeph , clerc de chambre ; & Julie Cajetan 3 mariée 
à Placide de Sangro , prince de faïnt Severo. 

XVI. Alfonse Cajetan d'Aragon , duc de Lau- 
renzano , mourut en Catalogne en 1645. Il époufai/ï/>- 
polyte Caraffe , veuve de Ferdinand Caraccioli , duc 
d'Airole , & fille & Antoine CarafFe , duc d'Andrie , dont 
il eut François , mort enfant ; François , duc de Lau- 
renzano , mort à la fleur de fon âge ; Antoine , qui 
fuit ; Jofeph , chevalier de Malte , puis archevêque de 
Neocefarée , nonce à Florence , patriarche d'Alexandrie, 
tlerc de chambre fous le pape Innocent XII ; Françoife, 
& Julie , religieufes ; ck Diane Cajetan , mariée à Jo- 
feph Cantelmi , duc de Popoli. 

XVII. Antoine Cajetan d'Aragon , duc de Lau- 
renzano , 8tc. époufa Cécile Aquaviva d'Aragon , fille 
de François duc d'Atri , dont il eut Nicolas , qui fuit ; 
François , capitaine ; Dominique , capitaine & coniéil- 
ler de guerre du roi d'Efpagne ; Louis , capitaine de ca- 
valerie en Efpagne ; Thomas f capitaine de cavalerie en 
Flandre ; Hippolyte ,• Thérefe ; Diane t & Anne Caje- 
tan , religieufes. 

XVIII. Nicolas Cajetan d'Aragon , duc de Lau- 
renzano , a époufé Aurore de faint Severin , veuve de 
Jérôme Aquaviva , comte de Converfano , & fille de 
Charles de S- Severin , prince de Bifignano , dont il eut 
Pas C H AL , qui fuit ; François-Marie ; & Cécile Cajetan, 

XIX. PAS C H AL Cajetan d'Arragon , comte d'Alife. 

Seigneurs de S. Marco. 
X. Antoine Cajetan , troifiéme fil 5 d'HoNORÉ II 



3 



du nom , comte de Fondi , époufa Mcdée de S. Acspit » 
dame de S. Marco de Licatola, dont il eut Céfar , fei- 
gneur de S. Marco , mort fans alliance en 1 5 1 1 ; Sebas- 
tien , qui fuit ; Se Lucrèce Cajetan, mariée à Philippe 
Caraccioli , feigneur de Monte-Folcione. 

XI. Sebastien Cajetan , feigneur de faint Marco ? 
époufa Catherine , fille de Jean-François Sangro , dont 
il eut Jean-Antoine , qui fuit. 

XII. Jean-Antoine Cajetan , eut de N. fa femme a 
Marc-Antoine , qui fuit. 

XIII. Marc-Antoine Cajetan , feigneur de S. Mar- 
co , époufa N. Storente , dont il eut Profper , feigneur 
de S. Marco , mort fans alliance ; Jean-Baptiste , qui 
fuit ; & Victoire Cajetan , mariée à Fabrice de Tocco. 

XIV. Jean-Baptiste Cajetan, feigneur de S. Mar- 
co , époufa N. Palma , fille de N. duc de Santelia , dont 
il eut Violante , dame de S. Marco , alliée à Pompée. 
Pignatelli , marquis de Paglietta ; & Jeanne Cajetan ± 
alliée à Hercule Pignatelli , frère de. Pompée. 



Du 



es de Sermonette , marquis de. 



ClSTERNA , princes de CASERTE. 

VIII. Jacques Cajetan , fils puîné de Jacques ^ 
comte de Fondi , mourut avant fon pere. Il époufa Ko- 
gafu d'Eboli , dame de Macchia , veuve de Thomas Maz- 
zani , comte d'Alife , dont il eut Roger , feigneur de Ser- 
monette , grand chambellan du royaume du Naples , 
mort fan? alliance ; Jacques , qui fuit ; Louis ; ck Suevs 
Cajetan , mariée à Laurent Colonne , comte d'Alba. 

IX. Jacques Cajetan , feigneur de Sermonette ? 
époufa i°. Jeanne des Urfins , fille de Pierre, comte de 
Noie : 2 . Angele des Urfins , dont il eutHoNORÉ , qui 
fuit ; J cannelle , mariée à Pierre-Louis Farnefe , feigneur 
de Montalto ; & Beatrix Cajetan , alliée à Berard-Gaf 
pard d'Aquin , comte de Lorette , marquis de Pefcaire. 

X. HONORÉ Cajetan , fut créé duc de Sermonette , 
& fut dépouillé de fes biens par le pape Alexandre VI. 
Il époufa Catherine des Urfins , dont il eut 1. Nicolas 
Cajetan , duc de Sermonetre , pere de Berardin Caje-- 
tan , qui fut étranglé par l'ordre de ce pape en 1499 * 
1. Guillaume , qui fuit ; 3. Jacques , protonotaire , 
qui fut einpoifonné par l'ordre du même pape en 1499 i 
&t Ifabelle Cajetan , mariée à Paul Morgani, 

XI. Guillaume Cajetan , fut rétabli dans tous fes 
biens parle pape Jules II , & fut duc de Sermonette , &c* 
Il époufa Françoife Conti , dont il eut Camille , qui 
fuit ; &C Erjilie Cajetan , mariée à Jean- François des^ 
Urfins , comte de Pitigliano; 

XII. Camille Cajetan , duc de Sermonette , ckc 
époufa i°. Beatrix Cajetan d'Aragon , fille è? Honoré III 
du nom , comte de Fôndi , dont 3 n'eut point d'enfans : 
i Q , Flaminia Savelli , dont il eut BoNIFACE , qui fuit; 
& Nicolas j né le 24 février 1 5 26 , qui fut créé cardinal 
à l'âge de dix ans par le pape Paul III en 1 5 3 6 , & mou- 
rut le 7 mai 1585; Guillaume 3 & AtùU Cajetan morts 
jeunes. 

XIII. BoNIFACE Cajetan , duc dé Sermonette , fei- 
gneur de Cifterna , époufa Catherine Pio , des comtes 
de Carpi , dont il eut HONORÉ , qui fuit ; Henri , ne 
le 6 août 1550, créé cardinal par le pape Sixte V le 1 8 
décembre 1585, patriarche d'Alexandrie , légat de Bo- 
logne , puis en France , où il étoit pendant le fiége de 
Paris, Si en Pologne , St camerlingue de la fainte églife, 
mort le 13 décembre 1 599; Camille , patriarche ; Bea- 
trix , mariée à Ange Cefi , duc d'Aqua-Sparta ; Jeanne , 
alliée à Firginio des Urfins , duc de S. Gemini ; Lfabelle. 
& Cécile Cajetan. 

XIV. Honoré Cajetan , duc de Sermonette , fei~ 
gneur de Cifterna , chevalier de la toifon d'or-, époufa 
Agnes Colonne , fille iïAfcagne , duc de Palliano , dont 
il eut Pierre duc de Sermonette , &c. chevalier de la 
toifon d'or , mort fans laHTer de poftérité àeFelicç-MariC 
des Urfins , feeur & héritière de Michel duc de Gravina ; 
Philippe , qui fuit ; Antoine , archevêque de Capoue 
en ï 605 } nonce en Allemagne & en Efpagne , fut créé 



3* 



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cardinal par le pape Grégoire XV en 1611. L'académie 
des Humoriftes lui doit en partie fon établifTement , & il 
mourut le 17 mars 16x4, âgé de 58 ans ; Boniface , é va- 
que de Caflano , qui fut créé cardinal parle pape Paul V 
en 1606. Il prêcha étant cardinal , fut fait archevêque 
de Tarente en 1 613 , & mourut le 29 juin 1617, âgé 
de 50 ans ; Roger ; Grégoire , chevalier de Malte } Guil- 
laume , & Benoît , morts jeunes, 

XV. Philippe Cajetan , duc de Sermonette , mar- 
quis de Cifterna, époufa Camille Cajetan d'Aragon, fille 
de Louis duc de Trajetto , dont il eut FRANÇOIS , qui- 
fuit ; Grégoire , chevalier de S. Jacques ; Louis , né en 
.1595 , patriarche d'Antioche , puis archevêque de Ca- 
poue en 16 2,4, fur la démiffion de fon oncle : il fut créé 
cardinal par le pape Urbain VIII le 19 janvier ï6z6 , & 
mourut le 8 avril 1642 ; Honoré, patriarche d'Alexan- 
drie ; & Cornette Cajetan , mariée à Jérôme Cefarini , 
duc de Citta-Nova. 

XVI. François Cajetan , duc de Sermonette & 
'de S. Marco , marquis de Cifterna , &c. chevalier de la 
toifon d'or , fut viceroi de Valence , gouverneur du Mi- 
lanez , viceroi de Sicile , confeiller d'état , & mourut à 
Rome en o&obre j 683jagede92ans.il époufa i°.Anne 
Aquaviva d'Aragon , fille & héritière SAndré-Mat- 
tlùeu, prince de Caferte : 2°. en 1662 Eleonore , dite 
auffi Mencie Pimentel, dont il n'eut point d'enfans. Ceux 
4lu premier mariage furent Philippe , qui fuit ; André- 
Matthieu , abbé ; & Marie-IfabelU Cajetan , religieufe. 

XVII. Philippe Cajetan , duc de Sermonette & de 
S. Marco , prince de Caferte , &c. mourut en décem- 
bre 1687. Il époufa i°. Cornelie d'Aquin , princefle de 
Caftiglione & de Feroleto : 2 . Fmnçoife de Medicis , 
fille iïO&avien , prince d'Ottajano , defquelles il n'eut 
point d'enfans : 3 . Theopatie Cajetan, veuve de Jean- 
François Fardello , prince de Paceco , &c. & fille de 
Pierre Cajetan , marquis de Sortino en Sicile , prince de 
CafTaro , dont il eut François , qui fuit; André-Hie- 
rome , abbé , mort en feptembre 1688 ; Anne & Ca- 
mille , religieufes à Rome au monaftere de Torre-Spe- 
cia; iclfabelle Cajetan , mariée en 1692 à Baltafar 
Catanéc , prince de S. Nicandre. 

XVIII. François Cajetan , duc de Sermonette , 
prince de Caferte , &c. après avoir reconnu Philippe V 
xoi d'Efpagne pour fon fouverain , fut l'un dçs auteurs 
de la révolution du royaume de Naples en 170 1 , en fa- 
veur de l'empereur , pour lequel il leva des troupes ; ce 
qui caufa la confifeation de tous {es biens , dans lefquels 
ïl fut rétabli par l'empereur , & mourut en feptembre 
1716, âgé de 64 ans. Il époufa le 20 janvier 1681 , 
Confiance Barberin , fille de Maphée , duc de Paleftrine , 
morte en décembre 1687 , dont il eut Michel-Ange, 
qui fuit; Eleonore , mariée en 1699 à François Carac- 
cioli , comte de Bucino ; Lucrèce , & Anne Cajetan. 

XIX. Michel-Ange Cajetan , duc de Sermonette, 
prince de Caferte , &c, a époufé en juin 1708 Anne 
Strozzi , fille de Jean-Baptijle , marquis de Forano. 

Il y a encore en Sicile une branche de la maifon de 
Cajetan , dont l'origine n'eft pas connue , & d'où for- 
toient les 

Marquis de Sortino , Princes de Cassâro, 

I. Pierre Cajetan , noble citoyen de Pife , fut ap- 
pelle en Sicile en 1417a caufe de fes belles qualités , 
par le roi Alfonfe VII du nom , qui le nomma l'un des 
gouverneurs de fon royaume ; il y acquit quatre châ- 
teaux , favoir , Chiaramonte , Dirillo , Caltabiano & 
Tripi , & époufa Catherine , dont il eut Gui , qui fuit ; 
Louife , mariée à N, Agliata ; Brigitte , alliée à Gérard 
de Agrigento ; Jacqueline , qui époufa Luc Bellacera ; 
ck Barnabe Cajetan , feigneur de Tripi , mort fans pof- 
térité de N. Alagon. 

II. Gui Cajetan, feigneur de Chiaramonte &de Di- 
rillo , acquit la terre de Sortino , & mourut en 1459. Il 
époufa Lucrèce Barrefe , fille de Jean-Baptifie , baron 
fie Melitello , dont il eut Pierre , qui fuit „ Dieque , 



quî laifTa poftérité ; & Ellfabeth Cajetari , mariée à 
Blaife Alagon. 

III. Pierre Cajetan , feigneur de Sortino , époufa N, 
feeur de Blaife Alagon , & fut père de Gui , qui fuit. 

IV. Gui Cajetan , feigneur de Sortino , mourut eu 
1 504 , Iaiffant de N. Vintimille , Pierre , qui fuit ; 6c 
Henri Cajetan , mort fans biffer de poftérité de N. Crir 
fafi , fille de N. baron de Linguagroffa. 

V. Pierre Cajetan , feigneur de Sortino , laifTa de 
Marguerite Siracufa , fille de Pierre , feigneur de CafTa- 
ro , Gui, feigneur de Sortino & de CafTaro , qui fut 
accablé avec fa mère en 1 542 , de la chute du château 
de Sortino , caufée par un tremblement de terre ; ôc 
César , qui fuit. 

VI. César Cajetan , feigneur de Sortino & de Caf- 
Taro , après fon frère, époufa Antoinette del Bofco , fœur 
de N. comte de Vicari , dont il eut Pierre , qui fuit ; 
Octave ; François ; Mekkiore ; Laure , mariée à N. ba- 
ron de Siculiana ; & Leonore Cajetan , alliée à François 
Moncade , baron de Turturici. 

VII. Pierre Cajetan , feigneur de Sortino & deCaf- 
Taro , époufa Jeanne Moncade ? fille de Céfar , prince 
de Paterno , dont il eut 1. César , qui fuit ; 2. Fran- 
çois j Jéfuîte ; 3, Fabrice , qui époufa Emilie Moncade , 
dont il eut quatre enfans , morts fans poftérité ; 4. Blaife, 
mort fans enfans d'Ifabelle Norra ; 5 . Antoinette , mariée 
à Gafpard de Porto , baron de Sommatino ; & 6. Lu~ 
crece Cajetan. 

VIII. César Cajetan , marquis de Sortino , prince 
de CafTaro, époufa i°. Anne de Taglia va- Aragon , 
fœur de N. prince de Caftelvetrano ; 2 . Anne de Ca-, 
retto , fœur de N. comte de Ragalmura. Du premier 
mariage vint Jeanne , mariée à Antoine de Requefens- 
d'Aragon , prince de Pentellaria," Du fécond fortirent 
Pierre , qui fuit ; Jofepk , mort avant fon père fans 
enfans dl/abelle Bardi; àc Antoinette Cajetan , alliée à 
N. duc de S. Jean. 

IX. Pierre Cajetan , marquis de Sortino , &c, épou- 
fa Antoinette Saccano , veuve de Baltafar Nafelli, comte 
de Comifo , dont il eut Anne, mariée à Ignace de Mon- 
cade ; & Theopacie Cajetan , alliée i°. à Jean-François 
Fardella , prince de Paceco : 2.°. à Philippe Cajetan , 
duc de Sermonette , prince de Caferte , &c. dont elle 
fut la troifiéme femme , & dont elle eut des enfans. 
* Voye^ de Lille , hijloire de la nobleffe de Naples. Im- 
hoff, en fon hijloire d'Italie & d'EJpagne , &c. 

■ CAJETAN ( Conff antin ) abbé bénédiain de S. Ba- 
ronte , au diocèfe de Piftoye , étoit de Syracufe : il fleu- 
rit dans le commencement du XVII fiécle , jufqu'à Tan 
1650 qu'il mourut âgé de 85 ans. On lui eft redevable 
d'une édition des œuvres de S. Pierre de Damien , en 
quatre volumes in-folio , imprimés à Rome en diverfes 
années ; & réimprimés depuis à Paris en 1642 , & en- 
core en 1663. Conftantin Cajetan étoit très-afFeclionné 
à la gloire de fon ordre , & crut qu'il étoit dé Ton hon- 
neur de lui donner quantité de grands hommes , que 
l'on croit communément n'avoir, point été de cet ordre. 
Il commença par Amalarius Fortunatus , fur lequel il fit 
un livre imprimé à Rome en 1612 , pour foutenir qu'il 
étoit de l'ordre de S. Benoît. Il fit ertfùite un écrit fur le 
monachifme bénédiétin de S. Grégoire , qui fut réfuté 
par Gallonius. Cajetan y fit une réplique en 1620. Il 
compofa en 1627 un écrit, pour montrer que S. Colom- 
ban avoit fuivi la régie de. S. Benoît, Il a compofé plu» 
fieurs écrits , pour prouver que l'imitation de J. C. eft 
d'un abbé bénédiftin nommé GefTen. Enfin il a publié en 
1641 à Rome un livre , dans lequel ilfoutient que faint 
Ignace de Loyola a été bénédictin , & que fon livre des 
Exercices eft prefque tout tiré de celui de Gardas CiT- 
neros , abbé du Mont-Serrat : De religiofafancli Ignatii 
flve Enneconis fundatoris Societatis Jej'u , per Patres Be~ 
nediclinos injlitutione ; deque libroexercitiorum ejufdem, 
ab exercitatorio venerabili Jervi Dei Garcia Cifnerii ab- 
batis Montis-Scrrati , magna ex parte dejumpti, Confian- 
tini abbatis Cajetani Vindicis BenediHini libri duo. A l'é- 
gard 



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gard de S. Ignace , la congrégation du Mont-Canin déia- 
voua Cajetanen 1644, & celle des bénédiftins de Por- 
tugal en fit autant l'année fuivante. Cajetan faifoit encore 
de S. François d'Affife , de S. Thomas d'Aquin, &c. 
autant de bénédictins ; & il étoit Ci accoutumé à voir des 
bénédictins par-tout , que cela fit dire au cardinal Scipion 
Cobellucci, qu'il craignoit que bientôt Cajetan ne trans- 
formât S. Pierre en bénédictin. * Bouhours , vie de 
S. Ignace , L 1. Théophile Raynaud , de bonis & malis 
lib. num. 230. M. Du-Pin , bibliothèque des auteurs ecclé- 
fiafliques du XKII fiécle, t. 1 . M. Goujet , mém. manuf. 
CAJETAN ( Octavio ) de l'illuftre maifon des mar- 
quis de Sortino , naquit le 22 avril de l'an 1566, à Sara- 
goffe en Sicile. Il entra dans la compagnie de Jefu» en 
1582, & mourut à Païenne l'an 1600 , âgé de 34 ans , 
2pres-§ être extrêmement diningué dansion orure , par 
i:A fagefte & par fon érudition. On publia à Païenne un 
ouvrage pofthume de fa façon i/z-4 . en 1707. En voici 
k titre : Ifagoge ad hifloriam facram Jiculam , auciore 
P. Oclavio Cajetano Syracufano Societatis Jefu. Opus 
pojlhumum & diu cxpetitum , nunc primum prodit cum 
duplici indice. 

CAJETAN ( Thomas de Vio , furnommé ) cardi- 
nal , cherche^ VIO. 

CAJETTE , cherche^ GAIETTE. 

CAIFUNG , ville autrefois capitale de la province 
de Honan dans la Chine. Elle étoit fituée dans un fond 
au fud de la rivière de Huang , qui n'en eft éloignée que 
d'une lieue & demie ; & parceque l'eau de ce fleuve 
étoit beaucoup plus haute que le terrein de la ville , il y 
ayo.it une grande digue de pierres qui la retenoit , & l'em- 
pcchoit d'inonder la campagne. Lorfque cette ville fut 
aflïégée par l'ufurpateur Lyncungh en 1642 , les aftiégés 
percèrent la digue pour fubmerger l'armée ennemie : ce 
qui réunit , & obligea ks affiégeans de fe retirer fur les 
hauteurs ; mais les mêmes eaux ayant pris leur cours 
vers Caifung , & y venant fondre avec impétuofité , 
renverferent toutes les maifons , noyèrent plus de trois 
cens mille habitans , & firent un grand lac de cette ville, 
qui étoit autrefois le féjour des empereurs. Elle s'eft ré- 
tablie depuis , & eft encore la capitale de la province , 
félon Martin Martini. * Ambafade des Hollandois au 
Japon. 

CAIKAUS , fécond roi de Perfe de la féconde dy- 
naftie , nommée des Caianides , étoit ou fils , ou petit- 
fils de Caicobad fon prédécefTeur ; car les historiens ne 
conviennent pas fur .ce point. Il fit la guerre dans le 
Mazanderan , & tua le prince qui y commandait , dans 
une bataille qu'il lui livra ; mais ayant fait une féconde 
expédition dans le même pays , il fut fait prifonnier , & 
demeura en cet état jufqu'à ce que Roftam vint le déli- 
vrer. Peu après il tourna fes armes du côté de l'Egypte, 
de la Syrie , & de l'Afie mineure , où toutes choies lui 
iuccéderent heureufement par la bonne conduite & par 
la valeur du même Roftam , auquel en récompenfe il 
donna fa propre foeur en mariage : ce prince eut deux 
enfans , Siavefch & Faramoij. Le premier fut accufé 
par Saudabah , fa belle-mere , de l'avoir voulu corrom- 
pre ; ce qui l'obligea à quitter la cour du roi fon père , 
& de fe retirer auprès d'Afrafiab roi du Turqueftan ; ce 
Turc le reçut fort bien , lui donna en mariage fa propre 
fille , nommée Frankis ou Franghi^ , de laquelle il eut 
Cai-Khofru , qui fuccéda à Caikaus fon aïeul. Siavefch 
qui fe faifoit diftinguer par les rares qualités qu'il pofTé- 
doit , attira bientôt fur foi la jaloufie des plus grands 
feigneurs du Turqueftan, De la jaloufie ils paflerent à 
une haine mortelle ; ils conjurèrent contre lui , & le 
tuèrent avant que fa femme , qui étoit greffe , eut accou- 
ché. Après la mort de Siavefch , fon cadet , nommé 
Faramoi^ , fe porta pour héritier du roi fon père ; mais 
Cai-Khofru, qui étoit fon neveu , fils de Siavefch , lui 
fut préféré. Caikaus étoit fort appliqué à l'étude del'af- 
tronomie , & ht bâtir deux grands obfervatoires , l'un 
dans Babel fur l'Euph rate, & l'autre fur le Tygre , au 
heu quia porté depuis le nom de Bagdet. Plufieurs hifto- ! pag. 599 



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33 



riens le font contemporain de David & de Salomon. 
* D Herbelot , bibl. orient. 

CAIKAUS , furnommé E^eddin , fils de Cai-Kho- 
fm Gaiatheddin , feptiéme fultan des Selgiucides , de la 
dynaftie de Rhum. Il mourut de phtifîe l'an de l'Hégire 
609 1 de J. C 1 2 r 2 , après avoir régné feulement un an. 
Alaeddm Caicobad , fon frère , lui fucceda. * D'Herbe- 
lot , bibLioth. orient. 

C AI-KHOSR AU ou CAI-KHOSRU, troifléme roi de 
Perfe,de la dynaftie ou race des Caïanides,étoit fils àeSia- 
vejch , fils de Cai-Kaus fils de Caicobad. Sa mère fe nom- 
moit Frankis , & étoit fille à'Afrafiab, roi du Turqueftan 
lequel avoit été maître pendant quelque temps de la 
Perfe fous la dynaftie précédente des Pjfchdadiens II 
naquit quatre mois après la mort de fon père , & fut 
conduit en Perfe après avoir été élevé : ce prince étant 
arrive en Perfe , trouva un fort parti formé contre lui - 
mais la pnfe du château de Bahaman dans la ville d'Ar- 
debil décida en fa faveur. Ce prince devenu paifible 
pofleffeur de la Perfe , porta la guerre dans le Turqueftan, 
pour venger la mort de fon père. Après plufieurs com- 
bats qm ne decidoient rien , la guerre fut réduite à un 
combat d honneur entre douze Turcs & douze Perf; 



ans 



ou comme on les appelloit alors , entre douze Toura- 
mens & douze Iraniens. Ce combat qui eftfort fameux 
dans les hiftoires de Perfe , fe termina heureufement 
pour les Perfes , qui vainquirent les Turcs ; ce qui réta- 
blit la paix entre les deux nations. Elle ne dura pourtant 
pas long-temps ; mais Cai-Khofru remporta tant d'avan- 
tages fur les Turcs , qu'il obl.gea Afrafiab & Garfiavefch 
fon frère de s enfuir du côté d'Adherbigian , leur ayant 
entièrement coupé le chemin du Turqueftan. Ces prin- 
ces fugitifs , après avoir couru long-temps de province 
en province , furent enfin reflerrés dans les montagnes 
de la Médie , & envelopés par les troupes de Cai-Kho- 
fru , qui les défit entièrement , & leur fit perdre la vie 
Ce prince vécut , félon le calcul des Perfans , 90 ans % 
& en régna 60. Il déclara pour fucceffeur fon fils Loho- 
rafp , qu'il mit en pofîeffion de fes états avant fa mort 
s'étant retiré dans une montagne de la province de Ghï- 
lan pour y faire fa retraite , & vaquer feulement au fer- 
vice de Dieu. On dît que du temps de ce prince , il 
parut un dragon furieux dans les montagnes qui répa- 
rent Hrac -d'avec la Perfe , auquel on donnoit le nom 
de Gafchid. Ce dragon faifoit un tel ravage dans le 
pays , que les habitans épouvantés fuyoient de toutes 
parts. Cai-Khofru lui donna long-temps la chafte , & 
le tua enfin de fa propre main. Il fit bâtir enfuite &r le 
heu un pyrée ou maifon confacrée au feu , & ce pyrée 
retenant le nom du ferpent, eft renommé dans toute la 
Perfe , & conferve encore le nom de Dur Gavfchid 
c'eft-à-dire , le Temple de Gavfchid, * Lebtarikh. Mon- 
tekheh. 

CAI-KHOSRU Gaiatheddin , fécond du nom , fils de 
Caicobad , dixième fultan des Selgiucides , fut chafte 
par les Mogoîs ou Tartares de fes états de Natolie & 
d Arménie , après un règne de huit ans , l'an de l'hé- 
gire 644 , de J. C. 1 246. * D'Herbelot , bibl. orient 

CAI-KHOSRU, troifîéme du nom , fils de Soliman, 
fils de Cai-Khofru , fécond du nom , fut le douzième 
des fultans Selgiucides de Rhum , étant encore enfant. 
Abaka Khan , empereur des Mogols , époufia fa mère , 
& lui donna pour tuteur Pervaneh Kafchi. Il régna dix- 
huit ans, à la fin defquels il fut tué l'an 682 de l'hégire, de 
J. C. 1283 » par l'ordre d'Ahmed-Khan , empereur des 
Mogols ou Tartares, & MafTud, fils de Cai-Kaus , fut éta- 
bli enfuite fon fucceffeur par Argun-Khan , qui avoit fuc~ 
^^med-Khan. * D'Herbelot , btblioth. orient. 

CAILLET ( Jean ) Jéfuite Flamand , étoit de 
Douay , ou il eft mort en ^28 , le 4 de feptembre , 
âge de 50 ans. On lui doit l'ouvrage intitulé ; Illufiria, 
jancïorum virorum exempla & facla lectiffïma perjïngu- 
los anm dies , en 6 tomes. * Voye^ la bibliothèque bel- 
gique de Valçre André, édition de 1739 in- 4 ° > tom. I „ 

Tome III, E 



34 



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CAILLET ( Bénigne ) né à Dijon , a profefle la 
rhétorique au collège de Navarre à Paris pendant plus 
de trente ans : il eft mort en 1714 , âgé d'environ 
70 ans. On ne connoît de lui que des poéfies françoi- 
fes & latines , entr'autres ; vers latins héroïques & élé- 
giaques en l'honneur de M. Bofïuet , lorfqu'il étoit fu- 
périeur de la inaifon & du collège de Navarre , irz-4 . 
Vers lyriques , adrefles au même prélat. Sonnets fur le 
panégyrique du roi ( Louis XIV ) prononcé par le rec- 
leur de l'Univerfité de Paris , vers l'an 1697. Tragédie 
frariçoife de S. Bénigne , dédiée au même M. Bofluet. 
Cette tragédie eft demeurée manuferite. * Voyez la 
biblloth. des auteurs de Bourgogne. 

CAILLET (Jean) iïsàeJean-BaptifteCdhet avo- 
cat au parlement, né à Dijon le 17 feptembre 1649, a 
été bachelier de Sorbonne , & fut pendant plufieurs an- 
nées théologal de Metz , fous M. de la Feuillade , évê- 
que de cette ville , qui Teftimoit beaucoup. M. Caillet 
avoit une grande érudition , & une mémoire très-pro- 
fonde. Il a été long-temps principal du collège des Graf- 
fms à Paris , & il eft mort dans ce collège au mois de 
mars 1716. On a de lui : Ad Claud. & Leonardum 
Bouchu , ciim thefes philofophicas propugncirent in re- 
nd Navarrœ , oratio & ode , à Paris , in - 4 . Cail- 
let avoit prononcé ces deux pièces au collège de 
Navarre , au mois d'août 1675 ■> ^ tant bachelier 



entre les ambafladeurs , le caimacan en donne aùiïîtof. 
avis au grand vifir , ou bien il va recevoir les ordres du 
grand feigneur, Lorfque le grand vifir eft à Conftanti- 
nople , le caimacan n'a aucune autorité. On a vu de 
ces officiers parvenir à la charge de grand vifïr. * Ri- 
caut. La Croix , état de V empire Ottoman. La Guill. 

CAÏMAN , ifle de l'Amérique feptentrionale , dans 
le golfe de Mexique , célèbre par la grande pêche des 
tortues qui y viennent terrir. Elle eft au feptentrion 
de l'iile de Cuba , dont elle eft éloignée de près de 
quarante lieues. On la nomme Caïman la grande , pour 
la diftinguer d'une autre de ce. nom fur le même golfe, 
dite Caiman Pequegna , la petite Caiman , aujourd'hui 
aux^Angîois. Les François l'appellent quelquefois l'ifle 
des Lézards. * Sanfon. Baudrand. 

CAIMJ ou CAIMO(Eufebe) d'Udine , évêque de 
Citanova , a vécu dans le XVII fiécle. Il étoit frère de 
Pompée , excellent médecin. Leur famille eft originaire 
de Milan , où elle a été des plus confidérables ; & de- 
puis elle s'établit dans le Frioul en l'état de Venife. Jac- 
ques Caïmo y devint père d'Eufebe & de Pompée. Eu- 
febe étudia à Padoue fous le jurifconfulte Menochius.. 
Il exerça des emplois importans à Udine , qui étoit fa 
patrie , & fut un de ceux que le fénat avoit nommés , 
pour fixer les limites de cette province. Depuis il eut 
un canonicat à Aquilée , & fut envoyé à Venife en 1 606^ 



de Sorbonne. Ode latine à M. Germain - Bénigne Le- j pour y complimenter le nouveau doge Jean Bembo. II 

)hie au col- 1 s'y acquit tant de réputation , que l'évêché de Cita- 



goux , lorfqu'il foutint fa thèfe de philofophi 
fége des Jéfuites de Dijon , à Dijon, 170 1 , ïn-jf. 
Vers latins , à la tête du dictionnaire françois-latin de 
l'abbé Danet , de l'édition de Lyon , 1707 , i/z-4 . 
* Bibliothèque des écrivains de Bourgogne. 

C AILLI ( Jacques de ) natif d'Orléans , de bonne fa- 
mille , chevalier de l'ordre de S. Michel , connu fous 
le nom d'Aceilli , qui eft l'anagramme de fon nom , vi- 
voit folis le miniftere de M. Colbert. C'étoit un génie fa- 
cile , aifé & naturel , qui s'eft acquis une réputation con- 
fidérable , par la facilité qu'il avoit à compofer des vers. 
Il nous refte de lui un petit recueil de plufieurs épigram- 
mes en françois , où il a très-bien réufli. Il fit imprimer 

le nom d'Aceilli, en 1667 , in-iz. I cour 



avons de lui eft 



ce recueil, où il a pris 
Il mourut avant 1674. Ce que nous 
écrit d'un ftyle fimple & naïf , & où on trouve néan- 
moins quelques penfées fines & délicates , ou même des 
penfées communes , mais exprimées avec tant de natu- 
rel , que cette ingénuité feule tient lieu de délicatefie* 
On a réimprimé les poéfies avec plufieurs autres pièces , 
principalement le voyage de Bachaumont & de Cha- 
pelle , in-B° àAmfterdam 1708 , & depuis dans un 
recueil de poéfies en deux volumes ï/z-12 , donné par 
M. de la Monnoie en 171 4, à Paris , quoique le titre 
porte Amfterdam. 

' f^Hr" Jacques de Cailli fut reçu dans Tordre de S. Mi- 
chel le 8 mars 1 6 5 6 , & il fut un des cent que Louis XIV 
confirma dans la qualité de chevaliers dudit ordre, par 
fon ordonnance du 1 2 janvier 1665. Les ftatuts de cet or- 
dre le qualifient feigneur de Ruilly , & gentilhomme or- 
dinaire du roi. Il étoit peut-être fils d'un autre Jacques 
de Cailli dont on a imprimé quelques vers françois , 
latins , italiens & efpagnols dans un recueil d'inferip- 
tions &: de po'éfies faites à la louange de Jeanne d'Arc , 
dite la Pucelle d'Orléans. MM. de Cailli étoient de 
la famille de cette fille extraordinaire. * Recueil des 
poètes François depuis Villon jufqu'à Benferade. Re- 
cueil d'épigrammes , tome I. Baillet , jugemens des/a- 
vans furies poètes modernes. M. Goujet, mem. manuf. 
CAIMACAN , dans l'empire Ottoman , eft le nom 
du gouverneur de Conftantinople , qui eft comme le 
lieutenant du grand vifir : outre celui-là il y en a encore 
un autre qui eft toujours auprès du Sultan. On choifit 
ordinairement pour caimacan de Conftantinople un 
homme courageux , intrépide , & capable de réfifter 
aux infultes des Janiffaires & des autres troupes qui 
pourraient fe mutiner en Pabfence du grand vifir. Quand 
il arrive quelque incident entre les gens de guerre , ou 



y acquit tant cle réputation , que 
nova d'Iftria ayant vaqué peu de temps après par la 
mort de François Monini, qui étoit auffi d'Udine , Eu- 
febe Caïmo fut nommé pour remplir cette place. C'étoit 
un prélat de grand mérite , favant , zélé & ami de la 
paix. Il mourut en 1640 , âgé de 75 ans. Il a laiffé quel- 
ques ouvrages manuferits. liefponforum volumina II. 
De retractu lib. III , Juris mijcellanea. * Thomafini , 
in vit. illujl. viror. 

CAIMI ou CAIMO ( Pompée ) frère du précédent, 
étudia fous Jérôme Mercurialis , &. fit un grand pro- 
grès dans les feiences & dans les langues. Tous les prin- 
ces d'Italie s'emprefferent à l'envi de l'attirer dans leur 
cour ; mais il fe fixa à Rome , où il fut reçu chez le car- 
dinal de Montalte , & où on le fit profefleur au collège 
romain. Depuis , le fénat de Venife l'ayant appelle à 
Padoue , il fut préfident du collège des médecins de cette 
ville , &c premier profefleur de la médecine théorique , 
& y publia plufieurs de {es ouvrages , entr'autres trois 
livres De càlido innato. Céfar Cremonini improuva 
fes principes , comme Céfar Lagalia l'avoit déjà fait à 
Rome. Depuis , la pefte ravageant le territoire de Pa- 
doue , Caïmi fe retira à Titiano dans le Frioul , où il 
mourut le 30 novembre 1631, âgé de 63 ans. Il a en- 
core écrit , De febrium putridarum indicationibus. De 
nobilitate. Dell' ingegno humano , & beaucoup d'autres 
dont Thomafini rapporte les titres. * Thomafini, inillufl„ 
viror. elogiis. Imperiali , in Muf. hijlor. Janus Nicius 
Erythrseus y Pinac. I , imag. illujl. cap. 25. Voyez par- 
mi les lettres de Naudée , la 14 , 1 <> & 20 e . 

CAIMO ( Marc- Antoine ) jurifconfulte de Milan , 
&C profefleur dans l'univerfïté de Pavie , vivoit vers Tari 
1 5 50,& fut très-confideré de l'empereur Charles-Quint. 
Il a écrit fur le code. 

CAIN , dont le nom fignifie acquijltion , fils aîné d'A- 
dam & d'Eve , naquit au commencement de la féconde 
année du monde. Il laboura le premier la terre , & offrit 
à Dieu des fruits de fon travail. Il fe laifla fi fort em- 
porter à l'envie , que voyant les facrifices de fon frère 
Abel mieux reçus que les fiens , il le tua Tan 130 du 
monde, Lorfque Dieu lui demanda où étoit Abel , il lui 
répondit qu'il ne le favoit point , & qu'il n'étoit point 
le gardien de fon frère. Ce crime le fit maudire de Dieu , 
& condamner à être vagabond fur la terre. Après avoir 
couru long-temps , il établit fa demeure en un lieu nom- 
mé Nod , où il eut plufieurs enfans. Mais bien loin que 
fon châtiment le rendît plus jufte , au contraire il en de- 
vint encore plus méchant , car il s'abandonna à toutes 



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fortes de voluptés ; ravit pour s'enrichir , le bien d'au- 
trui , raftembla des méchans 6k des Scélérats , dont il Te 
fit le chef, 6k leur apprit à- commettre toutes fortes de 
crimes ck d'impiétés. Il fut le premier qui mit des bor- 
nes pour distinguer les héritages , 6k qui bâtit une ville 
qu'il nomma Enoch ou Enochie , du nom de fon fils 
aîné. Il l'enferma de murailles , 6k la peupla d'habitans. 
L'ancienne tradition des Hébreux, que S. Jérôme fem- 
ble approuver, & qui l'a depuis été par Rupert, Raba- 
nus Maurus , Liranus, Cajetan , Abulen/is , 6k par plu- 
Sieurs autres commentateurs , rapporte des choies allez 
Singulières touchant la mort de Caïn ;car elle allure qu'il 
fut tué par Lamech , lequel allant à la chaSTe , 6k voyant 
remuer les feuilles d'un buiffon , fous lequel Caïn étoit 
couché , crut que c'étoit une bête fauve , lui tira une 
flèche 6k le tua , non pas l'an 701 du monde , mais après 
l'an 87 y , puifque ce ne fut qu'en cette dernière année que 
Lamech naquit, 3161 ans avant Jefus-Chrift : comme 
il n'y a pas d'apparence que Lamech ait été chafTeur 
dès le berceau , il faut conclure que Caïn avoit près de 
900 ans , lorfqu'il mourut. * Genèfe , chap. 4. Jofephe , 
liv. 1 antiquit. chap. 2. S. Jérôme, ep. 125 , ad 
Damaf. q. 1. Pererius Liranus, ckc. in c. 4. G en. UfTer, 
in annal, vet. Tejlam. 

CAINAN V ancien , fils d'Enos , naquit Fan 315 
du monde , fon père étant âgé de 90 ans : il eut Ma- 
laléel à 70 ans, l'an 396 du monde , 6k il mourut âgé 
de 9 10 ans , en 1 23 5 du monde , 6k avant J. C. 2800. 
* Genèfe, f. 

CAINAN h jeune , fils d'Arphaxad , naquit l'an 1 694 
du monde , fon père étant âgé de 3 5 ans. Salé ion 
fils naquit l'an 1724 ; 6k Caïnan mourut âgé de 360 
ans , en 20 54du monde. * Genefe, 1 1 , verf. 14 , félon. 
les feptante , 6k Luc 3 , verf, 36. 

Il faut remarquer que le nom 6k les années de ce fé- 
cond Caïnan ne fe trouvent point dans l'original hébreu 
de la Genèfe 6k du Deuteronome , dans la Vulgate, dans 
la paraphrafe chaldaïque , dans Jofephe, dans Berofe, 
■dans Philon , dans Théophile d'Antioche , dans Jule 
Africain , dans S. Epiphane , mais feulement dans la 
traduction des Septante , 6k dans la généalogie de faint 
Luc. Plusieurs auteurs croient qu'il s'y eft gliffé par la 
faute des copiftes , 6k foutiennent que dans les plus 
anciens exemplaires il ne fe trouve point , & veulent 
qu'on l'omette. Auguftin d'Eugubio , Sixte de Sienne, 
Cajetan , Janfenius , évêque de Gand , Genebrard , 
Benediêhis , Pererius , Cornélius à Lapide , le père 
Petau , Uiferius , retiennent la généalogie de Caïnan , 
ck avouent qu'il vaut mieux confeSTer qu'on ne fait 
pas la caufe de i'omiiïion de fon nom dans l'hébreu , 
que d'accuferle texte de l'évangile de corruption, ou 
d'avoir fuivi l'erreur des Septante ; ce que Torniel 6k 
Salien prouvent par plusieurs raifons 6k par l'autorité 
de S. Auguftin. Salien établit fon opinion par vingt-fix 
ou vingt-fept argumens , quUfferius a effayé inutile- 
ment de réfuter. * Sixte de Sienne , liv. 5 , bibl. facr. 
nitin. 88. Auguftin d'Eugubio, in cap. 11. Genef 
Cajetan , in cap. 3. Luc. Janfenius , conc. evan°: 
cap. 14. Genebrard , in chron. Torniel, Sponde ck 
Salien , in annal, vet. Teflam. UfTer , in chron. facr. 
_ CAINISTES , CAIANS ou CAIENS , hérétiques 
ainfi appelles du nom de Caïn qu'ils honoraient , fuc- 
céderent aux Nicolaïtes , ou plutôt la feéte des Nico- 
laïtes paffa dans celle des Caïniftes , comme Tertul- 
hen le remarque dans fon livre des preferiptions. Ils 
étoient aulîi du nombre des Gnoftiques ; mais ils ont 
commencé avant les Valentiniens , félon S. Irenée , 
quoique S. Epiphane ck Théodoret les en falTent des- 
cendre. Ils diftmguoient deux vertus , l'une fupérieure 
qu'ils appelloient fophie ou fageffe, ck l'autre inférieure 
ou pofléneure qui a fait le monde. Ils difoient que 
Gain , Efaii , Coré , les Sodomites , 6k tous les autres 
criminels de cette nature, appartenoient à la vertu fupé- 
rieure ; 6k que c'eft pour cela qu'ils avoient été com- 
battus par le Créateur de ce monde , qui ne leur avoit 



33 



néanmoins porte aucun préjudice , parcequ'iis s'étoient 
cachés, 6k étoient retournés dans le fouverain jEon : 
que ces chofes avoient été fues particulièrement de 
Judas , qui connoiifant la vérité avoit achevé le myitere 
de la trahifon , par lequel les choies terreftres ckeélef- 
tes avoient eu leur diilblution ; foit qu'ils crufiént que 
J. C. avoit été trahi juftement , pareequ'il renverioit 
la véritable doctrine ; biafphêmes que quelques - uns 
ofoient avancer , fbit qu'ils cruiTent que par la mort de 
J. C. toute la puifTance du Créateur devoit être détruite. 
Ils condamnoient la loi' dont ils prétendoient que Dieu 
n'étoit point auteur , ck nioient la réfurrection. Ils ex- 
hortoient les hommes à détruire les ouvrages du Créa- 
teur, ck à commettre toutes fortes de crimes , perhia- 
dés qu'ils étoient que les hommes ne pouvoient être 
fauves qu'ils n'eufîént fait toutes fortes d'actions. Ils 
inyoquoient les anges à chaque crime qu'ils coramet- 
toient , parcequ'iis croyoient qu'il y avoit un ange 
qui afliftoit à chaque péché , ck à chaque action hon- 
teufe, 6k qui aidoit à la faire. Enfin ils croyoient que 
la fouveraine perfection confiftoit à faire hardiment les 
actions les plus horribles , celles même qu'il n'eft pas 
permis de nommer. 

Le principal livre de cette fecte étoit l'évangile de 
Judas. S. Irenée dit qu'ils avoient encore d'autres écrits , 
pour apprendre à détruire les œuvres du Créateur , 
c'eft -à- due , à commettre toute forte de crimes : 6k 
S. Epiphane parle d'urt livre , dans lequel on rappor- 
toit les noms 6k les actions des Anges qui avoient favo- 
rifé 6k affilié les méchans. Vafcenfion de S. Paul ait 
ciel , étoit encore un livre apocryphe , dont cette feéte 
fe fervoit. Ce livre étoit rempli de blafphêmes 6k d'im- 
puretés horribles , comme fi c'eût été là les paroles fe- 
crettes que l'apôtre avoit entendues dans fon ravilïe- 
ment. Il y eut du temps de Tenullien une femme de 
cette fecte nommée Quintille , qui vint en Afrique , 
ck qui pervertit plusieurs perfonnes en parlant contre le 
baptême , comme Tertullien le témoigne dans fon livre 
du baptême, qu'il compofa à cette occafion. * M. Du-Pin, 
biblioth. des auteurs eccl. , (rois premiers fuel, tome 2. 

CA1PHAS, ville de la Palestine, fituée fur le bord 
de la Méditerranée au pied du Mont-Carmel , 6k à 
deux lieues par eau de Saint-Jean d'Acre , qui eft vis-à-vis 
fur l'autre rivage du port : ce n'eft maintenant qu'un 
village habité par des Maures , des Juifs 6k des Grecs. 
Son château 6k fes murailles font renverfés depuis que 
Saladin fit démolir cette ville en 1 1 9 1 , avec Jaffa , 
Céfarée, 6k quelques autres places maritimes, de crainte 
que les chrétiens qui avoient repris Saint-Jean d'Acre 
ne s'emparafTent de ces villes , 6k ne s'y fortinaffent. 
La ville de Caïphas avoit , dit-on , pris ce nom de 
Caïphe, grand prêtre des Juifs , quil'avoit fait rétablir 
du temps de J. C. Elle étoit le Siège d un évêchr mfTra- 
gant de Tyr ; 6k dans le temps que les chrétiens étoient 
maîtres de la terre-fainte , il y avoit des feigneurs à 
Caïphas qui étoient très-puiffans. Le père Labbe en 
rapporte la généalogie clans fon lignage d'outre-mer. 
* Doubdan , voyage de la Terre-fainte. 

CAIPHE ou CAÏPHAS , furnommé Jofeph , grand- 
facrincateur des Juifs , fuccéda à Simon fils de Cami- 
the, l'an 26 de J. C. par la faveur de Valerius Gratus , 
gouverneur de Judée pour les Romains, Lorfque les 
Juifs tinrent confeil pour faire mourir J. C. Caïphe 
prophétifa qu'il étoit expédient qu'un homme mourût 
pour conferver la nation. L'écriture femble même infi- 
nuer qu'il détermina les Juifs à fe défaire de J. C. 6k 
qu'il accéléra en quelque façon fa mort. Caïphe inter- 
rogea J. C. pour lavoir s'il étoit fiis de Dieu , 6k l'en- 
tendant répondre clairement qu'il l'étoit, il déchira fa 
robe , comme s'il eût entendu un blafphême , ne fon- 
geant pas que cela lui étoit défendu par la loi , dans le 
Lévitique, chapitre 21. Cet impie jugea le Sauveur du 
monde digne de mort , à caufe de ce prétendu blafphê- 
me. Quelque temps après , fous l'empire de Tibère l'an 
de J, C. 35, Viteilius lui ôfa fa dignité qu'il avoit re- 

Tome II I. E ij 



S 6 



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tenue près de neuf ans , ce qui l'affligea fi fenfiblement , 
qu'il fe donna lui-même la mort de défefpoir , fi on en 
croit ce qui eft rapporté dans les conftitutions de faint 
Clément, ouvrage manifeftement fuppofé. Nicéphore, 
auteur allez peu exaft , dit la même choie d'Anne ou 
Ananus , cherche^ ANANUS I. * Saint Jean , évang. 
chap. il , vcrf. 49 , chap. 18 , verf. 14. Jofephe , 
liv. 18 ant. chap. 3. S. Clément , in confl. lib. 8 , 
cap. 1 . Nicéphore , hijî. I. 2 , &c. 

CAIQUOS , ifles de l'Amérique , chercha CAICOS. 
CAIRE ou le grand CAIRE , que les Turcs nomment 
en leur langue Caherah 6k Al Caherah, eft la plus grande 
ville de toute l'Afrique , 6k la capitale de l'Egypte ; elle eft 
fituée fur le bord oriental du Nil , dont un canal parle 
mène dedans. On dit qu'autrefois elle furpafloit en 
grandeur cinq fois la ville de Paris. L'origine de fon 
nom vient de ce que Giavhar , général de l'armée de 
Moêz Lednillah , premier calife de la race des Fathi- 
jnites , qui avoit fubjugué par la force de fes armes 
toute l'Egypte , voulut que l'on jettât les fondemens de 
la ville qu'il entreprit d'y bâtir fous l'horofcope ou amen- 
dant de Mars , à qui les aftrologues Arabes donnent 
l'épithéte de Caher, qui lignifie vainqueur 6k conqué- 
rant ; de forte que cette ville fut nommée Al Caherah , 
comme qui diroit la victorimft. 

Le Caire fut bâti auprès de l'ancienne capitale d'E- 
gypte , que l'on nommoit pour lors Mefr ou Foftath : 
jnais Saladin fit depuis enfermer ces deux villes d'une 
feule muraille , qui avoit vingt-fîx mille coudées de tour. 
Ce prince ne put pas cependant achever entièrement fon 
ouvrage , quoiqu'il y eut fait travailler fans difcontinua- 
tion jufqu'à fa mort. Giavhar n'avoit employé que cinq 
ans à bâtir fa nouvelle ville ; car les fondemens en fu- 
irent jettes l'an de J. C. 969 ,■ 6k de l'hégire 358 , 6k 
le calife Moêz y ht fon entrée l'an 973 6k (je l'hégire 362. 
On appelle communément aujourd'hui l'ancienne ville 
de Foftath le vieux Caire , 6k on en a bâti même une 
autre nommée Kebafch , entre le vieux 6k le nouveau. 
Ce font ces trois villes jointes enfemble que l'on ap- 
elle aujourd'hui d'un feul nom LE GRAND. CAIRE. 
e calife Hakem Beemrillah y fit mettre le feu par Ces 
fbldats , qui en brûlèrent la quatrième partie vers l'an 
de J. C. 10 19 6k 410 de l'hégire , pendant que Ierefte 
de la ville étoit au pillage. L'on dit que le Caire étoit 
û peuplé pendant le régne des fultans Mammelucs , qu'en 
l'année de J. C. 1343 & de l'hégire 744 , la pefte y 
faifoit mourir vingt mille hommes par jour, au rapport 
de Ben Dokmak dans fon hiftoire. 

Saladin , outre l'enceinte qu'il fit faire au vieil 6k au 
nouveau Caire , y fit bâtir une mofquée 6k un collège 
au lieu où étoit la fépulture de l'imam Scafêi , un des 
quatre chefs des fecles orthodoxes du mufulmanifme. 
Cette mofquée 6k le collège qui y eft joint , s'appellent 
d'un nom commun la Salehiah , du nom de ce prince , 
dont le titre royal étoit AlMaltk^AlSaUh, le bon roi. 
11 l'accompagna erffuite d'un grand hôpital qu'il fit bâtir 
à fes dépens , 6k aflïgna à chacun de ces trois édifices 
de fort gros revenus , vers l'an de J. C. 1 176 , 6k de 
l'hégire 57X , félon le rapport de Ben Schohnah. La 
ville du Caire eft grande , bien peuplée , 6k même mar- 
chande ; mais elle eft diminuée extrêmement , 6k eft de- 
venue bien différente de ce qu'elle étoit , lorsqu'elle 
fervoit de demeure au fultan d'Egypte ; car elle eft 
maintenant fous la domination des Turcs , depuis 
que Selim la prit l'an de J. C. 1517, 6k de l'hégire 
013 , fur les Mammelucs , qui l'a voient gardée environ 
270 ans. 

Marmol , moins croiable en ceci que les auteurs orien- 
taux , croit que la véritable ville du Caire fut fondée 
par un renégat Efclavon ; qu'elle contenoit fix mille 
maifons bien bâties , avecpliuieurs riches palais , qui ré- 
pondoient fur la rivière ; 6k une mofquée admirable par 
fa ftructure. Il ajoute aufïî que la ville de Memphis, où 
les Pharaons tenoient leur fiége , 6k qui eft aujourd'hui 
détruite , étoù iur le çanaj du Nil , à quelques lieues 



î 



du Caire \ où l'on voit encore Ces ruines.' 

Quelques auteurs veulent que le Caire d'aujourd'hui 
foit la Babylonne d'Egypte des anciens ; mais ils fe 
trompent : on en voit encore lés mafures près du Caire. 
Il y en a qui divifent cette ville en quatre parties , 
qui font Boulac , le vieux Caire , le nouveau Caire 6k 
Charafat, qui ont un vuide confidérable entre deux. Ils 
ajoutent que ces quatre parties enfemble , avec leurs 
fauxbourgs , ont dix ou douze lieues de long , fept ou 
huit de large , vingt-cinq de circuit , 6k que toutes en- 
femble , elles ont i'eize on dix-huit mille rues , fix mille 
mofquées publiques , vingt-mille particulières , deux cens 
mille maifons , & un très -grand nombre déplaces, 
bazars ou marchés. Mais les voyageurs moins fujets à 
l'exagération, difent que le Caire féparé des bourgs & 
des mafures qui l'environnent , n'eft pas plus grand que- 
Paris ; qu'il n'y a rien d'extraordinaire ; que les rues y 
font^fort étroites , 6k qu'enfin cette ville eft beaucoup 
diminuée de ce qu'elle a été. C'eft la ruine du négoce 
qui a rendu cette ville moins confidérable ; car depuis 
que la navigation a ouvert une route par mer , pour 
aller aux Indes , nous recevons en Europe de ce côté -là 
les denrées qui ne nous venoient autrefois que du Caire 
6k d'Alexandrie ; car fon grand commerce confiftoit en 
épiceries , qu'on tranfportoit de la mer rouge fur le Nil , 
6k de-là par Alexandrie en 'Europe : mais préfentement 

3ue ce commerce a cefle , 6k qu'il n'y a plus de fou- 
an en Egypte , cette ville a affez perdu de fa gran- 
deur ancienne , quoiqu'elle foit encore fort peuplée , 6k le 
féjour du bâcha d'Egypte. 

Le Caire a un château fur un roc, qui eft très -beau 
ck affez fort ; les peintures 6k les ornemens qui y ref- 
tent ont encore quelque chofe qui fe reffent de la ma- 
gnificence des foudans d'Egypte. Sa vue fur la ville , 
fur le Nil ck fur les campagnes voifmes , eft incompa- 
rable. L'eau y eft portée du fleuve fur un aqueduc de 
350 arcades ; car elle eft près de la rive droite du Nil , 
lequel un peu au-defTous fe partage en deux grands bras , 
qui forment ce pays , qu'on appelle Delta ; mais elle 
n'a point de fortifications ; 6k quoiqu'elle foit encore 
fort grande, bien peuplée 6k fort confidérable , qu'elle 
ait de grands fauxbourgs , néanmoins elle eft bien plus 
petite 6k moins peuplée que Paris. On prétend qu'il y 
a une très - grande quantité de mofquées , plufieurs 
églifes de chrétiens Cophtes 6k quelques-unes de Grecs. 
L'on va dans le Caire fur des hies , comme on fait 
à Paris en carotte. Les Turcs y ont introduit cette cou- 
tume , afin de garder leurs chevaux pour eux. Il y a 
diverfes manufactures , 6k entr'autres de ces beaux tapis 
que nous appelions tapis de Turquie. Le Caire eft à 
quatre -vingt mille pas de la côte de la Méditerranée au 
midi , à fix vingt d'Alexandrie. Les voyageurs ne man- 
quent par d'aller voir les célèbres pyramides 6k les 
momies qui font près du Caire , 6k les greniers 6k les 
puits de Jofeph , qu'on trouve dans la ville ; mais en cela 
comme en d'autres chofes , ils nous en font fouvent bien 
accroire. * Marmol , liv. .1 1 , chap. 24. Texeïra, /. 1. 
Sanut, liv. 9. Léon d'Afrique ,part. 8. Céfar Lambert, 
Montconis , Sanfon , Duval , Golius , 6k Pierre de La- 
val , ont écrit amplement du grand Caire. 

Concile du Caire. 

Quelques eccléfiaftiques 6k quelques Jéfuites le tin- 
rent l'an 1582, par ordre du pape Grégoire XIII, pour 
faire connoître les erreurs de Neftorius 6k de Diofcore 
aux Cophtes 6k les ramener dans le fein de l'églife. Le 
patriarche de ces Cophtes y aftifta avec les abbés 6k les 
perfonnes les plus confidérables de fa communion. On 
leur fit avouer qu'il y avoit deux natures en J. C. 6k ils 
abjurèrent leur erreur de bouche ; mais après la mort 
du patriarche , au commencement de l'année fuivante ; 
fon vicaire qui prétendoit à cette dignité , empêcha qu'on 
ne donnât cette abjuration par écrit. * Poffevin, tom. %, 
appar. Sponde , A. C. 1582. 

CAIRGVENT (Grégoire ) de l'ordre de S. Benoît ? 



C A I 



a compofë des ouvrages hifloriques. * Simler & Voffius , 
Dehiforicis latinis , lïb, 2. 

CÀIRO , bourg ancien de l'Italie dans le Montfer- 
rat , au pied de l'Apennin , près de la rivière de Bormida, 
entre Final & Aqui , environ à cinq lieues de l'une & 
de l'autre. * Mati , diction. 

CAIROALDE , d'autres difent CARIVALDE. Fé- 
lix évêque d'Auvergne étant mort ,1e clergé tk le peuple 
demandèrent Prix ou PrejecT: pour leur évcque , comme 
étant un homme de fainte vie , qui avoit gouverné fuc- 
ceffivement avec édification tk avec fruit la paroiiTe 
d'Yfïbire , & un monaftere de la même province. Mais 
Cairoalde acheta l'épifcopat à prix d'argent : il étoit alors 
archidiacre de cette églife. C'étoit en 674. Cet ui'urpa- 
teur fimoniaque mourut quarante jours après. Un an- 
cien auteur anonyme qui a écrit un livre des églifes & 
des autels de la ville de Qermont en Auvergne , mar- 
que , ccclejîa fanctï Galli , ubi altarefanctœ Maria , ubi 
requkfcunt fanclus G allas & fanclus Ubicus , & fanclus 
GenvdLdus. M. Savaron croit que ce Gerival eft le mê- 
me que Cairoalde ; mais outre que la différence de ces 
deux noms eft affez grande , la vie de Cairoalde ne nous 
porte pas .à croire qu'on lui ait donné la qualité de Saint 
après là mort. Le père de Longueval , Jéiuire, a fait 
la même remarque tk la même réflexion dans fon hif- 
toire de l'églife Gallicane , liv. 10 , page 10 1 , du tom. 4. 

CAIROAN ou CARVAN, eft le nom d'une ville 
& d'une province d'Afrique , que l'on dit avoir été 
Cyrene , & la province Cyrenaïque des anciens : les 
Arabes l'appellent Cdiravan. Elle fut fondée par les 
Mahométans l'an 652. Cette ville , aujourd'hui dépen- 
dante du royaume de Tunis , fut prife par les Arabes 
Mahométans l'an 46 de l'hégire, & de J. C. 666 , fous 
le califat de Moavie , qui la fit démolir pour en bâtir 
une autre qui porta le môme nom , tk qui fut quelque 
temps la capitale de l'empire des Mufulmans en Afrique : 
on y voit une mofquée où font quelques tombeaux des 
rois de Tunis. Il y avoit aufïï une académie compofée 
de plufieurs^ dofteurs , où l'on accourait autrefois de 
tous les côtés d'Afrique , comme les François viennent 
à Paris , & les Efpagnols à Salamanque. Tout le pays 
d'alentour eft plein de fablons , où il ne croît ni bled ni 
fruits ; c'eft pourquoi ou en apporte d'ailleurs. On ne 
boit que de l'eau de citerne , pareequ'il n'y a ni fource , 
ni puits , ni rivière. Lorfque l'empereur Charles - Quint 
chafïa Barberoufïé de Tunis en 1 535 ; les habitons de 
Cairoan élurent pour roi le principal alfaqui ou dofteur 
de la grande mofquée ; mais il fut tué par Dragut , qui 
le furprit la nuit , tk fe rendit maître de la place , Fan 
de l'hégire 956 & 1 549 de L C. Elle eft encore aujour- 
d'hui au pouvoir des Turcs. On croit , dit Baudrand , 
qu'elle a été bâtie des ruines de l'ancienne Thyfdrus ou 
Thifdrus ville de la Bifacene, ou de celles d'U^na , qui 
en étoit voifine , ou peut-être de toutes les deux. Elle 
eft environ à quarante mille pas de la Méditerranée 
& du golfe de Capes au couchant , fur la rivière 
Capulia , tk à quarante mille de Hamamethe vers le 
midi. Voyc{ CYRENE. * M^mo\ , de V Afrique , liv . 6. 
D'Heibelot , bibl. orient. 

CAIROAN , petite ville de Barbarie, dans le royau- 
me de Barca , dont elle étoit autrefois la capitale fous 
la domination du Turc. Elle eft fituée fur une monta- 
gne près de la rivière Doreo , à mille pas de la côte de 
la Méditerranée , & à 70 mille pas de Barca , vers le 
feptentrion. 

CAIT-BEI , fultan d'Egypte tk de Syrie , étoit origi- 
naire de Circaffie, & né efclave. Les Mammelucs, d'une 
commune voix , l'élurent pour leur fouverain. 11 défit 
près deTarfe , l'armée de Bajazet, empereur des Turcs, 
commandée par Querfeol f on gendre, qui étoit un vail- 
lant homme , qui hit fait prifonnier : enfuite de cette 
vi&oire , il repouffa Aflïmbée qui régnok en Méfopota- 
mie , tk qui s' étant rendu maître de la ville de Bir fur 
l'Euphrate , fai/bit des courtes bien avant dans la Syrie. 
U mit auffi les Arabes fous Le joug , tk diffipa cette 



C A I 



37 



multitude d'efckves- Ethiopiens , qui s'étant aflemblcs 
en très-grand nombre pour détruire les Mammelucs , me- 
naçoient l'Egypte d'un terrible orage. Il mourut l'an de 
J. C. 1449 & de l'hégire 853 , & le 33 de fon régne. 
* Paul Jove, liv. 1. 

CAITHNESS ou CATFINESS , eft la province la 
plus feptentrionale de FEcoffe : elle s'avance dans l'o- 
céan calédonien en forme de promontoire , jufqu'aux 
îfies Orcades , dont elle n'eft féparée que par le détroit de 
Pentland : elle confine du côté de la terre au comté de 
Southerland & de Strathavern. Quoique le Caithneff 
foit fous le 59 & le 60 degré de latitude , tk ainfi fore 
feptentnonal , l'air ne biffe pas d'y être tempéré , & le 
terroir fort fertile en grains , & même en fruits : fes ri- 
vières , fes lacs tk fes mers abondent fi fort en poiffons, 
que fes habitans en font un grand commerce. Il y a aufïï 
de bons pâturages. Ses lieux principaux font Wych , ca- 
pitale , Thurfo & Dungisbi. Cette province donne le 
titre de comte à une des familles de Sinclair* ou Sainte- 
Claire ; le premier de ce nom , qui fut élevé à cette di- 
gnité , en ayant éppufé l'héritière. Il étoit pannetier du 
roi d'Ecoffe. * Diction. Anglois. Mati , diction. 

CAIUS , nom propre. Les Romains difoient Caïus 
tk Cala , pour marquer les deux {exes ; & la lettre C 
dans la. fituation naturelle fignifioit Caïus , comme 
le même 3 renverfé fignifioit Cala. Quintilien rap- 
porte que dans les époufailles tk fêtes nuptiales des 
anciens Romains , on faifoit également mention de 
Caïus tk de Cala ; ce que Plutarque confirme , lors- 
qu'il dit : « Pourquoi ceux qui conduifent l'époufe 
« en la maifon du mari lui font - ils prononcer ces 
» mots : Où tu feras Caïus s je ferai Cala. N'eft -ce 
» pas pour faire voir qu'elle y entre à cette condition , 
» qu'elle aura fa part à tous les biens tk au gouverne- 
» ment de la famille ; &que Caïus étant maître , Ctûa 
» doit être maîtrefte ? » Ainfi ces mots fignifient la même 
chofe que ceux-ci ; Ubi tu Dominus eris , et pa- 

TER FAMILI,£ , EGO DOMINA ERO , ET MATER FA- 

MiLiyE. * Quintilien , /. 1 . Plutarque , dans fes opufcules. 

CAIUS AGRIPPA , fils puîné d' Agrippa & de Julie, 
fille d' Augufte , fut adopté par cet empereur avec (on 
frère Lucius. Dès qu'ils eurent pris la robe virile , le peu- 
ple Romain voulut leur donner le confulat ; mais comme 
ils étoient trop jeunes, Augufte ordonna qu'ils fe conten- 
taient de la qualité de confiais défignés. Les chevaliers 
Romains les déclarèrent princes de la jeunefîe , c'eft-à- 
dire princes de l'ordre équeftre ; ils ceflerent de vivre 
dans un âge où ils ne faifbient que commencer à goûter 
l'élévation de leur fortune. Caïus mourut en Arménie 
d une blefTure qu'il reçut la troifiéme année de l'ère chré- 
tienne. Augufte qui venoit de lui faire époufer Lolliaà. 
l'âge de dix-huit ans , i'avoit envoyé en orient, avec le 
titre de proconful , & accompagné de Lollius fon beau- 
pere, afin d'y faire la guerre aux Parthes , & d'y régler 
les affaires d'Egypte , de Syrie & d'Arménie. Ce jeune 
prince avoit fait un traité avec les Parthes , par lequel ils 
abandonnèrent l'Arménie , qui reçut Ariobarzane pour 
roi de la main de Caïus. Le cardinal Noris publia à Ve- 
mfe en 1681 un livre de differtations latines , dont la fé- 
conde contient la vie de ces deux princes. * Paterculus. 
Tacite. Suétone. 

CAIUS MEMMIUS édile curule, célébra le premier 
la fête des Céréales ou la t'ctQ de Cérès , comme on le 
peut voir par cette deviiè : Memmius JEdilïs Cerealia 
primus ficït. 

CAIUS , fui-nommé OCTAVIUS , père de l'empe- 
reur Augufte , délit les efclaves fugitifs , & diffipa les 
reftes de la conjuration de Catiltna. * Suet. in Aug. 

CAIUS , Macédonien, difciple de S. Paul dans Le I fié- 
cle , fut converti à Corinthe par ce faint Apôtre avec Crif- 
pe,Fan 5 2deJ. C. Il l'accompagna dans fès voyages , eut 
part à fes perfécutions , tk fut pris l'an 57 avec Ariftar- 
que par les féditieux d'Ephèfe , que Demetrius orfèvre 
avoit animés contre S . Paul. On doit le diftinguer de Caïus 
de Derbe en Lycaonic , autre difciple de S, Paul. * Actes, 



33 



C AI 



CAK 



ch. 19 , v. 29 , &c. c. 2.0, v. 4. Baillet, vus des Saints. 
CAIUS , prêtre de l'églife de Pvome fleurit fous 
les papes Vittor & Zephyrin, c'eft-à-dire fous les em- 
pires de Severe & d'Antonin Caracalla. Il eut à Rome 
une conférence contre un fameux Montanifte appelle 
frocle ou Procule , & en mit enfuite le réfultat par écrit 
en forme de dialogue, Eufebe avoit vu la relation de 
cette conférence , & en parle en trois endroits de fon 
jhiftoire.Dansle i//v. c. 25 , il cite un paflage touchant 
les fépulcres de S. Pierre & de S. Paul , qu'on voyoit 
à Rome du temps de cet auteur. Dans le 3 liv. chap. 28 , 
Caïus combat l'erreur de Cerinthe touchant le régne de 
3. C. fur la terre , pendant lequel cet hérétique préten- 
doit que les hommes jouiroient des voluptés & des plai- 
firs charnels. Dans le 6 liv, chap. 20 , Eufebe remarque 
que Cafïus , en condamnant la hardieile avec laquelle 
les ennemis de l'églife fuppofoient des livres facrés,ne 
compte que treize épîtres de S. Paul , ne mettant pas 
celle qui eft écrite aux Hébreux au nombre de celles de 
cet Apôtre. Le même auteur, AV. 3 , chap, 3 1 , rapporte 
encore quelques paroles tirées du dialogue de cet au- 
teur touchant les filles du diacre Philippe. Photius fait 
mention de trois autres ouvrages attribués à Caïus , le 
premier , contre l'héréfie d'Artemon , qm croyoit que 
J. C. étoit un pur homme ; le fécond, intitulé , U petit 
labyrinthe , d'où Eufebe a tiré l'hiftoire de la pénitence 
de Natalis; &Ie troifiéme, de VUnivirs , dont il dit qu'il 
y avoit de fon temps un ouvrage fous ce titre , qui 
dans quelque manuferit étoit attribué à Jofephe , 6c 
dans d'autres à S. Juftin ou à S. Irenée. Photius ajoute 
que ce dernier traité ne peut guères être de Jofephe , 
pareequ'il y eft parlé de J. C. d'une manière très -ca- 
tholique , & que quelqu'un avoit remarqué qu'en effet 
Jl n'étoit pas de ce célèbre hiftorien , mais de Caïus : ce- 
pendant il ne prend pas parti , & lahTe indécis tout ce 
qui concerne ces trois ouvrages , qui étoient du temps 
àe Photius fous le nom de Jofephe, * Eufebe , hiji, L 2 , 
■çhap, 25 , liv. 3 , chap. 31 , liv. 6 , chap. 20. S. Jé- 
rôme , de feript. te clef. cap. 59. Honoré d'Autun , de 
lum. ecclef cap. 60. Photius , col. 48. M. Du Pin , 
biblioth. des auteurs e,ccl, trois premiers fiécles. Tillemont, 
CAIUS ( Saint ) originaire de Dalmatie , à ce qu'on 
croit, 6t parent de Dioclétien , fut élu pape l'an 283 de 
J. C. ou plutôt 276 , félon Eufebe j&c les anciens cata- 
logues des papes. C'eft de lui apparemment dont Anaf- 
tafe a voulu parler , lorfqu'ii dit que le pape Etienne fut 
mis en prifon l'an 257 , avec les diacres Sixte , Denys , 
& Caïus , d'où il peut avoir acquis dès ce temps-là le 
titre de confefleur. Quelques-uns prétendent que le foin 
qu'il eut d'animer les martyrs à la mort , &: fur-tout fa 
nièce Sufanne, fille de Gabinius , que Dioclétien vou- 
lut marier à Maximin Galère , fon gendre , & fon aflocié 
h l'empire , lui acquit la couronne du martyre ; mais ce 
fait eft tiré d'a&es fur lefquels il n'y a pas beaucoup de 
fond à faire , non plus que fur ce que l'on dit qu'il reçut 
Ja couronne du martyre. L'hiftoire dit qu'il évita la per- 
fécution fous Dioclétien , en fe cachant dans une grotte , 
& qu'il mourut en paix l'an 296 , après avoir gouverné 
l'églife douze ans , quatre mois & dix-fept jours , ou 
plutôt quinze ans ou environ, Sa fête eft marquée le 
22 avril : on prétend qu'il fut enterré dans le cimetière 
de Calixte , d'où l'on tient que fon corps fut tiré le 2 1 avril 
Ï622, & tranfportéen 1631 dans une fort ancienne 
églife de fon nom ; d'autres difent qu'il fut tranfporté 
dès l'an 1622, à Novellara, entre Rege & Mantoue ; 
fait dont Bollandus n'a pu avoir d'éclairciffement. Le 
pontifical porte qu'il fit quatre ordinations au mois 
de décembre , & qu'il ordonna vingt-cinq prêtres , huit 
diacres & cinq évêques , pour diverfes églifes. On lui 
attribue une épître écrite à un prélat nommé Félix , mais 
elle eft faufTe. Il' ordonna que les évêques pafTeroient 



tre$, * Evfçhcy en fa chrory & liv. 7 , chap, 26 , hijl % 



NicépRore, l. 6 , c. 34. t. 1 , conc Tillemont. Bollan- 
dus. Le Martyrologe romain , auzx avril. M. Du-Pin, 
biblioth. des auteurs eccléfajliques , premier ficelé. 

CAIUS. Tl s'en trouve deux de ce nom qui ont été 
patriarches de Jérufalem , l'un qui célébra le carême &C 
la pâque à la façon des autres chrétiens , ck qui mourut 
après s'être appliqué à la converfion des idolâtres , & 
avoir été fait patriarche vers l'an 166 ; &un autre mar- 
tyr à Apamée , qui fouffrit le martyre au milieu du III fié- 
cle. * Bollandus , tom 3 , maii. 

CAIUS, ou deKAYE (Jean) naquit en 1510a 
Nordwick , non à Nortfolck , comme on Va dit dans les 
précédentes éditions de ce ditiionnain. Le vrai nom de 
cet auteur étoit Jean de Kaye. Il étudia la médecine à 
Padoue fous Jean-Baptifte Montanus. Lorfqu'ii fut re- 
venu en Angleterre , il prit à Cambridge le degré de 
docteur en médecine , & il fut fuccefïivement médecin 
du roi Edouard VI , de la reine Marie & de la reine 
Elifabeth. Il fit rebâtir prefque en entier à fes dépens le 
collège de Gonnevil à Cambridge , où il avoit fait fes 
premières études , & il le dota d'amples revenus. Ce fut- 
là qu'il mourut en 1 ^73 , âgé de 63 ans. Il a donné au 
public deux livres de la manière de procéder dans les 
cures des maladies , félon les principes de Galien & de 
Montanus de Vérone, in-%° en 1544, a Balle; plu- 
fieurs écrits de Galien qui n'avoient point encore paru , 
& quelques autres du même , revus , corrigés & enri- 
chis de notes , à Bafle en 1544, in-4 . Son traité de 
la manière de guérir les maladies , a été réimprimé avec 
plufieurs autres traités de fa compofition & quelques tra- 
ductions, en 1556, in-S°, à Louvain. Ce recueil con- 
tient auffi l'ouvrage d'Hippocrate , des remèdes. Treize 
ans avant fa mort il donna à Londres un livre touchant 
les chiens d'Angleterre , avec l'hiftoire des animaux, Ôt 
des plantes rares , & un traité où il rend compte de tous 
fes ouvrages, en 1570, in-4 . Le traité des chiens 
anglois a été réimprimé en 1685 , â Nuremberg , avec 
la cynographie ou defeription du chien de Paullini , 
i/2-4 . Jean Caïus , ou de Kaye , eft encore auteur de 
l'ouvrage fuivant : Joannis Caii de antiquitate Canta- 
brigienfis académies libri duo , in quorum fecundo de 
Oxonienfis quoque gymnafii antiquitate difjeritur t & 
Cantabrigienfe longe eo antiquius effe definitur : accedit 
ajfertio antiquitatis Oxonienfis académies , quâ illa 
antiquior Cantabrigienfi afj'eritur , à Londres, 1 568 ^ 
i/z-8° , & en 1574, in-4 .* Foyei Manget , biblioth, 
feriptor medic. hb. 3 , tome 2 , page 3 & 4 ; ck le P. Ni- 
ceron , mém. pourfervir à fhi/loire des hommes illuflrts 
dans la république des lettres , tome XL II y a eu un au- 
tre médecin nommé 

CAIUS ( Bernardin) dont Manget parle au même 
endroit. Celui-ci étoit de Venife, & poftérieur à Jean 
Caïus , quoiqu'à peu près du même temps. Il a donné 
des traités De alimentis , en 1608 , i/2-4 . De fanguinis 
effufiofie , en 1607,^-4°. De vefîcantmm ufu , en 
1606. Bernardini Paterni explanationes in primam Fenn 
primi canonis Avicennce , en 1596, in-4 . Tous ces 
ouvrages ont été imprimés à Venife. 
CAIUS OPPIUS , cherche^ OPPIUS. 
fëCW* CAKET , ville & petit royaume dans le Gurgif- 
tan. Ce royaume , qui eft l'Iberie des anciens , s'étend fort 
loin clans le mont Caucafe , & a eu autrefois plufieurs 
grandes villes bâties fomptueufement , qui font mainte- 
nant toutes -ruinées, à la réferve de celle qui porte auffi 
le nom de Caket, Alexandre , qui en étoit roi , fous la 
dépendance de celui de Perfe , avoit donné l'aîné de 
{es fils en otage à Thamas , qui le fit élever en fa cour 
avec fon fils Abbas , qui a été depuis furnommé le Grand. 
Sitôt que ce prince , que les Perfans appelèrent Tai- 
muras-Khan, eut perdu fon père, il fut renvoyé à 
Caket par Abbas , après qu'on lui eut fait prêter ferment 
de feudataire & de vaffal. Luarzab , roi de Carthuel, 
lui donna fa feeur pour femme , l'une des plus belles 
perfonnes de Géorgie : ce qui ofFenfa tellement Abbas , 
roi de, Perfe, qui l'sYQit fait demander, qu'il réfolut de 



CAL 

les perdre Puu & l'autre. Ce deffein, qui leur fut con- 
nu , les obligea de s'unir. Abbas entra dzns la Géorgie 
avec une grofle armée; & s'étant jette fur le royaume 
de Caket, il y exerça de très-grandes cruautés , jufqu'à 
faire abattre les arbres qui nourri/î oient les vers à foie 
afin que le pays qui tire de-ià un de Tes plus grands 
avantages, .fût détruit entièrement fans pouvoir fe réta- 
blir. Taimuras alla à Conftantinople, & implora le fe- 
cours du Turc , qui le rétablit dans fon royaume. Il n'y 
demeura pas long-rems. Sefi , fuccefïeur d' Abbas , en- 
voya une armée qui, s'étant emparé d'une partie du 
royaume de Caket , réduifit Taimuras à fe cantonner 
clans les lieux forts du mont Caucafe. Il fe retira enfuite 
en Imirete , où il fut fait prifonnier , &c de-là envoyé à 
Sefl. Le roi le logea en un de fes palais , ck il y mourut 
en 1659. Son corps fut porté en Géorgie, où on l'en- 
terra avec toute la pompe du pays. Le royaume de 
Caket obéit depuis au roi de Perfe. Chanavas-Khan , 
viceroi de Géorgie, en acheva la conquête , & fon fils 
Archyle en eut le gouvernement , s'étant fait mahomé- 
fan pour l'obtenir. Il époufa une fille de Taimuras-Khan, 
Se acquit par ce mariage un droit à ce royaume dont 
il étoit déjà viceroi. * Chardin , voyage , t. Il, p. 1 2,3 
&fuiv. LaMartiniere, dicl. géogr. 

CALA , eft le nom qu'a pris l'auteur d'une hiftoire de 
Souabe , qui eft extrêmement rare. Son vrai nom étoit 
Ferrand le Stocco. Il étoit de Cofence dans la Calabre. 
Son but unique, dans l'ouvrage dont il s'agit , étoit de 
flater la maifon de Cala : & comme il n'a eu pour cela 
recours qu'aux fables , l'auteur & le livre fe font décriés. 
Il donne à cette maifon un prétendu femt Jean de Cala , 
qui n'a jamais exifté. De plus, pour faire fa cour à la 
noble/Te de Cofence , il a fait entrer dans fon livre plu- 
heurs diplômes qu'il avoit fabriqués. Cet impofteur étoit 
Je premier à fe moquer du faint imaginaire qu'il avoit 
inventé. II avoit fait accroire que quelques os de lacar- 
cafle d'un âne étoient ceux du prétendu Jean de Cala 
U joignant l'impiété à la fourberie , il leur appliquok ce 
vers : 

Felices Afini ! quantos meruijlis honprts ! 

Ces indignes reliques furent brûlées par ordre de 
I mquihteur de Rome , l'ouvrage de Cala fut fupprimé , 
& la maifon de Cala s'efforça elle-même de l'anéantir 
autant qu il étoit en elle ; ce qui eft caufe de la rareté de 
ce livre , qui ne mérite pas d'être plus commun. * Voyez 
1 hijtoin des rois des deux Scelles de la maifon de France 
par M. d'Egly,tom. I,pac. 57. 

CALAA ou CALA AT HO ARA, ville du royaume 
d Alger en Barbarie , htuée entre des montâmes , dans 
la province de Telenfin, entre la ville d'Oran & celle 
de Moafcar. * Mati , diction. 

CALABER ( Nicolas ) hérétique , étoit Efpagnol de 
cation, 6k publioit des erreurs dans le XIV fiécle; ayant 
ete pourfuivipar l'mquifiteur d'Aragon, il fut brûlé en 
3359. * Sponde. 

t aS. r ^ ABER C Quintus ) cherchez QUINTUS CA- 

CALABRA CURIA , la Cour Calabre , bâtie par 
Komulus fur le mont Palatin , auprès de fon logis , félon 
Varron, ou félon d'autres , près du Capitole , au lieu 
ou eft maintenant le magafin du fel. Elle fut appellée 
CALABRA, du htm colore, qui fignifie convoquer, par- 
ceque Romuius deftina ce lieu pour les affembiées gé- 
nérales du peuple. Depuis ce temps-là le roi des facri- 
fices y convoquoit le fénat & le peuple , pour leur an- 
noncer les jours des jeux & des facrifices. On peut voir 
fur ce mot Macrobe, livre premier des Saturnales, cha- 
pitre 1 5 , & Feftus. 

CALABRE, province d'Italie, dans le royaume de 
Wap es, avec titre de duché, eft bien différente de ce 
qu elle a ete autrefois : car elle comprend bien moins 
de pays que dans le temps qu'elle futpoffédée par les 
Mefla pi ens , fortis d un certain Meffapus , qui donna fon 
nom au pays. Elle prit celui des Calabres, venus de la 



CAL 



grande Grèce. La partie de la province qui eft voifîne 
du golfe deTarente , fut habitée par les Salentins ; & par 
fucceffion de temps, le nom de Pouille fut employé à 
fignifier le pays qui s'étendoit depuis les Ferentins juf- 
qu'en Calabre ; ainfi en ce temps-là la Calabre compre- 
noit tout ce qui eft au bout de l'Italie , entre la mer 
Adriatique & la nier Méditerranée ; favoir , la terre 
d'Otrante , la terre de Bari , la Bafilicate , & tout ce 
qui eft à I entour du golfe de Tarente. Aujourd'hui la 
Calabre occupe le pays des Brutiens , & une partie de 
la grande Grèce , ainfi nommée , pareeque plufieurs 
Grecs s'y établirent. C'eft la partie la plus méridionale 
de l'Italie, du côté de la Sicile, dont elle n'eft féparée 
que par un petit détroit. Elle eft proprement une pref- 
qu'ifle ; car elle a le golfe de Tarente & la mer Io- 
nienne au levant & au midi , la mer Thyrrenc ou de 
Tofcane au couchant , & la Bafilicate au feptentrion. 
Sa divifion ordinaire eft en citérieure ou haute , & en 
ultérieure ou baffe. La Calabre citérieure occupe 'la par- 
tie feptentrionale , où elle a un ifthme renommé dans 
l'hiftoire , par la muraille qu'y bâtit autrefois Licinius 
CrafTus, contre les troupes de Spartacus, chef des ef- 
claves révoltés , 73 ans avant la naiffance du Fils de 
Dieu. Cofenza eft la ville capitale de cette partie de 
la Calabre. Les autres font Roflano, archevêché , Caf- 
fano, Saint -Marco, Bifignano, Montafto , Amantea , 
Montoraro , Cariati , Umbriatico , Strongoli , qui font 
toutes villes épifcopales. Roflano , Bifignano , Tarfia , 
Cinfano , Strongoli , Caftiglioni , ont titre de princi- 
pauté. La ville de Sybarites , renommée dans les écrits 
des anciens , étoit encore dans cette partie de la Cala- 
bre. La baffe ou ultérieure, a Sainte-Séverine & Reg- 
gio, archevêchés; Cortone , Ifola , Belcaftro , Taver- 
na , Nicaftro , Cantazaro , Squillace , Monte-Leone , 
Tropea,Mileto, Nicotera, Oppido, Girace &Bove, 
avec éveché ; Maida , Satriona , Milleto , Roxella , Sci- 
gho ou Silla , & Sainte-Agathe , principautés ; Seminara, 
où les François défirent Ferdinand d'Aragon en 1496, 
& Gioïa , où ils furent défaits en 1 503. La Calabre n'eft 
pas un pays également fertile , elle l'eft même très-peu 
en certains endroits , quoiqu'en d'autres elle le foit beau- 
coup^ fa fituationla rend très-importante. Elle a été 
foumife aux Romains , enfuite aux Sarafins , & enfin 
aux empereurs de Conftantinople , qui s'en rendirent 
maîtres vers l'an 827. Après ce temps-là les Grecs & 
les Sarafins firent des courfes dans le refte de l'Italie. 
Le célèbre Robert Guifchard, Normand, les en chafla* 
dans le XI fiécle : il fut fait duc de la Pouille ck de la 
Calabre en 1059, & ' il mourut en 1085. Il avoit un 
frère qui s'établit dans la Sicile. Roger , le fécond de 
fes fils , eut la Calabre qu'il laiffa à Guillaume , ck celui- 
ci la céda à fon coufin Roger II , qui fut roi de Naples 
& de Sicile , célèbre par fon courage ckpar Ces conquê- 
tes. Il mourut en 1 1 5 z , avec cet éloge d'avoir fournis 
la Pouille , la Calabre, la Sicile , ôk une partie de l'A- 
frique ,* ce qui eft exprimé dans ce vers qu'il avoit fait 
graver fur fon épée : 

Jppulus& Calaher, Siculus mihifervit & Afer. 

Depuis ce temps-là la Calabre a fait partie du royaume 
de Naples , ck les fils de ces rois ont quelquefois porté 
le titre de ducs de Calabre , comme Charles, fils du 
roi Robert, Jean d'Anjou , fils du roi René, & Nicolas, 
fils du même Jean. La Calabre eft fujette à de fâcheux 
tremblemens de terre , tels que ceux qu'elle fouffrit de- 
puis l'an 163S, jufqu'en 1641 , dont nous avons une 
relation finguliere fous ce titre : Hijlorico racconto di 
Terremoti délia 'Calabria , deW anno 1638 , fin al 
anno 1641 , dal Agatie de Somma. Ce livre fut im- 
primé à Naples en un volume in-S° en l'année 1641. 
* Pline, liv. 3 , chap. n. Ptolémée , liv. 3. Strabo , 
liv. 6. Cedrenus. Curopalate. Cluvier, liv. 3. Merula, 
cofrnogr. part. 2 , liv. 4 5 chap. 27. Leander , deferip. 
ItaL Gabriel Barjus ,\dc antiq, &jîtu Calab. Summonte. 
Collenutio. 



40 



CAL 



CAL 



' CALABRE (Edme ) prêtre de l'Oratoire , entra 
fortjeune dans cette congrégation , où il enfeignales hu- 
manités avec le plus grand fuccès. Ses fupérieurs l'ayant 
envoyé à Soiflbns en qualité de directeur du féminaire, 
"il y travailla pendant quinze ans avec un zèle & une 
ardeur infatigables. Il eft auteur d'une Paraphrafefurle 
pfeaume L , dont il y a eu un nombre prodigieux d'é- 
ditions. La dernière eft de 1748, chez Heriffant , rue 
S. Jacques. On y a joint les Régies de la Société de Jefus- 
Clirifi expirant. Le P. Calabre avoit inftitué cette affo- 
ciation , pour tâcher d'infpirer aux fidèles les fentimens 
de piété & de ferveur , dont lui-même étoit pénétré. Il 
mourut en 17 10 , le 1 3 de juin , âgé de 45 ans,' 

' Le P. Calabre étoit originaire de Troyes en Cham- 
pagne , d'une 'famille ancienne qui a poffédé de temps 
immémorial les principaux offices municipaux de cette 
ville. Son trifaîeul eft qualifié dans un a&e de 1605 , de 
noble Claude Calabre , homme d'armes d'ordonnance du 
roi , & gendarme de la compagnie du duc de Mayenne. 
Il époulà Maric-Edmonde Baillot, dont il eut Edme 
Calabre , bailli de Chaflenai. Celui-ci fut marié à Mag- 
ddéne Cornuat , dont il eut neuf enfans , & entr'autres 
Gafpard Calabre , qui fut juge-conful de la ville de 
Troyes. Il époufa J acquitte, le Grin ; & c'eft de ce ma- 
riage que naquit Edme Calabre, qui a donné lieu à cet 
article. Il eut plufîeurs frères , dont un appelle Nicolas 
Calabre fut maire de Troyes. Celui-ci époufa en 1697, 
'Marie-Rofe Matagrin , dont il eut i° Pierre Calabre, 
écuycr , confeiller , fecretaire du roi , maifon , couronne 
de France , & de {es finances , qui a des enfans : 2. Claude- 
Edme Calabre , non marié. 

CALABROIS ( Gioachino ,. Greco , connu fous le 
nom de ) fameux joueur d'échecs. Cherche^ GIOA- 
CHINO. 

CALAHORRA , Calagtiris, Calagurris , Fibulana , 
ville d'Efpagne dans la Caftille vieille , avec évêché 
autrefois fuffragant de Taragone , & à préfent de Bur- 
gos. Elle eft (ituée fur l'Ebre , qui y reçoit la rivière de 
Cidacos de Caftiglia. L'évêché de Calzada ou de S. 
Domingo de la Calzada , fut uni à celui de Calahorra 
en 1256. Pline parle de deux villes de ce nom , Cala- 
gurris Nafcica , tk Calagurris Fibularia , toutes les deux 
dans l'Efpagne Taragonoife , qui comprenoit les deux 
Caftilles , l'Aragon , Bifcaye , Valence , Catalogne , 
Murcie , ck. les Afturies. Quintilien ck Prudence étoient 
de Calahorra. Ce dernier en parle en ces termes : In 
Péri Steph. Hymn. 7. 

Nojlra gejlabit Calagurris ambos , 
' Quos veneramur , &c. 

Les martyrs S. Emetére ou S. Madir , 6k S. Cheli- 
doine y fouffrirent la mort , y furent enterrés , ck y font 
honorés encore actuellement. * Pline. Surita , ad Itintr 
AntonFQz Marca , hifi. de Bearn. Nonius. Merula. 

CALAJATE , ville de l'Arabie heureufe en Afie , 
dans la contrée d'Ofman , fur le golfe d'Ormus,, entre 
ïa ville de Mafcate & le cap de Raze-al-gate , à trente- 
cinq lieues de celle-là, ck à trente de celle-ci. Quel- 
ques géographes croient que Calajate eft la ville nom- 
mée par les anciens Muacum ou Cumatacum , que 
d'autres placent à Calhat ou à Materqua. * Mati , 
di&ion. 

CALAIS, en latin CaUtum, ville & port de mer de 
France , dans cette partie de la 'Picardie qu'on appelle 
Pays reconquis , depuis qu'on Pô ta aux Anglois. Quel- 
ques auteurs croient qu'elle eft le Portas Iccius des 
anciens , qui du moins n'en doit pas être loin. Sanfon a 
cru que ce Portus Iccius eft celui de Boulogne. La ville 
de Calais , comme plufîeurs autres , fut nommée du 
nom de tout le pays , qui étoit celui de Caletes , que 
quelques-uns mettent depuis l'embouchure de la rivière 
de Seine , jufqu'à celle d'Aa. S'étant accrue des ruines de 
■"Vifant , qui eft à trois lieues de-là , on commença à 
la fortifier, & à y faire un château l'an nz8 , au lieu 
■que ce n'étoit auparavant qu'un village. Le port de 



Calais fut commencé fous Baudouin IV , dit Bellc-^ 
Barbe ou le Barbu, comte de Flandre. On le nomma 
Scalas ou Pettefte ; ck Philippe comte de Boulogne , un 
des mécontens qui ,fe liguèrent pendant la régence de 
Blanche , mère de S. Louis , fit entourer de murailles 
la ville, qui n'étoit auparavant qu'un fîmple bourg. 
Edouard III, roi d'Angleterre, l'emporta l'an 1347 , 
après un fiége d'environ dix ou onze mois , fans que le 
roi Philippe de Valois la pût fecourir. Jean de Vienne , 
qui y commandoit , fans efpoir de fecours , prefle de 
toutes parts fur terre ck fur mer , fut contraint de la 
rendre. L'hiftoire vante ck avec raifon , le courage des 
habitans de Calais en cette occafion , furtout d'un 
nommé Euftache ; pendant que le prince victorieux y 
fit éclater toute l'inhumanité Ôk la dureté d'un naturel 
féroce ck indigne d'un roi. Les Anglois / qui par le- 
moyen de ce port , fe vantoient d'avoir les clefs de la 
France pendues à la ceinture , conferverent cette ville 
2, ro ans , jufqu'à ce que le duc de Guife la prit au com- 
mencement de l'an 1558, après un fiége de neuf ou 
dix jours. L'archiduc Albert d'Autriche , gouverneur 
pour le roi d'Efpagne dans les Pays-Bas , prit Calais 
l'an 1596; ck elle fut rendue deux ans après au roi 
Henri IV , par un des articles de la paix de Vervins. 
Lorfque la ville fut prife par le duc de Guife , elle étoit 
défendue par trois baftions , ck par un quatrième qui 
regardoit le midi , où étoit la vieille citadelle , ck par 
plufieurs autres ouvrages tous revêtus de pierre. Ses 
environs font gardés par plufieurs forts , de forte que 
Calais eft une des plus importantes villes du royaume. 
Elle a un double fofte fort large ck profond , où pafle 
la rivière de Haines , qui coule le long des murailles , 
& divers ruifïeaux , qui après avoir arrofé les jardins 
d'alentour, viennent fe décharger dans fes fofTés. On 
ne peut aller dans la place que par ce marais , fi ce n'eft 
par la chauffée , qu'on appelle le pont de Nieullai ; 6k 
l'on ne peut entrer dans le port qu'avec la permiflion de 
la garnifon du risban. Ce port eft divifé en deux , l'un 
iiommé le Cadegrai , l'autre plus grand eft fermé de 
deux moles , revêtus de pierres. Une partie de la rivière 
coule dans la, ville, où il y a de l'autre côté un canal , 
qui fert beaucoup à y entretenir le commerce. Calais 
n'eft pas une grande ville , mais elle eft bien bâtie 6k 
très -bien peuplée; les rues y font belles & droites. 
Celle qui commence à la porte de terre , 6k qui abou- 
tit au port , eft la plus confidérable. Elle pafTe par le 
milieu de la grande place où eft la maifon de ville , 6k 
on y voit tout proche le palais de l'auditoire avec la 
tour du Guet. Il y a plufieurs autres belles maifons , des 
églifes magnifiques , plufieurs monafteres, 6k divers 
forts. Cette place donne fon nom au détroit de fept 
lieues , qui eft depuis la France jufqu'à Douvres en 
Angleterre ; c'eft ce que nous appelions le pas de Ca- 
lais , 6k ce que les Anglois nomment The Straicl of 
Calais. Les Anglois bombardèrent cette ville dans 
les années 1695 6k 1696, mais fans y caufer aucun 
dommage. * Papire Mafïbn , defeript. jlum. Gall. Du 
Chêne , recherches des antiquités des villes. De Thou , 
hifi. liv. 29. Mezerai , hifi. de France. 

CALAIS 6k ZETHES , cherchei ZETHES 6k CA- 
LAIS. 

CALAIS ou CARILEF ( Saint ) célèbre dans le 
VI fiécle , étoit originaire d'Auvergne. Ses parens le 
firent élever dans la piété au monaftere de Menât , 
dans la même province , fur la petite rivière de la 
Sioule. C'étoit une école célèbre en ce fiécle-là. Calais 
y embrafla la vie monaftique , & y lia une étroite ami- 
tié avec S. Avit , qui y étoit alors religieux. Le defir 
de mener une vie plus parfaite , leur fit prendre la ré- 
folution de fe retirer ailleurs. Ils allèrent d'abord à 
Mici , monaftere gouverné par S. Mefmin , qui les fit 
ordonner prêtres par l'évêque d'Orléans. Se trouvant 
encore trop expofés à la vue des hommes à Mici , 
ils fe retirèrent dans les forêts du Perche. Ce fut-là 
qu'ils fe féparerent : S. Avit , différent de celui qui a 

été 



CAL 



•été abbé de Mici , fonda un monafterè dan? le Du* 
mois : S. Calais s'avança dans le Maine , & s'arrêta 
dans un lieu abandonné , fur la rivière d'Anifîe. Il s'y 
bâtit un monafterè qui a pris fon nom. C'eft par er- 
reur que MM. de Sainte-Marthe ont dit que ce lieu 
a été ainfi nommé à cauie de S. Clialetric, évêque de 
Chartres. S. Calais s'y aftbcia plufieurs moines , & le 
monafterè devint célèbre en peu de temps. Le roi Chil- 
debert voulut les en chafler ; mais ce prince frapé de 
Dieu, demanda excufe au Saint, qui fe fervit de cette 
occafion pour lui faire connoître ies devoirs. ïi l'exhorta 
•à fte jamais oublier qu'il étoit homme ; qu'il comnian- 
doit à des hommes ck à des 'chrétiens comme lui ; & 
que tout roi qu'il étoit fur la terre , il avoit un maî- 
tre & un juge dans le ciel. S. Calais mourut le pre- 
mier de juillet : on ne fait en quelle année. On voit 
par la vie de S. Aldric du Mans qu'au IX fiécle on 
produifit au procès contre les moines d'Anifle, un acte 
ibus le nom de S. Calais , qui fut reconnu pour au- 
thentique. Par cet aéle , S. Calais en reconnoiflance 
de ce que S. Innocent, évêque du Mans, avoit con- 
ienti qu'il demeurât dans les terres de ion églife, fou- 
met fon monafterè ck fes biens à perpétuité à la dif- 
pofition de l'évêque. On produifit auiîi un lécond atte , 
par lequel il oblige fon monafterè à payer certaines re- 
devances a l'évêque & à Féglife du Mans, 6k entr'autres 
deux boiudlks de bon vin aux chanoines de cette églife, 
c'eft-à-dire , apparemment aux clercs qui étoient inf-- 
ents dans le canon ou la matricule de l'églife. Ces 
doux aftes , de l'authenticité defquels l'on- peut légi- 
timement douter , n'ont pas empêché dans la fuite 
ï'églife du Mans de perdre l'on procès quand elle a 
voulu les faire valoir. * Voyez Vhifoire de ÏEglïfe 
Gallicane, par U père de Longueval, Jéfuite, tome 2 , 
fous V année 534. Mabillon , analecta , 1. 3, pag. 76 
jufquà 88 , de l'édition in-8°. On y trouve toute 
l'hiftoire de S. Calais , les deux ades dont on vient 
de parler, ck un rroifiéme du roi Childebert pour con- 
firmer les demandes du faint abbé. 

CALAMA , ancienne ville d'Afrique , entre Hip- 
pone & Cyrthe , qui a eu évêché fuifragant de Car- 
tilage. Il en eflfouvent parlé dans les écrits de S. Au- 
guftm, 6k principalement dans le fécond livre contre 
les Donatiftes , 6k dans le fécond des retracerions. Poffi- 
dius , difeipie de S. Auguftin , en fut Tait évêque en 397, 
après la mort de Crefcentien,fuccefteurde Me^ale. Cette 
ville fut' entièrement ruinée par les Vandales vers l'an 
429, du vivant même de Poffidius. * Orofe. 

CALAMA eft aufli une rivière de la Grèce , an^ 
dénuement appellée Thyamus. Elle coule dans l'Epire, 
6k fe jette dans la mer Ionienne, au midi de Butrinto' 
vis-à-vis de Pi fie de Corfou. ' 

CALAM AT A , bourg de la province de Belvédère 
dans la Morée. Il eft allez peuplé , quoiqu'il n'ait pas 
de murailles pour fe mettre à l'abri d'une furprife. Il 
y a fur une hauteur voifine un château qui étoit for- 
tifié aflez régulièrement, 6k où les habitans pouvoient 
fe mettre en fureté ; mais le généraliflïme Morofmi , 
Vénitien, s'en rendit maître en 1685 , ck le fit dé- 
truire. * P. Coronelli , defeript. de la Mode. 

_ CALAMATUS ( Alexandre ) prêtre de Meffine , 
ville de Sicile , habile prédicateur , mourut à Meffine 
Pan. 1648. Le grand nombre de traités de piété, la 
fohdité des principes ck la politeffe de l'élocution, ont 
fait rechercher fes ouvrages, qu'il a prefque tous com- 
pofés en italien. * Mongitor , bibl. Sicula. 

CALAMEA,bourg d'Efpagne, cherche^ ZALAMEA 
CALAMINUS ( George ) Allemand , étoit de Sil- 
verberg, en latin Argenti nions, bourg dans la Siléfie. 
Son père étoit un pauvre ouvrier nommé Norich, & 
ce nom étoit celui de fa famille, George , après avoir 
fait beaucoup de progrès dans les lettres , quitta fon 
nom , pour prendre celui de Calaminus , félon l'entê- 
tement de plufieurs favans de fon temps. Il étudia à 
Breûau , à Heildelberg , à Strasbourg & ailleurs ; 6k 



CAL 4r 

énfiiite après avoir été précepteur de M. de "Colligni 
en France , il enfeigna à Lintz , où il mourut le pre- 
mier décembre 1595 , âgé de 48 ans. Il a compofé 
des éloges des hommes iliuftres en vers , ck a traduit 
quelques tragédies d'Euripide. * Melchiôr Adam , iri 
vit. Gcrman. philof 

CALAM FS , graveur & ftatuaire célèbre dans l'an- 
tiquité. Il étoit Athénien. Ses ouvrages ont été fort 
eftimés : mais Cicéron le mettoit "beaucoup au-deObus 
de Praxitèle 6k même de Myron. Paufanias, dans fon 
premier livre de la defeription de la Grèce , dit que 
de Ion temps l'on voyoit devant la grande porte d'un 
temple de l'Attique , une ftatue d'Apollon faite par 
Leochares ; ck une autre du même dieu faite par Ca- 
lamis/fous le titre de Libérateur*: « Ce titre vient, 
» dit-on , ajoute Paufanias , de ce que la perte ayant 
» affligé les Athéniens durant la guerre du Pélopon- 
»nèfe il les çn délivra par le moyen d'un oracle 
» rendu a Delphes. » 

CALAMITA , anciennement Iftrianus , petite rivière 
de^ia petite Tartarie , qui coule dans la prefqu'ifle 
qu on nomme la Crimée , 6k qui fe décharge dans la 
mer Noire près de CafFa. *Mati, diiïion,* 

C AL AMO, anciennement Clara s , Clams, pelïté»iue 
de l'Archipel ; elle eft entre celles de Lero 6k de Lanao 
Son étendue n'eft pas au-delà -de quatorze lieues^de 
circuit, 6k elle n'a rien de remarquable qu'un bourg de 
même nom. *Mati, diction. Cherche^ CLAR O S 

CALANDRINO, cardinal, cherche? CALEN- 
DRINO. • v 

CALANE , ville de la campagne de Sennaar , bâtie 
par Nemrod, où il jette les premiers fondemens de fa 
tyrannie. Depuis ce temps-là jufqu'à l'empire des Par- 
thés elle demeura-foumife à Babylone. Les Parthes s'en 
étant rendu les maîtres , la rendirent la capitale de leur 
empire, 6k l'appellerent Ctefiphon. * Genèfe, X. \qC 
A mû s , VI. 2. 

CALANO (Profper) étoit un médecin célèbre de 
Sarzane , dans le duché de Tofcane , ck un homme 
fort favant, comme il le fit connoître à Rome d'abord, 
ck enfuite à Boulogne, où il profefla. Il étoit encore 
dans cette dernière ville en 1524. On a de lui une 
paraphrafe latine fur le livre de Galien : De inœqualL 
intempérie, imprimé à Lyon chez Gryphe en 1538,' 
//z-8°. On y a joint plufieurs autres traités de médecine ■ 
comme un commentaire De tuenda valetudine , &c\ 
* Manget , biblioth. feript. med'ic. tom. II, tib. y. 

CkLA.no (Maurice) de Ferrare , philofophe èk 
médecin très-célébre , obtint d'abord par fon mérite 
la chaire ordinaire de médecine dans l'uuivèrfité de fà 
patrie. Il fuccéda dans la fuite à Galeotte Becalée dans 
la première chaire de philofophie. Ou le chargea aufli 
de donner des leçons d'anatomie ; il eut toujours un 
grand nombre de difciples ; il réuffit dans ces différens 
genres d'occupations. Il a beaucoup écrit, mais il n'a 
fait imprimer qu'un traité latin , Des propriétés indivi- 
duelles, à Ferrare en 1645. * Manget, bibl. feript. me* 
die. Lib. 3 , pag. 4. 

CALANUS, philofophe Indien, fuivit Alexandre h 
grand dans le voyage qu'il fit aux Indes ; 6k ayant 
pafte l'efpace de 83 ans fans avoir jamais été incorn^ 
mode d'aucune forte de maladie , il fut enfin tourmenté 
d'une colique, 6k réfolut de fe faire mourir. Il pria le 
roi de commander qu'on lui dreflat un bûcher , 6k que 
l'on y mît le feu quand il feroit defîus. Alexandre vou- 
lut l'en détourner ; mais le voyant ferme dans ce def- 
fein , il lui accorda cette permiffion. L'eftimé qu'il fai- 
foit de ce philofophe , fit qu'il voulut honorer fa mort 
d'une pompe funèbre ; il fit mettre l'année en bataille j 
6k ordonna certaines perfonnes pour répandre des par- 
fums fur le bûcher , fur lequel Caianus fe fit porter 
couvert de magnifiques habits. U s'y coucha ; ck lorf- 
que la flamme le vint faifir , il demeura dans là mémo 
fituation, fans fe mouvoir, ck fans donner aucun figne 
de douleur. On dit que lorfqu'on lui demanda s'il n'a* 

Tome III, F 



4^ 



CAL 



CAL 



voit rien à dire au roi, qui ne voulut pas affilier a ce 
fpe&acle , il répondit qu'il n'avoit rien à lui faire la- 
voir , parcequ'il le reverroit dans peu de temps dans 
Babylone. Ces paroles furent regardées comme une 
efpece de prédiction de la prochaine mort d Alexan- 
dre qui arriva trois ans après. Calanus fe fit brûler 
fur les frontières de la Sufianne , la quatrième année 
de la CXIII olympiade, 325 ans avant J. C. Quin- 
te-Curce, /. 10. Arrien , /. 7. Valere Maxime , /. 1 , 
c. 10 & 26. Strabon,/. 15. , 

CALAPATE , ville de la prefqu'ifle de 1 Inde de-ça 
le Gange. Elle eft dans le royaume de Bifnagar, fur 
la côte de Coromandel , au midi de Saint-Thomas. 
On conjecture que ce pouroit être la Chabens de Pto- 
lémée. * Mati, diction. 

C ALARUEGA ou CALAROGA , petit bourg d Ef- 
pasme , dans la CaftiUe-vieille , & dans le diocefe d Of- 
!na , eft célèbre par la naiffance de S. Dominique de 
Guzman , fondateur de l'ordre des Frères Prêcheurs. 

* Baudrand. 

CALASIO (Marius de) Francifcam, profefleur en 
langue hébraïque à Rome , a commencé une concor- 
dance de la bible , qui a été imprimée dans la même 
ville en 162 1 , en quatre grands volumes in-folio. Cette 
concordance eft proprement une concordance des mots 
hébreux de la bible, qui font dans le corps du livre , 
avec la verfion latine vis-à-vis. On trouve aux marges 
les différences de la verfion des feptante & de la vul- 
gate ; de forte qu'on voit tout d'un coup en quoi ces 
trois 'bibles conviennent, & en quoi elles différent : 
de plus , il y a une efpece de dictionnaire , où l'on 
donne l'explication de chaque mot hébreu. On le com- 
pare en même temps avec les autres langues voulnes; 
favolr, avec la chaldaïque , la fyriaque & l'arabe, ce 
qui eft d'une grande utilité , pour connoître la Signi- 
fication des mots hébreux. Le fond de cette concor- 
dance hébraïque a été pris de la concordance du Juif 
Rabin Nathan , imprimée à VeniSe , qui a été enfuite 
augmentée par Rabin Mardochée, & imprimée à Balle. 

* Mémoires des favans. 

CALAT ABELLOTA , bonne petite ville de Sicile , 
eft Située dans la vallée de Mazara , fur une colline 
près de la vallée de Calatabellota , entre Agrigente & 
Mazara , à neuf lieues de la première , & à treize de 
la dernière. On voit près de cette ville Santa Maria 
di Monte Vergine, qui eft la place d'une ancienne ville , 
qui portoit les noms de Triocala, Trioçla, Tricala & 
Tricalum. *Mati, diction. 

CALATABELLOTA, rivière de Sicile, coule dans 
la' vallée de Mazara , près de la ville de Calatabel- 
lota , dont elle prend fon nom , & elle fe déchargé 
dans la mer au bourg de Monte Vergine. Quelques 
géographes la prennent pour VIsburus des anciens , & 
d'autres pour leur Sojius. * Mati , diction. 

CALAT AFIMI ou CALAT ASIMI , bourg de Si- 
cile , dans la vallée de Mazara, fur la rivière de S. Bar- 
tolomco , à trois lieues de Caftel à Mar , du côté du 
midi. On voit à Calatafimi les ruines de l'ancienne 
Locaricum. *Mati, dict. 

CALATAGIRONE, petite ville de Sicile dansjes 
montagnes. Elle eft peu confidérable , & on l'a bâtie 
fur les ruines de l'ancienne CaLata Hiemnum. *Baudrand. 

CALATAGIRONE ( Bonaventure ) Sicilien , gé- 
néral des Cordeliers, vivoit en 1600, & avoit beau- 
coup de génie pour les négociations. En 1598, il fe 
trouva au traité de paix qui fe conclut à Vervins , qu'il 
avoit ébauché dès l'année précédente. Le roi Henri IV 
lui témoigna beaucoup d'eftime , & le pape Clé- 
ment VIII le nomma patriarche de Conftantinople : 
on l'envoya depuis en France pour les affaires du mar- 
quifat de Saluces. * Mémoires du temps. 

■ CALAT AJUD , ville d'Efpagne, dans le royaume 
d'Aragon, Bilbilis nova. Elle eft fituée au pied d'une 
haute montagne, fur le Xalon, qui y reçoit une autre 
rivière , nommée le Xifoca 3 vers les frontières de la 



Caftille , entre Saragoce & Medina-Celi. 11 y a un 
rocher détaché , fur lequel eft bâti un château qui com- 
mande la ville : cette ville eft grande & belle, & dans 
une campagne fertile. Divers auteurs prennent Cala- 
tajud pour l'ancienne Bilbilis , qui étoit la patrie de 
Martial ; mais ce qui caufe quelque difficulté , c'eft 
que ce poëte aflure que fa patrie étoit fituée fur une 
montagne. 

Municipes, Àugufîa mihi qitos Bilbilis acri 
Monte créât , rapidis quos Salo cingit aquis. 

Cependant Calatajud eft dans une plaine. Aufone 
dit encore la chofe en termes plus exprès. On doit 
croire , & c'eft le fentiment de divers auteurs , que 
Calatajud a été bâtie près des ruines de Bilbilis. D'au- 
tres ajoutent qu'un Arabe fit bâtir cette ville , à laquelle 
il donna fon nom ; & que Bilbilis ayant été déjà rui- 
née , ceux qui vinrent après la confondirent avec Ca- 
latajud , qu'on a même nommée Bilbilis nova. Quoi 
qu'il en foit , il eft certain qu'on voit encore les ma- 
fures de celle-ci dans un endroit que ceux du pays 
nomment Baubula. * Martial , /. 1 , ep. 49 , & /. 1 o ^ 
ep. 103. Aufone, ep. 25. Nonius , Hift. c. 25. Me- 

rula. Surita. 

CALATANISSETA, bon bourg, ou petite ville de 
la Sicile , eft fur une colline , près de la rivière de Salfo , 
dans la vallée de Noto, aux confins de celle de Ma- 
zara , & à huit lieues de la vUle d'Alicata , vers le 
nord. * Mati , diction. 

CALAT A-XIBETÀ ou CALAT ASSIBETA , pe- 
tite ville de Sicile , eft dans la vallée de Noto , aux 
confins de celles de Demona & de Mazara , & près 
de la fource du Dataino. * Mati , diction, 

CALATRAVA , ordre militaire en Efpagne , fut ins- 
titué fous Sanche III, roi de Caftille, l'an 11 58. Al- 
fonfe le Guerrier , père de Sanche , ayant pris Cala- 
trava l'an 11 47, la donna aux Templiers, qui déi'ef- 
pérant de la conferver, la rendirent huit ans après k 
Sanche , à qui D. Didace Velafquez , religieux de N. D. 
de Fitero , ordre de Cîteaux , la fit demander par fon 
abbé , pour en entreprendre la défenfe contre les Mau- 
res. Les fecours. d'hommes & d'argent que ces reli- 
gieux reçurent auffitôt , les ayant rendu puiflans , ils 
s'appliquèrent à former le nouvel ordre militaire , qui 
fut d'abord compofé de frères convers de Cîteaux , auf- 
quels ils avoient fait prendre les armes ; d'où vient 
qu'ils portoient un fcapulaire blanc , & un capuce en 
forme de camail jufqu'à l'an 1397 , que l'antipape Be- 
noît XIII leur permit de s'habiller- comme les féculiers, 1 
&: leur ordonna feulement de porter fur leurs habits 
une croix fleurdelifée de 'drap rouge. Raimond , abbé 
de Fitero, inftituteur de l'ordre, étant mort l'an 1 163 , 
les chevaliers ne voulurent plus avoir de moines avec 
eux , tk élurent pour premier grand-maitre dom Gar- 
das , l'un d'entr'eux , ce qui n'empêcha pas qu'ils ne 
demeuraient parfaitement fournis à l'ordre de Cîteaux, 
& à la vifïte de l'abbé de Morimond en France. Les 
chevalier remportèrent enfuite grand nombre de vic- 
toires contre les infidèles , & leur enlevèrent beaucoup 
de places jufqu'à l'an 11 93, qu'ils furent prefque en- 
tièrement défaits à Alarcos. La bataille fut fuivie de 
la prife de Calatrava , & elle fut encore caufe que les 
chevaliers de l'ordre en Aragon voulurent que le com- 
mandeur d'Alcagniz fût leur grand-maître dans ce royau- 
me ; ce qui caufa des brouilleries capables de les rui- 
ner, fi elles n'avoient été bientôt terminées. Le prin- 
cipal couvent de l'ordre fut transféré enfuite à Cir- 
velos, & l'an 1198, à Salviaterra , que les chevaliers 
venoient de Surprendre fur les Maures ; mais cette place 
ayant été reprife l'an 12 10, dom Rui Diaz, grand- 
maître , transfera l'ordre à Quirita , d'où il rentra à 
Calatrava l'an 121 2 , après que le roi Alfonfe eut 
repris cette place. L'année Suivante l'ordre militaire 
d'Avis en Portugal fe fournit à l'ordre de Calatrava „ 
dont il reçut les çonftitutions 7 & peu après on tranf- 



Vv A Lj 



CAL 



fera le couvent de l'ordre à la nouvelle ville de Ca- 
latrava. Les chevaliers de S. Julien du Poirier prenant 
en 1218 le nom d'Alcantara , fe fournirent auffi en 
1218 à la vifite , correction & réformation du grand- 
maitre de Calatrava , & l'année fuivante on vit mfti- 
tuer des religieufes du même ordre. Voilà quels furent 
les commencemcns de cet ordre fi célèbre. Les grands- 
maîtres devenus puiflans 5. cV: étant toujours pris dans 
d'illuftres familles , eurent enfuite beaucoup de part aux 
affaires d'Efpagne ; & quelques-uns d'entr'eux eurent 
lieu de fe repentir d'y en avoir trop pris. Le dernier 
d'entr'eux mourut l'an i486. Les chevaliers fe difpo- 
fant à en élire un nouveau , Ferdinand & Ifabelle leur 
firent fignifier une bulle d'Innocent VIII, par laquelle 
ce pape fè réfervoit la nomination de la grande-mai- 
trife, & le roi Ferdinand en eut l'admimftration pen- 
dant fa vie. Charles I qui lui fuccéda , la demandoit 
auffi , lorfque les chevaliers la lui offrirent, & le pape 
Adrien VI annexa enfuite la grande-maîtrife à la cou- 
ronne d'Efpagne. 

Cet ordre , dont les chevaliers peuvent fe marier 
une fois , fuivant la bulle de Paul III de 1 540 , pof- 
fede encore 56 commenderies , qui ne peuvent être 
données qu'à ceux de l'ordre même, & environ feize 
prieurés qui ne fe peuvent donner auffi qu'aux chape- 
lains de l'ordre. L'habit de cérémonie des chevaliers 
eft un grand manteau blanc , fur lequel il y a du côté 
gauche une croix rouge fleurdelifée ; ils font vceu de 
pauvreté , d'obéiffance , de chafteté conjugale , & de 
foutenir l'immaculée conception de la fainte Vierge. 
Ce dernier vœu n'a été ajouté aux autres que depuis l'an 
1652. * Franc, de Radez , chronico de las ordines y 
Cavall, de Sant lago , Callatrava , &c. Andrasas Men- 
do , de ordin. milit. Heliot , lùji, des ord. mon. tom. 
6. ch. 4. 

CALATRAVA , ville d'Efpagne dans la Caftille- 
neuve , fur la rivière de Guadiane , vers la Sierra Mo- 
rena , dans le quartier que l'on nomme le camp de Ca- 
latrava. Cette ville fut bâtie en l'an 121 2. Elle eft. éloi- 
gnée de fix lieues de Ciudad-Real , de quatre d'Al- 
magre , & autant des fources de la Guadiane au cou- 
chant. L'ordre militaire nommé de Calatrava, fut inf- 
titué dans une autre ville du même nom , qui étoit 
éloignée de huit lieues de celle-ci, & qu'anciennement 
on appelloit Oret. 

CALAUN ou KELAUN, furnommé Malek alMan- 
for Saifeddi/i, feptiéme roi d'Egypte, de la première 
dynaftie des Mamelucs , furnommés Baharius, Il porta 
auffi le furnom de Sahhi ck de. Nagmi, à caufe de fon 
maître Saleh Nagmeddin , qui l'avoit acheté autrefois 
mille dinars d'or : ce qui donna occafion de le furnom- 
mer encore Al Alfi j Alf, fîgnifie en Arabe mille. Il 
■commença fon règne Tan de l'hégire 678 , de J. C. 
1 279 , après que Malek al Adel Badreddin Salamech 
eut été dépofïedé. Il attaqua d'abord le gouverneur de 
Damas , qui s'étok fait proclamer fultan dans cette ville 
fous le nom de Malek al Kamel. Ce nouveau fultan 
fut bientôt défait, & fa révolte ne fervit qu'à lui faire 
perdre fon gouvernement , qui fut donné à Lagin fon 
lieutenant , proclamé depuis fultan d'Egypte en 696 
de l'hégire. Calaun fe trouvoit paifible poffeffeur de l'E- 
gypte & de la Syrie l'an 679 ; mais il eut l'année fui- 
vante une grande guerre à foutenir contre Abaka Khan, 
fils de Holagu , empereur des Mogols ou Tartares. Ce 
Mogol affiégea la ville de Rohabah en Syrie ,- & en- 
voya de-là Mangu Timur fon frère avec 80000 che- 
vaux vers Damas. Le fultan partit d'Egypte avec fes 
Mamelucs , & combattit û vaillamment , qu'il défît en- 
tièrement l'armée des Tartares dans la campagne d'E- 
mefTe , contraignit Mangu Timur de prendre la fuite , 
& Abaka de quitter le fîége de Rohabah , pour fe re- 
tirer bien avant dans la Perfe. L'an de l'hégire 681, 
Abaka Khan étant mort après dix-fept ans de règne, 
fon frère Nikudar Og[an lui fuccéda , & ayant cra- 
braffé la religion mahométane, fe fit nommer Ahmed 



Khan. If avertit Calaun de fa converfîon par une am- 
bafïade, & lui fit entendre qu'il vouloit vivre en bonne 
intelligence avec lui & avec tous les Mufulmans ; mais 
le règne de ce prince fut fort Court; car Argun , fils 
d'Abaka, lui ôta fes états & la vie l'an 682. Le ful- 
tan vécut en bonne intelligence avec Argun Khan, ce 
qui lui donna occafion de pacifier fes états au dedans* 
L'an 6X8 il affiégea & prit par force la ville de Tri- 
poli en Syrie , qui fut entièrement pillée , & on y trouva 
de grandes richefTes ; car les Francs, fur lefquels elle 
tut pnfe , la tenoient depuis l'an 503 de l'hégire, de 
J. C. 1109, & s 'y étoient maintenus contre les efforts 
que Saladin & les autres rois d'Egypte & de Syrie 
avoient faits pour les en chaffer. Ce fultan fit démolir 
les fortifications & les maifons de Tripoli , & la fit 
rebâtir en l'état qu'elle eft aujourd'hui. Il mourut l'année 
fuivante 689 de l'hégire , de J. C. 1299, après avoir 
régné près de onze ans. Il laifïa la couronne à fon fils 
Salahcddin Khalil, qui fut furnommé Malek AlAfchraf 
Ben Schonab. * D'Herbelot , blbl. orient. 

CALAURÉE , ifle célébrc par l'exil de l'orateur Dé- 
moflhène. Elle eft fituée dans la Grèce. Les Corin- 
thiens , dans le temps qu'ils adoroient les faux dieux, 
prétendoient que du commencement elle étoit confa- 
crée à Apollon , c'eft-à-dire , dans le temps que Nep- 
tune , félon eux, poffédoit Delphes; mais que dans 
la fuite ces dieux rirent un échange ; de forte que Nep- 
tune eut rifle de Galaurée , & Apollon la ville de 
Delphes. Us citent même à ce fujet un oracle, dit Pau- 
fa nias dans fa dsferiptiori de la Grèce , /. 2 , qui dit 
que Calaurée, Délos, Pytho & Tenare dévoient tou- 
jours être le féjour de quelque divinité. Du temps du 
même Paufanias , on voyoit à Calaurée un temple de 
Neptune fort célèbre, & dont la prêtreffe devoit être 
vierge , & ne quittoit jamais fon miniftere que lors- 
qu'elle, vouloit fè marier. Démofthène fut exilé dans 
cette ifle , & il y mourut. On montroit fon tombeau 
•dans le même temple , & on lui rendoit de grands hon- 
neurs. * Voye^ Paufanias , au livre cité. 

CALAZZOPHYLACES, certains prêtres entre les 
Grecs, qui prenoient garde aux grêles Se aux tempêtes , 
pour les détourner par le facrifice d'un agneau ou d'un 
poulet. Que fi ces petits animaux leur manquoient , 
ou s'ils n'en tiraient qu'un finifîre augure, ils fe dé- 
côupoient le doigt avec un canif ou un poinçon , & 
croyoient ainfi appaifer la colère des dieux par leur 
propre fang. Ils avoient été inflitués par Cléon , comme 
remarque Giraldi , au livre des dieux des païens. Ce 
mot vient du grec x^a(*, c'efl-à-dire , grêle. 

£rOr CALB ou CALBE , ville d'Allemagne dans 
la vieille Marche de Brandebourg, près de la rivière 
de Bife , à deux milles de Gardelébe , entre Doinitz 
& Magdebourg. Cette ville appartenoit anciennement 
à la famille des Krochern, avant qu'ils en/uffent chaf- 
fés par le margrave Albert , frère de l'électeur Otton. 
L'an 1 243 , une guerre s'étant élevée entre le margrave 
Otton & Willebrand de Magdebourg , la ville de Calb 
fut faccagée. La maifon d'Alvenfleben l'acheta en 1 3 14, 
& elle la poffede encore aujourd'hui. *La Martiniere, 
diciioa. géogr. 

CALCACESTER , cherche^ TADCASTER. 

CALCAGNI ( Roger ) évêque de Caftro en Italie, 
étoit né à Florence , où il entra dans d'ordre de S. Do- 
minique. Il a été regardé comme l'un des plus célèbres 
prédicateurs de fon temps en Italie. Le pape Grégoire IX 
l'employa avec fuccès pour arrêter les progrès des hé- 
rétiques, & le nomma évêque de Caftro, ville capitale^ 
du duché de ce nom , & premier inquifîteur de la foi 
dans toute la Tofcane. Il prit pofTeffion de fon évêché 
l'an 1240, & il y fît beaucoup de bien. Il fe trouva 
au premier concile général de Lyon fous le pape In- 
nocent IV, l'an 1245 ; & , félon Michel Poccianti, 
dans fon Catalogue des illuflres écrivains de Florence, 
il affilia encore au fécond concile afîemblé dans la 
même ville vingt-neuf ans après, en 1274. Lorfqu'il 

Tome III, F ij 



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eut gouverné faintement fon églife pendant trente-qua- 
tre ans , il fe retira parmi fes frères dans le couvent 
d'Arezzo où il mourut vers l'an 1290. Plufieurs au- 
teurs lui attribuent un livre intitulé : Des vertus & des 
vices. Poitevin, dans fon apparat facré, tome II, pré- 
tend qu'il l'avoit compofé à la prière du roi de France 
Philippe IN , qui l'engagea , dit-il , à ce travail pen- 
dant la tenue du fécond concile de Lyon. Il eft ce- 
pendant certain que ce traité n'eft point de la com- 
pofition de l'évoque de Caftro , ni d'aucun autre au- 
teur Italien ; mais du père Laurent , de l'ordre des 
Frères Prêcheurs , François de nation ck confefleur de 
Philippe III. Cet ouvrage écrit d'abord en gaulois l'an 
1 179 , expliquoit les régies des mœurs ck les princi- 
pales vérités de notre religion avec tant de folidité , 
d'onction ck de méthode , qu'il fut extrêmement re- 
cherché. On le lifoit avec avidité à la cour ck dans 
les maifons des particuliers. Bientôt après il s'en fit 
plufieurs verrions parmi les nations étrangères. L'an- 
cien évêque de Caftro entreprit de le traduire en lan- 
gue tofeane , non à la demande du roi de France , 
mais par le feul defîr de contribuer à l'inftruction ck 
à l'édification de ceux qui n'entendoient point le fran- 
çois. L'abbé Ughelli met la mort de Roger Calcagni 
en 1 274 : mais il eft fur que la traduction dont on 
vient de parler ne parut qu'en 1 279 ; 6k en effet , il 
paroît que Roger vécut feize ans dans fa retraite d'A- 
rezzo , après avoir abdiqué fa dignité ; ce qui joint à 
trente-quatre ans de gouvernement , revient à. l'an 
1290, puifque ce fut en 1240 qu'il fut fait évêque 
de Caftro. * Foye{ le père Touron dans le tome I de 
.fon hijloire des hommes illuflres de l'ordre de S. Do- 
ininique y p. 413 ck fuiv. 

CALCAGNINI ( Celio ) chanoine de l'églife de 
Fcrrare en Italie , poète ck orateur , vivoit au com- 
mencement du XVI e fiécle. Il étoit natif de Ferrare ; 
ck Paule Jove qui n'épargne perfonne dans fes mér 
difances , affure que le père de Calcagnini étoit un 
homme de mérite , mais que fa mère étoit inconnue. 
II apprit les langues , écrivit avec aftez de facilité en 
latin, 6k fit même de très-beaux vers. Le même Jove 
■dit , qu'il ne fut pas fi heureux en profe ; que fon ftyle 
étoit rude , fes expreiïions languiflantes ; ck que rem- 
plhTant fon difeours de citations pour faire voir qu'il 
ne manquoit pas d'érudition , il tomboit dans le ridi- 
cule, ck devenoit ennuyeux. Il laifta fa bibliothèque 
aux Dominicains de Ferrare , à condition qu'elle fe- 
roit publique. Calcagnini mourut en 1540, 6k fut en- 
terre dans la bibliothèque des mêmes Dominicains , où 
ils mirent cette infeription à fon honneur. Cum Cœlius 
Calcagninus nihil magis optaver'u , quàm de omnibus 
pro fortunée captu , optiml mertri , decedens Bibliotke- 
cam , in qua maximam partem atatis egit, in fuorum 
civ'uim gratiam publicavit , & in ea je condi mandavit. 
Tu , quifqtds es , rogo , ut hominis B. M. manibus 
Deum propidum preceris. Ex diuturno Jiudio imprimis 
hoc didicit, mortalia contemnere , & ignora ntiam fuam 
non ignorare. C. Sur la porte de la même bibliothèque 
on lit ces paroles : Index tiimuli Cœlii Calcagnini , qui 
ibidem fepeliri vouât , ubi femper vixit. Ce favant a 
beaucoup écrit. On trouve prefque'tous (es ouvrages 
dans le recueil qui en fut imprimé à Bafle en 1 544 chez 
Forben , fous ce titre : Cœlii Calcagnini Ftrrarienjts , 
protonotarii apojlolici , opéra aliquot , ad illuf.riff.miim 
£' excellentifjimum principem D. Herculern fecundum , 
, ducem Ferrariœ quartum. Cette édition contient 1 . Epif 
tolicarum 'quœjiionum , & epifolarum fam'diarium li- 
bri XVI. 2. Judicium vocaluun. 3. De rébus œgyptiacis 
commentado •. 4. Difquijitiones aliquot in libris officio- 
rum Ciceronis, <j. De imitatione commentado. 6,Deju- 
diciis liber. 7. De talorum , teff'erarum & calculoricm 
ludis. 8. De re naudea. 9. Qjtbd fludia funt moderan- 
da. 10. Ne quisfe ab umbrafua vincifinat. 1 1. Dever- 
borum & rerumfignificatione , commentado. 12. Collcc- 
fdnea vetujlatis. 13. De libéra animi inotu, 14. Qjibd 



cœlumjlet , terra moveatur. 1 5 . De vita aulica. 1 6. Ert^ 
comium pullicis. 17. De concordia. 18. De calumnia. 
19. De falute ac recia valetudine. 20. De mutuo amore. 
xi. Compendiutn rhetorica. 22. Diverfes paraphrafes de 
plufieurs livres d'Ariftote. 23. Des harangues fur l'Eu- 
chariftie, la Trinité, fur la mort de Béatrix reine de Hon- 
grie , d'Hercule Strozza , d'Hippolyte I , cardinal d'Eft, 
d'Antoine Conftable ( Conjlabilis , ) d'Alfonfe premier , 
troifiéme duc de Ferrare , deux harangues pour le même 
Alfonfe , une pour Hercule fécond , quatrième duc de 
Ferrare ; deux , pro oratoribus favendnis , ck plufieurs 
autres. 24. Des dialogues. 25. Des apologues. 26. En- 
fin , panegyricus pro Calcagnino protonotario apojiolico. 
On a encore de Calcagnini , trois livres de vers latins , 
imprimés avec ceux de Jean-Baptifte Pigna ck de Louis 
Ariofte , à Venife en 1553 , in-S°. * Paul Jove , in elog. 
Léandre Alberti , defeript. Ital. Louis Jacob , des bibL 
Tefïier , élog. des homm, fav. Baillet ,jugemens des fa- 



vans y tome II , p. 159. 



CALCAGNO , en latin Calcaneus , (Laurent) na- 
tif de Breffe en Italie , vivoit dans le XV fiécle. C'étoit 
un des plus célèbres jurifconfultes de fon temps. Il com- 
pofa divers ouvrages , de commendadone fludiorum. De. 
feptem peccads mortalibus. De concepdone fanclce Ma- 
ria. Concilia , &c. Il mourut en 1478. * Trithême, do 
feript. eccl. Léandre Alberti , defeript. Ital. 

CALCAR , ville d'Allemagne dans le duché de Clé- 
ves , appartient à l'électeur de Brandebourg. Elle eft fi- 
tuée fur un ruifTeau nommé le Men , à une lieue du 
Rhin , & à deux de Cléves , avec un château. Calcar 
eft aftez bien fortifiée , mais les rues font étroites , ck on 
n'y voit rien de confidérable qu'une belle place où eft 
la maifon de ville. * Baudiand. 

CALCAR ou CALKER ( Jean de ) peintre , natif 
de la ville de Calcar dans le duché de Cléves , a été 
un excellent homme ; mais une mort prématurée ne lut 
donna pas le temps de fe montrer au monde. En 1 536 
il entra chez le Titien , où il fit un fi grand progrès 7 
que beaucoup de tableaux ck de deffins à la plume de la 
main de ce difciple , parlent pour être du Titien même ; 
en quoi beaucoup d'habiles connoifleurs font tous les 
jours trompés. De Venife il alla à Rome , où après s'être 
rendu la manière de Raphaël très-familiere , il pafïa à 
Naples, où il mourut en 1546. C'eft lui qui a définie 
les figures anatomiques du livre de Vefale , ck les por- 
traits de peintres , qui font à la tête de leurs vies , que 
Vafari a écrites. Cela feul furfiroit pour faire fon éloge. 
Il a fait entr'autres un tableau d'une nativité , accom- 
pagnée d'Anges , où la lumière vient du petit Chrift. 
Cet ouvrage paiïe pour admirable. Rubens , qui en étoit 
poffefteur , voulut le garder jufqu'à la mort , ck à fon 
inventaire Sandrat racheta , ck le revendit à l'empereur 
Ferdinand , qui en faifoit beaucoup de cas. * De Piles, 
abrégé de la vie des peintres, / 

CALCEDOINE , cherche^ CHALCEDOINE. 

CALCEOLARI (François ) célèbre botanifte , étoit 
de Vérone , ck a été célèbre dans le XVI fiécle. Il fut 
lié d'amitié avec Matthiole ck Aldrovande : le même 
goût ck les mêmes études aVoient formé cette liaifon. 
Calceolari eft un des premiers qui fe foient appliqués à 
rechercher 6k à recueillir une grande variété de plantes, 
de minéraux , d'animaux deftechés , de drogues rares ck 
autres curiofités, pour s'en former un cabinet. François 
Belli de Vicenze lui donne de grandes louanges , dans 
fon voyage de l'an 1632. Matthiole ck Aldrovande n'en 
parlent pas avec moins d'éloges dans leurs ouvrages. 
Calceolari entreprit avec le dernier un voyage en 1 5 54 , 
au mont Baldo ,qui étoit alors l'école la plus célèbre des 
botaniftes , à caufe de fa fertilité pour les plantes. Il a 
fait une defeription de ce voyage & des plantes qu'il a 
trouvées. Elle a été imprimée en 1 57 1 fous ce titre : Iter 
Baldi. Cette relation a paru de nouveau dans le compen- 
diutn Petri-Andrcce Matthioli de plantis omnibus , &c. 
qui eft de Calceolari , & qui a été publié à Venife en 
1586 in-4 . Il a donné de plus le cabinet commencé 



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par Benoît Ceruto , décrit & achevé par André Chiocco. 
Cet ouvrage eft très-curieux : il a été imprimé à Vérone 
en 1621 in-fol. Avant 1 571 il a voit donné une lettre , 
où il fait l'apologie de la thériaque qu'il diftribuoit , &c 
qui étoit regardée comme la meilleure que l'on eût en 
ce temps-là. Manget ne parle point de cette lettre dans 
fa. bibliothèque des médecins & des autmrs des livres de 
médecine , ou il a donné un article à CaLCEOLARI , 
tome II in-fol. page 4. M. le marquis Scipion MafFei lui 
en a auffi donné un dans fa Verona illujlrata , lib. 4 , 
de glt ferittori Veronejî. 

CALCHAS , fils de Theftor , fuivit l'armée des Grecs 
à Troye en qualité de devin , l'an du monde 2841 , ik. 
avant J. C. 1 194. Il prédit que le fîége durerait dix ans , 
&: que la flotte retenue par les vents contraires au port 
■d'Aulide , ne pouroit faire voile , qu'après qu'on auroit 
immolé à Diane Iphigénie fille d'Agamemnon. Homère 
parle fouvent de lui , & particulièrement au fujet de la 
querelle qui s'éleva entre Agamemnon & Achille. On 
dit qu'après la prife de Troye Calchas alla à Colophon , 
où il mourut de chagrin , pour n'avoir pu deviner ce 
qu'un homme de fa profefïion , nommé Mopfus , devina. 
Sophocle rapporte que le deflih de Calchas étoit de mou- 
rir , lorfqu'il auroit trouvé un plus habile devin que lui. 
On dit auffi que l'une des Sibylles étoit fille de Calchas : 
c'efl celle que l'on nomme Lampufa , & qui étoit de 
Colophon.* Homère , Iliad. Virgile , Eneïd. Apollodor. 
Hygin. 

C ALCHINI A , fille unique de Leucippe roi de Sicyo- 
ne , dans le Peloponèfe , fuccéda à fon père , & époufa 
JMeffapus , capitaine de vaifTeau,qui l'avoit violée. Pour 
couvrir ce deshonneur , elle fit accroire aux Sicyoniens 
que c'étoit Neptune qui l'avoit forcée , & non pas Mcffa- 
pus Ion époux, qui régna 47 ans , & mourut l'an du mon- 
de~2i72 , & avant J. C. 1763. Eratus leur fils monta 
enfuite fur le trône. * Eufebe. 

CALCHUT , Calchutum. Lieu d'Angleterre en Nort- 
humbre , qui n'eft connu que'par un concile que Gré- 
goire évêque d'Ortie , & Théophylacle de Todi , légats 
du faint fiége , y tinrent l'an 787 , fous le pape Adrien I. 
Nous en avons encore vingt chapitres dans le VII tome 
des conciles. 

CALCITIU , Chakidon , village de Turquie dans 
l'Afie mineure , fur le canal de là mer noire , près de 
Scutaret * ck vis-à-vis de Conftantinople. Les étrangers 
l'appellent encore Calcedona , pareeque c'étoit autrefois 
la ville cîe Chalcedoine , où fut tenu le quatrième concile 
écuménique , l'an 451 , du temps de S. Léon I , pape. 
Fbyei CHALCEDOINE. 

CALCONDILE , cherche^ CHALt:ONDILE , & 
DEMETRIUS CHALCONDILE. 

CALCULUS (Guillaume) religieux de l'ordre de 
S. Benoît , dans l'abbaye de Jumiéges , vivoit dans le 
XII fîécle vers l'an 1 1 20. Il a écrit divers ouvrages.* Ar- 
noul Wlon. Gefner , &c. 

CALDARON ( Jacques ) de Palerme , vint au 
monde le premier de janvier 165 1. Appliqué aux feien- 
ces dès la première jeunelTe , il a acquis une érudition 
peu commune, & s'eft fait un grand nom. Philofophe, 
médecin , apothicaire, chymifte très -habile , il s'eft fait 
rechercher avec emprefTement pour toutes ces connoif- 
fances, & il s'eft attiré une eflime univerfelle. Rien ne 
lui étoit caché dans la botanique , foit pour la nature 
des plantes , foit pour leurs propriétés. Le premier mé- 
decin de Sicile le chargea des emplois de lecfeur , re- 
cogniteur & examinateur général de la Sicile & des ifles 
'adjacentes. II vivoit encore en 1730 , mais fort avancé 
en âge. Il a donné les ouvrages fuivans : Délia natura , 
qualita è virtu délia terra di Baida , &c. Del modo 
corne è fatta la china china , &c. Epifola botanica , 
dans les Biiçirrie botaniche de Nicolo Gervafi , à Naples 
en 1673. Pretiajîmplicium ac compofitoriun medicami- 
num , &c. à Païenne en 1697, in-4 . Examen & Œdi- 
pus aromatariorum. Ce dernier ouvrage n'étoit point 
encore imprimé en 1730. 



CALDAS DE PEREIRA (Jean) jurifconfulte Es- 
pagnol , natif deThuidans la Galice , & originaire de 
Portugal , a vécu au commencement du XVII fîécle. Il 
a compofé divers ouvrages de droit que nous avons en 
quatre volumes. Quafiiones forenfes & controverfîiz ci- 
viles. Syntagma de univerfo jure emphyteutico , &c. 
* Nicolas Antonio , bibl. Hifp. 

%CT> CALDERA ( Edouard ) célèbre jurifconfulte 
Portugais , étoit difciple de Covarruvias & d'Emanucl 
Cofta. Il vivoit en 16 10. Nous avons divers ouvrages 
de fa façon : De erroribus pragmaticorum libri IF , to~ 
tidem variarum leclionum , à Madrid, 16 iû in-fol. Se 
d'autres dont on peut voir le catalogue dans le conf- 
peclus novi thefauri j uris civilis & canonici , de Gérard 
Meerman. 

CALDERIN ( Jean ) de Boulogne , fils adoptif de' 
Jean André , joignit dans le XIV fîécle une vertu fo- 
nde à une très-grande f érudition. Jean-André l'adopta , 
après avoir perdu fon fils Boniconte , qui avoit déjà 
donné des preuves de fa" capacité par un traité de appel- 
latwmbus & aceufationibus : ce fils adoptif étoit digne 
d'un fi favant père. II mourut le 13 juillet 1348 , après 
avoir pris l'habit de S. Dominique ; & il a laiffé, outre 
des commentaires fur les livres des décrétâtes , d'autres 
ouvrages fort eftimés.*Forfter, liv. 3 hijt.juris , c. ^6. 
Bellarmin , de feript. eccl, Bumaldi , bibl. Bonon. 
Echard , feript. ord. prœd, 

CALDERIN (Jean) vivoit dans' le XVI fîécle en 

I 571. Ce fut cette année qu'il compofa un ouvrage inti- 
tulé de hœreticis , où il parle de ce qui regarde les devoirs 
d'un inquifiteur de la foi. * Le Mire , de feript XVI fm. 

CALDËRINO , bain fameux à dix milles de Vérone 
en Italie , que l'on appelle ordinairement , le bain di 
Vérone. Ses eaux font très-falutaires,, & plufieurs au- 
teurs ont écrit de leur vertu pour la guérifon des mala- 
dies. * Beyerlink , tom. I. 

CALDERIN US ( Domitius ) célèbre grammairien 
du XV fîécle. Il naquit vers l'an 1447 , non pas à Cal- 
diero , comme l'a dit Paul Jove ; mais à Torri , fui le 
lac , dans le diocèfe de Vérone. Calderinus n'avoit pas 
vingt-quatre ans accomplis , lorfque Paul II l'appella à 
Rome , & le fit profefTeur des belles-lettres dans cette 
ville. Ce fut le cardinal BefTarion , qui l'avoit connu par- 
ticulièrement , & l'avoit mis au nombre de fes domefti- 
ques , qui fe fit un plaifir de le produire à Rome. Calde- 
rinus y enfeigna avec beaucoup de réputation. Le pape 
Sixte IV lui continua l'emploi que Paul II lui avoit don- 
né : il l'honora de plus d'une charge de fecrétaire apofto- 
lique. Calderinus mourut à Rome , d'une fièvre pour- 
preufe en 1477 5 n'étant encore âgé que de trente ans. 

II favoit les langues. L'emploi qu'il occupoit l'avoit déter- 
miné à faire une étude particulière des poètes latins, & il 
fut le premier qui publia des commentaires fur quelques- 
uns d'eux : il compofa auffi d'affez bons vers. Le mérite 
de Calderinus & fon amour propre lui firent beaucoup 
d'envieux. Ange Politien l'a maltraité dans plufieurs de 
{es ouvrages ; mais il en a parlé dans d'autres avec élo- 
ge. Il fe chargea même de faire fon épitaphe , qui fait 
honneur à Calderinus : elle eft en fix vers latins,que voici : 

Hune DoTtiiîi (îccis tumulum qui tranfu ocellis , 
Vil Phcebo ignarus , vel maie gratus horno ejl. 

Intulit hic vatum cœcis pia lumina chartis , 
Obfirufum ad Mufas hic patefecit iter. 

Hune Verona nd.it , docii patria illa Catulli , 
Huic lethum , atque urnam Koma dédit juveni, 

Calderinus a donné un ample commentaire fur Martial , 
qui a été imprimé à Venife , in-fol. en 1474 : un autre 
fur Juvenal , qui a paru à Rome la même année ; avec 



une d 
Angelo 



.éfenîe contre le grammairien Brothée , c'eft-à-dire, 
^ lo Sabini. On a de ïts notes fur Virgile , dans l'édi- 
tion de ce poète de l'an 1492. Il a travaillé de même fur 
les Métamorphofes d'Ovide , fur Perle & fur Catulle. 
Il a commenté Y Ibis d'Ovide , & les Sylves de Stace : 
le premier commentaire a paru à Venife en 1485 , le 



CAL 



fécond à Brefcia-en 1476 , avec deux diflfertations , dent 
l'une regarde les héroïdes d'Ovide , & l'autre les en- 
droits les plus difficiles de Praperce. Il avoit preique 
achevé avant fa mort des commentaires fur les lettres 
de Cicéron à Atticus , fur Suétone , & fur Silius Itali- 
ens. II a laifle de plus un recueil d'obfer varions en trois 
livres , & plufieurs autres ouvrages , & cependant l'au- 
teur n 'avoit que trente ans loriqu'il mourut. Ceux qui 
voudront connoître .plus à fond ce qui regarde les tra- 
vaux littéraires de ce favant , doivent confulter la Fero- 
na illuflrata du marquis Scipion Maffei , au livre 3 De 
gli ferittori Ve.rone.fi. M. Baillet s'eft trompé en donnant 
à Calderinus le nom de Dominique , au lieu de Dondtlus. 

CALDERINUS (Domitius) jurifconfulte habile, 
vivbit au commencement du XVI fiécle. Il etoit de Vé- 
rone ; & les uns l'appellent Calderino Mirant ; les autres 
Mojcardo Cefare Miranï Calderini. Il a fait plufieurs ou- 
vrages , .entr'autres un dictionnaire latin à l'ufage des 
claffes. M. Maffei en .parle aufïï dans fon cinquième li- 
vre de ferittori Feronefi , pa,ge 434 de l'édit. in-fol. de 
\s. Ferona HLujirata. 

CALDERLUS ( Pantaleon ) jurifconfulte , de Crème 
$n Italie vivoit dans le quinzième fiécle & dans le fei- 
•ziéme. L'an 1509 l'empereur Maximilien , le roi de 
France Se le roi d'Efpagne s'étant ligués contre ks Vé- 
nitiens , Louis XII , rei de France , leur prit plufieurs 
villes , &: il prétendit qu'on devoit auffi lui abandonner 
4a ville de Crème. Les Crémois n'ofant réfifter au vain- 
queur , lui envoyèrent en ambaffade Pantaleon Calde- 
«■ius & deux autres , pour traiter de la paix avec ce mo- 
narque. Entr'autres conditions , ils demandèrent qu'on 
donnât le gouvernement de la ville aux Guelfes. Cette 
-Condition fut d'abord accordée , fans prétendre préju- 
dicier au parti des Gibelins : mais cette condition ne 
fut pas ratifiée , & la ville ayant été rendue au roi dans 
la fuite , ce fut le parti des Gibelins qui triompha. Cal- 
•derius , Jacques Zorla & quelques autres furent relégués 
Quelques mois après à Grenoble , enfuite à AA & de-là 
à Milan , d'où ils retournèrent enfin dans leur patrie. 
Pendant que Calderius étoit à Grenoble , où il y avoit 
un collège célèbre pour l'étude du droit , il s'y occupa 
a compofer un commentaire fur la loi 2 au code de. ref 
cindmda voluntatc. Ce commentaire eft eftimé , ckpafie 
pour utile aux amateurs du droit romain. * Fies dcsjurif- 
confultcs , par Taifand , à Paris , édition de 1737 , pages 

101 & 102. 

CALDERON (Roderic) fils de François Calderon, 
&: de Marie Sandelin , naquit d'une concubine à Anvers, 
■où fon père étoit en garn;fon : mais il fut enfuite légiti- 
me par le mariage de fon père avec fa mère. Après avoir 
été page du vice-chancelier d'Aragon , il entra au fer- 
vice de dom François Sândoval , marquis de Dénia , duc 
& cardinal de Lerme , premier miniftre de Philippe III , 
roi d'Efpagne. Calderon ayant gagné les bonnes grâces 
de ce miniftre , parvint à de grandes charges. Il fut pre- 
mièrement ayde de la chambre du roi , puis fecrétaire 
■d'état. Après qu'il eut époufé Agnès de Vargas dame 
d'Oliva , il reçut le collier de l'ordre de S. Jacques, fut 
fait commandeur d'Arcana , & obtint la charge de capi- 
taine de la garde allemande. Ce rang illuftre & le crédit 
qu'il avoit auprès du roi , le rendirent Ci infolent , qu'il 
-inéprifoit les plus grands feigneurs du royaume , & s'a- 
bandonnoit à toutes /ortes de crimes ; ce qui caufa fa 
difgrace. Il fut arrêté l'an 1619 , & conduit au château 
dc^Montanchez vers le Portugal : fon procès lui ayant 
été fait , il fut condamné à avoir la tête tranchée dans 
la place publique. Sa fentence contenoit plus de deux 
cens cinquante chefs d'aceufation. Le 19 octobre 1621 , 
on l'avertit de faire fon teftament , pareequ'on lui laïf 
foit la liberté de dilpofcr de deux mille ducats , & de fe 
préparer à la mort ; on lui ôta enfuite l'habit de cheva- 
lier • & le 21 du même mois il fut conduit au fupplice 
fur une mule , revêtu d'une foutane , d'un manteau de 
deuil , d'un capuchon de frifo , avec une croix fur l'efto- 
•jnach , & quatre torches au côté : il fut gardé en cet état 



CAL 



jufqu'au foir fur I'échafaut par plufieurs archers. Le cler- 
gé & les religieux s'étant affemblés pour lui faire une 
pompe funèbre , on les renvoya , &'on leur fit défenfe , 
d'accompagner ce corps , qui félon la coutume du pays, 
fut efeorté par les confrairies , & porté dans l'églife des 
carmes , ainfi qu'il l'avoit ordonné. On affure qu'il avoir, 
plus de deux cens mille ducats de rente , & que fes meu- 
bles furent eftimés plus de quatre cens mille ducats. 
* Du Pui , hiji. des favoris. 

CALDERON ( Jean Alfonfe ) avocat , natif de 
Nonuella dans le diocèfe de Tolède , a fleuri en Efpa- 
gne vers l'an 1640. Il compofa cinq ou fix gros volumes 
des droits du roi d'Efpagne, qu'on l'obligea de réduire à 
la moitié , & il les publia fous ce titre : EL imperio de La. 
monarchia d'Efpagna. * Nicolas Antonio , bibL. Hifpan. 

CALDERON ( Antoine ) Efpagnol , nommé à l'ar- 
chevêché de Grenade , étoit de Baëça , ville dans le dio- 
cèfe de Tolède. Il s'avança extrêmement dans les feien- 
ces , & fut choifi pour enfeigner dans l'univerfité de Sa- 
lamanque : enfuite il s'attacha à l'étude de la théologie ? 
où il fit allez de progrès. On lui donna un canonicat en 
la même ville de Salamanque ; depuis il en eut un autre 
à Tolède ; & enfin on le choifit pour être précepteur 
de l'infante d'Efpagne Thérèfe d'Autriche , qui a été 
reine de France. En 1652k roi Philippe IV le nomma 
à l'archevêché de Grenade; mais il mourut en 1654 ^ 
avant que d'avoir été facré. II compofa quatre ou cinq 
ouvrages différens , en faveur de l'opinion de l'imma- 
culée conception de la fainte Vierge , & un autre tou- 
chant S. Jacques patron d'Eipagne, * Nicolas Antonio, 
bibL. Hifp. 

CALDERON ( Pierre ) connu fous le nom de dom. 
Pedro Calderon de la Barca , célèbre poète Efpagnol» 
Il fut d'abord chevalier de l'ordre de S. Jacques : enfuite 
il embraffa l'état eccléfiaftique , & fut un des prêtres 
deffervans la chapelle appellée des nouveaux rois , dans 
l'églife métropolitaine de Tolède. Ses poëfies ont été 
pour la plus grande partie recueillies & imprimées à Ma- 
drid en 1689, en neuf volumes i/z-4 . Les trois premiers 
volumes contiennent fes comédies. Les fix autres , fous 
le titre & Autos S acr amentales , renferment un affea 
grand nombre de pièces de théâtre fur des fujets pieux. 
Il a laifle encore plufieurs comédies qui ne font point 
imprimées ; il a auffi compofé en profe une hiftoire de 
Notre-Dame d'Almudena. Villaroës a écrit fa vie , qui 
eft à la tête du premier volume de fes comédies. * Nicol, 
Antonio , bibL. Hifp. Notice des auteurs Efpagnols , à, 
la fuite de la diflertation fur les tragédies Espagnoles % 
traduite en françois par M. d'Hermilli. 

CALDIUS ; c'eft ainfi qu'en tranfpofant quelques 
lettres , les foldats appellerent par dérifion l'empereur 
Glaudius , comme on dit depuis Biberius pour Tiberius , 
& Mero pour Nero. * Suétone. 

CALE : nous ne parlons de ce mot que dans le fens 
qu'il fignifie l'a&icta par laquelle on plonge quelqu'un 
dans l'eau. Ce fut autrefois un pafle-temps dont ufoient 
les Goths par forme d'exercice , comme témoigne Olaiis 
Magnus ; mais c'a été un fupplice chez les Celtes & les 
François. Les Allemans l'ont pratiqué contre les infâ- 
mes & les fainéans , comme témoigne Tacite. A Mar- 
feille & à Bourdeaux , les hommes & les femmes de 
mauvaife vie font condamnés à la cale , ou à être bai- 
gnés. Pour cela on les enferme nuds en chemife dans 
une cage de fer , attachés £ la vergue du grand mât ; ce 
qui fe fait une ou plufieurs fois fuivant la qualité de la 
faute. Quelquefois on leur attache un boulet de canon 
aux pieds , pour rendre la chofe plus rapide , &: le fup- 
plice plus rude. On appelle caleféche lorfque le' patient 
eft fuipendu à une corde racourcie qui ne defeend qu'à 
cinq ou fix pieds de la furface de la mer ou de la terre j 
c'efl une efpéce d'eflxapade : ce châtiment eft rendu pu- 
blic par un coup de canon qu'on tire , pour avertir ceux 
de l'efcadre ou de la note d'en être les fpectateurs. Du 
Cange dit qu'on a appelle cela dans ia baffe latinité 
( accabuffare ? qui vieut du mot gafcon cabuffa y figniiiant 



CAL 



faire ta culbute ,fejetur la tête la premier el 

CALEB , fils de Jephoné , ou de Hetfron , naquît 
l'an 2505 du monde , 1 530 avant J. C. A l'âge de 40 
ans , il fut choifi entre ceux de la tribu de Juda pour 
aller avec les députés des autres tribus du peuple Juif, 
reconnoître la terre de Chanaan. Il raffura le peuple 
épouvanté ck découragé par le rapport effrayant de ceux 
qui Favoieirt accompagné. Il fut le feul avec Jofué de 
ceux qui étoient fortis d'Egypte qui entrèrent dans la 
terre de Chanaan. Quarante-cinq ans après qu'il eut été 
reconnoître le pays de Chanaan , étant pour lors âgé 
de 8 5 ans , il pria Jofué de lui affigner pour fa portion 
les montagnes & la ville d'Hebron, Jofué 'lui accorda 
fur le champ fa demande. Caleb chaffa de ce pays trois 
rois fils de Hanak , favoir , Scefcaï , Amman ck Tol- 
mai : eniuite n marcha contre les habitans de Debir , qui 
fe défendirent avec tant de valeur , que Caleb difefpé- 
rant de la prendre , promit de donner fa fille en mariage 
à quiconque pouroit s'en rendre maître. Othoniel , fils 
de Kenak , frère de Caleb , la prit , ck époufa enfuite 
Hacfa fille de Caleb. Après avoir été feize ans paifible 
pofleflTeur de la ville d'Hebron & de fes dépendances , 
Caleb mourutTan 2619 depuis la création du monde , 
âgé de 1 14 ans. * Nùtn. 14 & 15. Judic. 1. Uffer. in 
annal. 

CALECAS ? religieux , voyez EMANUEL CALE- 
CAS. 

CALECOULAN , cherchez CALICOULAN. 

CALECUT , cherchez CALICUT. 

CALEDONIE : c'eft l'ancien nom de l'Ecoflè, dont 
les peuples étoient nommés Caledones , ou Cakdonis ; 
èk on voit des traces de cet ancien nom dans le mot 
dunkelden , qui fignifie une montagne pleine de coudriers, 
pareequ'il y en a plufieurs dans ce pays. De-là , la mer 
qu'on appelle Deucalidcn , doit être appellée Dunca- 
hdon. Les Caledons ou Calédoniens , une des plus cé- 
lèbres nations des Bretons , compoferent une partie du 
royaume des Pi6i.es , au témoignage d'Ammien Mar- 
cellin , qui divife les Pi&es en deux tribus , les Calé- 
doniens 6k les Veâurions. II eft évident que , par les 
Calédoniens dont Tacite ck d'autres hiftoriens font fi 
Souvent mention , il faut entendre les Ecoffois. * Bu- 
chanan. 

CALEDONIE : c'eft le nom d'un ifthme ou langue 
de terre de l'Amérique , fitué entre le 8 e & le 10 e degré 
de latitude feptentnonale , ck ayant en longueur 140 
milles anglois depuis la rivière de .Darien jufqu'au port 
de Sorivan : il feroit fort commode pour le négoce en- 
tre la mer du nord , & celle du fud , fi ce n'étoit les pluies 
exceffives & l'air mal fain , qui le rendent inhabitable. 
Quelques vaiffeaux envoyés par la compagnie orientale 
d'Ecoffe y prirent terre , ck cherchèrent à y faire un éta- 
bhflement fur la fin de l'an 1698 : mais après plufieurs 
rencontres avec les Efpagnols , ck autres traverfes , qu'il 
feroit trop long de rapporter ici , ils furent obligés d'aban- 
donner ce pa^s , auquel ils avoient donné le nom de 
nouvelle Calcdonie. Ce fut en 1700 qu'ils le quittèrent , 
après avoir enduré beaucoup de fatigues , ck dépenfé 
inutilement de très-groffes fommes. * "Wafer. Dampier , 
hijloire de V kabliffement des Ecojfois à Darien. 

CALEFACTUS (Pierre) jurifconfulte de Pife , né 
en 1503, étoit , comme on le croit , d'une famille no- 
ble de Prie. Il étoit fils de Nicolas Calefaèhis , qui le 
fit élever avec foin ck dans la vue d'en faire un jurifcon- 
fulte habile. Pierre étudia premièrement à Sienne fous 
Simon Borghèfe , ck enfuite à Pife fous Philippe Decius, 
Hennanocius Detus , ck Barthelemi Socin, Ce fut De- 
cmsqui lui donna le bonnet de docteur à Lucques ; après 
quoi Ca3efactus fit dans Sienne les fondions de juge. 
Ayant été envoyé en ambaffade par Jacques V, feigneur 
de Piombmo ., vers Charles-Quint , cet empereur l'ho- 
nora du dtre de chevalier ck de comte , & lui permit de 
mettre dans {es armes l'aigle de l'empire. Pendant cette 
ambaffade , le feigneur de Piombino étant mort & ayant 
laine un fils en bas âge , Calefatfus fut obligé de demeu- 



CAL 



*7 



4; 

rer durant deux ans près de Charles-Quint. Lorfqu'il fut 
retourne à Pife , on lui donna l'emploi d'y expliquer le 
droit civil. Il fut quelque temps adjoint de Jean-François 
Vagrio , à qui il fuccéda après la mort de celui-ci. Cale- 
faèius a fait des obfervations fur le droit romain , ck il 
a donné au public un livre de la nobleffe. C'eft ce que 
dit M. Taifand dans fes vies des Jurifconfulte s , nou- 
velle édition , à Paris 1737» «^4°» page 102. Taifand 
cite Pancirol de claris legum interprztibus , tome II „ 
chap. 179. 

&3P* CALEMBERG , château d'Allemagne dans la 
baffe Saxe, à deux milles allemans de la capitale , & fur- 
la rivière deLeyne. Ce château donnoit le nomde prin- 
cipauté de Calemberg , au pays où eft Hanover , ck c'eft 
ainfi qu'il eft nommé furies cartes. Cette principauté n'a 
que trois places remarquables , dont deux font fur la 
Leyne , favoir Hanover , Nieuw-Stadt , ck la troifiéme 
aux confins du comté de Schaumbourg. Le château de 
Calemberg eft ruiné. Il étoit au couchant de l'évêché 
d'Hildesheim , au bord oriental de la Leyne. Plus haut , 
vers les fources de la même rivière , eft un pays où font 
les villes de Gottingen , Northeim , ck Munden. Ce pays,. 
qui a peu d'étendue , eft nommé Calemberg fur la 
plupart des cartes. Les Allemans le nomment la princi- 
pauté &Qber-JFald. * La Martiniere , dici. géogr. 

CALEMBERG ou KALEMBERG, Cefms ou Cetius 
mons , montagne d'Allemagne dans l'Autriche , où elle 
s'étend depuis le Danube jufqu'à la Save, 6k fe divife en 
diverfes parties qui ont aufîi différens noms. * Bertius. 
Cluvier. 

CALENDARIO (Philippe) célèbre architede ck 
fculpteur , fe mit en réputation à Venife , du temps de 
Marin Falétri , doge de cette république l'an 13 54. Ce 
fut lui qui fit dans la place de S. Marc ces beaux porti- 
ques foutenus par des colomnes de marbre , qui font le 
circuit de cette place y au-deffus defquels on voit de fu- 
perbes bâtimens ornés de bas reliefs ck de riches peintu- 
res. Cet ouvrage fut admiré de tout le monde , lui attira 
de grandes récompenfes de la république , ck le doge 
même voulut l'honorer de fon alliance.* Egnat, /. 8, c. 1 1 . 

CALENDERS , efpéce de derviches qui font répan- 
dus dans la Perfe ck dans la Turquie : ils tirent leur ori- 
gine d'un Santon Calenderi leur fondateur , qui étoit du 
nombre des Abdals : il prononçait inceffamment le nom 
de Dieu au fon de fa flûte , ck continuoit cette mufique 
jour ck nuit. Il marchoit la tète nue ck fans chemife , cou- 
vrant {es épaules d'une peau de bête fauvage , ck ayant 
une manière de tablier , dont la ceinture étoit ornée de 
pierres précieufes , mêlées de faux diamans. Ses difciples 
ne s'adonnent qu'aux divertiffemens ck aux plaifirs , ck 
forment plutôt une feâe d'épicuriens , qu'une fociété de 
perfonnes relïgieufes : ils eftiment le cabaret aufîi faint 
que la mofquée ; ck croient autant honorer Dieu , en& 
fervant librement de {es créatures , que les autres 1 l'ho- 
norent par leurs dévotions , ck par leurs auftérités. On 
les appelle Abdals ou Abdallas , en arabe ou en perfan , 
c'eft-à-dire des gens confacrés à Dieu. Ceux-ci font Am- 
plement habillés d'une tunique de plufieurs pièces , ck 
piquée comme des matelas. Quelques-uns ne fe couvrent 
que d'une peau velue , ayant au lieu de ceinture , un fer- 
pent de cuivre , que leurs docteurs leur donnent quand 
ils font profefïïon, ck qu'ils portent comme une marque 
de leur feience. On voit ces Abdals dans les marchés ck 
les places publiques , prêcher les miracles de leurs faints, 
ck maudire Aboubecre , Omar ck Ofman , que les Turcs 
honorent : comme auffi les faints des Tartares Usbecks , 
dont ils font des contes ridicules pour les faire méprifer. 
Ils mangent tout ce que leurs auditeurs leur donnent , 
ck prennent l'argent qu'on leur préfente ; c'eft pourquoi 
on les appelle Kalanderans. Ils font la plupart abandon- 
nés à toutes fortes de vices , ck font non feulement le 
métier de charlatans , mais aufli celui de voleurs : pour ne 
les point recevoir dans les maifons , à caufe de leurs dé-> 
bauches ck de leurs larcins , on les oblige de fe retirer 
dans des chapelles que l'on a bâties exprès proche des 




CAL 



L Â L 



mofquées. * Ricaut , de l'empire Ottoman. Olearius , 
lorht I. 

CALENDES. (Les frères des) On a donné ce nom 
en Allemagne à une fociété que l'on croit née vers le XII 
fiécle , qui s'aflembloit tous les premiers jours du mois , 
& qui régloit les fêtes , les aumônes , les jours de jeû- 
nes , èkc. pour tout le mois. Cette fociété fut répandue 
dans la Thurhlge , en Saxe , en "Weftphalie 3 en Mifnie , 
en Poméranie , en France. Elle fut abolie à came des abus 
qui s'y étoient introduits. C'était dans le XVI fiécle,* Fel- 
ler. O rat.' de fratr. Calend. 

CALENDES. C'eft ainA que les Romains appelaient 
le premier jour de chaque mois, du mot grec )'.a\îa> voco, 
ou calare,c\\.û fignifioit appeller , convoquer j pareequ'an- 
ciennement le pontife convoquoit le peuple , pour lui 
faire favoir combien il y avoit de jours depuis le premier 
du mois jufqu'aux noues. C'était aufîî un terme de paye- 
ment ; c'eft pourquoi Horace les appelle triftes & incom- 
modes. Le premier jour de mars étoit appelle Femineœ 
■KalmdiZ , pareequ'on faifoi't ce jour-là des préfens aux 
dames Romaines. Pour ce qui eft du proverbe adKalen- 
das grœcas , aux calendes grecques , on s'en fervoit pour 
marquer qu'une chofe n'arriveroit jamais , pareeque les 
Grecs n'avoient point de calendes. Cependant chez les 
Athéniens , le premier jour des mois lunaires étoit un 
jour folemnel , comme aufli parmi les Juifs. * Macrobe , 
/. 1. c. I<f< 

La manière de compter par Calendes , nones & ides , 
que les Romain? obfervoient , eft fi contraire à la nôtre , 
qui approche bien plus de la nature & de la railbn , que 
les favans mêmes s'y trompent quelquefois , à caufe que 
le calcul romain fe fait en rétrogradant , & en donnant 
le nom du mois qui fuit à la moitié des jours du mois pré- 
cédent. C'eft pourquoi le père Labbe , dans fou hiftoire 
chronologique , avertit que pour entendre les dates qui 
fe trouvent dans les hiftoriens & autres auteurs Latins , 
ou pour les exprimer à la façon des Romains , comme 
on fait encore très-fouvent aujourd'hui dans les ouvra- 
ges de feience , le plus fur eft d'avoir recours à un calen- 
drier julien ou grégorien. 

Deux chofes font néceffaires pour mettre en latin ou 
en françois les jours qui font avant les calendes. I. Il 
faut ajouter deux jours à chaque mois , s 'imaginant que 
les mois qui ont 3 1 jours , en' ont 33 ; que ceux qui ont 
30 jours en ont 32 ; c* que février qui a 28 jours , en 
a 3 o. Il ne faut pas en donner davantage à février dans 
les années biflextiles , quoiqu'alors il ait 29 jours ; paree- 
que ces années-là on exprime le 24 & 2 5 de ce mois de 
la même manière , difant deux îo'isfexto calendas mar- 
tias ; avec cette différence néanmoins , que la féconde 
fois , qui eft le 2*5 , il faut ajouter le mot de bis, & dire 
bis j'exto calendas manias, 2. Il faut compter les jours 
qui font depuis celui qu'on propofejufqu'à la fin du mois, 
y comprenant les deux jours qu'on ajoute à chaque mois, 
félon notre principe; & le nombre de jours qu'on trou- 
vera , marquera précifément le jour que l'on cherche , 
tant pour la compofition que pour la traduction. 

Si l'on veut mettre en latin le 20 de mars , ce mois 
ayant 3 r jours , il faut s'imaginer qu'il en a 3 3 , lui en 
donnant 2 , fuivant notre principe ; & enfuite trouvant 
que depuis 20 jufqu'à 33 , il refte treize jours , on dira 
decimo tertio calendas apriles ou calendarum aprilis. Ca- 
lendas eft à l'accufatif , pareeque la prépofition ante eft 
fous-entendue ; '& calendarum eft au génitif , pareequ'il 
eft gouverné de die qu'on fous-entend. Remarquez qu'en 
exprimant en latin les jours des calendes , on y joint tou- 



jou 



rs le nom du mois fuivant , comme vous le 



voyez 



dans l'exemple précédent , où apriles joint à decimo ter- 
tio calendas , fignifie le 20 de mars. C'eft aufli ce crue 
vous pouvez obferver dans l'exemple fuivant , où maïas 
eft joint à feptimo calendas s quoique cependant il s'a- 
giffe du 25 du mois d'avril. 

Si l'on veut traduire en françois feptimo calendas 
maïas : avril ( dont il s'agit ici, fuivant la remarque que 
nous venons de faire ) ayant 30 jours , il faut fuppofer 



qu'il en â 32. Énfuite trouvant que depuis 7 jufqu'à 3* 
il refte 25 jours, on connoîtra auflitôt que feptimo ca- 
lendas maïas eft le 2 5 d'avril. 

Le premier jour de chacjue mois eft le propre jour des 
calendes : on l'exprime en latin par l'ablatif calendis , 
y ajoutant le nom du mois dont on parle : ainfi fi l'on 
demande en latin le premier jour de mars , on dira calen- 
dis mardis ou mardi ; de même fi on demande en fran- 
çois calendis aprilibus , on répondra que c'eft le premier 
jour d'avril. Voye^ le calendrier romain ci - deftous. 
* Aubriot , nouveau principe de compter les calendes, &c. 

CALENDION , patriarche d'Antioche dans le V fié- 
cle , fut élu l'an 482 , par lés évêques de Syrie , après 
la mort d'Etienne III. Comme il étoit très-zélé pour la 
foi orthodoxe , auflitôt qu'il fut ordonné , il aflembla 
un fynode , fit favoir fon éleftion au pape Simplicius qui 
gouyernoit l'églife , & fit prononcer anathême contre 
Timothée Elurus , patriarche d'Alexandrie. L'emprefle- 
ment qu'il témoigna à défendre la foi orthodoxe ,' lui 
attira la haine des hérétiques , qui l'acculèrent auprès 
de l'empereur Zenon, d'avoir favoriféla rébellion d'il- 
lus & de Léonce , que Verine , belle-mere de l'empe- 
reur , avoit fait révolter : ce prince , fans examiner la 
vérité de l'accufation , relégua Calendion à Oafis en 
Afrique & rétablit Pierre le Foulon , qui avoit autrefois 
ufurpé la c'haire épifcopale, & avoit été cliafîe par l'em- 
pereur Léon. Calendion fut envo'yé en exil en 483 t 
d'où il écrivit une lettre au pape Félix pour fe juftifier. 
C'eft cet évêque qui a le premier ajouté chrifle , &c. au 
trifagium. Son nom fe trouve dans les faftes de l'églife 
latine &de l'églife grecque. * Evagre , /. 3. hijl. c. 10 
& 16. Liberatus, inbrev. Theoph. in chronico. Victor 
Tunonenfis , in chronico. Théodore le Lecteur , /. 2. 
Baronius , in annal. & martyrol. 

CALENDRIER , fuite des mois qui compofent l'an- 
née. Ce mot vient de Calendes , qui eft le nom que les 
Romains donnoient au premier jour de chaque mois. Lo 
calendrier romain fut drefle par Romulus , fondateur de 
la ville de Rome , qui ayant plus de connoiftance dès- 
affaires de la guerre , que du mouvement des aftres , 
compofa fon année de dix mois feulement , dont le 
premier étoit le mois de mars , & enfuite le mois d'avril , 
mai & juin, quintil, depuis appelle juillet , fextil , de- 
puis nommé août , feptembre , octobre , novembre , dé- 
cembre. Il donna 3 1 jours à mars 5 à mai , à quintil , &C 
à oftobre ; & 30 à chacun des fix autres ; de forte qu'ils 
faifoient tous enfemble 304 jours. NumaPompilius, qui 
régna après lui , réforma pour la première fois ce calen- 
drier , & imita à peu près les Grecs , qui compofoient 
leur année de 12 mois lunaires,de 30 & de 29 jours l'un 
après l'autre ; ce qui faifoit 3 54 jours. Comme il aimoit 
le nombre impair,* par une fuperftition commune chez les 
Egyptiens , il fit fon année de 3 5 5 jours , & lui donna 
douze mois ; favoir , janvier , février , mars , &c. Jan- 
vier étoit de 29 jours , février de 28 , mars , mai, quin- 
til & octobre de 3 1 jours , ck les fix autres de 29. Il ne 
fe mit pas en peine que février eût un nombre pair , par- 
eequ'il l'avoit deftiné aux* facrifices qui fe faifoient aux 
dieux des enfers , à qui ce nombre, comme malheureux, 
fembloit appartenir. Numa voulut que le mois de jan- 
vier , qu'il plaça au folftice d'hiver , fût le premier mois 
de l'année , ck non plus celui de mars que Romulus avoit 
mis à Féquinôxe du printemps. Il fe fervit au/fi de l'in- 
tercallation des Grecs , qui ajoutaient un mois fumumé- 
raire de deux ans en deux ans , lequel étoit compofé alter- 
nativement de 22 ou de 23 jours ,. pour régler l'année 
civile au cours du foleil , qui fait fa révolution en 365 
jours , & près de fix heures : il ordonna en même temps 
aux fouverains pontifes de marquer au peuple le temps 
& la manière de cette interpofition de mois extraordi- 
naire. Mais par ignorance ou par fuperftition , ou pour 
quelque intérêt particulier , ils mirent les chofes dans une 
fi grande confufion , que leurs fêtes arrivoient dans des 
faifons entièrement oppofées à celles où elles dévoient 
être célébrées ? fuivarit leur inftitution : de forte qu'on 

çélébroit. 



CAL 



CAL 



célébroit les fûtes d'automne au printemps, & celles de 

la nioiffon dans le milieu de l'hiver. 

Ce défordre fut fi grand , que Jules-Cefar , dictateur 
& fcnwerain pontife , après avoir gagné Ja bataille de 
Pharfaie , crut que la réformation, du calendrier étoit 
digne de Tes foins. Il fît venir d'Alexandrie un célèbre 
astronome nommé Sofigènes , qui régla Tannée fur le 
cours du foleil , & qui , après avoir compofé le calen- 
drier de 365 jours , laiffa les fix heures , pour en faire 
un jour au bout de quatre ans , qui feroit ajouté dans le 
mois de février , avant le 24 e jour de ce mois que les 
Romains appelloient le fixiéme des calendes , félon leur 
manière de compter ; d'où eft venu le nom de biffexte , 
parcequ'alors on difoit ; fexto calendas , ou bis fexto. 
Pour placer les dix jours , defquels l'année folaire de 
365 jours excédoit celle de Numa , qui étoit de 3 55 , il 
ajouta deux jours à chacun des mois de janvier, de fextil 
&c de décembre , qui n'en avoient que 29 , & un jour 
à chacun de ces quatre autres , avril , juin , feptembre & 
novembre, laiffant le mois de février de 28 jours aux an- 
nées communes , & de 29 à la biffextile. Et comme , par 
la négligence de ceux à qui on avoit commis le foin de 
la diftribution des mois intercalaires, le commencement 
de l'année fe trouvoit alors précéder de 67 jours le fol- 
itice d'hiver ; & que c'étoit auffi Cannée de l'intercala- 
tion du mois de 23 jours , ce qui fait 90 jours , cette an- 
née de la correction du calendrier faite par Jules Céfar, 
tut de 15 mois , & de 445 jours ; c'eft pourquoi on 
i'appella Cannée de confiifion. Il eft important de remar- 
quer ici que cet empereur voulant s'accommoder en 
quelque manière aux efprits des Romains , accoutumés 
iî long-temps à l'année lunaire , fît commencer la pre- 
mière année du calendrier julien un jour de la nouvelle 
lune qui fuivit le folftice d'hiver , & qui vint alors huit 
purs après. Et c'eft de-Ià que les années juliennes ont 
commencé depuis , environ huit jours après le folftice 
du capricorne. Il ne fut pas difficile aux Romains qui 
commandoient prefque à toute la terre , de faire rece- 
voir par-tout cette correction que Jules Céfar avoit faite 
du calendrier , & d'en introduire l'ufage parmi les na- 
tions même les plus éloignées. Les Grecs cefferent en 
ce temps- là de lé fervir de l'année lunaire , & de faire 
leur intercalation de 45 jours tous les quatre ans. Les 
Egyptiens fixèrent leur Thot ou le premier jour de leur 
année , qui paffoit auparavant d'une faifon dans une au- 
tre. Les hébreux en firent autant , & ce calendrier de- 
vint le calendrier de prefque tous les peuples. 

Les premiers chrétiens gardèrent les mêmes noms de 
mois , la même quantité de leurs jours , & la même in- 
tercalation d'un jour , dans l'année biffextile. Ils ôterent 
du calendrier romain ou julien , les lettres nundinales 
( qui marquoient les jours des affemblées ou fériés , ) & 
en mirent d'autres en leur place , pour marquer le diman- 
che &L les antres jours de la femaine : au lieu des fêtes 
profanes Ôc des jeux romains, ils rangèrent par ordre les 
fêtes & les cérémonies de la véritable religion. Vers le 
commencement du VI ficelé , l'abbé Denys , furnommé 
le Petit , pour concilier les difFérens ufages des églifes 
d'orient & d'occident , fur le temps de la célébration de 
Pâque , propofa une même forme de calendrier , fuivant 
la période victorienne , compofée des cycles du foleil 
& de la lune , & rapportée à la naiffance de J. C. Juf- 
qu'alors la plupart des chrétiens avoient compté les an- 
nées du temps de la fondation de Rome , ou des confuls 
& des empereurs. Quelques-uns commencoient à comp- 
ter , ou du jour de la pfiffion du Sauveur, ou de l'ère des 
martyrs , fous l'empereur Dioclétien : mais Denys le 
Petit trouva plus à propos de commencer une nouvelle 
époque à l'incarnation de J. C. tx cette ère de Denys le 
Petit eft encore en ufage a la cour de Rome , dans les 
dates des bulles & des brefs : néanmoins peu de temps 
après les chrétiens commencèrent à compter depuis la 
mifTance de Notre-Seigneur , gardant toujours la cou- 
rume des Romains , à l'égard du commencement de 
l'année , fixé au premier jour de janvier, 



Ce calendrier de l'ancienne églife faïfoit connoître 
affez précifément les nouvelles lunes , & par conféquent 
le temps de la fête de Pâque ; mais la fuite de quelques 
fiécles fît découvrir que ce calcul ne s'accordoit pas en- 
tièrement avec le mouvement du foleil & de la lune , & 
que la fête de Pâque ne fe célébroit plus à la pleine lune 
du premier mois : cette erreur dans l'afironomie étoit 
très-dangereufe , pareeque la fête de Pâque auroit in- 
fenfiblement remonté jufque en hiver , puis auroit paffé 
en automne , & de-là en été. Ce fut dans le deffem de 
remédier à ce défordre , que le pape Grégoire XIII en- 
voya fur la fin du XVI fiécle des brefs aux princes chré- 
tiens , & aux univerfités les plus célèbres , pour les in- 
viter à chercher les moyens de rétablir l'equinoxe du 
printemps en fon véritable lieu. Après avoir reçu l'avis 
de tous les favans , il réfolut de retrancher dix jours du 
calendrier ; ce qu'il ordonna par une bulle de l'année 
1 58 1. Ainfi le lendemain de la fête de S. François , qui 
eft le 4 d'octobre , on compta 1 5 au lieu de 5. Par ce 
moyen le jour qui avant la correction s'appelloit le r 1 
o&obre , devint enfuite le 21 , & de même dans les au- 
tres mois : ce qui fit que l'equinoxe du printemps , qui 
tomboit fur le' 1 1 de mars , fe trouva au 21 , comme il 
y étoit au temps du concile de Nicée , l'an 3 25. Le mê- 
me pape Grégoire trouva auffi un moyen pour empêcher 
un pareil défordre à l'avenir , en retranchant un jour 
biffextil de cent ans en cent ans. Au refis cette correc- 
tion a été reçue avec fouiniffion de tous les peuples qui 
font demeuré dans l'obéiffance de l'églife ; mais les 
Grecs fchifmatiques , & les Proteftans , foit d'Allema- 
gne , de Suéde , de Danemarck , ou d'Angleterre , ne 
voulurent pas d'abord en admettre l'ufage parmi eux , 
quoiqu'ils en reconnuffent la néceiîïté : peut-être que 
les Allemans s'y feroient fournis , û la chofe avoit été 
ordonnée par l'empereur , & du confentement des états 
de l'empire ; mais ni l'empereur , ni les princes catholi- 
ques n'ont pas jugé à propos de faire des réglemens fur 
ce fujet. Louis XIV , roi de France , fit recevoir cet ufa- 
ge du calendrier grégorien dans la ville de Strasbourg 
en 1 682 ; mais ce fut une fuite néceffaire du culte de la 
religion catholique qu'il y a rétablie : il y a eu même plu- 
fleurs favans qui ont écrit contre cette réformation ; en- 
tr'autres Mceftinus , profeffeur en mathématiques à Tu- 
binge , Scaliger & Georgius Germanus, Nous avons 
auffi une conftruétion nouvelle d'un calendrier , faite par 
Viete , & adreffée à fa fainteté , avec des notes fur les 
défauts qu'il difoit avoir remarqués dans le grégorien. 
C'eft ce qui obligea Clavius , l'un des mathématiciens 
qui ont eu'plus de part à cette correction , de donner au 
public , par l'ordre de Clément VIII , un traité du calen- 
drier pour éclaircir les doutes , & répondre par forme 
d'apologie à tout ce que Ton y trouvoit à redire. Sethus 
Calvifius eft venu long-temps après , qui a prétendu 
faire voir par les obfervations aftronomiques de Tycho- 
Brahé , qu'il faudra bientôt faire de grands changemens 
dans le calendrier. Mais voici comment l'iiiuitre Tycho- 
Brahé en parle lui-même : Ceux-là fe donnent bien de 
la peine inutilement, qui travaillent au rétablijfement de 
l'année , par les tables de Copernic j cejl en vain qu'ils 
prétendent par-là de combattre la nouvelle réformation 
grégorienne, tant pareequ elle s'accorde , au plus près , 
avec les régies des mouvemens célefies , que pareequ'' il efl 
difficile d'arriver à la dernière précifion , laquelle même 
71 eft pas abfolument néceffaire. Ce témoignage eft d'au- 
tant plus confidérable , que Tycho-Brahé étoit de la re- 
ligion proteftante , & que fa feience extraordinaire l'a 
fait nommer à jufte titre le refiaurateur de Vaflronomie. 
Outre le nom de grégorien , qui fut donné au calendrier 
après fa correétion , il eut auffi celui de calendrier nou- 
veau , pareequ'il eft différent de l'ancien , & celui de 
calendrier perpétuel , pareeque la difpofition des épacles, 
qui font mifes à la place du nombre d'or , le rendront 
utile en tout temps , quelque nouveauté que l'on puiffe 
découvrir dans les mouvemens célefies. Chamberlaine 
dans fon état d'Angleterre, après avoir dit fur ce calen- 

Tome III. G 



5o 



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CAL 



drier tout ce qu'on pouvoit attendre d'unproreftant auffi 
habile homme qu'il étoit , avoue que quelque difficulté 
que fartent ceux de fanation,ils feront obligés d'y revenir. 
£^3^ Ce qu'il conjecturoit avec tant de raifon , fe 
trouve effectué aujourd'hui. Le parlement de la Grande- 
Bretagne a enfin cédé à la néceffité de la réformation. 
Par règlement du % avril 1751 , cette illuftre afTemblée 
a admis le calendrier grégorien pour avoir lieu au pre- 
mier janvier 1752,. De tous les états de l'Europe, il ne 
refte plus que la Ruffie qui ne fuit pas cette réforma- 
tion. * Ricciol. chron. reformat, Blondel , hifioiredu ca- 
lendrier romain. 

On a jugé à propos d'inférer ici la copie d'un ancien 
calendrier romain depuis Jules-Céfar , que des favans 
ont ramafTé de divers monumens. La première colonne 
contient les lettres , qu'ils appelloient nundinales ; la fé- 
conde marque les jours qu'ils appelloienty^/?e5 , nefajles 
& comitiaux , lefquels font auffi marqués par des lettres ; 
la troifiéme contient les nombres de Methon , que l'on 
appelle le nombre a" or ; la quatrième eft pour les jours 
de fuite marqués par des chiffres ou caractères arabiques ; 
la cinquième partage les mois divifés en calendes , nones 
& ides , fuivant l'ancienne manière des Romains ; Se la 
fixiéme comprend leurs fêtes , tk diverfes autres céré- 
monies. 

Dans ce calendrier , auquel nous donnons le nom de 
calendrier de Jules-Céfar , on voit premièrement le mô- 
me ordre & la même fuite de mois , conforme à l'infti- 
tution de Numa Pompîlius. En fécond lieu , ces fept 
mois , janvier , mars , mai , quintile ou juillet , fextile ou 
août , octobre & décembre ont chacun trente-un jours, 
& ces quatre , avril , juin , feptembre & novembre feu- 
lement trente ; mais février , aux années communes , n'a 
que vingt-huit jours , & vingt-neuf aux intercalaires ou 
bhïextiles. En troifiéme lieu , cette fuite de huit lettres 
que nous avons appellées lettres nundinales , eft pofée 
{ans interruption , depuis le premier jufqu'au dernier jour 
de l'année , afin qu'il y en ait une qui marque dans l'an- 
née les jours que les afTemblées , appellées nundintz par 
les Romains , & qui retournoient de neuf jours en neuf 
jours , fe dévoient tenir ; afin que les citoyens de la cam- 
pagne pufTent fe rendre à la ville en ces jours , pour y 
apprendre ce qui concernoit la difeipline ou de leur re- 
ligion , pu du gouvernement ; dé forte que fi le jour nun- 
dinal de la première année étoit fous la lettre A , qui eft 
au premier , au neuvième , au dix-feptiéme , au vingt- 
einquiéme de janvier , &c. la lettre du jour nundinalde 
l'année fuivante étoit D , qui eft au quatrième , au dou- 
zième , au vingtième du même mois , &c. Car la lettré 
A fe trouvant auflî au vingt-feptiéme de décembre , fi 
de ce jour on compte huit lettres , outre les quatre B , 
C , D , E , qui reftent après A , dans le mois de décem- 
bre , il en faudra prendre quatre autres au commence- 
ment de janvier de l'année fuivante , favoir A , B , C , 
D , afin que la lettre D , qui fe trouve la première dans 
le mois de janvier , foit la neuvième après le dernier A , 
du mois de décembre précédent ; & qu'elle foit par 
conféquent la lettre nundinale , ou qui marque les jours 
de ces afTemblées , aufquelles on peut auffi donner le 
nom de foires ou marchés publics. Ainfi par le même 
calcul la lettre nundinale de la troifiéme année fera G , 
celle de la quatrième B , Se ainfi des autres ; à moins 
qu'il n'arrive du changement par l'intercalation. 

En quatrième lieu , pour bien entendre ce qui eft mar- 
qué dans la féconde colonne , il faut favoir que l'on ne 
pouvoit point agir en droit , ce que nous appelions plai- 
der ou rendre juftice , tous les jours, chez les Romains, 
• &C qu'il n'étoit point permis au préteur de prononcer 
tous les jours ces trois mots folemnels , ou cette formule 
de droit , do , dico , addico ; ainfi ils appelloient fajios , 
c'eft-à-dire , fajles , ceux aufquels on pouvoit rendre la 
juftice , qui bus f as effet jure agere ; Se nefafios , ceux 
dans lefquels il n'étoit pas permis , quibus nefas effet 3 
comme nous l'apprenons de ces deux vers d'Ovide , 
F a fies liv. I , vers 47. 



Ille nefafius trit per quem tria verbafîlentur , 
Fajtus eût per quem jure licebit agi. 

C'eft-à-dire , que le jour eft nefafie , dans lequel on ne 
prononce point les trois mots , do , dico , addico , com- 
me qui diroit en France , qu'il eft fête au palais ; &fafie 
dans lequel il eft permis d'agir en droit & de plaider. Il 
faut encore favoir , qu'il y avoit de certains jours qu'on 
appelloit comitiaux , marqués par un C , dans lefquels 
le peuple s'affembloit au champ de Mars , pour élire les 
magiftrats , ou pour y traiter des affaires de la. républi- 
que , à caufe que ces afTemblées du peuple étoient ap- 
pellées comitia , c'eft-à-dire, comices : Qu'il y avoit auffi 
des jours déterminés , aufquels un certain prêtre ou fa- 
crificateur , qui étoit appelle rex parmi eux , fe trouvoit 
dans ces comices : Et qu'enfin l'on avoit accoutumé de 
nettoyer le temple de Vefta , & d'en tranfporter le fu- 
mier un certain jour de l'année ; ce qui fe faifoït avec 
tant de cérémonie , qu'il n'étoit pas permis pendant ce 
temps-là de plaider. 

Cela étant fuppofé , il n'eft pas difficile d'entendre le 
refte ; car par-tout où la lettre N fe rencontre dans la 
féconde colonne , laquelle lettre fignifïe nefajius dies , 
c'eft-à-dire ^journefafie, cela fignifie qu'on ne peut pas 
rendre la juftice dans t:e jour ; où il y a une F, owfafius, 
c'eft-à-dire , fajle 3 qu'on peut la rendre ; où il y a FP , 
ou fafius prima parte diei , qu'on le peut dans la pre- . 
miere partie du jour ; où il y a NP, ou nefajius prima 
parte diei , qu'on ne le peut dans la première partie du 
jour ; où il y a EN , ou endotercifus ou intercifus , c'eft- 
à-dire , entrecoupé , qu'on le peut dans certaines heu- 
res , & qu'on ne le peut pas dans d'autres ; où il y a C ,' 
ou comitialis , que l'on tient ces afTemblées qu'on ap- 
pelle comices ; où il y a ces lettres Q, Rex C, F, ou quan- 
do re£ comitiavit , fas 3 qu'on le peut lorfque le facrifica- 
teur , appelle le roi , a afïifté aux comices ; & enfin , ou 
l'on voit ces autres lettres Q , ST, D, F, ou quaudo fierais 
delatum , fas , qu'on le peut aufïitôt que le fumier a été 
tranfporté hors du temple de la déeffe Vefta. 

En cinquième lieu , la troifiéme colonne eft pour les 
dix-neuf carafteres des nombres du cycle lunaire , autre- 
ment appelle le nombre d'or , pour marquer les nouvel- 
les lunes dans toute l'année , fuivant l'ordre auquel on 
croit qu'elles arrivoient du temps de Jules-Céfar , que 
ces caractères furent ainfi difpofés dans fon calendrier. 

En fixiéme lieu , la quatrième marque la fuite des jours 
des mois , par les nombres de chiffres ou caractères ara- 
biques , où il ne faut pas s'imaginer qu'ils fufTent ainfi 
difpofés dans les tables des faftes , c'eft-à-dire , dans le 
calendrier dont les anciens fe fervoient , puifqu'ils n'en 
avoient aucune connohTance , mais feulement que nous 
avons trouvé à propos de les y placer , afin que l'on pût 
mieux connoître le rapport qu'il y a entre la manière de 
nommer Se de compter les jours des anciens Romains 
& la nôtre , & quels font les jours , félon notre manière 
de compter , aufquels les fêtes & les jours des Romains 
peuvent répondre. 

En feptiéme lieu , la cinquième colonne contient cette 
divifion fi célèbre des jours des mois en calendes , nones 
Se ides , qui étoient en ufage parmi les Romains : elle 
n'eft point en parties égales , comme étoient les déca- 
des des Grecs , mais en portions fort différentes , dont 
la variété ■eft néanmoins renfermée dans ces deux vers 
latins : 



S ex malus nonas , ociober,julius & mars : 
Quattuor at reliqui. Dabit idus quilibet oclo. 

C'eft-à-dire , que ces quatre mois mars , mai , juillet 
Se octobre ont fix jours de nones , & que tous les autres 
n'en ont que quatre , mais qu'il y a dans tous huit jours 
des ides. Ce qu'il faut entendre ainfi ; que le premier 
jour de chaque mois s'appelle toujours kalendœ , les ca- 
lendes , puis aux quatre mois mars , mai , juillet & octo- 
bre , le feptiéme du mois s'appelle nonce , les nones, & 
î le treizième idus 3 les ides : les autres jours fe comptent 



CAL 



à rebours du mois fuivant , c'eft-à-dire , le tantième 
avant les calendes du mois fuivant , ck vont par confé- 
quent toujours en diminuant. Les jours qui font depuis 
les calendes jufqu'aux nones , prennent le nom des nones 
au mois courant , c'eft-à-dire , le tantième avant ces 
nones ; les autres qui font entre les nones & les ides , 
prennent auffi le nom des ides du même mois , c'eft-à- 
<iire , le tantième avant ces ides ; mais tous les autres 
depuis les ides jufqu'i la fin , prennent le nom de calen- 
des du mois fuivant , c'eft-à-dire , le tantième avant 
ces calendes. On y voit au refte que les tables des fades , 
dans lefquelles les Romains dècrivoient leurs mois & 
leurs jours par année , prirent dans la fuite le nom de 
calendrier , à caufe que ce nom de calendes fe voyoit 
écrit en gros cara&eres à la tête de chaque mois. 
Enfin , la dernière colonne comprend les chofes qui 



CAL 



Si 



appartenoient principalement à la religion des Romains , 
comme font les fêtes , les facrifices , les jeux , les céré- 
monies , les jours heureux ou malheureux ; auffi -bien 
que les commencemens des lignes , les quatre points 
cardinaux de l'année , qui font les quatre faifons , le le- 
ver & le coucher des étoiles , &c. ce qui eft d'un grand, 
ufage parmi les anciens , lefquels s'en font long-temps 
fervi pour marquer la différence des faifons au lieu de 
calendriers , au moins jufqu'à ce qu'il eût été rédigé dans 
une forme plus régulière par la corre&ion de Jules-Cé- 
far. Nous voyons dans la plupart des livres anciens , 
que l'on fe gouvernoit entièrement par l'obfervation du 
lever & du coucher des étoiles , dans la navigation , 
dans l'agriculture , dans la médecine , & dans la plus 
grande partie des affaires publiques & particulières. 




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VIII 


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XVIII 


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VII 


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XV 


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IV 


28 




29 


XII 


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KaLnais Januar. 

IV. Nonas. 

III. Nonas. 
Pridie Nonas. 
Nonis } anuar. 

VIII. Idus 
VII Idus 
VI. Idus 

V. Idus 

IV. Idus 

m. idus 

Pridie Idus 
Idïbus Januar. 
XIX. Kal. Febr. 
XVIII. Kal. Febr. 
XVII. Kal. Febr. 
XVI. Kal. Febr. 
XV. Kal. Febr. 
XIV. Kal. Febr. 
XIII. Kal. Febr. 
XII. Kal. Febr. 
XL Kal. Febr. 
X. Kai. Febr. 

IX. Kal. Febr. 
VIII. Kal. Febr. 
VU. Kal. Febr. 

VI. Kal. Febr. 

V. Kal. Febr. 
IV. Kal. Febr. 
III. Kal. Febr. 
Pridie Kal, Febr, 



JANVIER. 

Sous U frotettion de la, deejjl' Junon. 



Sacrifices à Janus. A Junon. A Jupiter & àEtculape. 
Jour malheureux. DiES ater. 
Coucher de lEcrevice. 

Lever de la Lyre. Coucher au foir de l'Aigle, 



Sacrifices à Janns.' 

Les Agonales. 

Milieu de l'hiver. 

Les Carmentalïs.' 

Les Compitales. 

Les trompettes font des publications parla ville en habits de femme. 

Jours VICIEUX PAR ORDONNANCE DU SENAT. 

A Carmenta , Porrima & Poftverfa. 

A la Concorde Commencement du coucher au matin du Lion. 
Le, boleu dans le Verfeau. 



Coucher de la Lyre. 

Les fêtes Sementines ou des Semailles* 



A Caftor & Pollux. 

Les Equiries au champ de Mars. Les Pacales, 
Coucher de la Fidicule, 
Aux dieux Penatci. 



Tome III. 



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Sous la protection de Neptune* 



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Kakndis Febr. 
IV Nonas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
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VIII. Idus. 
VIL Idus 
VI. Idus 
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IV. Idus 

III. Idus 
Pridie Idus 
Idïbus Fejbruar- 
XVI. Kal. Mart. 
XV. Kal. Mart. 
XIV. Kal. Mart. 
XIII. Kal. Mart. 
XII. Kal. Mart. 
XL Kal. Mart. 
X. Kal. Mart. 

IX. Kal. Mart. 
V11L Kal. Mart. 
VIL Kal. Mart. 
VI. Kal. Mart. 

V. Kal. Mart. 

IV. Kal. Mart. 
III. Kal. Mart. 
Pridie Kal. Mart. 



A Junon Soipita. A Jupiter. A Hercule. A Diane. Les Lunaires. 

Coucher de la Lyre & du milieu du Lîorw 
Coucher du Dauphin, 
Lever du Verfcau. 



Commencement du Printems» 

Jeux Genialiques. Lever de l'Ar&ure. 

A Faune & à Jupiter. Défaite & mort des Fabïensj) 

Lever du Corbeau , de la Coupe & du Serpent, 

Les Lupercales. 

Le Soleil au figne des Poiflons. 

Les Quirinales. 

Les Fornacales. Les Ferales aux dieux Manes> 



A la déefle Muta ou Larunda. Les Ferales* 

Les Carifties. 

Les Terminales. 

Le Regifuge, Lieu du Biuexte. - 

Lever au foir de TArclure. 

Les Equiries au champ de Mars; 
Les Tarquins vaincus. 



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MARS. 

Sous la protection de Minerve. 



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Kakndis Mart. 
VI. Nonas 

V. Nonas 

IV. Nonas 
111. Nouas 
Pridie Nonas 
Nonis Mart. 

VIII. Idus 
Vil. Idus 

VI. idus 
V. Idus 
IV Idus 

III. Idus 
Pridie Idus 
Idïbus Mart. 
XVII. Kal. April. 
XVI. Kal. April. 
XV. Kal. April. 
XIV. Kal. April. 
XIII. Kal. April. 
XII. Kal. April. 
XL Kal. April. 
X. Kal. April. 

IX. Kal. April. 
Vlll. Kal. April. 
VU. Kal. April. 
VI. Kal. April. 

V. Kal. April. 

IV. Kal. April. 
III- Kal. April. 
Pridie Kal. April. 



Les Matronales. A Mars. Fêtes des Anciles. 

A Junon Lucine. 

Coucher du fécond des Poiflons: 

Coucher de l'Ar&ure. Lever du Vendangeur. Lever de TEcrevice; 

Les Veftaliennes, En ce -jour Jules-Cesar fut créé Grand-PontifiQ 

A Ve-Jupiter au bois de l'Afyle. Lever du Pegafe. 

Lever de la Couronne. 

Lever de l'Orion. Lever du Poiffon Septentrional. 



Ouverture de la Mer. 

Les Equiries secondes sur le Tibre. 

A Anna Perenna. Le Parricide. Coucher du Scorpion, 1 

Les Libérales ou les Bacchanales. Les Agones. Couchejr du Mjla$ 

Le Soleil au figne du Bélier. 

Les Quinquatres de Minerve pendant cinq jours. 

Premier jour du fiécle. Coucher au matin du cheval. 

Le Tubilustre. 

Les Hilaries à la mère des dieux. Equinoxe du printemps,. 

En ce jour César se rendit maître dAlexandrxe. 
Les Megalefiens. 

A Janus. A la Concorde. Au Salut. A la Paix, 
A la Lune ou à Diane Cur rAvjsntjùa. 



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AVRIL. 

Sous la protection de la déejfc Venus, 







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Kaicndis Aprilis. 
[V. Nonas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
Nonis Aprilis. 

VIII. Idus 

VII. Mus 

VI. Idus 
V. Idus 

IV. Idus 

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Pridie Idus ' 

Idibus Aprilis. 
XVIII. Kal. Maii. 
XVII. Kal. Maii. 
XVI. Kal. Maii. 
XV. Kal. Maii. 
XIV. Kal. Maii. 
XIII. Kal. Maii. 
XII. Kal. Maii. 
XI. Kal. Maii. 
X. Kal. Maii. 

IX. Kal. Maii. 

VIII. Kal. Maii. 

VII. Kal. Maii. 
VI. Ka'. Maii. 

V. Kal. Maii. 
IV. Kal Maii. 
III. Kal. Maii. 
Pridie Kal. Maii. 



A Venus avec des fleurs ÔC du myrte. A la Fortune virile» 
Coucher des Pléiades. 

Jeux Megalesiens a la mère des Dieux pendant huit jours: 

A la Fortune publique primigenie. 

Naiflance d'Apollon & de Diane. 

Jeux pour la viâoire de Céfar. Coucher de la Balance. Coucher d'Orioni 

Les Céréales. Les Jeux Circenses. 

La^mere des Dieux amenée à Rome. Jeux en l'honneur de ChrÈs pendant 

A Jupiter vainqueur & à la Liberté. 

Les Fordicides ou Fqrdicales. 

Augufte falué empereur. Coucher des Hyades. 

Les Equiries au grand Cirque. BrÛIement des Renards. 
Les Céréales. Le Soleil au figne du Taureau. 

Les Paliliennes ou Parilienes. Naiflance da Rome. 

Les fécondes Agonienes ou Agonales. 

Les premières Vinalienes à Jupiter & à Venus. 

Les Robigales. Coucher du Bélier. Milieu du Printemps: 

Lever du Chien. Lever des Chevreaux. 

Les Feries latines au Mont-Sacré. 

Les Florales pendant fix jours. Lever au matin de la Chèvre, 

Coucher au foir du Chien. * 

A Vefta Palatine. Les premières Larentales.. 



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Sous la. protection d' Apollon. 



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Kalendts Maii. 
VI. Nonas 

V. Nonas 

IV. Nonas 
III. Nonas 
Pridie Nonas 
Nonis Maii. 

VIII. Idus 
VIL Idus 

VI. Idus 

V. Idus 
IV. Idus 

III. Idus 
Pridie Idus 
Idibus Maii. 
XVII. Kal. Jun. 
XVI. Kal. Jun. 
XV. Kal. Jun. 
XIV. Kal. Jun. 
XIII. Kal. Jun. 
XII. Kal. Jun. 
XL Kal. Jun. 
X. Kal. Jun. 

IX. Kal. Jun. 
VIII. Kal. Jun. 
V'.l. Kal. Jun. 

VI. Ad. Jun. 
V. Kal. Jun. 

IV. Kal. Jun. 
III. Kal. Jun. 
Pridie Kal. Jun. 



A la bonne Déefle. Aux Lares Preftites. Jeux floraux pendant trois jours. 

Les Compitales. 

Lever du Centaure & des Hyades. 

Lever de la Lyre. 

Coucher du milieu du Scorpion. 

Lever au matin des Virgilies. 

Lever de la Chevrette. 

Les Lemurienes de nuit pendant trois jours. Les Luminaires. 

Coucher d'Orion. Jour malheureux pour fe marier» 

A Mars le vengeur Au Cirque. 

Les Lemurienes. Lever des Pléiades. Commencement de l'Eté. 

A Mercure. Lever du Taureau. 

A Jupiter. Fêtes des Marchands. Naiflance de Mercure. Lever de la Lyre. 



Le Soleil dans les Gémeaux.' 

Les Agonales ou Agonienes de Janus. 

A Vc-Jnpiter. Lever du Chien. 

Les Feries de Vulcain. Les Tubilustres. 

A la Fortune. Lever de l'Aigle. 

Le fécond Regifcge. Couchej de l'Arflare; 

Lever des Hyades. 



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Sous la protection de Mercure. 



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JCalendisJun. 

IV. Nonas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
Nonïs Jun. 
VIII. Idus 
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VI. Idus 

V. Idus 

IV. Idus 
III. Idus 
Pridie Idus 
Idibus Jun. 
XVIII. Kal. Jul. 
XVII. Kal. Jul. 
XVI. Kal. Jul. 
XV. Kal. Jul. 
XIV. Kal. Jul. 
XIII. Kal. Jul. 
XII. Kal. Jul. 
XI. Kal. Jul. 

X. Kal. Jul. 
IX. Kal. Jul. 
VIII. Kal. Jul. 
VU. Kal. Jul. 
VI. Kal. Jul. 
V. Kal. Jul. 
IV. Kal. Jul. 
III. Kal. Jul. 
Pridie Kal. Jul. 



A Junon. A la Monnoie. A Tempefta. A Fabaria. Levez de l'Aigle, 

A Mars. A la dceffe Cama. Lever des Hyades. 

A Bellone. 

A Hercule au Cirque. 

A la Foi. A Jupiter Sponfor ou au dieu Fidius, Saint , Semipater. 

A Vefta. 

Les jours Pifcatoriens au champ de Mars. Lever de, l'Arâure. 

A l'entendement au Capitole. 

Les Vestalienes. Autel de Jupiter Piftor. Couronnement des Anes. 

Les Matralienes de la Fortune forte. Lever au foir du Dauphin. 

A la Concorde. A la mère Matuta. 

A Jupiter invi&us. Le petit Quinquatrus. Commencement de la chaleur. 



Transport du Temple de Vesta. Lever des Hyades. 

Lever d'Orion. 

Lever du Dauphin entier. 

A Minerve au mont Aventin. Le foleil au figne de l'Ecrevice. 
A Summanus. Lever du Serpentaire. 



A la Fortune forte. Solftice d'Eté. 

Lever de la ceinture d'Orion. 
A Jupiter Stator , &. au Lar. 

A Quirinus au mont Quirinal. 

A Hercule & aux Mufes. Les Poplifuges. 



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Q^UINTILE ou JUILLET, 

Sous la protection de Jupiter. 



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Kalendis Jul. 
VI. Nonas 

V. Nonas 

IV. Nonas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
Nonis Jul. 

VIII. Idus 
Vil. Idus 

VI. Idus 

V. Idus 

IV. Idus 
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Pridie Idus 
Idibus Jul. 
XVII. Kal. Aug. 
XVI. Kal. Aug. 
XV. Kal. Aug. 
XIV. Kal. Aug. 
XIII. Kal. Aug. 
XII. Kal. Aug. 
XI. Kal. Aug. 
X. Kal. Aug. 

IX. Kal. Aug. 
VIII. Kal. Aug. 
VU. Kal. Aug. 

VI. Kal. Aug. 

V. Kal. Aug. 
IV. Kal. Aug. 
III. Kal. Aug. 
Pridie Kal. Aug. 



Paflage d'une maifon en d'autres. 

Coucher au matin de la Couronne. Lever des Hyades. 

Le Poplifuge. 

Jeux Apollinaires pendant huit jours. A la Fortune Féminine. 

Les Nones Caprotides. La fête des Servantes. Difparition de Romulos. 

La Vjtulation. Coucher du milieu du Capricorne, 

Lever au foir de Cephée. 

Les vents Etefiens commencent à fouffler. 

Naissance de Jules-César. 

A la Fortune Féminine. Le Merkatus ou les Mercuriales pendant fix jour». 

A Caftor & à Pollux. 

Lever de l'Avant - Chien. 

Jour funefte de la bataille d' Allia.' 

Les Lucariens. Jeux pendant quatre jours. 

Jeux pour la victoire de César. Le Soleil au figne du Lion.' 

Les Lvcarienes. 

Jeux de Neptune. 

Les Furinales. Jeux Circcnfes pendant fix jours. Coucher du Verfew* 
Lever de la Canicule» 
Lever de l'Aigle. 



Coucher de l'Aigle. 






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Sous la protection de U déeffc Cerès. 



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IV. Nonas 
III. Nonas 
Pridie Nonas 
Nonis Augufli» 
VIII. Idus 
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VI. Idus 
V. Idus 
IV. Idus 
III. Idus 

Pridie Idus 
îiïbus Augufli. 
XIX. Kal. Sept. 
XVIII. Kal. Sept. 
XVII. Kal. Sept. 
XVI. Kal. Sept. 
XV. Kal. Sept. 
XIV. Kal. Sept. 
XIII. Kal. Sept. 
XII. Kal. Sept. 
XI. Kal. Sept. 
X. Kal. Sept. 
IX. Kal. Sept. 
VI IL Kal. Sept. 
VIL Kal. Sept. 
VI. Kal. Sept. 
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IV. Kal. Sept. 
III. Kal. Sept. 
Pridie Kal. Sept. 



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IV. Kal. Oa. 


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Pridie Kal. Oa. 



A Mars. A l'Efperance. " — — 

Feries. De ce que César a subjugué l'Espagne. 

Lever du milieu du Lion. 

Au Salut au Mont Quirinal. 

A iEfperance. Coucher du milieu de l'Araure^ 

Coucher du milieu du Verfeau. 

Au foieil Indigete au Mont Quirinal. 

A Opis & à Cerès. 

A Hercule au Cirque Flaminien. Coucher de la Lyre. Commencement de l'An- 
tomne. •«■»»., 

Les Lignapefies. 

A Diane au bois Aricin. A Vertumne. Fêtes des Efclaves &des Servantes. 
Coucher au matin du Dauphin. 



Les Portumnales. A Janus.' 

Les Confualcs. Raviflement des Sabines; 

Les Vinales dernières. Mort d'Au^urte." 

Coucher de la Lyre. Le Soleil au ligne deîa Vierge.' 

Les Vinales Euftiques. Les grands Myfleres. Les Consuai.es: 

Lever au matin du Vendangeur. 

Les Vulcanales au Cirque Flaminien. 

Les tenes de la Lune. 

Les Opiconsives au Capitol^. 

Les Volturnales. 

A laVictoireinCuria. Coucher de la Flèche. Fin des vents Etefientf 

On montre les ornemens de la déêlTe Cerès. 
1 Lever au foir d'Andromède. 



SEPTEMBRE. 

Sous h protection de Vulcain. 



A Jupiter Maimaaes. Fêtes' à Neptune. 
A la viaoire d'Augufte. Feries. 
Les Dionyfiaques ou les Vendanges. 
Jeux Romains pendant huit jours-' 

A l'Erebe , d'un Bélier & d'une Brebis noire- 



Lever de la Chevrette.' 
Lever de la tête de Medufe.' 
Lever du milieu de la Vierge. 1 
Lever du milieu de l'Ardlure. 

A deSes. r ' DédiCaCe dU Capit ° le - Led ° U fiché P ar ^ Préteur. Départ des Hirsa* 

Epreuve des Chevaux. 

Les grands Jeux Ci rc en se s voués pendant cinq jour*. 

Lever au matin de LEpi de la Vierge;, 

Le Soleil dans le figne de la Balance. 

Le Merkatus pendant quatre jours. NaiŒmce de Romulus: 

. Coucher d'Argo & des PoîiTons. 

A Venus , à Saturne & à Mania. 

A Venus Mère. A la Fortune de retour. 
Fin du lever de la Vierge. 

Fcitin à Minerve. Les Meditrinales. 



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Pridie Kal. Nov. 



Coucher an matin du Bootes. .. 
On montre les ornemens de Cerès.' 
Aux dieux Mânes. 

Lever de l'Etoile brillante de la Couronne. 

Les Ramales. 

Les Meditrinales. Commencement de l'Hiver. 

Les Augustales. 

Les Fontinales. A Jupiter Libérateur. Jeux pendant trûiijuu 

Les Marchands à Mercure. 

jeux populaires. Coucher d'Ar&ure. 

A Jupiter Libérateur. Jeux. 

L'A RM 1 LUSTRE. 

Le Soleil au figne du Scorpion. 

Jeux pendant quatre jours. 

Au père Liber. Coucher du Taureau.' 



Jeux a la Victoire.' 

Les petits Myileres. Coucher des VirgiliesJ 

Les Feries de Vertumne. Jeux voués. 
Coucher d'Arclure. 






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NOVEMBRE. 

Sous la protection de la dkjje Diane. 



Kalendïs Nov. 

IV. Nonas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
Noms Nov. 
VI IL Idus 
VIL Idus 
VI. Idus 

V. Idus 

IV. Idus 

III. Idus 
Pridie Idus 
Idibus Nov. 
XVlII.Kal.Dec. 
XVII. Kal. Dec. 
XVI. Kal Dec. 
XV. Kal. Dec. 
XIV. Kal. Dec. 
XIII. Kal. Dec. 
XII. Kal. Dec. 
XL Kal. Dec. 

X. Kal Dec. 
IX. Kal. Dec. 
VIII. Kal. Dec. 
VU. Kal. Dec. 

VI. Kal. Dec. 

V. Kal. Dec. 

IV. Kal. Dec. 
III. Kal. Dec. 
Pridie Kal. Dec. 



Banquet de Jupiter. Jeux Circenfes. Coucher de la tête du Taureau. 
Coucher au foir d'Arcture. 
Lever au matin de la Fidicule. 

L e" s Neptunales. Jeux pendant huit jours. 

Montre des ornemens. 

Lever de la Claire du Scorpion. 



Clôture de la Mer. Coucher des Virgilics 

Banquet commandé. Les LefHfternies. 
Epreuve des Chevaux. 

Jeux populaires au Cirque durant trois jours. 
Fin des femailles de Froment. 

Le MerKatus durant trois jours. Le Soleil au figne du Sagittaire, 

Souper des Pontifes en l'honneur de Cybele, 

Coucher des Cornes du Taureau. 

Les Libérales. Coucher au matin du Lièvre. 

A Piuton & à Proferpine. 

Bruma ou les Brumales pendant trois jour* 
Coucher de la Canicule. 

Sacrifices mortuaires aux Gaulois déterrés , & aux Grecs in Foro Boarh. 



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DECEMBRE. 

Sous la protection de la déejje Vefla. 



XI 
XIX 

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XVI 

V 

XIII 

II 

X 

XVIII 
VII 

XV 
IV 

XII 

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IX 



XVII 
VI 

XIV 

III 

XI 



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30 

3 1 



Kalcndis Dec. 

IV. Nouas 

III. Nonas 
Pridie Nonas 
Noms Decerabris. 
VIII. Idus 
Vil. Idus 
VI. Idus 

V. Idus 

IV. Idus 
III. Idus 
Pridie Idus 
Idibus Decemb. 
XIX. Kal. Jan. 
XVIII. Kal. Jan. 
XVII. Kal. Jan. 
XVI. Kal. Jan. 
XV. Kal. Jan. 
XIV. Kal. Jan. 
XIII. Kai. Jan. 
XII. Kal. Jan. 
XL Kal. Jan. 
X. Kal. Jan. 

IX. Kaî. Jan. 
VI IL Kat. Jan. 
VII. Kal. Jan. 
VI. Kal. Jan. 
V. Kal. Jan. 
IV. Kal. Jan. 
III. Kal. Jan. 
Pridie Kal. Jan. 



A la Fortune Féminin*. 



A Minerve & à Neptune. 
Les Faunales. 

Coucher du milieu du Sagittaire, 
Lever au milieu de TAigle. 

A Junon Jugale. 

Les Agonales. Les quatorze jours Alcyoniens.' 

Les Equiries ou courfe des Chevaux. 

Les Brumaies. Les Ambrofianes. 

Les Consuales. Lever du matin de l'Ecrevice entière. 

Les Saturnales pendant cinq jours. 

Lever du Cigne. Le Soleil au ligne du Capricorne. 

Les Opalienes. 

Les Sagittaires pendant deux jours. 

Les Angeronales. Les Divales. A Hercule & à Venus avec du virt mielé. 

Les Compitales. Les Feries dédiées aux Lares. Jeux. 

Les Feries de Jupiter. Les Larèntinales ou Laurentinales. Coucher dç 

la Chèvre. 
Les Juvenales. Jeux. 
La fin des Brumaies. Solflice d'Hiver. 

A Phcebus pendant trois jours. Lever au matin du Dauphin. 

Coucher au foir de TAigle. 
Coucher au foir de la Canicule. 






CALENDRINO ou CALANDRINO (Philippe) 
cardinal de Sarzane en Italie, ck frère utérin du pape 
Nicotas V , étoit un homme d'un rare mérite , fage 6k 
craignant Dieu : il fut chanoine 6k archidiacre de Lu- 
ques ck puis évêque de Boulogne; 6k le pape Nico- 
las V, qui donnoit tout à la vertu ck au mérite, le 
mit au nombre des cardinaux à la fin de décembre de 
l'an 1448. Quelque temps après il fut légat dans la 
Marche d'Ancone , où il gouverna avec tant de pru- 
dence ck de modération , que les peuples de cette pro- 
vince le comblèrent de mille bénédictions. Pie II le 
fit grand pénitencier de l'églife , ck Paul II le pourvut 
de révêché de Porto. Calendrino Ce trouva à l'élec- 
tion de Sixte IV , ck mourut à Bagnaia dans le dio- 
cèfè de Viteibe le 22 juillet 1476 , à l'âge de 73 ans. 
Son corps fut porté à Rome , ck enterré dans l'églife 
de S. Laurent in Lucïna , où l'on voit fon épitaphe. 
* Platina , in Nie. V. Sigonius, /. 4. Garimbert 7 Onu- 
phre , Ciaconius, Ughel, Auberi. 

CALENIUS ( Gautier ) Anglois , natif de la prin- 
cipauté de Galles , 6k archidiacre d'Oxfort , vivoit du 
temps de Henri 1 roi d'Angleterre, vers Fan 1120. 
Il fît une addition de plus de 400 ans à l'hiftoire de 
fon pays , qu'on traduifit depuis en latin , ck qu'on 
mit même en abrégé. Cet ouvrage eft intitulé, auclua- 
rium annalium Britannitz. Il écrivit encore de rébus 
fui umporis , &c. * Balaeus ck Pitfeus , de feript. Angl. 
Vofïïus , /. 2 , de hiji. Lat. c. 48. 

CALENTIUS ( Elifrus ) poète latin , étoit un allez 
beau génie : Ces vers ck fa profe font eftimés. Il naquit 
au royaume de Naples dans le quinzième fiécle, ck 
eut plufieurs frères. Il parle dans une de Ces lettres 
d'un , nommé Marias , qui mourut à l'âge de quarante- 
trois ans , ck lailTa deux enfans. Elifius fut précepteur 
de Frédéric , fils de Ferdinand I roi de Naples ck de 
Sicile , lequel régna quelque temps après fon neveu 
Ferdinand IL II tâcha de n'infpirer à fon élevé, comme 
il le dit lui-même , que l'amour de la piété , de la dou- 
ceur ck de la juftice, C'eft que lui-môme faifoit une 



grande eflime de ces vertus. Il n'approuvoît pas que 
l'on fît mourir les criminels. Il eût voulu qu'on eût 
obligé les voleurs à reftituer ce qu'ils avoient pris , ck 
qu'on les eût fuftigés : qu'on eût fait les homicides en- 
claves de ceux qu'ils auraient offenfés : qu'on envoyât 
les médians dans les mines bu aux galères. Il aimoit 
l'agriculture, ck il y étoit habile. Il s'occupoit volon- 
tiers du foin de planter des arbres , de les tailler & 
de les greffer , de femer des herbes ck des légumes ; 
c'étoit pour lui un agréable amufement. Etant venu 
en France , il y fut témoin de la guerre que Charles 
le Hardi , duc de Bourgogne , fit aiix SuifTes. On vou- 
lut l'engager à en écrire l'hiftoire; mais il le refufar 
parce , dit-il , qu'il n'étoit pas sûr de parler mal des 
princes , ck qu'un homme de bien ne devoit pas dire 
des menfonges. On voit par fes lettres qu'il s'étoit 
marié fort jeune , qu'il aimoit beaucoup fa femme , 
6k qu'il en avoit.^plufîeurs enfans. Cependant on l'a 
aceufé de s'être livré à des amours illicites, çk en 
conféquence d'avoir été très-pauvre. Il femble même 
en convenir dans ces vers : 

Talia pojî cintres de me toto orbe legantur ," 
Scriptaquefînt tumulo car mina digna mto. 

Ingenium natura dédit , fortuna poëtœ 
Défait t atque inopem vivere fecit amor. 

Mais il a voulu dire feulement , fans doute , qu'il 
n'étoit pas riche : car le prince Frédéric dont il avoit 
été précepteur, l'aima toujours beaucoup. Il n'avoît que 
vingt ans plus que fon difciple. Etant tombé dans une 
paralyfie goutteufe , il fut obligé d'aller aux eaux chau- 
des de Pouzoles 6k de Bayes. Les médecins vouloient 
lui faire couper le pied gauche. On ne fait pas en quel 
temps il mourut ; c'étoit avant l'an 1 503 , auquel mou- 
rut Pontanus ; car on a de celui-ci une lettre écrite à 
Lucio Calentio , fils d'Elifîus , où il l'exhorte de fe 
rendre digne de la réputation que fon père avoit ac- 
quife par fon efprït. Calentius avoit encore fà mère 
vivante lorfqu'il 'mourut. Près de fa fin , il recommanda 

Tome III, H 



58 



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à fon fils de mettre fur fon tombeau une épitaphe qu il 
avoit lui-même compoféc. On a t'ait trois éditions des 
ouvrages de Calentius : une dont il parle lui-même dans 
une lettre au roi Ferdinand ï ; une autre à Rome x au 
commencement du feiziéme fiécle, in-folio, & une 
troifiéme à Bafle en 1554. Celle de Rome eft inti- 
tulée , Opufcula Elifd Calentii, poêlas clanpm, 6t 
contient ce qui fuit: i°. Elegiarum Aurimpicc ad^Colo- 
tliun llbri très. Ange Colocci fut depuis évoque, z . £/>/- 
grammaton libellas. 3 9 . Epijlolarum ad Hiaracum libn 
très. Cet Hiaracus eft le prince Frédéric, depuis roi de 
Naples. Il y a cent cinquante lettres en profe ck cour- 
tes ; mais toutes ne font pas adreflees au prince Fré- 
déric. 4 . Hictoris korrenda apparitio > liber unus. 
5°. De bcllo ranarum Hbti très. C'eft un poème du 
combat des rats contre les grenouilles , dont le fujet 
eft tiré d'Homère. Il l'adreffa à fon fils : il n'avoit 
que dix-huit ans quand il compofa ce poème, ck le 
fit eu fept jours. 6 g . Satyra contra poêlas. j°. Satyra 
ad Longum, qubd non fit locus amicitiœ. 8°. Carmen 
nuptiale , ( in D. Hippoly tam ck A. Brutiorum ducem. ) 
9 . Nova fabula. ( Cineus ck Phiale amantes in ca- 
nes converti. ) On lit à la fin du volume , Opufcula 
Elifii Calentii , poètee, clariffuni , expliciunt. Imprefa 
Roma anno Dominï 1503 , die verb duodecimo menjîs 
dteembris , fedente Julio II, pontifia maximo , anno 
ejus primo. Outre ces ouvrages , Pontanus parle d'un 
livre De regibus Appulis , dédié à Sannazar , auquel 
Calentius n'avoit pas mis la dernière main. * Foyei 
le tome III des Singularités hijloriques & littéraires par 
dom Liron, bénédictin de la congrégation de S. Maur , 
page 415, ck fuivantes. Il n'y eft pas parlé d'une 
édition des lettres de Calentius, faite à Louvain en 
1 5 1 5 , in-4. , dans laquelle on trouve quelques ou- 
vrages d'Adrien Barland. Le poème d'Elifius Calentius 
fur le combat des rats ck des grenouilles , plus imité 
que traduit d'Homère , ck divifé en trois chants , a été 
réimprimé en 1738 à Rouen, dans un recueil in- 11 
de Fables choifies de M. de la Fontaine, traduites en 
vers latins , ck autres pièces de poëfies : donné par 
M. l'abbé Saas , auteur de la préface. Le même poëme 
avoit été traduit très-librement en profe , ck imprimé 
à Paris en 1 534 , in-16 , fous ce titre : Les fantajliques 
batailles des grands rois Rodilardus & Croacus , tranf- 
laté de latin enfrancois , nouvellement imprimé , à Pa- 
ris 1534. Dans une épître latine qui fe trouve dans 
ce même livre , fous le nom SAntonius Milefius , 
celui-ci fe donne pour le traducteur françois de l'ou- 
vrage de Calentius. 

CALENUM , ville d'Italie , cherche^ C ARINOLA. 

CALENUS (Olenus) le plus fameux devin de 
fon temps parmi les Etruriens , auroit trompé les am- 
baftadeurs de Rome dans une affaire de la plus 
grande importance , fi fon fils ne leur avoit enfeigné 
les précautions nécefiaires pour n'être pas induits en 
erreur. Tarquin le fuperbe le fit confulter fur un pro- 
dige. On avoit trouvé la tête d'un homme en creu- 
fant les fondemens d'un temple , qu'il voulok bâtir à 
Jupiter fur le mont Tarpeïus. Il crut qu'il ne falloit 
point palier outre , fans (avoir ce que cela préfageoit : 
il fit venir les devins de fon royaume , mais ils lui répon- 
dirent qu'ils n'étoient pas aflez habiles pour lui expliquer 
ce préfage , ck qu'il falloit s'adreffer aux devins d'Etru- 
rie. Ils lui nommèrent le plus célèbre , ck auffîtôt il 
lui envoya des députés : quand ce devin eut connu 
que ce prodige fignifioit un grand bonheur , il tâcha 
de détourner au profit de l'Etrurie ce précieux avantage, 
ck d'en fruftrer les Romains. Il en ferait venu à bout , 
î\ leurs députés avertis de fes fineffes , n'enflent évité 
de prendre le change dans les réponfes qu'ils firent à 
{qs interrogations. Voici comment la chofe fe pafiTa. 
Dès que Calenus eut fu de quoi il étoit queftion j il 
traça un cercle fur la terre , il l'orienta par les lignes 
droites. Voici le mont Tarpeius , difoit - il aux am- 
bafTadeurs, voici l'orient, le midi, U feptenftion, 



V occident. Èf-U ici, efl-ce là, que la tête a été trou- 
vie? S'ils enflent répondu, cefl ici , les promettes du 
deftin eulfent été pour l'Etrurie ; le lieu où étoit Ca- 
lenus ferait devenu le fiége de la monarchie d'Italie : 
mais les députés fe tinrent bien fur leurs gardes , ce 
nef point ici , répondirent-ils toujours , que l'on a 
trouvé cette tête , on Fa trouvée fur le mont Tarpeius 
à Rome. Le fils de Calertus leur avoit appris cef, ex- 
pédient. Mon père , leur dit-il, vous appliquera le pro- 
dige , fans ufer d'aucun menfongt, car cela nef point 
permis à un devin , mais prene^ bien garde aux réponfes 
que vous fere^ à fes demandes. Il y a bien de l'ap- 
parence que Pline , qui raconte cette hiftoire dans fon 
livre XXVIII , n'y ajoutoit pas beaucoup de foi. 

CALEPIN ( Ambroife ) étoit de Calepio , bourg près 
de Bergame en Italie , dont il a tiré le nom de Ca- 
lepin, fous lequel il eft fort connu. 11 vivoit dans le 
XV fiécle ck au commencement du XVI. Il prit l'habit 
de religieux dans l'ordre des Auguftins , où fa vertu 
ck fa doctrine* le firent beaucoup eftimer. Son diction- 
naire , auquel il avoit long-temps travaillé , fut imprimé 
pour la première fois en 1503. Il mourut en 15 10, 
privé de la vue par fon extrême vieillefle , après avoir 
l'année précédente retouché fon ouvrage, qu'il dédia 
à Gilles de Viterbe , fon général , comme il paraît par 
fa lettre dédicatoire datée du premier octobre 1509. 
Depuis, cet ouvrage a été augmenté par Paflerat, 
Louis de la Cercla , Pierre-François Chifflet , tous deux 
jéfuites. D'autres l'avoient amplifié avant eux. * Jofepli 
Pamphjle , in chron. Auguf. Leandre Alberti , defeript* 
Ital. 

CALEPIO , bourg d'Italie, près de Bergame , donne 
fon nom à une vallée , dite Valle di Calepio , près 
du lac d'Ifeo. Il eft fitué fur l'Oglio ; & les auteurs 
latins le nomment Calepium , ck fes habitans Calepini. 
C'eft de-là qu'on a formé le nom d'Ambroife Cale- 
pin , dont on vient de parler. * Leandre Alberti. 
CALFORDE, cherchai CAL VORDE, 
CALHAT , QUALBAT ck QUELBAT, ville de 
l'Arabie heureufe. Cherche^ CALAJATE. 

CALIARI ou CAGLIARI ( Paul) peintre célèbre, 
connu fous le nom de Paul Veronese. Il étoit de 
Vérone en Italie, où il naquit en 1 530 ou 153 1 , de 
Gabriel Caliari fculpteur. Paul apprit à deftlner ck à 
peindre fous Antonio Badilde un de fes oncles ; ck 
comme il avoit un génie admirable pour la peinture , 
il y fit bientôt un merveilleux progrès : en effet, étant 
encore fort jeune , il peignit quelques tableaux à Vé- 
rone, dont on fit une eftime particulière. Le cardinal 
Hercule de Gonzague l'engagea à venir à Mantoue, 
pour y travailler à I'églife du Dôme , qui eft la ca- 
thédrale, Se il s'y acquit beaucoup de réputation. 
Depuis, il travailla dans quelques autres villes d'Ita- 
lie, ck s'arrêta à Venife ; c'eft- là qu'il acheva tant 
de merveilleux ouvrages, dont plusieurs fe font ré- 
pandus dans toute l'Europe , ck qu'il fut confùlté ôc 
employé pour tous les grands defîins du palais ducal , 
de la bibliothèque de S. Marc , ck de la falle du 
confeil des dix. Jl fit une feule fois un voyage à Rome 
en la compagnie de Jérôme Grimani , procurateur 
de S. Marc, ck amba'fladeur en cette cour : il retourna 
bientôt à Venife , ck continua d'y achever ces excel- 
lens ouvrages , qui rendront fon nom immortel. Il s'at- 
tacha fur-tout au coloris , ck peignit dans le goût du 
Titien , ck prefque toujours en concurrence du Tin- 
toret. On trouvoit plus de force dans les tableaux de 
ce dernier , ck plus de grâce ck de magnificence dans 
ceux de Paul Veronèfe , qui femble d'ailleurs avoir 
trop négligé le deftin ck le coftume. Cet habile peintre 
étoit très-homme de bien , pieux , civil ck magnifique. 
Il avoit un frère ck deux fils de même profeflïon que 
lui, ck il mourut en 1588, âgé de 58 ans. 

CALIARI (Benoît) frère du précédent, étoit peintre 
ck fculpteur. Il peignit fous fon frère , avec les^ ou- 
vrages duquel les liens ont été confondus. C'étoit un 



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homme fort laborieux , fans ambition : il mourut en 
1598, âgé de 90 ans. 

CALIARI ( Charles & Gabriel) fils de Paul, em- 
brarterent tous deux la profeftion de leur père. Le 
premier, dès l'âge de 18 ans , faifoit des tableaux 
qui égaloient ceux des plus habiles maîtres. On croit 
qu'il auroit été plus loin que fon père , s'il eût vécu 
auffi long-temps ; mais comme il étoit très-délicat , & 
qu'il travailloit avec une grande application , il fe gâta 
la poitrine & mourut en 1596, en la 16 année de 
fon âge. Gabriel fon frère s'adonna au négoce , quoi- 
qu'il rît quelques tableaux de temps à autre. Il mourut 
de perte en 163 1 , âgé de 63 ans. * Vafari , in vît. 
de Pïtt. Rodolfi , vit. de Pin. Vaut. 

CALICA , petite ville de la Turquie en Europe, 
Elle eft dans la Bulgarie , fur la mer noire , où elle 
a un bon port, entre la ville de Varne & celle de 
Pangala , que quelques géographes prennent pour l'ao- 
cienne CaLlaùa. * Mati , dici. 

&3=* CALICOUJLAN , petit royaume d'Afie fur 
la côte de Malabar , à l'extrémité méridionale des 
états du Samorin. Autrefois la compagnie hollandoife 
des Indes orientales y avoit un comptoir , & tiroit tous 
les ans de ce pays une afTez grande quantité de poi- 
vre. * La Martiniere , dici. géograph. 

CALICUT ou CALECUT , ville & royaume fur 
la côte de Malabar , dans la prefqu'ifle de l'Inde au- 
de-ç_à du golte de Bengale. Ceux du pays l'appellent 
Coicata , c'ert-à-dire , fortereffe du coq , pareeque , 
difent-ils, le royaume de Calicut ne s'étendoit pas au- 
trefois plus loin que le chant du coq. 

{^3f* Abulfeda nomme cette ville Khaliat ou Sha- 
liat. Sa latitude , félon l'obfervation du P. Noël , eft 
de onze dégrés dix - fept minutes. Sa fondation eft 
attribuée à Ceram - Perumal , qu'on dit avoir régné 
dans le Malabar avec autant de fagefte que de puif- 
fance , &: que les Indiens ont mis au rang de leurs 
divinités. L'époque que l'on cite de la fondation de 
cette ville eft rapportée par Scaliger à l'an 907 de 
Tére chrétienne ; une autre opinion fur ce fujet la 
remonte jufqu'à fan 825. Ainfi ce feroit anticiper fur 
les temps que de rechercher Calicut dans l'ancienne 
géographie. Il n'y avoit aucune ville auffi noriflante 
dans le Malabar , que Calicut , lorfque les Portugais 
y abordèrent en 1498, fous la conduite de Vafco de 
Gama. Le Samorin qui régnoit alors à Calicut , étoit 
reconnu comme empereur par tous les fouverains par- 
ticuliers des principautés du Malabar. Il a beaucoup 
perdu de ce degré de puifiance. Le mauvais fuccès de 
fes guerres avec les Portugais , qui crurent de leur 
intérêt d'élever le roi de Cochin au préjudice du Sa- 
morin, a beaucoup contribué à l'afFoibliflement de ce- 
lui-ci. Néanmoins , quelques vïcloires que les Portu- 
gais aient remportées en ce pays , ils n'ont pu s^ 
établir folidement. Aujourd'hui les François y ont un 
comptoir , ainfi que les Anglois ; & il s'y fait encore 
un artez grand commerce. * M. d'Anviile , éclaircifj'e- 
mens géographiques fur la. carte de l'Inde, p. 97. 

Les Anglois qui s'y font établi depuis longtemps, 
y ont bâti une maifon fur un lieu élevé , pareeque 
Celle qu'ils avoient auparavant avoit été fubmergée 
dans une inondation. Ce pays eft bas & fujet à des 
débordemens d'eaux. Le fable .du rivage eft mêlé de 
morceaux d'or très-fin , que chacun peut chercher 6k 
ramafîer pour fon profit. La forterefté que les Portu- 
gais avoient bâtie en 1529, allez loin du rivage, 
fe voit à plus de deux lieues en mer , à demi fubmer- 
gée : 6k les barques partent aifément entre ce château 
ck la terre. Cette ville étoit autrefois le féjour du Sa- 
morin , ou roi de Calicut: mais il n'y' demeure plus, 
& il y a mis un rajador ou gouverneur qui loge dans 
le palais. Zamorin ou Samori en langue du pays li- 
gnifie fouverai/i empereur , ou dieu fur la terre. Les 
gentilshommes de ce pays , qui s'appellent nayres , 
portent des braftelets de perles , 6k des anneaux d'or 



59 



pour fe diflinguer des perfonnes de moindre condi 
tioir qu'ils nomment Polîas. Il y a plufieurs de ces 
nayres qui ne fe marient point, pareequ'ils ont la li- 
berté de voir les femmes & les filles de leurs cama- 
rades quand il leur plaît. En entrant dans la maifon, 
ils lairtent leur épée 6k leur rondache à l'entrée , pour 
marquer qu'ils y font, 6k le maître même de la maifon 
voyant ces armes parte outre 6k n'y entre point. 
Les nayres portent tous les armes , 6k fe trouvent or- 
dinairement auprès de la perfonne du roi pour fa garde , 
6k pour l'accompagner à la guerre. Tous les polyas 
font gens de métier ou marchands. Le roi de Calicut 
ne mange de rien qui n'ait été auparavant préfenté à 
fa pagode ou idole. Il y a encore cela de particulier 
en ce royaume , que la nouvelle reine ( aufîi-bien que 
toutes les époufes ) eft mile entre les mains d'un bra- 
mm,'pour en difpofer avant la confommation du ma- 
riage ; 6k que ce n'eft pas le fils du roi , mais le fils 
de^ la feeur du roi qui fuccéde à la couronne , paree- 
qu'ils croient que ce moyen eft le plus fur pour avoir 
un fuccefleur du fang royal , la reine pouvant avoir 
des enfans d'un autre que du roi , particulièrement du 
bramin j 6k ceux de fa fœur étant toujours du fang 
royal, comme leur mère. On y trouve dïverfes fortes 
de religions ; des Païens , des Mahométans , des Ara- 
bes, des Chrétiens de S. Thomas, 6k de ceux qui 
ont été convertis par les miiïionaires. Le roi a fou- 
vent promis d'embraffer la religion chrétienne ; mais 
il n'a jamais exécuté fes promettes. Munfter , dans fa 
cofmographie , rapporte bien des particularités touchant 
la figure du démon que le roi du pays adoré avec fes 
prêtres. Voyez auffi Hofmanni lexicon. au mot Ca- 
licut. * Mandefio , tom. 2 ^'Olearius. Dellon , Rela- 
tions des Indes orientales. 

^ CALIDIUS (L. Julius) poëte latin, contemporain 
d'Atticus, quu mourut l'an de Rome 730, 6k 24 
avant J. C P. Volumnius ami d'Antoine , mit Calidius 
dans la lifte des proferits , à caufe des grands biens 
qu'il avoit dans l'Afrique. T. Pomponius Atticus, qui 
étoit fon ami , le délivra de ce danger. Calidius fut 
un des plus excellens poètes de fon fiécle , après la 
mort de Lucrèce 6k de Catulle. * Cornélius Nepos , 
dans la vie d'Atticus. 

^ CALIFE ou KHALIF, nom d'une dignité 
fouveraine parmi les Mahométans 6k les Arabes , qui 
originairement comprend un pouvoir abfolu, 6k une 
autorité indépendante fur tout ce qui regarde la re- 
ligion 6k le gouvernement politique. L'origine de ce 
nom vient de ce qu'Aboubekr , après la mort de Ma- 
homet, ayant été élu en 632 par les Arabes ou Sara- 
fins , pour remplir fa place , ne voulut point prendre 
d'autre titre que celui de Vicaire ou Succefteur, qu'on 
exprime en arabe par le mot Khalif. Omar qui fuc- 
céda à Aboubekr , prit le nom d'Emir al Moumenîn , 
qui lignifie Commandant des fidèles , 6k c'eft de-là 
qu'eft venu notre mot de Miramamolin. 

Il y a eu de grands Califes, reconnus dans tout 
l'empire des Sarafïns , 6k dans la fuite des Califes 
particuliers en différons pays. Les grands Califes font 
divifés en trois branches. La première renferme ceux 
qu'on nomme Rac/iedis, c'eft-à-dire, de la ligne droite , 
pareequ'ils étoient parens ou alliés de Mahomet; 6k 
ce font Aboubekr , Omar , Othman , Ali 6k fon fils 
Haftan ( voyez leurs titres). Leur fiége fut à Médine, 
en Arabie , où mourut Mahomet ; mais Ali le transféra 
à Coufah , en Iraque. Après lui Moavie , chef de la 
féconde branche nommée des OMMIADES , mit le 
ftégede l'empire à Damas, en Syrie, où il fut depuis 
661 jufqu'en 749, pendant le règne de cette famille, 
qui eut quatorze princes. 

La troifiéme branche des Califes eft celle des ABBAS- 
SIDES , qui ont été au nombre de trente-fept, 6k 
qui réfidoient dans flraque 6k fur-tout à Bagdet. Lorf- 
que ceux-ci s'emparèrent de l'autorité fouveraine parmi 
les Arabes , il fe fit un premier démembrement .de 

Tome III. H ij 



6o 



Kj A. ï-y 



CAL 



leur empire ; & il s'éleva des Califes particuliers Om- 
miadcs & Alides , en Efpagne , en Afrique , en Ara- 
bie , & enfuite en Egypte. Ceux de Bagdet perdirent 
vers Tan 900 l'autorité temporelle dans plusieurs pro- 
vinces , & ils furent obligés de donner des inveftitures 
à des gouverneurs qui fe rendirent indépendans. En- 
fuite leurs vifirs ou émirs al vmara , s'emparèrent 
•de tout le gouvernement dans les pays qui étoient reftés 
fournis aux grands Califes , & ces princes furent long- 
temps réduits au fpirituel par les Bonides &: les Sel- 
joucides , qui les dépofoient même à leur gré. Enfin 
depuis Tan 1151, ils" recouvrèrent l'autorité temporelle 
dans Bagdet & (es environs. Cette branche des Ab- 
fcaffides y prit fin par la mort de Moftaafem , trente- 
feptiéme & dernier Calife , qu'Holagou chef des Mo- 
gols fit mourir en 1158. Un Abbaffide s'étant fauve en 
Egypte , y fut reconnu Calife pour le fpirituel feule- 
ment, par lesMamelucs ou Mammelus qui y regnoient : 
fa race y a joui de cette qualité jufqu'à ce que les 
Turcs Ottomans fe foient emparé de ce pays en 1 5 17. 

* D'Herbelot , bibliothèque oriental:. 

CALIFORNIE, prefqu'ifle de l'Amérique fepten- 
trionale dans la mer du Sud , eft à l'occident du nou- 
veau Mexique , & n'en eft féparée que par le fleuve 
Colorado , comme remarque le P. Kino , jéfuite Alle- 
mand , qui pafTa du nouveau Mexique en Californie 
l'an 170 1 , n'ayant eu pour s'y rendre qu'à traverfer 
le Rio-Açil, ou rivière bleue , & le Colorado, dans 
lequel fe jette l'autre rivière. La longueur de la Ca- 
lifornie eft de fix à fept cens lieues du feptentrion au 
midi, depuis les promontoires appelles Cap blanc, 
Cap de S. Sébaftien, & Cabo Mendocino , jufques à 
on autre promontoire nommé Cabo de San-Lucar. 

* Voyez les Obfervations géographiques fur la Califor- 
nie , dans les Confédérations, bec, fur les nouvelles dé- 
couvertes au nord de la grande mer, par M. Buache, 
p. 64 & fuiv. 

La Californie fut premièrement découverte par Fer- 1 
dinand Cortès en 1 5 3 5 , & depuis , les Efpagnols ont 
feulement navigé fur fa côte occidentale, mais très- 
peu vers l'orientale. Il n'y a point de ville félon Bau- 
drancl , dans toute cette prefqu'ifle ; il n'y a qu'une co- 
lonie d'Efpagnols établie dans la partie méridionale , 
qu'ils appellent Californie , dans un fort bon terroir 
lur la côte , vis-à-vis de la nouvelle Efpagne. 

Pendant l'été, les chaleurs font fort grandes le 
long des côtes de Californie, & il y pleut rarement: 
l'air eft plus tempéré dans les terres. Quand la faifon 
des pluies eft paflee , la rofée eft abondante tous les 
matins ; & depuis le commencement d'avril jufqu'à la 
fin de juin , cette rofée eft accompagnée d'une efpéce 
Je manne qui (e congelé & s'endurcit fur les feuilles 
des rofeaux. Elle a toute la douceur du fucre , mais 
non pas fa blancheur. On trouve dans tout le pays 
de grandes plaines &c d'excellens pâturages. Il y a de 
fort bonne eau , ck des rivières fort poiflonneufes. 
Les arbres fruitiers y font beaux. Tous les légumes 
&: les grains qu'on y a femés y font très-biert venus. 
On y trouve deux efpéces de bêtes fauves inconnues 
en Europe , dont la chair eft bonne & délicate. Pref- 
que tous les oifeaux d'Efpagne , & tous ceux du Mexi- 
que , fe trouvent dans la Californie. On trouve dans 
les terres, des falines dont le fel eft blanc & très- 
dur. Le poifton de mer y eft bon & en abondance , 
mais la pêche des perles rend fur-tout ces côtes fa- 

meufes. 

Les Californiens n'ont point de maifons ; l'ombre 
des arbres les défend des ardeurs du foleil pendant 
le jour, &C ils fe font des efpéces de feuillées pour 
pafler la nuit. Pendant l'hiver ils s'enferment dans des 
caves qu'ils creufent en terre & y demeurent plufieurs 
enfemble. Les hommes font tout nuds. Ils fe ceignent 
feulement la tête d'une bande de toile très-déliée , & 
portent au cou , &c quelquefois aux mains , des nacres 
de perles aflez bien travaillées. Leurs armes font l'arc 4 



la flèche ou le javelot, &: ils les portent toujours à la 
main. Les femmes font vêtues un peu plus modeftement : 
elles ont à la ceinture une efpéce de tablier tifïu de ro- 
feaux, comme les nates les plus fines. Elles fe cou- 
vrent les épaules avec quelques peaux de bêtes , &: 
fe ceignent comme les hommes la tête avec des ro- 
feaux fort déliés. Elles portent auflî comme eux des 
colliers & des braflelets. L'occupation la plus ordi- 
naire des hommes & des femmes , c'eft de filer. Les 
hommes font encore une efpéce de vaifTelle avec di- 
verfes herbes dont les fibres font fort ferrées. Les Ca- 
liforniens n'ont aucune forme de gouvernement , ni 
de ' culte réglé : on a cependant remarqué qu'ils ado- 
rent la lune , &C qu'ils fe coupent les cheveux en fou 
honneur. Chaque famille fe fait (es loix à fou gré ; 
de-là vient la divifion qui régne parmi eux , & les 
fréquentes guerres qu'ils fe font. * Lettres édifiantes 
& curieufes dei miffionaires jéfuites , V. Recueil , 1705. 

CALIGARI ou PELACANl (François) 'de Flo- 
rence, profefieur de mathématiques, vivoit en 1515. 
Il écrivit en italien un traité d'algèbre , & treize li- 
vres d'arithmétique pratique , qu'il dédia à Jules de 
Médicis -, depuis pape fous le nom de Clément VIL 
* Pocciancius, defeript. Florent. Voflîus , de mathem, 

CALIGNON ( SofFrei ) chancelier de Navarre fous 
Henri LV , naquit à Saint-Jean , près de Voiron en 
Dauphiné. Il fut d'abord miniftre de la religion préten- 
due réformée , & fecrétaire de M. de Lefdiguieres , 
depuis connétable. Ses talens lui procurèrent des em- 
plois plus diftingués. Il fut fucceffivement fecrétaire 
du roi de Navarre , confeiller , & puis préfident en 
la chambre de l'édit , enfin chancelier de Navarre. 
Henri IV l'employa dans les négociations les plus dif- 
ficiles ; & ce fut lui .qui travailla avec M. de Thou à 
drefler l'édit de Nantes. Il mourut à Paris y âgé de 
cinquante-fix ans, au mois de feptembre 1606. D'Au- 
bigné en parle en plufieurs endroits comme d'un hom- 
me de tête , &: que l'on confultoit volontiers ; & 
M. de Thou le repréfenre comme très-habile dans les 
belles-lettres , dans la philofophie , dans les mathéma- 
tiques, dans la jurifprudence , & comme confommé 
dans les affaires & dans Tufage du monde. Henri IV 
difoit que û Calignon eut été catholique , il l'auroir 
fait chancelier de France. Du Verdier Vauprivas nous 
a confervé de lui une fatyre en vers , intitulée le mé- 
pris des dames. * Du Verdier , bibl. Chorier , hift. 
du Dauphiné, t. 2. Teifiîer, éloges des hommes illuf- 
tres, t. 2. D'Aubigné, hift. t. 2 6c 3. L'abbé Lenglet, 
méthode pour étudier Vhiftoire > édit. 173 5, in-4 , p. 83, 
dit que l'on attribue à Calignon l'ouvrage fuivant : Hif- 
toire des chofes plus remarquables advenues en Fran&c 
Cannées 1587, 1588 & l 589 , par S. C. in-8 9 , 1590. 
Ces deux lettres initiales S. C. lignifient Soffrei Cali- 
gnon. Les éditeurs du dictionnaire de Moreri imprimé 
en Hollande en 1740, diient que Calignon a répondu 
à la bulle de Sixte V, par laquelle ce pape déclarait 
Henri IV incapable de fuccéder à la couronne de France , 
& que cet écrit à été publié. Ils ajoutent que Cali- 
gnon a aurfî compofé une apologie du roi de Navarre , 
contre un livre intitulé , Incendium calvinifticum à Na- 
varri legatis apud quofdam imperii ordines , ad certain 
religionis ac reipublicœ conturbationem procuratum. 

CALIGULA ( Caïus Julius Céfar Germanicus ) em- 
pereur Romain , naquit le 3 1 août l'an 1 2 de J. C. 
& fuccéda à Tibère l'an 37. On ne convient point du 
lieu de la naiftance de Caligula. Quelques-uns ont pré- 
tendu qu'il naquit à Tivoli , ou à Antium , près de 
Rome ; d'autres en un village près de Coblents au 
diocèfe de Trêves , & parmi les quartiers des légions. 
Quoi qu'il en foit , il eft confiant qu'il étoit fils de Ger- 
manicus & d'Agrippine , & qu'il vint au monde pen- 
dant que fon père étoit conful avec C. Fonteïus. Il 
fut élevé dès fon enfance dans les armées de la Ger- 
manie , dont fon père étoit les délices aufli-bien que du 
peuple romain. Ce fut même dans ces troupes qu'il 



CAL 

reçut le furnoni de Caligula , du mot latin caîïga ," 
chauflure militaire ; mais depuis qu'il fut parvenu à 
l'empire , c'étoit lui faire une injure digne de punition , 
que de lui donner le nom de Caligula , qu'il avoit tant 
aimé avant que d'être empereur. Il avoit auffi porté 
dès l'enfance le nom de Céfar , pareeque fon père étoit 
entré dans la famille des Céfars, par l'adoption que 
Tibère, fils adoptif d'Augufte , fit de fa perfonne. On 
lui donna encore le nom de Jules , qui étoit propre à 
la famille des Céfars. Enfin on Fappelloit auffi Ger- 
manicus comme fon père. D'abord qu'il eut atteint l'âge 
de vingt ans, il relia toujours auprès de Tibère; 6k 
fut fi bien imiter la difïlmulation qui étoit propre à cet 
empereur, qu'il ne fit éclater aucune des mauvaifes 
qualités que l'on remarqua en lui lorfqu'il fut parvenu 
à l'empire ; c'eft ce qui a donné lieu à Suétone de 
dire qu'il ny avoit jamais eu de meilleur valet & de 
plus mauvais maître. Caligula ne prit la robe virile 
qu'à vingt ans , au lieu que les aàSb os- la prenoient à 
dix-fept. Tibère le fit pontife, 6k l'an 33 de J. C. il 
lui donna entrée dans les dignités en le faifant quef- 
teur , le déclara prince de la jeuneffe , 6k lui fit épou- 
fer Junia Claudia ou Claudilla, fille de M. Junius Si- 
lanus. Cette femme étant morte peu de temps après, 
Macron rechercha 6k gagna l'amitié de Caligula , en 
lui abandonnant fa propre femme. Caligula s'étoit déjà 
fignalé avant fon mariage par ks impudicités affreufes ; 
enforte que quelques auteurs l'acculent d'avoir violé 
fa feeur Drufille. Tel étoit Caligula, quand il fe trouva 
maître de l'empire à l'âge de 25 ans, l'an 37 de J. C. 
Tibère par fon teftament lui avoit donné, l'an 36, 
pour collègue, fon petit-fils Tiberius Nero Gemellus, 
âgé feulement de feize ou dix-fept ans. Caligula fit 
caiTer ce teftament par le fénat, fous prétexte que Ti- 
bère n'avoit pas eu l'efprit fain & libre , lorfqu'il avoit 
confié l'empire à fon petit-fils dans l'âge où il étoit , 
ck l'on donna à Caligula feul la fouveraine puifîànce. 
D'abord il harangua le fénat avec une moderne qui 
charma tous ceux qui l'entendirent. Il leur promit uuq 
part entière au gouvernement , 6k de faire tout ce qu'ils 
jugeroient à propos , comme leur fils ck leur élevé. Il 
rerufa par une modeftie affeclée les titres 6k les char- 
ges honorables qu'on vouloit lui donner ; mais il dé- 
généra d'une fi horrible manière , qu'il fit regreter le 
règne de fon prédéceffeur , quoique très-cruel. Ceux 
qui ont dit que la nature l'avoit choifi afin de mon- 
trer au monde jufqu'où elle pouvoit étendre fes forces 
du côté du mal , paroiffent avoir rencontré afifez julle. 
Il fit un voyage dans les iiles de Pendataire 6k de 
Ponce , d'où il rapporta les os 6k ks cendres de fa 
mère 6k de fon frère Néron , ck; les fit mettre dans 
le monument d'Augufte. Il fit un paquet de tous les 
papiers que Tibère avoit ramafTés contr'eux 6k contre 
les autres perfonnes acculées de lèze-majefté , 6k le 
brûla publiquement fans avoir la curiofité d'en lire au- 
cun. Peu de jours après qu'il fut arrivé à Rome , il 
rendit la liberté à Agrippa, petit-fils d'Herode , que 
Tibère avoit fait empriibnner fix mois auDaravant. Il 
élargit auffi tous les autres prifonniers , rétablit tous 
ceux que Tibère avoit dépofés ou exilés , accorda une 
amniftie à tous ceux qui avoient été aceufés ou arrêtés 
*pour crime de lèze-majefté , ck défendit d'aceufer per- 
fonne de ce crime. Il donna enfuite à Antonia fa 
grand'-mere le nom ÏÏAugup , la qualité de pretrefte 
d'Augufte , ck tous les privilèges des Veftales. Il ac- 
corda auffi ce dernier privilège à fes fœurs Drufille , 
Agrippine , ck Liville ou Julie , aètion que l'on regarda 
plutôt comme une récompenfe du commerce criminel 
que quelques auteurs difent qu'il eut avec elles , que 
comme la marque d'un bon naturel. Caligula fut fait 
conful au mois de juillet de l'an 37 de Jefus-Chrift , 
ck voulut avoir pour collègue Claude fon oncle , que 
la foiblefïe de fon efprit avoit écarté jufqu'alors des 
charges. Le 3 1 août de la même année il fit repré- 
senter des jeux très-magnifiques, dont on rapporte une 



CAL 6î 

miguîarité qui mérite de trouver ici fa place; favoif* 
que ce fut pendant ces jeux que l'on commença à mettre 
des couffins fur les bancs nuds. Caligula fit des dépen- 
ds fi exceffives pour les fréquentes repréfentations des 
jeux, qu'il diffipa en peu de mois des tréfors nnmenfes 
que Tibère avoit amaffés en plufteurs années. Ils fe 
montoient, dit-on, félon notre façon de compter, à 
foixante ck deux millions fix cens foixante ck quinze 
mille écus d'or. Dans la fuite il ne fit point fcrupule 
de commettre ks plus horribles injuftices 6k ks plus 
grandes baffiefTes qu'il croyoit utiles pour lui faire trou- 
ver de l'argent. Il rendit à Antiochus le royaume dé 
Comagène, que les Romains avoient pris fur un autre 
Antiochus , père de celui-ci , fck qui avoit été réduit 
en province dix-neuf ans auparavant. Il ajouta à ce 
royaume la Cihcie maritime, ck lui donna une fomme 
conhdérabîe , comme pour lui reftituer ks revenus que 
le fife avoit tirés de fes états, pendant que les Ro- 
mains en avoient joui. 

Caligula tint feulement le confulat pendant deux mois 
& douze jours , c'eft-à-dire , jufqu'au 1 2 de feptembre , 
6k laifta cette dignité pendant les derniers mois de cette 
année à ceux que Tibère avoit défignés pour la remplir. 
Il tomba extrêmement malade vers la fin d'oètobre ; 
cette maladie cauièe par fes excès 6k par fes débauches ' 
jetta la confternation parmi le peuple , dont il avoit 
trouvé le fecret de fe faire aimer ; fa convalefcence chan- 
gea la triftefTe du peuple en une joie dont il donna 
des témoignages 6k des marques par les fêtes 6k les ré- 
jouiftances dont elle fut fuivie. Ce que l'on regardoit 
comme la guérifon de Caligula, ne fut que le commen- 
cement des maux 6k des cruautés que le changement 
de fon tempérament lui fit commettre. Il avoit refufé 
d'abord les titres d'augufte, d'empereur, de père de la 
patrie, de grand pontife, 6k la pmfTance du tribunat ; 
mais depuis fa convalefcence il les prit tous en un feul 
jour , à l'exception de celui de père de la patrie, qu'il 
ne prit que quelque temps après ks autres. Il ajouta 
à ces grands noms ceux de pieux , de fils des troupes, 
de père des armées , d'excellent 6k de très-grand Céfar. 
Sa folie alla même jufqu'à vouloir fe faire paffer pour 
Dieu ; il faifoit ôter la tête aux images des divi- 
nités anciennes , 6k y faifoit mettre la fîenne : 'il 
fe plaçoit entre les ftatues de Caffoj- & de Pollux 
pour iè faire adorer ; 6k fe vamoit de coucher avec 
la lune. Il ne vouloit pas feulement être adoré comme 
un dieu , 6k être appelle le nouveau Jupiter , fe 
faifant adorer la barbe , 6k prenant un foudre à la 
main ; mais il affeètoit de repréfenter en fa perfonne 
tous les dieux 6k toutes les déeftes : il portoit tantôt un 
trident comme Neptune , tantôt un caducée comme 
Mercure , 6k tantôt une lyre comme Apollon. Quel- 
quefois il prenoit une pique 6k un bouclier, pour ref- 
fembler à Mars , ou une mafTue pour repréfenter Her- 
cule. Souvent il s'habilîoit en Venus , avec une couronne 
de myrte , puis en Diane avec le javelot èk le carquois. 
Lorfqu'il vouloit paroître en homme, il fe fervoit d'un 
manteau brodé d'or , de pierreries 6k de perles : quel- 
quefois il s'avifoit de faire le héros , avec le corcelet d'A- 
lexandre , qu'on avoit tiré du tombeau de ce conqué- 
rant ; mais il marchoit ordinairement avec les ornemens 
triomphaux , c'eft-à-dire , avec la couronne de laurier ou 
d'or , le bâton d'ivoire , la robe bordée de pourpre , 6k 
la cafaque brochée à palmes. Il avoir des machines aved 
lefquelles il faifoit durant les éclairs une eipéce de ton- 
nerre ; 6k lorfque la foudre tomboit , il lançoit une pierre 
contre le ciel avec ces paroles impies : Tue-moi, ou Je té 
nierai. Ces folies furent bientôt fuivies de plufieurs ac- 
tions de cruauté ; il commença à les fîgnaler par la mort 
du jeune Tibère. Le jour que ce prince entroit dans la 
dix-neuvième année de fon âge ? Caligula l'adopta pour 
fils , 6k le déclara prince de la jeuneffe , afin , dit Phi- 
Ion , de lui Ôter le droit de partager l'empire , 6k d'être 
maître de lui 6k de fa vie , félon l'autorité que le droit 
romain donnoit aux pères, En effet Caligula ôta la vie 



6i 



CAL 



CAL 



ù ce jeune prince lorfqu'il s'y attendoit le moins ; il 
fit porter l'arrêt de mort à Tibère par un tribun ac- 
compagné de quelques centenicrs , & obligea ce jeune 
prince à fe tuer lui-même , fous prétexte qu'il n'étoit 
permis à pcrfonne de mettre la main fur le petit - fils 
•d'un empereur. Il traita fa giand'-mere Antonia avec la 
même cruauté. Dion met aufli fur l'on compte la mort 
de Silanus, fonbeau-pere & proconful d'Afrique, qu'il 
-contraignit de fe couper la gorge. Toutes ces actions 
arrivèrent l'an 38 ck 39 de J. C. Celles qui fui virent 
furent encore plus criantes ; car ne fe contentant pas 
d'avoir fait mourir quantité de perfonnes d'une manière 
inhumaine dans les fpeftacles publics , il obligea Ma- 
cron , gouverneur d'Egypte , fa femme & fes enfans , 
à qui ii étoit redevable de l'empire & de la vie , de fe 
donner la mort. II enleva Oreftina , femme de C. Cal- 
purnius Pifon , le jour &c dans le temps même dufeftin 
des noces , ck l'époufa. Il fe laffa de cette alliance , car 
il répudia cette femme quelques jours après , ck la relé- 
gua avec Pifon fon mari, avec lequel on prétendoit qu'elle 
«'étoit réconciliée. Caligula fe maria enfuite à Lollia Pauli- 
iw, quoique C. Memmius Regulus, gouverneur de Macé- 
doine ck d'Achaïe fon époux , fut encore vivant. L'an 39 
de J. C. Caligula fut fait coni'ul pour la féconde fois. Les 
occupations férieufes de cette charge ne diminuèrent pas 
la diflipation ck les extravagances de cet empereur. Il 
• cherchoit chaque jour à fefignaier par quelque fingularité 
cruelle ou bifare. Rien ne prouve mieux fa folie, que ce 
qu'il fit par rapport à fon cheval nommé Incitatus : il l'in- 
vitoit à fouper , lui faifoit fervir de l'orge dorée, ck préfen- 
ter du vin dans des vafes d'or. Il lui avoit fait faire une 
écurie de marbre , une auge d'ivoire , des couvertures de 
pourpre , ck un collier de perles. Il lui avoit donné une 
maifon , des ferviteurs , ck des meubles pour recevoir 
magnifiquement' ceux qui feroient priés de fa part à fou- 
per. Il juroit par fa vie ck par fa fortune , l'avoit déclaré 
pontife , promettoit de le faire conful , ck eût peut-être 
exécuté cette promefle , s'il eût vécu plus long - temps. 
Quelque bifare que fût ce procédé , il en conçut un au- 
tre qui ne le paroiffoit pas moins , ce fut de faire un 
pont fur la mer : il le commença , & en fit conftruire en- 
viron cinq quarts de lieues de long ; mais tous les vaif- 
feaux ayant été employés à ce ridicule deffein, il ne s'en 
trouva plus pour, apporter du bled à Rome : ce qui y 
caufa une très-grande famine , qui dura jufque fous l'em- 
pire de Claude. Les dépenfes excefTives que l'empereur 
avoit faites pour la continuation de ce pont , le portè- 
rent à faire mourir plufieurs perfonnes très -opulentes , 
afin de pouvoir s'emparer de leurs biens. Vitellius , gou- 
verneur de Syrie , pour fe conferver la vie , eut la lâcheté 
d'adorer Caligula comme une divinité ,& fut le premier 
qui fit une loi pour obliger les Romains à faire la même 
chofe. L'empereur pafla les Alpes , ck fit mourir les plus 
riches habitans des Gaules , fous prétexte qu'il avoit 
perdu fon argent au jeu. Il fit mourir Getulicus ck Le- 
pidus , fous prétexte d'une conjuration dans laquelle il 
prétendit que l'es propres feeurs avoient eu part ; pour 
les punir de ce crime qu'il leur imputoit , il les chaffa de 
ia cour. Quelque tems après il répudia fa femme Pau- 
line , ck époufa Milonia Cefonia le jour même qu'elle 
étoit accouchée d'une fille , dont il s'avoua le père , & 
à qui il donna le nom de Julia Drufilla. Ca'fus s'empara 
ck exerça la charge de conful pendant les douze 
premiers jours de l'an 40 de Jefus-Chrift , ck la quitta 
après ce temps -là pour s'occuper uniquement de fes 
cruautés. Il les recommença par la mort de Ptolémée , 
roi d'une partie de l'Afrique , & par l'empoifon- 
nement de Mithridate roi d'Arménie. Vers le même 
temps , comme s'il eût formé le deffein de paffer 
en Angleterre , \h s'avança à la tête de fon armée 
jufque fur les bords de l'océan , où l'ayant fait ran- 
ger en bataille, il donna le lignai du combat; l'éton- 
nement des troupes fut extrême , quand ils virent 
aboutir tous ces grands préparatifs à l'ordre qu'il leur 
donna de ramafler des coquilles fur le bord du rivage , 



Se d'en remplir leurs habits ck leurs cafques. Caligula 
crut que ces exploits ridicules méritoient les honneurs du 
triomphe , 6k il conçut une fi cruelle haine contre leTé- 
nat , qui n'avoit pas cru devoir les lui déférer , qu'il 
réfolut de faire mourir tous les fénateurs : il n'exécuta 
pas néanmoins fon deffein. Il conçut celui de faire pla- 
cer fa ftatue dans le temple de Jérufalem , à caufe de la 
répugnance qu'il favoit que les Juifs auroient à lui ren- 
dre un honneur que leur loi condamnoit. L'an 40 de 
J. C. il donna ordre à Pétrone , gouverneur de Syrie , 
de faire tailler une ftatue qui le repréfentât fous la forme 
de Jupiter , ck de la faire placer dans le fanftuaire. Ce 
dernier vit tant de confternation dans l'efprit de tous les 
Juifs d'Orient , que craignant quelque révolte , il écri- 
vit à l'empereur que les ouvriers n'avoient pu achever 
la ftatue. Caligula pénétra fon defTein , ck entra dans 
une fureur étrange contre lui ; mais le roi Agrippa ayant 
appris fon intention , tomba évanoui , ck lui écrivit de- 
puis une lettre ^£?àuchante , qu'il promit de ne faire 
aucune innovation dans le temple des Juifs ; il s'en re- 
pentit peu après , ck ordonna de faire à Rome un co- 
loffe doré , pour le pjacer dans le fancluaire , avant que 
l'on en fût aucune nouvelle. Afiaticus ck Chœrea , pi- 
qués de fes railleries , formèrent une conjuration contre 
lui , dans laquelle plufieurs perfonnes entrèrent. Chac- 
rea commença d'infulter Caligula dans le temps qu'il 
fortoit du théâtre : plufieurs perfonnes le fécondèrent 
en frapant Caligula de plufieurs coups , que quelques 
auteurs font monter jufqu'à trente ; ck enfin Aquila lui 
donna le coup de la mort , le Z4 janvier de l'an 41 de 
J. C. après un régne de trois ans, neuf mois & vingt-huit 
jours , étant âgé de vingt-huit ans, quatre mois ck vingt- 
quatre jours. La nuit d'après , fa femme Cefonia ck là 
fille furent tuées par Julius Lupus qui en avoit reçu l'or- 
dre de Chaerea. 

Caligula avoit un naturel violent ck impétueux , uns 
légèreté & une inconftance qui tenoit de la fureur. Dès 
fa plus tendre jeuneffe il avoit été porté à la débauche 
& à la cruauté ; il aimo'it pafïïonnément à railler ck à 
piquer tout le monde par des moqueries fanglantes,ck 
regardoit comme des 'injures les moindres paroles qui 
ne répondoient pas à l'idée que fon orgueil lui donnoït 
de lui-même. Il étoit très-crédule , ck ajoutait foi aux 
calomnies les plus noires ck les plus atroces ; enfin il 
étoit très - timide dans les dangers , ck très -cruel quand 
il croyoit le pouvoir être impunément. Son extérieur 
répondoit affez aux défauts de fon efprit , du moins fé- 
lon le portrait que les médailles ck les hiftoriens nous 
font de ce prince , qui félon les uns ck les autres , avoit 
le menton relevé , le regard terrible ( ce qu'il affeéïoit 
pour imprimer de la crainte dans le cœur de ceux qui 
l'approchoient ) le cou délié , le front grand , le fommet 
de la tête chauve , les jambes minces , ck le corps mal 
proportionné. * Spon , recherches curieufes d'antiquité* 
Dion. Suétone. Aurelius Viclor , dans fa. vie. Tacite , 
in ann. Jofeph , andq. & liv. % de la guerre. Philon, 
relation de Uambajfads vers Caligula. Tillemont , hijl. 
des empereurs. 

CALIGURRITAINS , anciens habitans de la ville 
qu'on nomme à préfent Calahorra , dans la Caftiile 
vieille en Efpagne. Ils foutinrent le fiége de leur ville 
contre l'armée de Pompée ck de Metellus , qui y avoient 
afliégé Sertorius , ck ce fut avec tant d'opiniâtreté qu'a-, 
près avoir mangé toutes les bêtes , les cuirs , ck les au- 
tres chofes qui avoient quelque peu de fubftance , ils 
mangèrent enfin leurs femmes ck leurs enfans , qu'ils fa- 
loient comme de la chair de porc. Les Romains furent 
contraints de lever le fiége l'an de Rome 679 & 75 ans 
avant J. C. * Valere Max. liv. y,chap. 6. 

CALIPIE, anciennement Curubis , Curobis, ville au- 
trefois épifcopale , dans le royaume de Tunis en Bar- 
barie , entre le cap Bon , ck la ville d'Hamametha , fur 
la côte , où elle a un affez bon port. * Mati , dicl. 

CALIPO ou CARIPO , petite ville de Turquie en 
Afie, dans la Natolie , à l'embouchure de la rivière de 



CAL 

JLaïi dans îa nier noire , où elle a un affez bon port. 
* Mati , dicl. 

CALIS, chèrckeiCADlS. 

CALISTE NICEPHORE , cherche^ NICEPHORE. 
^ CALISTO ou CALLISTO , fille de Lycaon , roi 
d'Arcadie , 6k Nymphe de Diane , fut violée par Jupi- 
ter comme elle fe baignoit avec Pallas. Sa groffeffe pa- 
rut , 6k Diane pour la punir , la chaffa de fa compagnie : 
elle accoucha dans les bois , d'un fils nommé Arcas , 
qui donna fon nom à l'Arcadie. Califto n'en fut pas 
quitte pour la difgrace de Diane. Junon toujours atten- 
tive aux démarches de fon mari , 6k ennemie implaca- 
ble de celles , qui par leur beauté pouvoient partager 
ie cœur 6k l'amitié de ce prétendu dieu , la métamor- 
phofa en ourfe. Les poètes feignent que Jupiter en ayant 
compamon , la plaça depuis au ciel , où elle forme une 
conftellation nommée la grande Ourfe., que les Grecs 
appellent Hélice. * Apollodore , liv. 3. Ovide, meta- 
morpL liv. 2 , fab. 5 & 6. Prope*t. /. ., eleg. 28 , v. 23. 
Voyez ARCAS. 

CALIXTE ( George ) théologien célèbre parmi lès 
Luthériens , étoit né dans le Holftein , à Medelbui , vil- 
lage delà jurifdiefion de Sléefwik, le 14 décembre 1 586. 
Son père , qui étoit miniftre , le deftina dès fa jeunette à 
l'étude de la théologie , à laquelle il s'appliqua dans les 
académies de Helmftadt , de Iene 6k de Gieffen , par- 
courant prefque . toutes les écoles protefhntes d'Alle- 
magne. Il voyagea aufïï avec Mathias Overbeck , riche 
Luthérien établi en Hollande. Cet homme qui connoif- 
1 oit le mérite de Calixte , l'aida de fon bien , 6k ufa de 
la même généralité envers Hermannus Conringius 6k 
envers d'autres. Enfin , Calixte après avoir voyagé en 
France , en Angleterre 6k en Hollande , retourna en 
Allemagne , 6k fut fait profeffeur en théologie en 16 14 
à Helmftadt. Frederic-Ulric , duc de Brunfvick , ne vou- 
lut jamais permettre qu'il allât ailleurs , quoiqu'il fût ap- 
pelle en 1633 P ar Erneft , duc de Weymar. Calixte 
étoit homme mol dans fa religion , tolérant tout ce qui 
•n'en choquoit point l'effentiel : il ne pouvoit fouffrir 
que l'on donnât tant d'autorité à Luther , 6k traitoit de 
fuperftitieux ceux qui n'ofoient s'éloigner de fes fenti- 
mens. Il mourut le 18 de mars 1656. Entre les der- 
nières paroles qu'il dit , celles-ci font remarquables : Je 
fouhaite , dit-il , de. mourir fous J. C. chef de Véglife , 
dans la foi de la véritable églife catholique , & dans l'a- 
mour de cous ceux qui fervent jîncérement & qui aiment 
Dieu le Père , le Fils & le Saint-Efprit. Je ne condam- 
nerai aucun de ceux qui errent dans des quefions non 
jiéceffaires , ùfefpere que Dieu me pardonnera } fî f ai 
trré dans des chofes de cette nature , comme il a pu ar- 
river, George Calixte a laiffé quantité d'ouvrages dont 
pn peut voir le catalogue dans le théâtre des hommes 
illujlres de Freher. Il y a eu aufli un jurifconfulte Al- 
lemand nommé Thomas Calixte , mort à "NYittem- 
berg en 1 591. 

CALIXTE ( Fréderic-Ulric ) premier profeffeur en 
théologie à Helmftadt, confeiller au confiftoire du prince 
de Wolfembuttel , 6k abbé de Konigflutter , étoit fils 
de George Calixte , dont on a parlé dans P article précé- 
dent. Il naquit à Helmftadt le 8 mars 1622; & après 
avoir profeffé la médecine pendant plufieurs années , 
tanLà Helmftadt qu'à Leipfick , où il paffa en 1640, 
ck où il étoit lorfque les Suédois affiégerent cette ville , 
il abandonna cette profeffion pour s'appliquer à la théo- 
logie , 6k fut créé do&eur. Après l'an 16 50 n'ayant point 
encore cette qualité, il parcourut la haute Saxe , la Bo- 
hême , l'Autriche , la Hongrie , l'Italie 6k la France. 
Innocent X 6k plufieurs cardinaux lui firent beaucoup 
d'accueil à Rome. Il mourut le 13 janvier 1701 , âgé 
de 79 ans. On a de lui plufieurs ouvrages de contro- 
verfe dans les principes de fa feâe. * Caroli , in mem. 
cccl.fec. XVII. 

CALIXTE , cherchai CALLISTE. 

CALIXTINS , cherche l CALLISTINS. 

CALKER ? peintre , cherekei CALCAR, 



3 



CAL 6^ 

CALLAN ou C ALLEN , ville d'Irlande, fituée fur 
une nviere de même nom , dans le comté de Kil* 
kenni en Lagénie , à quatre ou cinq lieues de la ville 
de Kilkenni , 6k de celle de Carick. Callan a féance 
6k voix dans le parlement d'Irlande. * Mati , dicl. 



,„. . CALLAO, ville & port de mer de l'Amérique 
méridionale , étoit fituée à deux lieues de Lima fur une 
pointe de terre , 6k dans une pofîtion û avantageufe , 
que c'étoit l'entrepôt des marchandifes que les vaiffeaux 
efpagnols apportoient du Pérou , du Chili 6k du Mexi- 
que. Ce port a été tout-à-fait détruit par un tremble- 
ment de terre le 8 mars 1750.* Voyez la defcripùon de 
la ville & du port de Callao , au commencement de 
1 lujïoire du tremblement de terre arrivé à Lima , capi* 
taie du Pérou , & dans tous les environs , à la Haye 
(Pans) 1752, in- 12. 

CALLI , canal artificiel de 90 milles , ou 50 lieues de 
long , 6k de quatre cannes de large , qui porte l'eau du 
Nd depuis le vieux Caire jufqu'à Damiete. Les baffas 
le font garder par des foldats , de peur que quelqu'un 
n'en détourne ou n'en enlevé l'eau. Ils font obligés de 
1 entretenir 6k de le nettoyer à leurs dépens. Il y a au 
Caire une grande colonne de marbre , où l'on va ob- 
ferver la croiilance des eaux du Nil ; & quand elles mon- 
tent à vingt-trois pieds , les habitans du pays font de 
grandes réjoui/Tances , pareequ'ordinairement cela inon- 
de les terres , ck les rend très- fécondes : ce qui n'ar- 
rive pas lorfque les eaux ne montent qu'à dix - neuf 
pieds , qui font cinq ou fix toifes de France. L'ouver- 
ture s'en fait tous les ans par le bafta avec grande cé- 
rémonie 6k réjouiffance. * Relation de l'empire ottoman. 

CALLIACHI ( Nicolas ) naquit en Candie l'an 1 64 5 
dans le temps que les Turcs avoient porté leurs armes 
dans cette ifle. Il n'avoit que dix ans lorfqu'il fut en- 
voyé à Rome , où il étudia dans le collège Grégorien. 
A l'âge de dix-neuf ans , il fut reçu dofteur en philo- 
foplue ck en théologie. Il vint enfuite à Venife au fé- 
minaire des Grecs, établi par Thomas Flangini de Chy- 
pre ; ck il y enfeigna pendant onze ans les belles - let- 
tres 6k la philofophie d'Ariftote. Après ces onze an- 
nées , on lui donna une chaire de logique à Padoue ; 
6k enfuite il fut fait profeffeur des belles - lettres dans 
la même univerfité , à la place d'O&avio Ferrari. Il 
eft mort à Padoue le 8 mai 1707 , dans la foixante- 
troifiéme année de fon âge. L'on n'a imprimé de lui que 
l'ouvrage fuivaut : Nicolai Calliachi de ludis feenicis 
mimorum & pantomimorumfyntagmapoflhumum , quod 
e tenebris erutum recenfuit , ac pmfatione auBum , Pe- 
tro Garioniofenatori amplifjîmo dicavit Marais Anto- 
nius Madero, Patavii typis feminarii , 1713, Charles 
Patin a fait l'éloge de Calliachi dans fon Liceum Pata* 
vinum, page 107. * Giornale de letterati d'Italia,f 
i5.ann. 171 3. Supplément françois de Bafle. 

•CALLIAN , bourg de France en Provence , fitué 
dans la viguerie de Draguignan au diocèfe de Fréjus , 
ck à trois lieues de Greffe. Ce bourg a donné fon nom 
au CaUiane{ , petit pays dont on ignore les bornes. 
* Mati , dicl. 

CALLIAS , poète d'Athènes, 6k fils deLyfimachus; 
compofa des tragédies 6k des comédies , entre lefquelles 
on compte les Cyclopes , Atalante , ckc. On ne fait 
pas bien en quel temps il a vécu. * Athénée, liv. 10. 
Voffius de hifl. Grcec. lib. 1 , cap. \ 1 de poèt. de quat. 
art. popul. cap. 2. Scaliger , lib. 1 de re pou. cap. 8* 

CALLIAS , fils de Phenippus , Athénien , eft célè- 
bre par la haine qu'il fit voir contre la tyrannie , en fe 
préfentant feul pour acheter les biens de Pififtrate , 
dont la république avoit ordonné la vente. Il remporta 
le premier prix de la courfe à cheval , 6k le fécond de 
la courfe à quadriges aux jeux olympiques. Egalement 
heureux aux jeux pythiens, il fût couronné vainqueur, 
6k fe fignala encore plus par la magnificence avec la- 
quelle il régala tous les Grecs qui étoient accourus à ce 
fpe&acle , que par l'honneur de la vittoire. Il avoit trois 
filles , à chacune defquelies il donna une riche dot, U 



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CAL 



CAL 



le choix d'un époux entre les Athénien-;. II eut de plus 
un fils nommé Hipponicus , qui fut apparemment père 
de ce Callias , que les Athéniens députèrent à Artaxer- 
xès. * Hérodote , /. 6 & 7. 

CALLIAS , auteur qui étoit de Syracufe en Sicile , 
compofa une hiftoire des guerres de Sicile ; 6k s'étant 
laifle corrompre par les préfens d'Agathocles , écrivit 
à fon avantage. Ses ouvrages font fouvent cités par 
les anciens. Ce poète vivoit fous la CXVI olympiade , 
vers l'an 316 avant J. C. * Jofephe, liv. 1 contre Ap- 
pion. Athénée , liv. n. JElien. hifi. anim. lib. 16, 
cap. 28. Denys çl'HalicarnaiTe , /. 1 de ant. rom. Ma- 
crobe , /. 5 faturnaL cap. 19. Suidas. Voffius , /. 1 de 
hifi. Grcec. cap. 11. 

CALLIAS , architecte & ingénieur célèbre , natif 
d'Aradus , ifle de Phénicie , s'acquit de la réputation à 
Rhodes par Ces nouvelles inventions. Il fit une machine , 
avec laquelle il enlevoit une helepole par-defïus la mu- 
raille. L'helepole étoit une efpece de tour roulante , 
dont on fe fervoit pour approcher d'une ville affiégée , 
afin de combattre les ennemis qui en défendoient les 
murs. * Vitruve , /. 10. 

CALLICLAS , Athénien , qui époufa Elpinice pro- 
mife à Cimon, fils de Miltiade, à condition qu'il paye- 
roit l'amende à laquelle Miltiade avoit été condamné. 
Voilà ce qu'on lit dans le Supplément françois de Balle , 
où l'on cite Cornélius Nepos dans la vie de Cimon. 
Mais dans cette vie , on lit que Cimon avoit époufé 
Elpinice , fa propre lbeur. Calliclas qui aimoit cette 
dame , s'offrit , ajoute l'hiftorien , de rendre la liberté 
à Cimon , alors prifonnier , en payant tout ce qu'il de- 
voit ( pour fon père ) s'il vouloit la lui céder. Ce Cal- 
liclas étoit un citoyen qui avoit peu de naiflance , mais 
qui s'étoit fort enrichi dans les mines dont il avoit 
eu l'adminiftration. Cimon rejetta la propofition ; mais 
Elpinice le fit confentir au deflr de Calliclas , afin que 
Cimon pût recouvrer fa liberté. 

CALLICLES , ancien peintre , qui excelloit , dit- 
on , à peindre en détrempe. On ajoute que les pièces 
qu'il faifoit , n'avoient ordinairement que trois pouces 1 
de circonférence. Dans le Supplément françois de Balle, j 
on cite Jacques Campo Veyerman , Vies des peintres , 
en hollandois , tome I, page 93. 

"CALLICLES , célèbre ftatuaire , étoit de Mégare, 
ck fils de Thiocofme , qui avoit fait cette belle ftatue 
de Jupiter , que l'on admiroit à Mégare. Calliclès fit 
celle de Diagoras , qui avoit remporté la palme au com- 
bat du cefte , 6k cet ouvrage attirait l'admiration de tous 
ceux qui le voyoient. Paufanias en parle avec beaucoup 
d'eftime dans fa defeription de la Grèce , liv. 6 au com- 
mencement de la féconde part. chap. 6. 

C ALLICR ATE. C'étoit un Grec qui eut une grande 
autorité dans l'Achaïe la patrie , 6k qui la réduifit fous 
la puifTance des Romains , après que Perfée , roi de Ma- 
cédoine , eut été vaincu par eux l'an de Rome 580 * 
dans la CH olympiade , 174 ans avant J. C. Après 
que Perfée eut été défait, les Romains envoyèrent dans 
le Péloponnèfe dix commifTaires , félon Paufanias , car 
Polybe 6k Tite-Live difent qu'il n'en vint que deux , 
pour y régler toutes chofes conformément aux vues du 
fénat. Dès qu'ils furent en Grèce , Callicrate leur fit la 
cour , 6k en engagea un à prendre féance dans le con- 
feil d'Achaïe. Il lui fuggéra auflï tout ce qu'il y devoit 
dire , entr'autres d'aceufer les généraux des Achéens 
d'avoir été d'intelligence avec Perfée , 6k de lui avoir 
fourni du fecours contre les Romains. Xenias , un de 
ces généraux , s'éleva contre cette aceufation , 6k ne 
craignit pas de prendre le fénat de Rome pour juge 
de fon, innocence. Le cominifTaire y confentir. Xenias, 
ou Xénon , félon Paufanias , 6k mille autres Achéens 
furent cités à Rome. Ils y allèrent , 6k à peine y fu- 
rent-ils arrivés qu'on les mit en prifon , 6k qu'ils furent 
diftribués dans toutes les villes d'Etrurie. Les Achéens 
envoyèrent envain députés fur députés pour obtenir 
leur grâce ou leur jugement, La plupart périrent de 



mifere ; Se au bout de dix-fept ans il n'en reftoit plus* 
que trois cens à qui on rendit la liberté. Pendant ce 
temps - là Callicrate vit croître lbn pouvoir à un point 
qu'il décidoit de tout avec une pleine autorité. Mais 
ion ambition 6k fa tyrannie lui firent beaucoup d'enne- 
mis. Il pafToit pour le plus méchant homme qu'il y eût 
dans la Grèce. Enfin , s'étant chargé d'aller à Rome 
de la part àes Achéens pour y pourfuivre la condam- 
nation de vingt-quatre Spartiates , qui étoient ceux qui 
avoient le plus de part aux affaires de Sparte , 6k que 
Dieus de Megalopolis avoit aceufé de mettre le trouble 
6k la diffenfion dans, Sparte , il tomba malade à Rho- 
des 6k y mourut. On ne peut pas dire , ajoute Paufa- 
nias , fi au cas qu'il fût allé jufqu'à Rome , il eût fervi 
les Achéens , ou s'il n'eût point tramé quelque nouvelle 
intrigue contre eux. Il mourut autant méprifé des Ro- 
mains à qui il avoit vendu fa patrie , que détefté des 
Grecs qu'il avoit trahis d'une manière fi éloignée de 
toute probité. * Paufanias , defeription de la Grèce , l. 7. 

CALLICRATE , Calli'cratcs , hiftorien Grec , étoit 
de Tyr , ck vivoit fur la fin du III fiécle, vers l'an 280. 
Il compofa la vie de l'empereur Aurelien. * Vopifcus , 
dans Aurelien. 

CALLICRATE , fculpteur ingénieux , gravoit des 
vers d'Homère fur un grain de millet. Il fit un chariot 
d'ivoire , qu'on pouvoit cacher fous l'aile d'une mou- 
che , 6k des fourmis aufïi d'ivoire , dont on pouvoit dis- 
tinguer les membres. Ou ne fait pas en quel temps il a 
vécu. Ce fculpteur mettoit du poil ou des îbyes noires 
auprès de {es ouvrages , pour faire voir la blancheur 
6k la beauté de l'ivoire , 6k la délicatefTe de l'ouvrage. 
* Pline , /. 7 , c. 21 ; & l. 36 , c. 5. Elien, /. 1 , c. 17 
hifi. Plutarque , traci. 2 in Stoïc. Varron , de lingua la- 
tina ,1. 6 , apud Salm , iji Solin. page 46. 

CALLICRATIDAS , général des Lacédémoniçns , 
6k fucceffeur de LyTandre dans cet emploi , remporta 
de grands avantages fur les ennemis de fa patrie , qu'il 
avoit vaincus fur mer. Il pilla la ville de Méthy mne , 
6k affiégea dans Mytilene , Conon , général des Athé- 
niens. Ces derniers accoururent au fecours , 6k donnè- 
rent un combat près des ifles nommées Arginufes , où 
ils furent victorieux. Callicratidas fut noyé au commen- 
cement de l'année fuivante , qui étoit la quatrième de 
la XCIII olympiade , 6k la 405 avant J. C. * Xeno- 
phon , /. l 'hifi. Grczc. 

CALLIDIUS ou CORNELIUS CALLIDIUS , de 
Goude , en Hollande, dont le véritable nom étoit Loos 
ou LOOS EUS , vivoit fur la fin du XVI fiécle. Il fut 
docteur de Mayence , ck chanoine de Goude. Depuis 
ce temps-là les guerres civiles l'ayant obligé de fortir de 
fon pays , il vint à Bruxelles , où il fut vicaire d'une 
paroiffe, 6k où il mourut le 4 février 1595. Il compofa 
un traité , De vera ac filfa magia , qui fut condamné , 
ck qu'il fut lui-même contraint de défavouer. Ses au- 
tres ouvrages furent mieux reçus. Les principaux font , 
Illufiriam utriufque Germanice feriptorum catalogns. De- 
fenjîo urbis & orbis , &c. * Va 1ère André , bibl. belg. 

CALLIERES (Jacques de ) s'étoit attaché de bonne 
heure aux maifons de Longue ville 6k de Matignon , 6k 
s'étoit marié à Magdeléne Potier , demoifelle d'une fa- 
mille noble , mais pauvre , des environs de Coutances. 
Il fut enfuite gouverneur de Jacques Goyon , comte de 
Torigni , connu fous le nom de comte de Matignon , & 
qui mourut le 14 de janvier 1725. Ce feigneur fit avoir 
à M. de CalHeres le commandement pour le roi dans les 
ville 6k château de Cherbourg , qu'il avoit eu lui-même. 
Jacques de Caîlieres avoit fervi dans les armées , 6k il 
prend le titre de maréchal de bataille des années du roi , 
dans fon hifioire de Jacques de Goyon de Matignon , 
maréchal de France , avec des réflexions , imprimée en 
1661 in-folio. Il étoit dès -lors gouverneur de Cher- 
bourg. On a encore de lui les ouvrages fuivans : La for- 
tune des gens de qualité , volume in- r 2. Lettre héroïque 
écrite à madame de Longueville fur le retour de M. U 
Prince , imprimée à Saint-Lo , en 1660. La vie du cour- 

tïfarz 



CAL 



tifan prédéfini , ou du duc de Joyeufe , tapucîn > in 8 13 , 
Paris 1662. Jacques de Callieres eut plufieurs enfans. 
Nous parlons de l'aîné dans l'article fuivant. Un autre 
de fes fils, nommé le chevalier de Callieres , après avoir 
fervi long -temps au Canada , fut gouverneur général 
de cette province, & mourut en 1698. * Piganiol de la 
Force, nouvelle defeription de Paris. 

CALLIERES ( François de ) fils du précédent , che- 
valier , feigneur de Rochelay. & Gïgny , fut baptifé dans 
l'églife paroifliale de Torigni , en baffe Normandie , 
le 14 mai 1645. Il fut attaché comme fon père, à la 
maifon d'Orléans-Longueville , fut employé aux négo- 
ciations qui furent faites pour faire élire le duc d'Orléans- 
Longueville ? roi de Pologne. Cette négociation étoit 
fur le point de réuftir , Torique ce jeune feigneur fut tué 
au partage du Rhin en 1672. Durant le cours de cette 
négociation , M de Callieres s'étoit lié avec le comte 
de Morftein , grand tréforier de Pologne , qui étant venu 
s'établir en France , fit accepter à M. de Callieres un ap- 
partement dans fon hôtel à Paris. M. de Pile qui avoit 
été envoyé en Hollande pour y travailler fecrétement 
avec les perfonnes qui fouhaitoient la paix , ayant été 
découvert & fait prifonnier , M. de Callieres fut en- 
voyé en 1693 pour le remplacer. Il négocia pendant 
près de cinq ans fans être reconnu , & amena les diffé- 
rera intérêts qui agitpient l'Europe au point d'être ter- 
minés par un traité de paix, Le château de Rifvick fut 
le lieu où l'on tint les conférences : toutes les puiflances 
qui étoient en guerre , y envoyèrent leurs plénipoten- 
tiaires , & M. de Callieres y eut le titre detroifiéme am- 
bafïadeur de la France : les deux autres furent M. de 
Harlay , comte de Céfi , confeiller d'état , & M. de 
Créci - Verjus. La paix étant faite , le roi donna à M. de 
Callieres une charge de fecrétaire du cabinet , & lui fit 
des biens considérables. En 1688 il compofa exprès fon 
panégyrique hiflorique de Louis le Grand dans la vue 
d'obtenir une place dans l'académie françoife , ce qui 
lui réuffit. Il fut reçu dans cette académie en 1689 , à 
•la place de Philippe Quinaut mort en 1688. On trouve 
plufieurs de fes difeours dans les recueils de cette aca- 
démie. Il eft mort le 5 mai 1717, félon fon épitaphe , 
qu'on lit dans l'églife de S. Euftache à Paris. Ses em- 
plois & fes réflexions particulières lui ayant donné lieu 
d'approfondir plufieurs parties intéreffantes de la politi- 
que, il a fait part au public de fes lumières. Ceftcequi 
a produit les traités de la manière de négocier avec Us 
fouverains , de futilité des négociations , du choix des 
ambajfadeurs , & des qualités nécejfaires pour réufir 
dans ces emplois , volume in- 1 2 , imprimé à Paris en 
1716, & la même année à Amfterdam , & réimprimé 
en 1750 à Paris , fous Je titre de Londres. Cette édi- 
tion eft augmentée , & en 2 vol in-ix. Au commen- 
cement de 1717,11 publia un traité , de lafeience du 
monde & des connoijfances utiles à la conduite de la vie 
in- ix cà Paris. Cet ouvrage eft en forme de dialogue. 
Il eft très-propre à former un parfaitement honnête 
homme , non-feulement félon le monde , mais même 
félon Dieu. On trouve à la fin quatre pièces en vers 
françois par M. de Callieres , dont les trois premières 
/Contiennent les éloges de quelques poètes François & 
de quelques dames illuftres des derniers temps. M., de 
Callieres avoit du goût pour la poéfie françoife , & les 
quatre pièces dont nous venons de parler , ne font pas 
les feules qu'il ait données en ce genre. On a de lui 
une épître au roi en vers françois , in-H°, & l'on trouve 
plufieurs autres de fes poéfies dans les ouvrages fuivans , 
qui font de fa composition ; favoir : les mots à la mode ; 
ïhijlvire poétique, ou la guerre nouvellement déclarée en- 
tre les anciens & les modernes : des bons mots & des bons 
contes, de leur ufage , de la raillerie des anciens , de la 
raillerie & des railleurs de notre temps, Paris 1692 ; un 
traité du bon & du mauvais ufage de s'exprimer, & des 
façons de parler bourgtoifes. Traité du bel efprit ou Von 
examine les fentimens quon en a dans le mande , Paris 
1695 , in- ix. Plufieurs de fes ouvrages ont été réimpri- 



CAL 



mes en Hollande. * Mémoires du temps. Pigariiol etc 
la ForCe , nouvelle defeription de Paris. 

CALLIMAQUE , Callimachus , célèbre architecte , 
furnommé Ka«/û--T8^ûf ( c'eft-à-dire qui ne trouve jamais 
fes ouvrages affez parfaits ) étoit de Corinthe , & flo- 
riftoit peu de temps après la LX olympiade, dont la pre- 
mière année tombe fur l'an 540 avant J. C. Il tailloit 
le marbre avec une délicatefTe admirable. Ce fut lui qui 
inventa le chapiteau corinthien , orné de feuilles d'a- 
canthe, par une rencontre qui mérite d'être fue. Une 
jeune fille dé Corinthe étant morte , fa nourrice pofa 
fur fon tombeau dans un panier quelques petits vàfes , 
que cette fille avoit aimés pendant fa vie ; & afin que le 
temps ne les gâtât pas fi-tôt , elle Couvrit le panier d'une 
grande tuile. Il arriva par hazard que ce panier fut 
pofé fur la racine d'une plante d'acanthe , d'où il fortit 
au printemps des feuilles ck des tiges qui s'élevèrent le 
long des côtés du panier; & rencontrant les bords de 
la tuile , furent contraints de fe recourber en leur ex- 
trémité , & de faire le contournement des volutes : Cal- 
limaque vit ce panier environné de ces feuilles , & cette 
forme nouvelle lui ayant plu , il en imita la manière > 
dans le chapiteau des colonnes qu'il' fit depuis à. Corin- 
the , établiflant fur ce mpdele les proportions & les me- 
fures du chapiteau corinthien. II réuiïïiîbit aufïï fort bien 
dans la peinture , & fur-tout dans la fculpture , dont il 
faifoif fa principale occupation. On remarque encore 
qu'il fit pour le temple de Minerve à Athènes une lampe 
d'or , dont la mèche étant de cette efpece de lin qu'on 
tire de la pierre iïAmyanthe , éclairoit nuit & jour pen- 
dant-un an entier , fans qu'il fut bûfoin de renouve- 
ler l'huile de la lampe, * Vitruve , /. 4 , c. 1, Pline ^ 
/. 34. Paufanias , in attic. Felibien , vit des archi- 
tecits. 

. CALLIMAQUE , Callimachus t capitaine Athénien j 
fut élu général des armées d'Athènes , dans le confeil 
de guerre que les Athéniens tinrent avant la bataille de 
Marathon , qui fe donna la troifïéme année de 1^ 
LXXII olympiade , 490 ans avant J. C. Il fut de 
l'avis de-Miltiade , qui confeilloit de livrer le combat 
aux Perfes ; & après la bataille , on dit qu'il fut trouvé 
tout percé de flèches , & néanmoins debout. * Suidas > 
lexicon. 

CALLIMAQUE , Callimachus , fameux poète Grec, 
étoit- de Cyréne , ville d'Afrique , fils de Battus , & 
difciple d'Hermocrate le grammairien. II vivoit fous le 
règne de Ptolémée Philadelphie , & fous celui de Pto- 
lémée Evergete , fous la CXXV olympiade , vers 
l'an 280 avant J. C. II fut un des plus célèbres poètes 
de fon iiécle , & peut-être feroit-il difficile de trouver 
aucun auteur qui ait fait un plus grand nombre de poè- 
mes que Callimaque ; mais il n'aimoit pas les longs 
ouvrages ; aufïï" n'en fit-il que deux allez étendus , l'un 
intitulé Hecale , & l'autre aV/«; lorfqu'on lui demandoit 
pourquoi il aimoit tant les petits ouvrages , il répondoir. 
qu'un grand^ livre étoit toujours un 'grand mal, //.l'-yA 
(ZiChiov ixiya. tîvat nctyjy. On trouve encore la même penfée 
à la fin de fes hymnes , mais elle y eft expliquée d'une 
manière différente ; il dit qu'à la vérité l'Euphrare eftuiT 
grand fleuve , mais que pour lui il aime mieux ces 
petites fontaines claires & paifibles , dont toutes les 
gouttes font plus précieufes que toute la fange & tout 
le limon des grandes rivières. Cette raifon ne fatisfai- 
foit pas la plupart des critiques de fon temps, qui pré- 
tendoient avec affez peu de raifon , que les faifèurs de 
vers ne dévoient non plus fécher que la mer , & que 
l'abondance étoit la plus belle qualité d'un écrivain. 
Callimaque enfeigna la grammaire en Egypte avec beau- 
coup de réputation , & forma entr'autres difciples le 
poète 'Apollonius, qui dans la fuite reconnut mal les 
obligations qu'il avoit à fon maître. Callimaque fit con- 
tre lui un poème très-piquant , où il le défignoit fous le 
nom d'Ibis , & où il faifoit contre lui toutes les impré- 
cations qu'Ovide a depuis traduites en latin dans l'ou- 
vrage intitulé , in Ibim, Il ne nous eft rien refté de Calii- 

Tome III, I 



66 



O A I~ 



\^> A JL 



maque , finon quelques épigrammes & quelques hym- 
nes. Son ftyle eftnet & fort. Catulle a traduit en vers 
latins fon petit poënxe de Coma Bérénices. Madame 
Dacier qui a publié fes épigrammes Se fes hymnes , 
avec des remarques , affure que parmi tout ce qui nous 
relie de l'ancienne Grèce , ilnes'eft rien trouvé de plus 
élégant, ni rien de plus poli; c'étoit auffi le fentiment 
de M. le Févre fon père , qui trouvoit que la manière 
cle compofer que Callimaque avoit embraflee , étoit 
nette & forte ; que Catulle & Properce l'avoient imité 
fort fouvent , & qu'ils n'avoient fait même que le tra- 
duire. Callimaque paiToit pour le prince des poètes élé- 
giaques parmi les Grecs,, au jugement de Quintilien Se 
de quelques modernes , comme de Philippe Beroald 
fur Properce , & de Jean-Gerard Voflius dans fon infK- 
tution poétique : mais outre cela il étoit encore excel- 
lent critique , & Tonne fauroit allez regreter la perte 
des ouvrages qu'il avoit compofés en cette qualité. Il 
étoit aufli fort bon grammairien. Joiéph Scaliger l'ac- 
eufe néanmoins d'avoir choifi les mots les plus obfcurs , 
les plus anciens & les plus impropres pour faire fes vers. 
Ceft fans preuves & fans autorités que plufieurs moder- 
nes ont avancé que ce Callimaque avoit été bibliothécaire 
du -roi Ptolémée dans Alexandrie , 6k qu'il avoit corn- 
pofé pour fa part huit cens ouvrages. * Madame Da- 
cier , Prof, in Callimac. Voflius , de po'èt. Grcec. c 8. 
Jonfîus , /. 2 , c 5 . Jofeph Scaliger , inpojleriorib. Sca- 
lig. pag. 187. Tanegui le Févre, vie des poètes Grecs. 
Baillet 7 jugement des J "av. fur les poètes Grecs , tom. V ' 9 
jpag. 251 , & tom. /, part. 2, chap. 10. Joann. Jon- 
fîus Holfatus , d,e feriptoribus hijlorice philqfophicœ. 
Suidas , kxicon. 

CALLIMAQUE , dit le jeune , Callimacus , poète 
héroïque , fils d'une feeur du précédent , félon Suidas : il 
vivoitun peu après ce premier fous la CXXXII olym- 
piade, vers Tan 252 avant J. C. On en met un autre 
de Colophon , auffi poète , allégué par Tatien , orat. 
ad Gent. & par Eufebe, /. 10. Prcepar. Evang. 

CALLIMAQUE , Callimacus , médecin Grec , fît 
un traité des couronnes dont on fe fervoit dans les 
feftins, pour montrer les mauvais effets de l'odeur des 
fleurs dont elles étoient compofées , qui blefîbient fou- 
vent le cerveau , & caufoient de grandes maladies. 
* Pline , hijl. I. 1 2 , c. 1 1 r. 

CALLIMAQUE, Callimacus , poète , natif d'une 
ville d'Ombrie , appellée Mévanie , aujourd'hui Be- 
vagna , dans le duché de Spolete en Italie. On ne fait 
pas en quel temps il vivoit , mais feulement que Mé- 
vanie étoit la patrie de Properce , lequel parle de Calli- 
anaque , au liv. 4 eleg. 

Umbria Romani patria Callimachi. 

Il y a une grande apparence que Properce entend 
parler de lui-même dans ces vers , & qu'il fe nomme 
Callimaque Romain y pareequ'il excelloit dans la même 
efpéce de poéfie que Callimaque de Cyrene. Ainfi c'eft 
en vain que l'on cherche un poète Grec en Ombrie. 

CALLIMAQUE , ou CALLIMACHUS EXPE- 
RIENS , ( Philippe ) favant hiftorien , étoit natif de 
San-Geminiano , bourg de Tofcane. Il rlorifToit dans le 
XV fiécle , Se fut du nombre de ces* favans Italiens , 
qui formèrent une académie , & fe donnèrent un nou- 
veau nom. Il changea celui de Geminianus en celui de 
Callimachus. Le pape Paul II fe perfuada qu'il y, avoit 
là-defîbus quelque grand myftere ; il regarda cette troupe 
de favans comme une troupe de conjurés , Se les traita 
très-rudement : Callimaque abandonna l'Italie , Se fe 
retira en Pologne , où le roi Cafimir le choifit pour 
être précepteur de {es enfans. Il a compofé plufieurs 
ouvrages d'hiftoire , celle d'Attila , trois livres des aérions 
' de Ladillas V, roi de Pologne Se de Hongrie , tué à la 
bataille de Varnes , un livrer de ce que les Vénitiens 
Jfîrent pour exciter les Perfes Se le Tartarcs contre les 
Turcs , Se quelques autres livres cités par Trithéme , fous 
i'an 1490, par Sponde Se par quelques autres, Calli- 



machus Experiens jtnaurut en Pologne l'an 1496; * Vo- 
laterran, /. 7. Cramer, /. 30. Michou, /. 4, c. 78,, 
Paul Jove, in efag. docl, c. 41. Voffius, de hifl. Lat* 
l. 3 , c. 8. 

^f Les trois livres,^ rébus ab Uladijlao Polonorum 
atque Hungarorum rege gejlis , ont été imprimés à Cra- 
covie , en 1582, par les foins de Jean-Michel Brutus , 
avec une vie intérefîante de Callimaque. Ils ont été réim- 
primés avec la préface Se la vie de Callimaque com- 
pofées par Brutus dans les recueils *des écrivains de 
JHongrie. 

CALLIMAQUE (Dominique ) natif de Sienne, 
vivoit à Rome , fous le pontificat de Paul II. Après 
avoir rempli divers pofr.es en différens endroits , & prin- 
cipalement à Rome , il retourna à Sienne , où il fut pré- 
pofé avec plufieurs autres au gouvernement de cette 
ville. Mais fa jincérité Se les remontrances qu'il fit à 
quelques-uns de ceux qui gouvernoient , de ce qu'ils 
fongeoient plus à leurs intérêts perfonnels , qu'à ceux 
du peuple , lui occaiîonnerent plufieurs chagrins , Se 
furent même caufe de ia dépofition. Il aimoit les anti- 
quités , Se il en avoit fait une étude allez affidue. 

CALLIMAQUE ( Monteverde ) né à Mazzara en 
Sicile , floriffoit en 1477. Il fut très-lié avec Calderino, 
que fon érudition faifoit alors confidérer à Rome. Il a 
fait plufieurs ouvrages , comme : De laudibus Sicilia ; 
Epijlolce familiares , Se quelques autres. 

CALLIMAQUE. ( Angelo ) On croit qu'il étoit de 
Mefline. Il s'appliqua à la poéfie latine , Se compofa en 
cette langue un poème à la louange du cardinal Pierre 
Ifuaglia , archevêque de Reggio en Calabre : ce qui l'a 
engagé à l'intituler Rhegina. On a auffi de lui une lettre 
écrite à ce cardinal , qu'il mit à la tête des œuvres agro- 
nomiques de Gabriel Pirovano , dont il lui fit préfent , 
Se qui a été imprimée dans le fécond tome du journal de 
Venife , page 3 80. 

CALLINIQUE , Callinicus , après avoir eu foin 
des vafes facrés de Péglife de Conftantinople , fut 
élu patriarche en 693 , après la mort de Paul III. Il 
étoit grand ennemi de l'églife romaine , Se grand ama- 
teur des nouveautés : ce qui porta Juftinien le jeune > 
qui prit Conftantinople en 705 , à lui faire crever les 
yeux , Se à l'envoyer en cet état à Rome. * Baronius , 
A. C. 691 , 703 , c. 1. Theophanes. Cedrenus. 

CALLINIQUE , Callinicus, dit Sutorius , fils 
de Caïus fophifte de Syrie , ou de l'Arabie Petrée , fé- 
lon les autres , vivoit dans le fécond fiécle : il enfeigna 
à Athènes fous l'empire d'Antonin le Débonnaire , qui 
régna vingt-deux ans & demi, jufqu'àla 16 I e année de 
J. C. Callinique compofa un ouvrage de la dédicace^âédlé 
à Galien ; un de la mauvaife imitation de Part oratoire , 
dédié à Lupus, que quelques-uns croient être ouRuti- 
lius Lupus , rhétoricien , ou fon fils ; un en dix livres 
des hiftoires d'Alexandrie , cité par S. Jérôme ; un 
des fedes des philofophes , &c. * S. Jérôme , Prcef. in. 
Dan. Suidas. Voflius , hijl. Gmc. lib. 2, cap. 13. 

CALLINIQUE , Callinicus , natif d'Héliopolis en 
Syrie , inventa l'an 670 , cette forte de feu qu'on 
nomme ordinairement le feu grec , ou grégeois , que 
l'empereur Conftantin Pogonat , ou le Barbu , employa 
avec tant de fuccès pour brûler les navires des Sarafins. 
On peut confulter Valturius , qui enfeigne comment on 
prépare la matière de ce feu. * Zonaras , in Confi. Po~ 
gon. Valturius , lib. 11 , de re militari , cap. 9. Jean- 
Baptifte Porta , L 12 de ta mag. nat. Jules Cefar Sca- 
liger, exercit.c. 3 , dijl. 3. Cardan , defubt. I. z. Sal- 
muth, innot. ad Pane. P. Il rer. memor. tit. 19. 

CALLINIQUE , cherche^ SELEUCUS II. 

CALLINUS , poète Grec , qui faifoit des élégies. 
On ne fait pas en quel temps il a vécu ; mais il eft cité 
par Athénée , liv. 1 2 , par Clément Alexandrin , au 
L 1 des flrom. & par Strabon , au liv. 13. 

CALLIOPE , mufe qui préfîde à l'éloquence & à la 
poéfie héroïque ; c'eft pour cela que les anciens l'invo- 
quoient , lorfqu'ils décrivoient les belles aérions des 



CAL 



héros. Ils la rcpréfentoient fort jeune , couronnée de 
plufïeurs guirlandes de laurier, & en fa main droite une 
trompette & trois livres , favoir l'Iliade , l'Odiffée & 
l'Enéide, * Cartari , de imagin. dtorum. Iconolog. de 
Ripa. 

^ CALLÏPATIRA, époufe de Callianax , étoit fille du 
célèbre Diagofas , fœur d'Acufilas , de Damagete , & 
de Dorieus , & mère d'Euclès & de Piiidore , qui furent 
tous couronnés vainqueurs à diverfes fois dans les jeux 
olympiques. Les Eléens avoient une loi qui ordonnoit 
que les femmes qui oferoient palier le fleuve Aiphe'e 
pendant la célébration de ces jeux , feroient précipitées 
du haut de la montagne appellée Typée. Callipatira, 
réfolue de conduire elle-même fon fils Piiidore dans la 
lice , s'embaraffa peu de cet obftacle ; mais de peur 
d'être découverte , elle fe déguifa fous l'habit d'un maî- 
tre d'exercices. Lorfqu'elle vit fon fils vainqueur, trans- 
portée de joie , elle franchit la barrière qui féparoit les 
maîtres des combattans ; & laiffa nt tomber par hazard 
l'habit qui la déguifoit , fit connoître fon fexe. Elle eût 
été punie de mort , mais on lui fit grâce en faveur de fon 
père , de fes frères & de fes fils ; & on fe contenta de faire 
une loi, qui ordonnoit aux maîtres d'exercices , de paraî- 
tre nuds dans les jeux auffi-bien que les athlètes. Cette 
femme vivoit -vers la LXXXVII1 olympiade, environ 
4*8 ans avant J. C. * Paufanias , in Eliac, L 6. Cad. 
Rhodigin. /. 14, c. 14. 

CALLIPE , Callïpus , mathématicien de Cyzique , 
étoit en grande eftime dans la Grèce : reconnoiflant 
qu'il ne pouvoit ajufter avec allez d'exactitude les années 
folaires avec les lunaires , & trouvant du défaut en l'or- 
^ dre de Meton , il inventa une période qui contenoit 
' .quatre cycles métoniques , chacun de, 19 ans , & en 
tout de 76 années, ou 19 olympiades : il la commença 
fur la fin du mois de juin , & la 3 e année de la CXII olym- 
piade , qui étoit la 419 e de Nabonaffar, 4384 de la pé- 
riode julienne, 424 de Rome , 3705 du monde, 330 
avant J. C. Ariftophon étant Archonte d'Athènes , & la 
snême année que Darius fut tué par Beffus. * Ptolémée 
L 3 » P- 6 3 ; Gr > ed - Petau , /. 2 , . c. 1 6 , & l. 10 , doclr. 
temp. Volïius ,, dt matth. c. 33. Scaliger, in not. ad 
Eufcb. Riccioli , chron. réform. 

. CALLIPE , hiftorien de Corinthe, compofa un traité 
des Orchoméniens , félon Paufanias dans le livre 9. On 
ignore le temps auquel il vivoit. H y a aum* eu un capi- 
taine Athénien, & un philofophe de ce nom. * Diogène 
Laërce , en La vie de Zenon , au liv. 7. 

CALLIPE tyran de Sicile , eft celui qui a'ffaffma 
Dion , qui avoit rendu la liberté à la Sicile , & qui s'en 
fit. le tyran. Ce fut l'an 400 de Rome, & 3 54 avant 
J. C. Mais le ciel permit qu'il fut tué du même couteau 
qu'il avoit employé pour ravir la vie à ce grand homme. 
•* Plutarque , in Dion. ex au traité de *ùi mauvaife 
honte. 

■ CALLIPIDAS hiftorien Grec : on ne fait pas en quel 
temps il a vécu : zl a écrit un traité des Scythes , que 
Strabon met au rang des hiftoires fabuleufes d'Hel- 
lanicus , d'Hérodote , & de quelques autres , au 
liv. 12. 

CALLIRHOÉ, fontaine de Judée , au-delà du Jour- 
dain : fes eaux chaudes tomboient dans le lac Afphal- 
tite , & n'étoient pas feulement médicinales , mais en- 
core très-agréables à boire. Jofephe qui parle de cette 
fontaine , remarque qu'Herode le Grand étant tombé 
dans une maladie dangereufe , y vint pour prendre de 
ces eaux, qui ne lui fervirent de rien. * Antiquités ju- 
daïques , L 17 7 c. 8. 

CALLIRHOE , fontaine dans le pays d'Attique , dont 
Ies^ poètes ont ibuvent fait mention : elle tira fon nom 
de Callirhoé qui fuit. 

CALLIRHOÉ étoit une jeune fille de Calydon , dont 
Corefus,l'un des prêtres de Bacchus , devint éperdu- 
ment amoureux. Rebuté des rigueurs de fa maîtreffe , 
il eut recours à Bacchus, qui pour le venger, frapa les' 
Çalydoniens dune yvreffe qui approchoit de la fureur, 



CAL 



Le dieu confuké fur le remède qu'on pouvoit oppofef 
à ce mal , répondit qu'il ne cefferoit point , à moins 
qu'on n'immolât par la main de Corefus, ou Ja cruelle 
Callirhoé , ou quelqu'autre perfonne qui voulût fe dé- 
vouer pour elle. Pour fatisfaire à l'oracle , on conduifir. 
a l'autel l'infenfible Callirhoé ornée comme une victime. 
Mais .Corefus , qui préfidoit à cette fanglante cérémo- 
nie , tourna le couteau facré contre foi-même , ck fe 
facrlfia pour cette ingrate : alors Callirhoé touchée , 
mais trop tard , d'amour, de regret & de pitié , fe tua 
pour appaifer les mancs de fon amant, près d'une fon- 
taine à laquelle elle laiffa fon nom. * Strabon, Thucy- 
dide, liv. 2. Paufanias, inachaïc. 

CALLIRHOÉ, fille de Scamandre, époufa Tros, 
troifiéme roi de Dardanie , qui prit fon nom de Troye , 
& eut trois fils ; Ilus qui laiffa ion. nom à la même ville 
appellée quelquefois Mon ; Ganimede enlevé par Ju- 
piter, ou félon d'autres par Tantale roi de Méonie ou 
Paphlagonie ; & Affaraque , père de Capys , & grand 
père d'Anchife. * Homère. Virgile. Eusèbe en fa chro- 
nique. 

CALLIRHOÉ, fille de Lycus , tyran de Lybie , 
délivra fon mari Dioméde des embûches que fon peré 
lui avoit drefîees : dans la fuite défolée de fe voir aban- 
donnée de cet ingrat , elle fe pendit de défefpoir. 

CALLIRHOE , fille du fleuve Achéloiis , époufa 
Alcméon, qui avoit tué fa mère Eriphyle : ce prince 
étoit déjà mari d'une autre femme , à laquelle il avoit 
donné le fameux collier d'or d'Hermione , dont on avoit 
fait préfent à Eriphyle , afin qu'elle perfuadât à fon mari 
Amphiaraus de s'engager à l'expédition de Thèbes. Cal- 
lirhoé^ ayant ouï parler de ce colier , le demanda à 
Alcméon , & refufa.de lui laifTer confommer le maria- 
ge , jufqu'à ce qu'il lui eût accordé ce qu'elle exigeoit 
de lui. Alcméon alla trouver Phégéus ; père de fon autre 
femme , & lui fit accroire qu'il avoit fu de l'oracle > 
qu'il ne guériroit jamais de fa fureur , s'il ne faifoit 
une offrande de ce collier au temple de Delphes. Phé- 
géus le lui livra ; mais ayant appris qu'on le deftinoit à 
Callirhoé, il donna ordre à fes deux fils d'affafimer Alc- 
méon, ce. qu'ils firent. Callirhoé très - fenfible à cette 
mort, defîroit ardemment qu'elle fût vengée. Les poè- 
tes difent qu'elle pria Jupiter de faire en forte que les 
fijs qu'elle avoit eus d'Alcméon , qui étaient encore 
enfans , devinrent en un moment hommes , afin qu'ils 
vengeaffent la mort de leur père. Jupiter lui accorda 
fa demande , & auffitôt Amphoterus & Acarnan Ces 
deux fils , partirent pour cette vengeance : ils trouvè- 
rent fur leur route les affaffins d'Alcméon , qui alloieut 
offrir à Delphes le collier & la robe d'Eriphyle : ils les 
tuèrent ; & enfuite allèrent à Pfophis , où ils mafia- 
crerent Phégéus & fon époufe. En fe retirant , ils furent 
pourfuivis jufqu'à Tégée. Après avoir rendu compte à 
Callirhoé de- ce qu'ils avoient exécuté , ils partirent 
pour Delphes , & y confacrerent le colier & la robe 
d'Eriphyle ; ce fut Archéloiis qui leur ordonna de le 
faire. Ils allèrent de - là dans l'Epire , ck y fondèrent 
une colonie que l'on appelle Acarnanie. Quant aux 
deux enfans qu'Eriphyle témoigne qu' Alcméon eut de 
la prophéteffe Manto , il les donna à élever à Créon 
roi de Corinthe ; l'un d'eux étoit appelle Amphilocus ; 
l'autre étoit une fille qui fe nommoit Tifiphone , & 
qui étoit parfaitement belle. La femme de Créon appré- 
hendant que fon mari n'épousât cette belle fille, & vou- 
lant l'en empêcher , la fit vendre : ce fut Alcméon qui 
l'acheta fans la connoître. Apollodore ne dit point com- 
ment Tifiphone fut reconnue. * Apollodore , /. 3 . Ovid„ 
de arte amandi , Lib. 3 . Bayle , dictionnaire critique. 

CALLISTE , poète , Grec de nation , qui vivoit dans 
le IV fiécle du temps de Conftance & de Julien l'A- 
poftat. Nicephore parle de lui : il dit que ce poète fui- 
voit toujours l'empereur Julien , & qu'il compofa en 
vers héroïques l'hiitoire de fes expéditions. * Nicephore 
/. 10, hijl. c. 34. Socrate, /. 3 , c. 18. 

CALLISTE (S, ) ouCALIXTE I de ce nom, 

Tome III, J ij 



CAL 



Vj A. L> 



pape , que quelques-uns font Romain , &: fils de Db- 
mice , fut mis fur la chaire de S. Pierre après la mort 
4e S. Zephyrin, l'an 119. La clémence que^ l'empe- 
reur Alexandre Severè fils de Mammé , fit paraître pour 
les chrétiens , & la fentence qu'il prononça en leur fa- 
veur, lorfqu'il leur fît rendre une place que les taverniers 
de Rome avoient ufurpée , lui donna la penfée de; bâtir 
«ne églife au môme lieu : ce qu'il exécuta en l'honneur 
de l'enfantement de la fainte Vierge , dans un temps 
où l'on croyoit par tradition qu'en ce même lieu une 
grande abondance d'huile étolt ibrtie de la terre , pour 
annoncer aux hommes l'avènement de Jefus-Chrift, qui 
eft l'oint du Seigneur. Cette églife s'appelle aujourd'hui 
Notre-Dame au-delà du Tibre. Ce tuf apparemment 
vers le même temps qu'il fit faire fur le chemin d'Ap- 
£ius un cimetière qui porte fon nom , &c qui eft fi connu 
dans l'hiftoire : d'autres croient qu'il le fit feulement 
rebâtir. Les minières de l'empereur , qui n'avoient pas 
pour les chrétiens ks mêmes fentimens que ce prince, 
exercèrent contre l'églife une perfécution fecrete , du- 
rant laquelle le faint pontife fut arrêté , & martynfé 

le 14 oftobrel 'an 224, ou P lutôt 22 3 ■> a P rès avoir tenu 
le fiége cinq années un mois & douze jours. Ceux qui 
prétendent qu'il avoit été enfermé dans une pnfon , ne 
fongent pas que cela eft contraire à la grande liberté 
que les chrétiens avoient fous l'empereur Severe ; & 
en effet la manière dont on s'en défit , convient mieux 
à quelque tumulte extraordinaire , qu'à un jugement ré- 
gulier. Ses adtes portent qu'il fut précipité dans un puits ; 
ce qui fait croire que cette exécution fut faite dans quel- 
que émotion populaire. Saint Urbain I lui fuccéda. 
* Baronius , in annal. & martyr. Anaftafe. Platina. Ga- 
conius. Du Chêne. Papyre MafTon , &c. in vit. Pontif, 
Thomas Valdenfis. Tillemont. 

Optât & S. Auguftin l'appellent Callixte. L'opinion 
de ceux qui affurent qu'il étoit Romain , & fils de Do- 
mice , n'eft appuyée fur aucun témoignage ancien , & 
l'on ne fait certainement aucune circonftance de^fa vie 
ni de fa mort : il n'y a point de preuve qu'il ait bâti une 
églife dans le lieu que l'empereur Alexandre avoit accor- 
dé aux chrétiens. Ce que l'on dit du cimetière que l'on 
prétend qu'il fit faire dans la Voie Appie , paraît mieux 
fondé, pareeque la plupart des martyrologes en font 
mention , & qu'il a été depuis célèbre. Mais ce que quej- 
ques-uns difent , qu'on y avoit enterré cent foixante & 
quatorze mille : martyrs, & quarante-fix papes , n'a aucune 
apparence , & il eft affez vraisemblable que ce cimetière 
étoit public , & commun aux chrétiens &aux païens. 
Ce qu'on dit de la perfécution contre les chrétiens , 
fous l'empire d'Alexandre , eft contraire à tout ce que 
les anciens nous apprennent de la difpofition de cet 
empereur envers les chrétiens , &: les a&es de plufieurs 
martyrs qu'on prétend avoir fouffert pendant ce régne , 
font vifiblement fuppofés. Le martyre de S. Callifte 
n'eft pas plus allure, puifque ni Eufèbe, ni les autres 
auteurs anciens n'en parlent point : les a&es de fon 
martyre font infoutenables ; &t dans l'ancien calendrier 
donné par Bucherius , il n'eft point qualifié du nom de 
martyr, non plus que dans celui du P. Fronteau, ni dans le 
facramentaire de S. Grégoire. Pour le temps de fon pon- 
tificat, il a commencé à la fin de l'an 219, & il a duré 
tinq ans félon Eufebe , cinq ans dix mois , félon le pre- 
mier catalogue des papes du père Mabillon , cinq ans 
deux mois & dix jours félon le fécond , & félon celui 
de Bucherius; ce qui fait voir qu'il eft mort l'an 224, 
& le 14 octobre , fuivant l'ancien calendrier donné 
par Bucherius, & fuivi dans les martyrologes. Il eft 
marqué clans le calendrier de Bucherius , que ce pape 
étoit enterré ou honoré in Via Aurélia , ou dans le che- 
min d'Aurele , à trois milles de Rome. On prétend que 
fon corps a été tranfoorté en France fous le pontificat 
de Léon IV, l'an 854 , à la prière du comte Everard, 
&: mis dans un monaftere que ce comte avoit bâti pro- 
che de Tournai , que l'on appelle à préfent Cifoin ou 
Chijoingh. On croit qu'il a été dépuis tranfporté à 



Reims, Mais tout cela n'eft fondé que fur des monu- 
mens fort incertains. * Tillemont, mémoires pour fervir 
à l'hifloirt écdéjiaflique } tom. III. v Baillet , vies des 
faints , i^fept. Du Pin , biblioth* des auteurs ecdéfiaRi- 
ques , trois premiers fiédes. 

CALLISTE II étoit François de nation , & arche- 
vêque de Vienne en Dauphiné : fon nom étoit Gui de 
Bourgogne , & il étoit cinquième fils de Guillaume II > 
frère de Rainaud & d'Etienne , comtes de Bourgogne. 
Il étoit oncle d'Adélaïde reine de France , femme du roi 
Louis VI , dit le Gros , fille de Humbert II , comte de 
Maurienne , & de Giféle de Bourgogne , feeur de Gui, 
Il fut mis fur le fiége de l'églife de Vienne en 1083 , & 
gouverna cette églife jufqu'à l'an 1119, qu'il fut élu 
pape le premier jour de février , dans l'abbaye de Clu-' 
ni , en la place de Gelafe II , qui y étoit mort.. Cette 
élection fut faite par les cardinaux du parti de Gelafe II 
qui étoient en France ; le fiége de Rome étoit alors 
occupé par Maurice Bourdin , que l'empereur Henri 
avoit fait élire pape en 1 1 1 8 , après la mort de Paf- 
chal II , 6k qui avoit pris le nom de Grégoire, Gelafe 
avoit été élu quarante-deux jours auparavant ; mais 
l'arrivée de Henri à Rome l'avoit obligé de fe retirer 
en France. Callifte n'ofa pas aller à Rome auffitôt 
après fon élection, &tint au mois d'octobre 1 1 19 , un 
concile à Reims, dans lequel il excommunia l'empereur 
Henri , avec Bourdin &c fes fauteurs : il pana enfuite 
en Italie avec une armée. Henri fut obligé de fe retirer ; 
Bourdin fe fauva à Sutri. Callifte l'y fuivït , & ayant 
formé le fiége de la place, les habitans lui livrèrent 
l'antipape qu'il fit enfermer. Voye^ ce qui concerne cet an- 
tipape, à fon article particulier , & cherche^ BOUR- 
DIN ( Maurice. ) Callifte fit néanmoins fa paix avec 
Henri, & compofa un traité touchant les inveftitures, 
qui fut approuvé dans le concile de Latran en 1 1 23. 
Il mourut le 1 3 décembre de l'an 1 1 24 , après cinq ans 
dix mois &: neuf jours de fiége. On a de lui 35 lettres, 
& on lui attribue quatre fermons fur l'apôtre S. Jac- 
ques , qui font des pièces fuppofées & indignes de ce 
pape. Louis le Gros lui écrivit une lettre pour le con- 
gratuler de la prife de Bourdin. Ce pape étant encore 
archevêque de Vienne , fonda l'abbaye de Bonnevaux 
en Dauphiné , & fit de grands biens aux églifes de fon 
diocèfe. HONORÉ II lui fuccéda. * Saint Antonin , 
hijl. Trithémé , defeript. ecclef. Vincent de Beauvais , 
/. 26. Spec. le. 30 & ftq. Baronius. Ciaconius. Papyre 
Maiïon. Du Chêne , de vit. pontif. Louis Jacob , bïbl. 
pontif. Sainte-Marthe , G ail. chrijl. Chorier , hijloire, 
du Dauphiné. M. Bâlufe , tom. III de fes vùfcellanea* 
Confultezle tome X de Vhijîoire littéraire de la France , 
par des Bénédictins de S. Maur. 

CALLISTE III , pape , nommé auparavant Alfonfc 
de Borgia , étoit Efpagnol , natif de Xativa , dans le 
diocèfe de Valence. Il étudia a Lerida; & s'étant avan- 
cé dans la jurifprudence civile & canonique , il enfei~ 
gna enfuite , & eut un canonicat en cette ville. Al- 
fonfe V roi d'Aragon le choifit pour fon fecrétaire. Il 
employa fes foins & fa prudence pour éteindre le 
fchifme en Aragon, &le pape Martin V lui témoigna 
fa reconnohTance , en lui donnant Tévêcfté de Major- 
que : il ne l'accepta pourtant pas , ou du moins il n'en 
prit point pofleflîon , mais il eut depuis celui de Va- 
lence. Le roi Alfonfe l'employa en diverfes négocia- 
tions , & le pape Eugène IV le fit cardinal en 1444. 
Cette dignité ne fervit qu'à faire paroître davantage fon 
mérite. Il fut élu pape le 8 avril de l'an 1455. ^ n ^ lt 
qu'il étoit alors âgé de plus de 76 ans. S. Vincent Fer- 
rier lui avoit prédit qu'il ferait pape , long-temps au- 
paravant qu'il le fût , &c dans cette afïuranee il fit vœu 
de faire la guerre au Turc : en effet il excita toute 
l'Europe à prendre les armes ; mais fes bons defleins 
-n'eurent pas une iiïue aufti avantageuiè qu'il le fou«- 
haitoit. Il canonifa le faint qui lui avoit prédit fon élé- 
vation à la papauté. On remarque qu'étant évêque & car- 
dinal., Une poûeda jamais qu'un bénéfice an commande ; 



CAL 



ï£ d avoit accoutumé de dire , parlant de l'églife de 
Valence , qu'il fe contentoit d'une époufe vierge : auffi 
quand il fut pape , il n'en voulut jamais donner aux per- 
sonnes qu'il en Croyoit indignes. Il fe trompa pourtant 
en la pe'rfonne de quelques-uns de fes parens; mais 
leur mente apparent en avoit déjà trompé d'autres. 
Cailifte III mourut le 6 août de l'an 1458. Il a écrit 
quelques épîtres , .& on lui attribue l'office de la Transfi- 
guration. Il fiége* trois ans trois mois ckvinet-neuf jours. 
Pie Illui fuccéda. *Ciaconius. Rainaldi. Platina. Sufius. 
Bolland. Tome I. Mail. 

CALLISTE , antipape : les partifans de l'empereur 
Frédéric , qui avoient créé antipape Octavien cardinal 
de fainte Cécile , fous le nom. de Victor, contre Alexan- 
dre III , élurent enfuite Gui de Crème , qu'ils nommè- 
rent Pafchal III. Après la mort de ces antipapes , Jean 
abbé de Strume , fut mis en leur place en 1 170. Ils le 
nommèrent Cailifte III , & il porta ce titre jufqù'en 
1 177 , qu'il fut dégradé au concile de Venife , où l'ac- 
cord fe fit entre le pape ck l'empereur. L'année d'après 
Cailifte vint à Frefcati fe jetter aux pieds d'Alexandre , 
qui le reçut charitablement , ck lui fit même prendre 
place à fa table. U mourut la même année. * Baronius, 
in annal, 

CALLISTE I de ce nom -, patriarche de Conftan- 
tinople, qui vivoit dans le XIV fiécle, avoit été moine 
au^ mont Athos , ck fuccéda à Ifidore l'an 1350. Ii 
préfida au concile tenu en 1355 contre les adverfaires 
de Palamas ; ck n'ayant pas voulu couronner le fils de 
Cantacuzene, il fe retira dans un monaftere. Mais il fut 
rétabli peu de temps après par Jean Paléologue , qui 
l'envoya en Servie, pour y conclure un traité de paix. Il 
y mourut en 1 3 5 8 , ayant tenu le fiége environ neuf ans , 
quoique Pontanus en mette dix. On lui attribue une 
•homélie fur l'exaltation de la fainte Croix, donnée par 
Gretfer, ck deux écrits, l'un fur la mort de la Vierge , 
& l'autre fur la décollation de S. Jean : la méthode on la 
règle monajîique eft d'un autre Cailifte patriarche latin 
de Conftantinople , vers l'an 1406, dont on va parler. 
* Cantacuzene , liv. 4., chap. z6. Sponde , in annal. 
M. Du Pin 3 bibliothèque des auteurs ecclefiajiiques 
JUIF" fiécle. 

CALLISTE II patriarche Latin de Conftantinople, 
aVoit auffi été moine. On dit qu'il fuccéda à Ange Co- 
rano l'an 1406 , ck qu'il tint le fiége pendant 17 ans , 
jufqu'en l'an 1432. * Sponde , A. C. 1406. Voyez 
l'article précédent. 

CALLISTHÈNE, féditieux ck fcélerat , qui mit le 
-feu aux portes du temple de Jérufalem l'an 164 avant 
J. C. le jour que les Juifs célébroient la victoire que 
Judas Machabée avoit remportée fur Niçanor , Timo- 
thée 6k Bacchide, généraux des Syriens. Calliftbène fe ca- 
cha dans une maifon , qui éroit proche du temple : mais 
ayant été découvert, il fut pris ck brûlé vif. * // Ma- 
chab. S , v. 33. 

_ CALLISTHÈNES d'Olynthe , fut coufin ( Laërt 
m TheophrajU ) ck difciple d'Ariftote , qui l'engagea 
a fuivre Alexandre le Grand, dont il entreprit d'écrire 
l'hiftoire. On a cru dans le XVI fiécle avoir cette hif- 
toire , pareequ'on en montrait une qui portoit le nom 
■de Callifthènes dans quelques bibliothèques , & entr'au- 
tres dans celle du roi ; mais Cafaubon , après l'avoir exa- 
minée foigneufement , affure dans fes lettres 39 , 93 
ck 95 à Scahger, que c'eft un ouvrage fuppofé, ck le 
même que le taux Gorionides a coutume de citer, pour 
le vrai ouvrage de Callifthènes. Strabon le cite (lib. in • ) 
ck Polybe , auffi grand homme de guerre que bon 
hiftonen , affure ( lib. 12 ) qu'il falloir que l'au- 
teur ignorât tout-à-fait la tadique, c'eft-à-dire, l'art de 
ranger les armées , puifqu'il décrit la bataille d'Alexan- 
dre ck de Darius dans la Cilicie , d'une manière con- 
traire non feulement à la vérité , mais à la vraifem- 
blance. Il s'en falloir donc bien qu'il furpaffât par fes 
écrits les grandes aérions d'Alexandre, comme il le pré- 
■tendoit, puifqu'il n'étoit pas même capable de les bien 



CAL 6 



représenter. Il écrivoit aifément , dit Suidas, ck Cice- 
ron ( lib. 2 de orat. ) affure que fon ftyle étoit plutôt 
celui d'un orateur que d'un hiftonen. Au refte il joignit 
à une grande vanité , une- mortelle haine du même vice 
dans autrui; ck ils'oppofa avec beaucoup de vigueur au 
deffein où étaient quelques courtifans d'adorer Alexan- 
dre à la manière des Perfes : ce qui le rendit extrê- 
mement odieux à ce prince. Tous les hiftoriens par- 
lent diverfement de la mort de Callifthènes ; mais ils 
s'accordent tous à dire qu'HermoIaù's ck quelques au- 
tres ayant confpiré contre la vie d'Alexandre , on ac- 
eufa Callifthènes d'avoir trempé dans la conjuration i 
ôc qu'on ne le fit mourir qu'après fept mois de prifom 
Amen , de exped. Alex. lib. 4. Plutarque , in Alex, 
Juftin,^. 15. Quin't-Curce , lib. 8. Plufieurs crurent 
dès-lors qu'on l'avoir aceufé fauffement , 6k Théo* 
phrafte fon ancien ami en étoit fi perfuadé, qu'il corn» 
pofa en fon honneur un traité qu'il intitula Callifthè- 
nes , ( Laërt. in Theoph. ) où il dit que ce philofophe 
avoit rencontré en Alexandre un prince très-puhTant ck 
très-heureux , mais qui ignoroit l'art d'ufer de fa prof- 
pénté , ainfi que l'obferve Ciceron , ( lib. 3 Tu/cul. ) 
Outre l'hiftoire d'Alexandre, Callifthènes compofa plu- 
fieurs ouvrages qui font cités par les anciens : le plus 
confidérable étoit une hiftoire de la Grèce, dont Plu- 
tarque , ( in Cimone , & in Apfil. ) Athénée A lib 10) 
ck Etienne de Byzance , (mv.t;, U| «) font men- 
tion. On apprend de Diodore de Sicile (lib. 14 & 
16 ) & de l'auteur de la defeription âes olympiades, 
que cette hiftoire comprènoit ce qui s'étoit pane du- 
rant? trente années , depuis la paix d'Antalcides en la 
XCIII olympiade , jufqu'à l'année où le tçmple de Del- 
phes fut pillé par Philomele. Ciceron qui en parle auffi 
dans fa belle lettre à Lucéius , ajoute que Callifthènes 
écrivit féparément l'hiftoire de la guerre de Troye, ce 
que Plutarque a obfervé auffi ( in Camillo \ Que û 
Athénée ne fe trompe point lorfqu'il lui attribue (lib. 13) 
une hiftoire de la guerre iàcrée, il faut dire, qtf'ayanfi 
fini d'abord fon hiftoire de la Grèce , où nous l'avons 
marqué , il l'a continuée enfuite jufque fort près de fon 
temps. Le fcholiafte d'Apollonius ( in lib, 1. ) cite 
encore un Périple de lui,'Apoftolius ( in v. s*pJW* w *. 
\<x ) des Perfiqius, Plutarque ( in Paralhlis ) des Ma- 
cedoniques , des Thraciques , ck des Métamorphofes ; 
mais ces ^ouvrages , qui à l'exception du dernier , ne 
peuvent être regardés que comme des defCriptions de 
divers pays , pouroient bien être d'un autre' Callis- 
thènes , ck je les attribuerais volontiers à l'auteur 
des Galatiques qui étoit de Sybaris , ainfi que Plutar- 
que l'obferve ( lib. deflumin. ) ck que Stobée cite au 
chapitre des xnaladies. II n'en eft pas de même des 
Apophthegmes,dontPollux fait mention (lib. 9 . cap. 6 : ) 
rien n'empêche qu'on ne les croie du philofophe ; 
une de fes maximes , Que ce n'étoit pas la fageffe , 
mais la fortune qui gouvernait la vie , a été fort- cé- 
lèbre autrefois dans les écoles.* Ciceron, Tufcul. lib. 5. 
On dit qu'Alexandre fit graver fur fon tombeau un® 
épitaphe en un feul vers , dont voici le fens : Odifo- 
plùfiam qui fibi non fapit. Je. hais un philofophe qui 
nefl pas philofophe pour lai-même : ou Je hais un f agi 
qui n'efi pas J âge pour fes propres intérêts. * Plutar- 
que , in Alex. Quint- Curce , /. 8 , c. 6, Arrien , /. 4, 
hijl. Juftin, /. 12. Voffius, de hifi. Gmc. I. 1 , c. a. 

CALLISTHENE , hiftonen Grec , du pays' des Sy- 
barites , dans la grande Grèce. On ne fait pas en quel 
temps il a vécu , mais feulement qu'il compofa une hif- 
toire des Galates iaXa-w;:». dont Plutarque cite le 23 e 
livre, êk Stobée le 13 e . * Plutarque de fium. Stobée, 
ferm. de morb. .Voffius , de hifi. Gmc. I 3 

CALLISTINS ou CALIXTINS, feclaires en Boh& 
me , qui prirent ce nom , parcequ'iîs croyoient le ca- 
lice abfolument néceffaire au peuple dans la commu- 
nion. Cette (e&e fe forma dans le commencement du 
XV fiécle. Tous les Chrétiens occidentaux vivoient en 
paix fur l'ufage de l'euchariftie, Un certain Jacobel pré- 



CAL 



tendit que l'on devoit donner le calice avec le pain. 
Les Bohémiens donnèrent dans ce fentiment ; & après 
«liverfes contestations, pour le bien de la paix, le con T 
cile de Balle crut y donner remède , en leur accordant 
la communion fous les deux efpeces , par un accord 
qui fut nommé compaclation. Ils ne s'y tinrent pas dans 
la fuite, voulant que la coupe fût donnée aux enfans 
nouvellement baptifés ; & Roquefane , leur chef, prê- 
tre & difciple de Jacobel , homme ambitieux, n'ayant 
point eu l'archevêché de Prague , comme il s'en étoit 
£até, empêcha leur réunion avec la cour de Rome. 
Ces deux derniers partis fubfifterent , jufqu'à ce que 
Luther les attira dans le fien. Quelques relations de 
Pologne nous apprennent qu'on trouve encore .de ces 
fortes de Calliftins dans ce royaume. *. Sponde, an. 
Chrift. 1421 , n. 2. M. de Meaux , hifioire des varia- 
tions , liv. XI.- 

CALLISTO , fille de Lycaon , cherchei CALISTO. 
CALLISTRATE, po'éte comique d'Athènes , vivoit 
fous la XCVII olympiade , environ 391 ans avant J. C. 
& fut rjval d'Ariftophane. * Voffius , de poiit. Grec. 
CALLISTRATE , ancien auteur d'une hiftoire de 
' Samothrace , citée par Denys d'HalicarnafTe ( HL 1 ) 
eft apparemment celui qui, fuivant Tzetzes (chiL 12, 
hifi. 398,) accoutuma les Samiens, c'eft-à-dire, ceux 
de Samothrace , à fe fervir des vingt-quatre lettres de 
l'alphabet grec ; mais il eft différent d'un CalliS- 
TRATE de Tenedo , qui commenta Aratus , au moins 
à ce que dit Voffius (de hi.fi. Gr. I. 3. ) Celui-ci pou- 
roit bien n'être pas différent- de celui que le fcholiafte 
d'Ariftophane emploie quelquefois , puifqu'entre autres 
chofes qu'il en a extraites , il y a un article fur l'ifle 
de Tenedo ( in PLutum. ) Il eft plus difficile de fa- 
voir qui eft le Caïiiftrate , auteur d'un traité des fem- 
mes publiques, dont Athénée fait mention (/. 13,) 
& Ton n'a pas plus de connoiffance de celui à qui quel- 
ques-uns attribuoient une defcription d'Athènes , que 
d'autres prétendoient appartenir plutôt à Meneclès ; 
car c'eft tout ce qu'en a dit Harpocration ( in v. îa- 
S.ôfimtS'» ; ) mais il n'y a pas beaucoup de perte à igno- 
rer tout cela, & il n'eft pas néceffaire d'être mieux 
. inftruit de ce qui regarde l'a"uteur des explications des 
^atues imprimées avec les œuvres des Pbiloftrates. 

CALLISTRATE , Athénien , fut choifi par hs ci- 
toyens avec Timothée & Chabrias pour commander 
les troupes contre les Lacédémoniens , la quatrième 

amiee CE la CdlLHJlllC Ul^JUplaUt, _}// wu a y uni. J. Kj. 

* Diodore de Sicile , /. 15. 

CALLISTRATE , excellent orateur d'Athènes , le- 
quel plaidant un jour la célèbre caufe d'Oropus , De- 
mofthène , quoiqu'encore fort jeune , en fut tellement 
touché, que ne voulant plus fuivre que Calliftrate, il 
abandonna Platon & fon académie. * Xenophon , lib t 6, 
ôc Aulu-Gelle, /. 3, cap. 13. 

CALLISTRATE , jurifconfulte , un des difciples de 
Papinien, & du nombre des confeillers de l'empereur 
Alexandre Severe. * Lamprid. in Alex. cap. 68. Pour 
sonnoître les différens Calliftrates , il faut confulter 
"Voffius , de hifi. Grec. L 3 , p. 338 , & déficient, ma- 
tjieni. cap. 33 , §. 21 , pag. 156. 

CALLIXENE , hiftorien , étoit de Rhodes. On ne 
fait pas en quel temps il a vécu. Il biffa, félon Athé- 
née ( /. 5,; un ouvrage fur la ville d'Alexandrie. 

CALLIXENE avoit compofé un traité des peintres 
5t des fculpteurs , comme nous l'apprenons de Vof- 
fius , en fia bibliothèque. 

CALLIXENE, habile ftatuaire, vivoit dans l'olym- 
piade CLV, vers l'an 160 avant J. C. auquel temps 
la fculpture que l'on avoit un peu négligée, reprit une 
nouvelle vigueur. 

&W CÀLLMOUCKS ou KALLMACKS , peu- 
ple puiffant qui habite le milieu de la grande Tartarie. 
Ils ne faifoient autrefois qu'une même nation avec leurs 
voifms les Mongales ou Mongous , & leur nom figni- 
£e qu'ils s'en font féparés, Les Tartares qui ont fait la 



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conquête de la Chine, ne ceffent d'exciter la divifion 
entre ces deux peuples , dans la crainte qu'ils ne fe 
réunifient pour venir les attaquer. Ils ont perdu une 
partie de leur pays , pareeque les Ruffes y ont pouffé 
les bornes de la Sibérie vers le midi , en remontant 
l'Irtis , & bàtiffant des fortereffes d'cfpace en efpace. 
* Strahlenberg , deficription de ï empire Rufifien , ch. T3. 
Cependant il a bien encore cinq cens lieues d'Al- 
lemagne en longueur, & trois cens en. largeur fous le 
plus beau climat du monde. Cette nation eft prélén- 
tement partagée en trois branches , qui font les Call- 
moucks Dfiongari, les Callmoucks Cofichoti , &C les Call- 
moucks Torgauts. La première eft la plus confidérable 
ck la plus puiffante ; elle eft compofée d'un nombre infini 
de tribus particulières , &c obéit à un kan qu'on ap- 
pelle le contaifeh , qui eft proprement le grand kan 
de tous les Callmoucks. C'eft un prince très-puiffant , 
qui peut aifément mettre fur pied cent mille hommes 
& davantage. Il habite toujours fous des tentes , félon 
la coutume de Ces ancêtres , quoiqu'il pofféde la petite 
Bucharie avec fes dépendances , où il y a quantité de 
villes. Il fait préfentement fon féjour au fud du lac 
Sayffan , fur les bords de la rivière d'Ila , & change 
de temps en temps de féjour , félon la néceffité de 
fes affaires. Les Callmoucks Cofchoti occupent tout le 
royaume de Tangut , & font fujets du Dalai-Lamai. 
Les Callmoucks Torgauts font la branche la moins con- 
fidérable. Ils habitoient autrefois vers les frontières du 
Turkeftan , & étoient fujets du contaifeh ; mais vers 
le commencement de ce ftécle , un de fes coufins nom- 
mé Ajuka ayant trouvé le moyen de les gagner , fe 
fépara de lui , fous prétexte qu'il avoit à craindre pour 
fa vie à la cour du contaifeh , & ayant paffé la ri- 
vière de Jaïck , il alla fe mettre fous la protection de 
la Ruffie. Présentement l'ajuka-kan campe ordinaire- 
ment avec les ordes qui lui font foumifes dans les lan- 
des d'Aftracan , à Feft de la rivière de Woîga , 6c dans 
l'été il vient fort fouvent faire fon féjour fur les bords 
de cette rivière , du côté de Soratof & de Zaritza. 
Quoique ces deux dernières branches des Callmoucks 
aient leurs kans particuliers , le contaifeh ne laiffe 
pas de conferver une efpece de feigneurie directe fur 
eux , & d'en tirer de puiffans fecours , quand il eft 
en guerre avec fes voifins. * Hifioire généalogique des 
Tartares 9 p. 81 , 82. 

Les Callmoucks font d'une taille moyenne , mais 
extraordinairement robufte ik carrée. Ils ont la. tête 
groffe & large, le vifage fort plat, & le teint d'un 
olivâtre brûlé , qui approche allez de celui des Amé- 
ricains. Leurs yeux font noirs & fort brillans , mais 
trop éloignés entr'eux , & extraordinairement peu ou- 
verts , quoiqu'ils aient beaucoup de longueur. Ils ont 
l'os du nez tout-à-fait écrafé, & prefqu'entierement de 
niveau avec le refte du vifage ; enforte qu'on ne leur 
voit rien du nez que le bout, encore eft-il fort plat, 
avec deux grands trous qui forment les narines. Ils ont 
les oreilles extrêmement grandes, fans être rebordées, 
la barbe fort menue , & des cheveux noirs forts comme 
du crin, qu'ils coupent entièrement à l'exception d'une 
feule touffe au haut de la tête qui leur tombe fur le 
dos , parcequ'ils* la laiffent croître de fa longueur na- 
turelle. En compenfation de toutes ces laideurs , ils 
ont la bouche fort belle & affez petite , avec de pe- 
tites dents blanches comme l'yvoire , & la jambe par- 
faitement bien tournée. Leurs femmes ont à peu près 
la même phyfionomie, excepté que leurs traits font 
un peu moins groffiers ; mais elles ont communément 
la taille fort avantageufe & très-bien prife. Leur ha- 
billement eft compofé d'une chemife de cette forte de 
toile de coton que les Ruffes nomment kitaika , &t 
d'un pourpoint de peau de mouton fans manches , dont 
ils cachent les pans dans leurs culottes , qui font auflï 
de toile de coton ou de peau de mouton & fort larges, 
L'hyver ils portent par-deffus tout cela une peliffe de 
peau de. mouton , la tojfon en dedans , qui leur vient 



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jufqu'au gras de la jambe , & dont les manches, font 
extrêmement longues. Ils fe couvrent la tête d'un petit 
bonnet rond, orné communément d'une houppe de foie 
ou de crin d'un beau rouge , & garni d'un bord de 
pelleterie. Leurs bottes font extrêmement grofïïeres & 
larges , de forte qu'elles les incommodait beaucoup en 
marchant. Les armes des Callmoucks font de grands 
arcs , avec des flèches à proportion qui ont la pointe 
fort large cV tranchante : ils les tirent avec beaucoup 
de jufteffe & de force. Ils ont auffi de grandes arque- 
bufes de plus de fix pieds de hauteur , dont le canon 
a bien un doigt d'épaiffeur, & ne tire cependant qu'une 
balle du calibre du petit doigt. Avec ces arquebufes 
ils tirent à balle fûre à une diftance de trois cens brades 
& davantage, en les appuyant fur une fourche : ils leur 
font prendre feu par le moyen d'une mèche. Lorsqu'ils 
font en marche , ils portent ces arquebufes renverfées 
fur le dos , attachées à une courroie , & la fourche 
pendue au côté droit. Comme ils ne vont à la guerre 
qu'à cheval , ils fe fervent tous de lances , & portent 
la plupart des cottes de mailles de fer & des calottes 
de même qui les garantiffent des coups de flèche. Il 
n'yaguèresqueleurscommandansqui aient desfabres, 
ck ils les portent à la manière des Chinois , la poignée 
fur le derrière , & la pointe en devant. N'ayant que 
de la cavalerie dans leurs armées, le canon ne fauroit 
leur fervir beaucoup , au Ai n'en ont-ils point l'ufage 
jufqu'ici. Les Callmoucks ne cultivent point les terres: 
ils fè nouriflent iimplement de leur bétail, 'qui confifte 
en chevaux, chameaux, boeufs , vaches & brebis. Leurs 
chevaux font fort bons & vigoureux , ayant prefque la 
taille de ceux de Pologne. Leurs bœufs font plus grands 
encore que ceux de l'Ukraine , <k les plus hauts qu'on 
connoiffe. Leurs brebis font pareillement fort grandes , 
& ont la queue très-courte , & toute cachée dans un 
couffin de graille de plufieurs livres : elles ont la toifon 
fort longue ck rude , une boffe fur le nez comme les 
chameaux, ck des oreilles pendantes comme nos chiens 
de chaiTe. Leurs chameaux font affez grands ck forts : 
ils ont tous deux boffes. Ils ne nouriflent point de 
cochons , ni d'aucune forte de volaille de baffe-cour. 
Ces peuples ne font point de commerce , Ôk fe con- 
tentent d'échanger contre du bétail, tout ce dont ils 
peuvent avoir befoin des Rufles , des Buchares , Ôkc. 
Au refle ils ont beaucoup de bonne foi , & ne font 
de mal à perfonne , bien éloignés de vivre de brigan- 
dage , comme le font les Tartares mahométans , avec 
lefquels ils font toujours aux prifes. Ils donnent le nom 
de talfcha à leurs chefs de tribu , ck celui de con- 
laifcha. ou grand-feigneur à leur grand kan , d'où lui 
cft venu par corruption le nom de contaïfch, * Hiji. 
génial, des Tartares , p. 698 ck fuiv. 

Les Callmoucks vivent fous des tentes ou fous des 
huttes ; tous ceux qui font d'une même tribu ou orde fe 
tenant enfemble, ck changeant de temps en temps de de- 
meure , félon que la faifon , ck les belbins de leurs trou- 
peaux le demandent. Leurs huttes font faites en rond , 
d'un affemblage de plufieurs groffes perches d'un bois 
léger de la hauteur de la hutte , jointes enfemble par des 
bandes de cuir , afin de les drefler & tranfporter avec 
plus de facilité. Us les couvrent en dehors d'un bon feu- 
tre épais , pour y être à l'abri du froid & du mauvais 
temps. La place du feu eu au milieu de la hutte , direc- 
tement au-deffous d'une ouverture qu'ils laiffent en haut, 
ck qui leur fert de fenêtre ck de cheminée. Les dortoirs 
font tout à l'en tour de la hutte contre la clôture. Les 
murfes ck autres gens de diftinètion ont des huttes plus 
commodes & plus fpacieufes : ils ont même en été de 
grandes tentes de toile , ck en hiver des loges de plan- 
ches couvertes de feutre , qu'on peut aifément monter 
& démonter' en moins d'une heure de temps. Le peu de 
Callmoucks qui ont des habitations fixes , les bâtiffent 
en rond , avec un toit en manière de dôme : ce qui fait 
un tout d'environ deux toifes de hauteur, dont le dedans 
tfr. tout-à-fait fcmblable à celui des huttes , n'y ayant ni 



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chambres , ni fenêtres , ni grenier , ck ne compofant 
qu'une feule pièce de la hauteur ck du contour de tout 
le bâtiment. * Hifi. généalogique des Tartares , p. 145. Il 
eft bon d'obferver que les Chinois donnent aux Call- 
moucks le nom 8ELuths, ck que depuis quelque temps 
ils font allez généralement connus fous celui de contai- 
fchs , à caufe de leur grand kan, 

CALLOET (Jean) évêque de Treguier ou Lantrï- 
guyer en Bretagne , vivoit au commencement du XVI 
fiécle. Il étoit Breton de nation , forti d'une famille no- 
ble de cette province. Il favoit hs belles lettres , le droit 
& la théologie. On le fit chantre de Comouailles ou de 
Quimpercorentin , puis de Treguier , dont il fut élu évê- 
que après Robert Guibé. Il mourut au Mont Saint-Michel 
le 4 feptembre 1 504. * Sainte-Marthe , G ail. chrijt. 

fe-f* CALLOO , bourg des Pays-Bas , dans le pays 
de \Vaes , avec un petit fort fur la rive gauche de l'Ef- 
caut , au-deflus d'Anvers. L'an 1 63 8 les Hollandois com- 
mandés par le comte Guillaume de NafTau , y furent dé- 
faits par les Efpagnols. Maurice de NafTau , fils du comte, 
Agé de vingt-un ans , y fut tué. * La Martiniere , diclion. 
gengraph. 

CALLOT ( Jacques ) célèbre graveur , étoit fils de 
Jean Callot , héraut d'armes de Lorraine , ck naquit à 
Nanci l'an 1 593.S0ngrand.pere Claude Callot , exempt 
des gardes du corps du duc de Lorraine , confervateur 
des titres & regiftres des nobles du pays , fut ennobli par 
le duc Charles II , en confidération des fervices qu'il lui 
avoit rendus dans les armées. Il portoit cinq étoiles en 
écu. Quoique Jacques Callot fût d'une famille , qui dès 
l'an 141 7 avoit pofTédé les premières charges fous les 
derniers ducs de Bourgogne , il ne fe flata point d'une 
fotte vanité , ck il ne crut point déroger , en s'adonnant 
au travail où fon inclination le portoit. Dès l'âge de 
douze ans il prit le chemin de Rome , pour voir ce qu'il 
y avoit de rare. L'argent lui ayant manqué , il fe mit 
avec une troupe de Bohémiens , qu'il fuivit jufqu'à Flo- 
rence. Lorfqu'il y fut arrivé , il les quitta , 6k rencontra 
un officier du grand duc , qui le prit auprès de lui , ck 
l'envoya deffiner chez un excellent peintre nommé G an* 
ta Gallina , qui s'appliquoit à la gravure. De-là il con- 
tinua fon voyage jufqu'à Rome , où il fut reconnu par des 
marchands de Nanci,qui le remenerent à fes parens ; mais 
il les quitta bientôt après & retourna en Italie, étant alors 
âgé d'environ quatorze ans. En paffantà Turin,il rencon- 
tra fon frère aîné,que fon père y avoit envoyé pour quel- 
ques affaires , lequel le ramena encore une fois à Nanci. 
Tout cela ne put empêcher que Callot ne contentât la 
paffion qu'il avoit de voir les excellens ouvrages de 
Rome : il obtint fon congé de fon père , ck alla à la fuite 
d'un gentilhomme que le duc de Lorraine envoyoit au 
pape. Lorfqu'il fut arrivé à Rome , il s'appliqua à deffi- 
ner ck à graver au burin fous Philippe Thomaffin , de 
Troye en Champagne , qui s'étoit établi à Rome. De- 
là il paffa à Florence , où le grand duc l'employa à fort 
fervice avec plufieurs autres graveurs. Callot commença 
alors à deffiner en petit , & quitta le burin pour graver 
à l'eau-forte , pareeque les ouvrages de cette manière 
s'exécutent plus promptement , & reçoivent mieux l'ef- 
prit ck la vivacité que l'ouvrier leur infpire. Après la 
mort du grand duc de Florence , Callot revint en fon 
pays. Le prince Charles , qui venoit de Rome , l'ayant 
reconnu à Florence , admira les pièces qu'il avoit gra- 
vées , ck l'engagea à le fuivre en Lorraine ; promettant 
de lui faire donner de bons appointemens. Henri duc de 
Lorraine le reçut , 6k lui donna une penlion confidéra- 
ble. Callot époufa en 16x5 , étant âgé de trente-deux 
ans , une jeune demoifeîle nommée Catherine Kattinger t 
qui tiroit fon origine d'une noble famille de Marfal. 

Pendant qu'il étoit à Florence il examina le vernis des 
faifeurs de luths , qui féche 6k durcit promptement , 6k 
obferva qu'il étoit beaucoup plus propre pour les ouvra- 
ges qu'il faifoit , que le vernis mol : c'eft pourquoi il en 
apporta une affez bonne quantité, lorfqu'il revint àNan- 
ci , & fut le premier qui le mit en ufage dans la gravure 






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à Fcau-forio. Ilfc propofa auffi de ne faire fouvent qu'an 
ieul trait , pour graver les figures , groflîffant plus ou 
moins les traits , fans fe fervir de hachures ; en quoi il a 
été imité depuis dans de petites figures , par des graveurs 
à l'eau-forte , & dans de grandes ordonnances par des 
graveurs au burin. Sa réputation fe répandant par toute 
l'Europe , l'infante des Pays-Bas le fit venir à Bruxelles , 
lorfque le marquis de Spinola affiégeoit Breda , afin^de 
deffiner la prife de cette ville. Il vint en France Tan 
1628 , & le roi Louis XIII lui donna ordre de deffiner 
1e fiége de la Rochelle , & celui de l'ifle de Ré , qu'il 
vint graver à Paris. De-là il s'en retourna à Nanci, où 
il continua de travailler avec tant djapplication , qu'il fe 
trouve peu de graveurs qui aient gravé un fi grand nom- 
bre de planches que lui , & dans l'efpace d'une vie auffi 
courte qu'a été la fienne , car on en compte jufqu'à 1 3 80. 
Il eft'vrai que Tempefte a gravé jufqu'à 1800 pièces , 
mais il a vécu plus long-temps ; & tout ce qu'il a fait n'eft 
pas également bien , ni d'une manière auffi finie que ce 
qu'on voit de Callot. Lorfque feu M. le duc d'Orléans , 
Gafton de France , fe retira en Lorraine , il lui fit graver 
plufieurs planches de monnoies , & il voulut même ap- 
prendre de lui à deffiner. Pour cela il alloit tous lesjours 
avec le comte de Maulévrier au logis de Callot , où il 
•pafToit deux heures de temps à prendre des leçons. Le 
roi ayant affiégé & réduit fous fon obéiffance la ville de 
Nanci en J.6yi , envoya quérir Callot , & lui propofa 
de repréfenter cette nouvelle conquête , comme il avoit 
fait la prife de la Rochelle ; mais Callot fupplia fa ma- 
jefté de vouloir l'en difpenfer , parcequ'il étoit Lorrain , 
&L qu'il croyoit ne devoir rien faire contre l'honneur de 
fon prince & contre fon pays. Le roi reçut fon excufe , 
& dit que le duc de Lorraine étoit bienheureux d'avoir 
des fujets fi fidèles & fi affectionnés. Quelques courti- 
fans dirent affez haut qu'il falloit l'obliger d'obéir à fa 
majefté : ce que Callot ayant entendu , il répondit avec 
beaucoup de fermeté , qu'il fe couperoit plutôt le pouce , 
«que de faire quelque chofe contre fon honneur. Le roi , 
bien loin de fouffrir qu'on lui fît aucune violence , le 
tivtita toujours favorablement ; & pour l'attirer en Fran- 
ce , il lui offrit mille écus de penfion , s'il vouloit s'atta- 
cher à fon fervice ; mais Callot témoigna qu'il ne pou- 
voit quitter le lieu de fa naiffance , ou il feroit toujours 
près de travailler pour fa majefté. Néanmoins , comme 
dans la fuite il vit le mauvais état où la Lorraine fut ré- 
duite après la prife de Nanci , il réfolut de fe retirer à 
Florence avec fa femme ; mais il mourut le 28 mars 
1635 âgé de 4X ans , & fut enterré dans le cloître des 
cordeliers de Nanci, dans l'endroit où fes parens avoient 
leur fépulture ; & on lui dreffâ une épitaphe , où il eft 
repréfenté à demi-corps fur une table de marbre noir. 
* Felibien , entretiens fur les vies des peintres. Perrault, 
hommes illuftres qui ont paru en France pendant le XVI 

Jîécle. 

CALLY (Pierre ) célèbre philofopke de notre temps, 
étoit né fur la paroifle du Mefnil-Hubert , près d'Argen- 
tan , au diocèfe de Séez. Il étudia en philofophie à Caën 
vers l'an 1655 , & fit enfùite fa théologie à Paris. Mais 
la philofophie fut toujours fon étude favorite , & il s'y 
acquit un grand nom. Vers l'an 1660 il fut chargé de 
l'enfeigner au collège du Bois dans la ville de Caën , & 
il fe lia avec le favant M. Huet , mort depuis ancien évê- 
que d'Avranches. Ce prélat a rendu ce témoignage à 
M. Cally , que celui-ci lui fut d'un grand fecours dans 
fes études , & qu'il fe dirigea pendant du temps par fes 
lumières. La philofophie du célèbre M. Defcartes les 
brouilla. M. Cally fut le premier en France qui eut affez 
de courage pour la profelfer , malgré les préjugés & le 
nombre de ceux qui étoient attachés à l'ancienne philo- 
fophie. Il la propofa d'abord en hypothèfe ; enfùite il 
l'enfeigna ouvertement, ce qui lui fufeita bien desadver- 
faires. M. Huet , jeune alors , ofa depuis le cenfurer , 
& le père Valois , jéfuite , qui profeffoit auffi la philo- 
fophie dans le même temps que M. Cally , attaqua ce 
profeifeur , Ô£ en même temps la philofophie qu'il enièir 



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gnoit , dans un écrit qu'il publia fous le nom de Louis 
de la Ville en 1680 , & qui eft intitulé ; Sentimens de 
M. De/cartes , touchant l'ejfmce & les propriétés des 
corps , oppofés à la doctrine de l'églife , & conformes 
aux erreurs de Calvin fur l'eucharijrie. M. Cally trou- 
vant peu de folidité dans cet ouvrage , négligea d'y ré- 
pondre d'abord ; mais enfuite prefle par quelques amis, 
il en fit une réfutation en latin qu'il ne fit point impri- 
mer. Dans le temps que M. le duc de Montaufîer fut 
chargé de la part de Louis XIV , de faire travailler à des 
commentaires fur les anciens auteurs claffiques , à l'ufage 
de M. le Dauphin , M. Cally fut chargé du traité de 
Boëce de la confolation de la philofophie , & fon édi- 
tion avec fes commentaires & fes notes parut en i68ô 
//z-4 . En 1674 il fit imprimer une courte introduction à 
la philofophie, «2-4°; {Inflitutio philofophiœ, ) ouvrage 
qu'il augmenta dans la fuite , & dont il dqnna en 1695 
une nouvelle édition fous ce titre : Umverfce philofophm 
injlitutio , à Caën, 4 vol. //z-4 . En 1675 l'auteur fut 
nommé par la faculté des arts /principal du collège des 
arts dans ladite ville de Caën. Il y profeffa encore un 
cours de philofophie , & il dépenfa dix ou douze mille 
francs pour rebâtir une partie de ce collège qui étoifc 
tombé en ruine. En 1684 il fut nommé curé de la pa- 
roifle de S. Martin de Caën , par madame l'abbeffe de 
la Trinité de la même ville. Les proteffans qui étoient 
alors en grand nombre à Caën , & aux environs , ve- 
noient en foule entendre fes prônes , & il fit exprès pour 
eux des conférences une ou deux fois chaque femaine 
dans fon presbytère , où ils fe rendoient avec plaifir. Le 
fuccès en fut grand , & l'on voit par les regiftres de 
l'églife de S. Martin , qu'un grand nombre de ces héré- 
tiques eut alors le bonheur de rentrer dans le fein de la 
religion de leurs pères. Ce fuccès , dont tout catholique 
auroit du rendre grâces, fufeita des- envieux à M. Cally 
parmi ceux qui étoiënt oppofés au cartéfianifme ; & fur 
de fauffes délations , il fut exilé à Moulins en 1686. Cet 
exil dura environ deux ans : il ne fut rendu à fa cure 
que fur la fin de 1688. Trouvant à fon retour que le 
nombre des proteftans étoit encore fort grand à Caën , 
& qu'ils avoient toujours en lui la même confiance , il 
travailla pour leur faire plaifir à mettre en françois l'ou- 
vrage latin qu'il avoit fait quelque temps auparavant pour 
répondre' au père Valois , & il y adopta le fentiment du 
célèbre Durand , qui avoit dit avant la tenue du concile 
de Trente , que fi jamais l'églife décidoit qu'il y eût une 
tranflubftantiation dans le myftère de l'euchariftie , il 
falloit qu'il reftât quelque chofe de ce qui étoit aupara- 
vant le pain , pour mettre de la différence entre la créa- 
tion , qui eft la production d'une chofe qui n'étoit point, 
& l'annihilation qui eft une deftruction d'une chofe ré- 
duite au néant. L'adoption que M. Cally fit de ce fenti- 
ment , lui fit donner à fon écrit le titre de Durand com- 
menté , ou l'accord de la philofophie avec la théologie 9 
touchant la tranjfubjlantiation. M. Cally envoya cet 
ouvrage en Hollande à M. Bafuage qui avoit été fon 
difciple , mais il ti'en reçut point de réponfe. Cepen- 
dant voulant d'autant moins laiffer cet écrit inutile , qu'il 
efpéroit qu'il contribueroit beaucoup à la converfion des 
proteftans , il fit prix avec un libraire de Caën pour qu'il 
lui en imprimât feulement foixante exemplaires , dans le 
deffein de les envoyer à fes amis à Paris , afin qu'ils jii- 
geaffent fi l'ouvrage méritoit d'être plus répandu. Mais 
le libraire ne confultant que fon intérêt perfonnel , dit à 
M. Cally , qu'il lui promettoit de faire approuver fon 
livre par deux docteurs de Sorboime , & qu'il en tireroit 
huit cens exemplaires. M. Cally y confentit , & fut la 
dupe de fa bonne foi. Son ouvrage parut à peine , qu'on 
s'éleva contre , & que l'auteur qui n'avoit eu en vue que 
la converfion des hérétiques , fut traité lui-même d'hé- 
rétique. M. de Neïmond , alors évêque de Bayeux., le 
condamna le 30 mars 1701 , par une inïtruétion pafto- 
rale qui fut rendue publique ; & M. Cally qui avoit tou- 
jours été ami de la paix , adhéra à cette condamnation, 
& rétracta fon livre le zi d'avril fuivant. M, de Bayeux 

envoya 



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envoya enfuite Ton inftruêtion paftorale avec la rétrac- 
tation de l'auteur , pour être lues aux prônes des paroif- 
fes ; ck quoiqu'il eût difpenfé M. Cally de faire cette 
lecture dans la fienne , il voulut la faire lui-même , ck 
dit à fes paroiffiens que c'étoit lui qui avoit fait l'ouvra- 
ge que M. de Nefmond condamnoit , mais qu'il le re- 
traduit. Il fupprima enfiiite les exemplaires autant qu'il 
put , & cet ouvrage eft devenu fort rare. C'eft un vo- 
lume in-iz , imprimé en 1700, fous le nom de Pierre 
Marteau , à Cologne. La cenfure de M. de Bayeux eQ. 
de 1701 , ôk contient dixr-fept proportions extraites du 
livre. Pendant que M. Cally -étoit encore curé de S, Mar- 
tin , il fit imprimer une partie de fes prônes , qui ne fu- 
rent pas à beaucoup près au/fi goûtés fur le papier , que 
•îorfqu'il les débitoit en chaire. On y trouve fur-tout trop 
de philofophie ck de forme fcholaftique dans les raifon- 
nemens , ck un ftyle fort peu élégant , ce qui a empê- 
ché que la fuite n'ait été donnée au public. On trouve 
fous ion nom un écrit imprimé dès 1 644 , intitulé : Doc- 
trine hérétique & fchifmatique touchant la primauté du 
pape, enfeignée par les j éfuites dans leur collège de Caèn. 
Si cet écrit eft de lui , il devoit être bien jeune quand il le 
fît. Lorfqu'il mourut le dernier de décembre de l'an 1 709 , 
il étoit revêtu des titres de curé de S. Martin , de princi- 
pal du collège des arts , ck de profeffeur royal d'élo- 
quence. * Mémoires du temps. Hijloire des ouvrages des 
favans, par Bafnage de Beau val, tome XVII , page 43 5. 
Hermant curé de Maltot, hijloire eccléfiajlique de Bayeux. 
Huet , dans fon commentarius de rébus ad eum perdnen- 
tïbus , pag. 228 & 386. 

Pf^T CALMAR , ville de Suéde , dans la province 
de Smaland , avec un port fur la côte de la mer Balti- 
que , vis-à-vis de l'ifie d'Oéland , ck fur le détroit 
auquel elle donne le nom de Calmarfund. Cette ville 
eft. nommée parles hiftoriens qui ont écrit en latin , Cal- 
maria , ôk Calmarnia. Il faut diftinguer l'ancienne ville 
de Calmar ckla nouvelle. L'ancienne Calmar eft fameu- 
fe par l'ade qui s'y fit l'an 1392, pour unir les trois cou- 
ronnes de Suéde , Norwége ck Danemarck , fous la 
reine Marguerite. Cet acfe eft nommé dans l'hiftoire 
V union de Calmar. Après la divifion des courormes que 
ce traité avoit unies , Calmar fe trouva frontière des 
Danois qui poffédoient la Scanie. Elle fut fouvent prife, 
reprife , ck ravagée. Enfin un incendie la confuma pref- 
qu'entierement en 1547. On rebâtit une nouvelle ville, 
à une portée de fufil de l'ancienne , dans la petite ifle 
voifine nommée Owarnholm. La nouvelle ville de Cal- 
mar n'eft pas fort peuplée , quoique grande ck bien bâ- 
tie. Elle eft dans une fîtuation qui la rend extrêmement 
forte. * La Martiniere , dicl. géogr. 

&W* CALMET (dom Auguftin) bénédidin de la 
congrégation de S. Vanne , eft né à Mefnil-la-Horgne , 
proche Commerci , le 26 février 1672. Il fit fes pre- 
mières études au prieuré de Breuil , proche Commerci. 
En ï 687 il alla étudier à l'univerfité de Pont-à-Mouflon, 
où il fit fa rhétorique. Au fortir de cette claffe , il prit 
l'habit de S. Benoît , clans l'abbaye de S. Manfuy , au 
fauxbourg de Toul , le 17 octobre 1688 , & fit profef- 
fion dans le même monaftere , le 23 octobre 1689. Il 
commença fa philofophie dans l'abbaye de S. Evre. Le 
cours de philofophie ayant été transféré dans l'abbaye 
de Munfter , au Val de S. Grégoire en Aîface , dom 
Calmet y continua fa philofophie , 6c y fît fon cours de 
théologie. Les intervalles que lui laiffoient fes études 
principales , dom Calmet les employoit à étudier la lan- 
gue hébraïque ; ck en peu de temps il y fit allez de pro- 
grès pour pouvoir lire ck entendre le texte facré dans la 
langue originale : en même temps il fe perfectionna dans 
la langue grecque , dont il avoit pris quelque teinture au 
collège. En 1696 il fut envoyé, avec quelques-uns de 
fes confrères , à l'abbaye de Moyenmoutier , pour y 
étudier les faintes écritures , dans une académie dont 
étoit directeur le P. D. Hyacinthe Alliot , neveu de 
l'abbé de Moyenmoutier du même nom. Deux ans après, 
çn 1698 , dom Calmet fut chargé d'enfeigner la philo- 



fophie ck la théologie aux jeunes religieux de ce monaf- 
tere. Il exerça cet emploi jufqu'en 1704 , qu'il fut en- 
voyé en qualité de fous-prieur dans l'abbaye de Munf- 
ter , où il fut chef d'une académie compofée de huit ou 
dix religieux , avec lefquels il continua fes études fur les 
livres faints , & retoucha fon commentaire fur la genèfe 
& furies pfeaumes : car pendant fon féjour à Moyen- 
moutier , l'écriture fainte avoit fait le principal objet de 
fes études : il avoit même compofé des commentaires 
fur prefque tout l'ancien teftament , avec quelques difïer- 
tations , fans autre deffein que de s'occuper ck de s'inf- 
truire. Incertain cependant fi les ouvrages qu'il avoit 
jufqu'alors compofés fur l'écriture , ck qui groffiflbient 
tous les jours , méritoient d'être mis au jour , il fe ren- 
dit à Paris en 1706. Ce fut par le confeil' du père Ma- 
nillon , auquel il étoit particulièrement recommandé ^ 
qu'il vit le fameux abbé Duguet , lequel détermina dom 
Calmet à donner au public fon commentaire en françois. 
Le premier volume fut imprimé i/2-4 en 1707 , & les 
autres fucceffivement jufqu'en 17 16 ; le tout en vingt- 
trois volumes in-4. . En 171 5 dom Calmet devint prieur 
de Lay , par la réfîgnation que lui fît de ce prieuré 
M. l'abbé Morel , aumônier du roi , moyennant une 
penfion de 3000 livres. En 1718k chapitre général le 
nomma abbé de S. Leopold de Nancy , ck l'année fui- 
vante il fut nommé vifiteur de fa congrégation. Enfin > 
après la mort de dom Matthieu Petitdidier , abbé de Sé- 
nones , ck évoque de Macra in partibus infidelium » 
arrivée le 1 5 juin 1728 , dom Calmet fut élu abbé de 
Sénones , d'un confentement unanime de la communaux 
té ; ck fon prieuré de Lay fut donné à dom Hyacinthe 
la Fauche , le 24 feptembre fuivant. Le pape Benoît XIII 
agréa ck confirma l'élecf ion de dom Calmet. Les cardi- 
naux le propoferent à fa fainteté pour le titre d'un évê- 
que in partibus , avec pouvoir d'exercer les fondions 
épifcopales dans les lieux de la province qui font exempts 
delà jurifdiéHon de l'ordinaire. Mais dom Calmet refu- 
fa d'accepter l'épifcopat , ck en écrivit à Rome. Le pape 
lui adreffa un bref le 12 feptembre 1729 , par lequel il 
agréoit fes exeufes : quelque temps après , le même pon- 
tife lui fît préfent de tous fes ouvrages en trois volumes 
in-folio. Dom Calmet prit poffeflion de l'abbaye de Sé- 
nones le 3 janvier 1729 , ck reçut la bénédiction abba- 
tiale le 24 avril fuivant. Depuis ce temps , dom Calmet 
s'eft appliqué à continuer fes études dans fon abbaye j. 
&■ n'a pas ceffé d'y bâtir ck d'y amaffer des livres ck des 
ornemens d'églife. Il a acheté le médaillier de feu M. de 
Corberou , fecrétaire d'état , auquel il a ajouté quantité 
de curiofités naturelles , & en particulier le cabinet de 
M. Voile , bailli de Ribauviller , acheté en 1745. 

Catalogue des ouvrages de dom Calmet,. 

1. Commentaire littéral fur tous les livres de l'ancien 
ck du nouveau teftament en vingt-trois volumes in-4 ^ 
imprimés depuis 1707 jufqu'en 171 6 , réimprimés en 
huit volumes in-folio , depuis 1724 jufqu'en 1726 , mis 
en latin , ck imprimés à Venife , puis à Francfort , 6k 
abrégés par le père dom Pierre le Court , & par dom 
Pierre Guillemin. M. Rondet a donné un abrégé du 
commentaire du' père Calmet , en y joignant le texte 
facré en latin ck en françois , avec de courtes notes , ck 
dix nouvelles differtations. Cet abrégé compofe treize 
volumes in-4 . M. Etienne Fourmont , profeffeur en 
arabe au collège royal , attaqua ce commentaire , dans 
quelques lettres qu'il publia , où il fe propofoit de ven- 
ger l'honneur des rabbins que dom Calmet n'avoit pas 
affez ménagés à fon gré. Mais le roi Louis XIV & le 
cardinal de Noailles imposèrent filence à l'aggreffeur, qui 
n'a pas pourfuivi fa critique. Le fameux M. Simon écri- 
vit auffi contre le commentaire quelques lettres qu'il 
adreffa au père Souciet ck à quelques autres. Elles furent 
communiquées à dom Calmet par M. Pinfonnat , pro- 
feffeur en hébreu , qui ne voulut pas les approuver , non 
plus que M. Anquetille , bibliothécaire' de M. le Tel- 
lier , archevêque de Reims. Ces lettres n'ont été impri- 

Tome Ut. K 



CAL 



CAL 



mées que dix-huit ou vingt ans après ; Se encore les 
cenfeurs-en ont-ils retranché plusieurs traits paflionnés , 
mordans & envenimés contre le père Calmet. 

2. Hiftoire de l'ancien & du nouveau teftament , 
1718 , deux vol. in~4° , réimprimée en 4 vol. in-4 , 
puis en 1725 , en 7 vol. in-\ 2. 

3 . Dictionnaire de la bible , 2 vol. in-fol. avec figu- 
res , Paris 1722. 

4. Supplément à ce dictionnaire de la bible , 2 vol. 
in-fol. Paris 1728. 

Ces quatre volumes ont été réimprimés à Genève en 
1 729 & 1730^11 4 vol. "z-4 , fans figures. On les a tra- 
duits en latin & imprimés à Lucques. On les a auffi im- 
primés en flamand ou en hollandois. 

Le dictionnaire de la bible a été réimprimé à Paris en 
quatre volumes in-fol. avec figures. Cette nouvelle 
édition eft corrigée & augmentée , & le iupplément de 
1728 y a été refondu. 

5. Hiftoire eccléfiaftique & civile de Lorraine, 4vol. 
in-fol. Nancy 1728. 

6. Vie de J. C. tirée de Phiftoire de l'ancien & du 
nouveau teftament , Paris in- 12, 1 720. On l'a imprimée 
depuis en Hollande , en Flandre & à Nancy. 

7. Prolégomènes & diflfertations fur l'écriture fainte , 
tirés de fon commentaire , en 3- volumes i/z-4 , 1720. 
Il y a ajouté dix nouvelles diflertations. 

8. Réponfe à la critique que M. Fourmont a faite de 
fon commentaire , in-%°. 

9. L'hiftoire de Lorraine abrégée , à Pufage des prin- 
ces , in- 8° , Nancy 1734. 

10. Abrégé chronologique de Phiftoire facrée & pro- 
fane , depuis le commencement du monde jufqu'à nos 
jours , Nancy , in-S° , 1729. Le même traduit en latin , 
à Nancy, 1733. 

11. Commentaire littéral fur la régie de S. Benoît , 
a vol. in~4° , Paris 1734. 

1 2. Hiftoire universelle , en 14 ou 1 5 volumes z/z-4 , 
imprimée à Strasbourg depuis 1735. Il y en avoit déjà 
huit volumes qui paroiffoient en 1746. 

1 3 . Diftertation fur les anciens chiffres ; autre , fur la 
nature des perles ; autre , fur quelques jambes d'airain 
trouvées à Léomont. Ces trois diflertations font impri- 
mées dans les journaux de Trévoux. 

14. DhTertation fur les grands chemins de Lorraine , 
Nancy 1727, i/z-4 . 

1 5. Hiftoire de l'abbaye de S. Grégoire de Munfter. 
Elle eft encore manufcrite. On en a cependant imprimé 
une bonne partie dans, un livre intitulé , continuatio fpi- 
cilegii ecclejiajlici de Lunig , à Leipfick , in-fol. 1720. 

16. Diftertation fur l'origine des dixmes & revenus 
eccléfiaftiques , imprimée dans la nouvelle édition de 
Vh.if.oirt de Lorraine > Tom. II. 

1 7. Hiftoire de l'abbaye de S. Léopold de Nancy ; 
hiftoire de l'abbaye de Sénones ; hiftoire du prieuré de 
Lay ; diftertation fur les feigneùrs voués des églifes ; 
diftertation fur les monnoies de Lorraine & des pays 
voifins ; diftertation fur l'ancienne jurifprudence de Lor- 
raine & des trois évêchés ; diftertation fur la noblefle de 
Lorraine : la plupart de ces diflertations doivent être 
imprimées dans la nouvelle édition de Phiftoire de Lor- 
raine. 

18. Diftertation fur la fuite métallique des ducs & 
ducheflcs de Lorraine , à Vienne en Autriche , in-4 7 

19. Diftertation fur la confeftion générale , imprimée 
par les pères de la miflion de Toul. 

20. Diftertation fur les apparitions des efprits , in-i 2 , 
Paris, 1746. 

2 1 . Diftertation fur les vampires ou revenans de Hon- 
grie , imprimée de nouveau à Enfidlen , augmentée & 
corrigée , 2 vol. in-\ 2 , 1749. 

22. Hiftoire généalogique de la maifon du Châtelet , 
in -fol. 1 741, à Nancy. 

23 . Traité hiftorique fur les eaux de'Plombieres } avec 
figures, à Nancy , 1748, ///-8°. 



24. Bibliothèque lorraine , ou hiftoire des hommes 
illuftres qui ont fleuri en Lorraine , dans les trois évê- 
chés , &c. in-fol. Nancy 1 75 1 . 

2 <j . Notice hiftorique des villes & principaux bourgs 
& villages de Lorraine , manuferit. * Dom Calmet , bi- 
bliothèque Lorraine. 

CALNE , petit bourg en Angleterre , dans le comté 
de Kent. On y aftembla Pan 977 un concile , où les 
clercs fe plaignirent du tort que leur faifoit S. Dunftan , 
en mettant des moines en leur place. On dit que le plan- 
cher de la falle de l'aftemblée .tomba , & que le feul faint 
Dunftan n'en fut point blefle. * Matthieu de Weftminf- 
ter , addition à lliifoire d'Angleterre, de Bede , liv. 2 , 
chap. 1 1 . Baronius , A. C. 977. 

CALNE , autre bourg d'Angleterre , dans le comté 
deWilt " " ■ 



no 



rd. 



à huit lieues de la ville de Salisburi , vers le 



CALO (Pierre) de Venife , religieux de' l'ordre de 
S. Dominique , vivoit vers l'an 1300, Il écrivit une vie 
des faints , & d'autres traités. * Léandre Alberti , de vir. 
illuflr. ord, S. Domin. 

CALOCER , homme de baffe naiflance, après avoir 
gagné long-temps fa vie à conduire les chameaux , de- 
vint chef de voleurs , & fe fit appeller roi dans Pille de 
Chypre. Son audace ne refta pas impunie ; Deîmatius , 
neveu de Conftantin le grand , le prit vers Pan 3 24 , ce 
le punit en efclave. Theophanes dit qu'il fut brûlé vif à 
Tarfe , mais on ne puniftbit du feu ni les rebelles , ni 
les voleurs. * Aur. Victor. 

C ALO-JEAN , ou BEAU- JEAN , ou JOANNITZ , 
roi des Bulgares , dans le XIII fiécle , fe fournit à Péglife 
romaine fous Innocent III , en 1202. Il fit la guerre à 
l'empereur Baudouin ; & Payant pris dans une einbufca-> 
de qu'il lui avoit dreflee , il le tint prifonmer plus d'un 
an à Trinobis ou Ernoë , capitale de la Bulgarie : enfuite 
il le fit mourir fur la fin de juillet 1 206. Il eut aufîi tant 
de haine contre les Grecs , qui fuivoient le parti des 
empereurs , qu'il en fit mourir un très-grand nombre. 
Calo-Jean mourut de pleuréfie à Theflalonique. * Jean- 
George , Nicetas , & le père d'Outremanne , Conflanti- 
nopolis Belgica. Sponde , A. C. 1 202 , 1 205. 

CALO-JEAN ou BEAU-JEAN , cherchez JEAN H 
COMNENE , & JEAN VI PALEOLOGUE , empe- 
reurs d'orient. 

CALOMNIE , divinité à laquelle les Athéniens 
avoient confacré des autels. Elle etoit appellée par les 
Grecs ù>icl£o\h , Diabolé , d'où eft venu le nom de 
diable , que nous donnons au démon comme au père du 
menfonge & de la calomnie. Le tableau de cette déefle 
fait par Apelles , eft mis au nombre des excellens ou- 
vrages de cet habile peintre. On y voyoit la calomnie 
repréfentée en grand avec tous {es accompagnemens. 
La crédulité y paroifloit avec de grandes oreilles , fem- 
blables à celles de Midas , tendant les mains à la calom- 
nie qui s'approchoit. Aux deux côtés de la crédulité 
étoient l'ignorance & le foupçon ; celle-là fous la figure 
d'une femme aveugle , & celui-ci comme un homme 
d'une mine aifez refrognée , marquant quelque fecretfe 
inquiétude , exprimée avec un tel artifice , que par là 
contenance il fembloit s'applaudir d'avoir découvert 
quelque chofe de caché. Au milieu du tableau , en face 
de la crédulité , paroifloit la calomnie comme une fem- 
me fort belle & très-ajuftée , mais irritée, ayant le re- 
gard farouche , & les yeux ardens de colère. Elle por- 
toit à la main gauche un flambeau allumé , & de la 
main droite elle traînoit un petit enfant , qui imploroit 
par fes cris le fecours du ciel. Elle étoit précédée de 
l'envie fous la forme d'un homme maigre & fec , dévoré 
par fes propres chagrins ; & elle étoit fuiviede deux fem- 
mes qui fembîoient prendre foin de fes ornemens & 
de ce qui regardoit fon fervice. Ces deux fuivantes étoient 
Pimpofture & la flaterie. Dans une diftance qui permet- 
toit encore de diftinguer les objets , on voyoit la vérité, 
qui fembloit marcher vers l'endroit où étoit la calomnie, 
ck derrière la vérité, étoit le repentir fous un habit lugu- 



CAL 



CAL 



hre. C'ef! ainfi qu'Apelles avoit ingénieufefîient dépeint 
la calomnie dans ce tableau , dont il fit présent à Ptolé- 
mée , capitaine d'Alexandre , pour fe venger de la ca- 
lomnie d'un autre peintre , qui l'a voit injustement accu- 
fé d'avoir eu part à une confpiration faite contre ce 
prince. Il eft aile d'entendre ce que fignifioit chaque par- 
tie de cet excellent ouvrage. La calomnie qui déchire 
l'innocence , 6k qui porte par-tout un fe.u dangereux , 
n'eft replie que par une fotte 6k malicieufe crédulité , 6k 
cette crédulité ne vient que d'ignorance 6k de foupçon. 
Le calomniateur ajuftetout ce qu'il dit par le moyen de 
rimpofhire , 6k il le fert de la flaterie pour s'inimuer 
dans l'efprit de celui qui l'écoute ; mais la vérité paroît 
tôt ou tard qui découvre la malice du menfonge , 6k il 
ne refïe à la calomnie , qu'un cuifant repentir , qui fait 
fon partage 6k fa peine. * Theophrafte. Lucien , au traité 
de ne pas croire facilement la calomnie. 

CALONIO ou MAGUINE , anciennement Besbicus 
ou Besbycus : c'eft une petite ifle de la mer de Mar- 
mora. On la placé vers la côte de la Natolie au cou- 
chant de Bu de. * Mati , diction. 

CALONYME , nom commun à plufîeurs rabbins cé- 
lèbres , cherche^ KALONYME. 

gCF 3 CALOVIUS ( Abraham ) célèbre théologien 
luthérien, -né le 16 août 1 6 1 z , à Morungen , petite 
ville du duché de Brunfwick, où fon père étoic fort 
conflderé. Ayant achevé fes études , 6k s'étant perfec- 
tionné dans les langues orientales , il vint à Rofïock , 
où il reçut en 1637 le titre de doclcur en théologie. 
Peu de temps après il y fut fait profeffeur en théo- 
logie. C'étoit un luthérien très-rigide; 6k le zèle qu'il 
témoigna dans le différend qu'il avoit avec Jean Ber- 
gius , théologien réformé , au fujet de la cène , le 
fit choifîr pour viflteur des églifes & des écoles du 
cercle de Samlande en Pruffe, & pour confeiller en 
la cour de juftice. En 1 643 il fut appelle de Konigs- 
berg à Dantzick, & fut établi reèteur du collège, 6k 
minifixe à la place de Botfak. Il eut là beaucoup de 
démêlés, principalement avec Martin Statius, diacre 
luthérien de cette ville , avec Henri Nicolaï , profeffeur 
en philofophie, 6k avec Jean Céfar , miniftre réformé 
à Dantzick. La difpute avec ce dernier alla fort loin , 
& produifit pluSieurs écrits de part 6k d'autre , de forte 
que les luthériens prirent parti pour Calovius , & les 
réformés pour Céfar. En 1650 Calovius fut appelle 
à Vittemberg , pour y être profeffeur en théologie. Il 
témoigna dans cette ville beaucoup d'acharnement 
contre ceux qui travailloient à réunir les différentes 
religions d'Allemagne , ck dont étoit chef George Ca- 
lixte, profeffeur en théologie à Helmftadt. On appella 
les partifans de Calovius Caloviens, 6k ceux de Ca- 
lixte Calïxtïns ; ck cette difpute dura jufqu'à la mort 
de Calovius , qui arriva le 20 février 1686. Il avoit 
exercé à Vittemberg la charge de fuperintendant gé- 
néral. Il a compofé beaucoup d'ouvrages , la plupart 
à l'occaflon de Ces difputes. Les principaux font : Me- 
taphyjîca dïvïna , & alia feripta philofophica : Criticus 
faccr biblicus ; S ocinianifmus profligatus : Syjlema lo- 
corum theologicorum : Conjïdaatio arminianlfmi : Bi- 
blia iltuftrata : Une bible allemande avec les explica- 
tions de Luther. Il publia contre Bergius : Stereoma fa- 
cralijjîrnœ tejîatoris Chrifi voluntatis de fubjlantiali 
prcefentia & orali perceptione corporis & fanguinis fui 
infacrofancla eucharijïia. Il écrivit contre Nicolaï : Vin- 
dicice arminianifini , cum fyllabo errorum Nicolaitano- 
rum. D. mit au jour contre Calixte ck fes autres adver- 
faires : Digrefflo de nova tkeologia Helmjladio-Regio- 
rnontanorum j'y ncretifl arum : Syncretifmus calixtinus : 
Harmonia calixtino-Itœredca } ck plufîeurs autres tant 
en latin qu'en allemand. Calovius a écrit des difputes 
Sur la confeffion d'Augsbourg , dans lefquelles il réfute 
d'ordinaire les notes de Grotius. Elles ont été impri- 
mées en 1676. En i6Sz on vit paraître fon Hijloria 
fyncrttiflïca, dans laquelle il rapporte ce qui fe pafTa 
au colloque tenu en 1645 } à Thorn 3 auquel il avoit 



75 



aiîîilé. Mais pareeque cet ouvrage donnoit lieu à de 
nouveaux troubles , il fut fupprimé par ordre de l'électeur 
de Saxe: on l'a cependant réimprimé en t68 5 . * (?r. 
dici. univ. Holl. Moreri, éd. de Holl. 174O. 

CALOYERS ou CALOGERS, religieux Grecs de 
l'ordre de S. Bafile , ou de S. Elie, ou de S. Marcel» 
fuivent prefque la même régie , 6k portent tous un 
même habit dans la Grèce , fans aucun changement 
ni réforme particulière , ck fans avoir auffi rien relâché 
de leurs anciennes conftitutions. Ils habitent particu- 
lièrement le mont Athos ; mais ils deïïèrvent prefque 
toutes les églifes d'orient, dont ils font toute la gloire 
ck l'ornement. Ils font des vœux comme les moines 
en occident. Il n'a jamais été fait de réforme chez eux* 
car ils gardent exactement leur premier inftitut. Ils mè- 
nent une vie fort retirée 6k fort pauvre , 6k ne man- 
gent jamais de viande. Outre cette abftinence conti- 
nuelle , ils obfervent encore pendant l'année quatre 
carêmes , fans compter trois autres jeûnes , que touto 
l'églife grecque garde religieufement : le premier de 
ces jeûnes eft de S. Démétrius , qui dure vingt-Six 
jours ; le fécond au commencement de feptembre ^ 
qui dure quatorze jours, avant la fête de l'exaltation 
de la fainte Croix ; 6k le troifiéme avant la fête de S. 
Michel , qui dure huit jours. Dans ce temps de jeûne ^ 
ils ne mangent ni œufs , ni beurre , ni poiffon ; les 
Arméniens en retranchent encore l'huile : quand néan- 
moins ils veulent traiter ceux qui les vifitent en ca- 
rême , ils ne biffent pas de faire d'affez bons ragoûts,' 
Ceux qui font fcrupule de manger du poifïbn garniffent 
leur table de toute forte d'huîtres 6k de coquillages ^ 
6k de plufîeurs compofitions faites avec des œufs 6k; 
des laittes de poiffon , qui font beaucoup plus délicates 
que le poiffon même. Les Arméniens ne veulent ni 
beurre , ni huile clans leurs fauffes ; ils fe fervent d'a-f 
mandes , de pifkches 6k de noix pilées dans un mor- 
tier , qui étant mifes fur le réchaut , font un meilleur 
effet que notre beurre. Pendant leurs jeûnes , ils ont; 
cela de particulier , qu'ils ne croient point pécher ens 
mangeant quelque chofe entre les repas , pourvu que 
ce ne foit ni chair, ni poifïbn, ni œufs, ni beurre, 
ni huile ; mais les plus aufteres fe contentent de man- 
ger une feule fois le jour un peu de pain , 6k quelques 
herbes amorties fur le feu, avec quelques grains d$ 
fel , 6k ne boivent que de l'eau. Ils paffent la plus 
grande partie du carême à pleurer 6k à gémir pour leurs 
péchés 6k pour ceux des autres. On ne peut pas porter 
plus loin les obligations de la vie monafiique. Il y at. 
auffi des religieufes nommées Calogeres , qui fuivent à 
peu près la même régie. Ce nom de Caloyers ou Ca^ 
logers fe donne proprement à ces religieux , qui font 
vénérables par leur âge 6k leur vertu , 6k eft compofé^ 
du mot aci^oV , pulcher beau , 6k de yTi&ç , vieilleffej 
* Grelot , voyage de Conflantïnoph. La Guilletiere- 
Philipp. Mazerius, in vita S. Thomajini patriarchœ. Conf 
tantuiopolit. num. 130, in vit. S. Severi abbatis Agat^ 
cap. 16. Palladius, dans la vie de S. Chryfoftome ,' 
pag. 26 , donne Fépithéte de Caloyers à l'évêque de 
TheSTalonique. Voyez aufh" Etienne Pafquier , dans fes 
recherches françoifes , lïv, 8 , c. 50. Jacques Spon y 
voyage de Grèce , part, z , p. 3 54, Cherche^ ATHOS % 
6k fur-tout confultez la paléographie de doin Bernard 
de Montfaucon , favant bénédicYm , où l'on trouve une; 
defeription fort exade de tous les monafferes des Ca- 
loyers qui habitent le mont Athos. 

Les Calogeres font des religieufes qui vivent en corn-'' 
munauté. Elles fuivent la régie de S. Bafile, ck font 
enfermées dans des monafteres , ayant à la tête de 
leur communauté une des plus fages religieufes qui leur 
tient lieu d'abbeffe. Cependant ces monafteres de fem- 
mes dépendent toujours de quelque abbé. Ces reli- 
gieufes portent toutes un même habit qui efr. noir , 6k 
un manteau de même couleur ; cet habit eft de laine. 
Simple. Elles ont les bras 6k les mains couvertes jus- 
qu'au, bout dçs doigts : elles fe font rafer la tête j 6k] 



*?6 



^O A JL> 



CAL 



chacune a une cellule féparée, où il y a de quoi fe 
loger. Celles qui font les plus riches ont clés fervantes , 
ck elles nouriffent même quelquefois de jeunes filles 
pour les élever à la piété. Après qu'elles fe font aquit- 
tées de leur devoir ordinaire , elles font des ouvrages 
à l'aiguille. Les Turcs, qui ont quelque refpecl: pour 
ces religieufes, viennent jufque dans leurs monafteres 
pour acheter des ceintures de leur façon. Les abbefles 
ouvrent volontiers les portes de leur couvent aux Turcs 
qui viennent acheter le travail de ces bonnes filles , 
ck retournent à leur appartement auffitôt qu'elles ont 
vendu leur marchandife. Le fieur de Moni , c'eft-à-dire , 
Richard Simon , qui a fait cette defcription des Calo- 
geres ou religieufes grecques après Léon Allatius , ajoute 
en même temps , qu'il a lu une relation manufcrite de 
Conftantinople , où il n'eft pas parlé fi avantageufe- 
ment d'elles. Les Calogeres de Conftantinople, dît 
l'auteur de cette relation manufcrite , font des veuves , 
dont quelques-unes ont eu plufieurs maris ; 6k elles 
n'embrafTent cette perfection que lorsqu'elles font avan- 
cées en âge. Elles ne font point de vœux ; toute leur 
régularité confifte à prendre un voile noir fur leur tête , 
ck à dire qu'elles ne veulent plus fe marier. La plu- 
part demeurent en leurs maifons , où elles prennent le 
foin.de leur ménage £k même de leurs parens. Cet au- 
teur avoue néanmoins qu'il y en a quelques-unes qui 
vivent en communauté, mais que celles-ci font plus 
miférables que les premières ; que les unes 6k les au- 
tres vont par-tout où il leur plaît , ck qu'enfin elles ont 
plus de liberté fous cet habit de religieufes qu'elles n'en 
avoient auparavant. Le 1 ; évêques défendent à leurs prê- 
tres , fous peine d'interdit, d'entrer dans les monafteres 
des Calogeres^. * Moni ( ou plutôt Richard Simon ) 
relation de la créance & des coutumes des nations du 
levant, 

CALPE , haute montagne de l'Andaloufie , 6k l'une 
des colonnes d'Hercule : de l'autre coté en Afrique eft 
l'Abyla des anciens , que les Efpagnols nomment Sierra 
de las Monas , montagne des nnges , pareequ'on y 
trouve grand nombre de ces animaux, Voye^ CO- 
LOMNES D'HERCULE. * Botero , relation d'£f- 
pagne. 

CALPENTINE , petite ifle de l'Aile. Elle eft fur 
la côte occidentale de celle de Ceilan , dont elle n'eft 
féparée que par un petit canal. Les Hollandois qui la 
poffedent y ont une ville fortifiée , qui porte le même 
nom. * Mati, diction. 

C ALPHI , père de Judas Machabêe , colonel géné- 
ral de la cavalerie de Jonathas Machabêe, Il n'aban- 
donna jamais Jonathas ; ck lorfque les troupes de cet 
illuftre commandant prirent lâchement la fuite au com- 
bat qui fe donna dans la plaine d'Azot, près du lac 
<le Génézareth, ce brave colonel tint ferme avec un 
courage extraordinaire. * /. Mackab. chapitre XI, 

CALPRENEDE (Gautier de Coftes, feigneur de 
ïa ) auteur de plufieurs romans , cherche^ COSTES 
( Gautier de ) 

CALPURNIA , femme de Jules Céfar , fille de L. 
Pifon. Elle fongea avant le jour auquel Céfar fut afTaf- 
iîué , que le faîte de la maifon tomboit ,. ck qu'on 
poignardoit fon mari entre {es bras , ck tout-à-coup 
les portes de la chambre s'ouvrirent d'elles-mêmes. 
Après la mort de fon mari, elle^fe retira chez Marc- 
Antoine, ck y porta une fomme très-confidérable d'ar- 
gent ck tous les papiers de Céfar, dont Marc- Antoine 
profita beaucoup. * Suétone ck Plutarque , in Jul. 
Cœfar. 

CALPURNIA , femme Romaine , peu modefte , 
qui plaidoit elle-même fes caufes avec ■ tant d'empor- 
tement, que les magiftrats furent obligés cle faire un 
édit, par lequel ils défendoient aux perfonnes de ce 
fexe de plaider. * Parai, chap. 20. Antonius Augufti- 
J1US , de legib. 

CALPURNIA , loi que les Romains avoient faite 
contre h péculat , dite 7 Calpurnia Repetundarum : il 



y en avoît encore deux autres , Calpurnia de ambitu <, 
ck Calpurnia militaris. * Antonius Auguftinus , de 
legib, 

CALPURNIENS ; la famille des Calpurniens à 
Rome étoit plébéienne , & néanmoins coufulaire. Plu- 
tarque la fait defeendre de Calpus , qu'on croit avoir 
été un des fils de Numa Pompilius , roi des Romains. 
C'étoit auffi le fentiment d'Ovide, qui s'en explique 
ainfî : 

Nam qu'id memorare neceffe efl 3 

Ut do/nus à Calpo nomen Calpurnia ducat ? 

Cette famille étoit divifée en plufieurs branches , qur 
prirent les différais furnoms d'Afprenas, Bibulus , Flam- 
ma, Pifo. Ces derniers étoient encore divifés en F rugi, 
Beftia ck Caefonius. Ovide nous apprend l'origine du 
nom de Pifon dans ces vers : 

Claraque Pifonis tulerit cognomina prima , 
Humida callofa cùm pinferet hordea dextra. 



M. CALPURNIUS j tribun militaire , rendit un très-grand 
fervice à la république en Sicile l'an de Rome 496, 
ck 258 avant J. C. Le conful Attilius Calatinus s'é- 
toit engagé dans un défilé , d'où il ne ferait jamais 
forti fans le fecours de Calpurnius. Ce brave homme 
ayant pris 300 foldats , marcha droit aux ennemis, ck 
les combattit avec une ardeur fi confiante , que l'ar- 
mée eut le loifir de fe dégager ck de fe mettre au 
large. Calpurnius Pison , beau-pere de Jules Cé- 
far , eft celui qui fut conful l'an 753 de Rome , au- 
quel plufieurs chronologiftes mettent la naiflance de 
J. C. Tacite dit qu'il mourut dans le temps qu'il de- 
voit être condamné par Tibère , /. 4 , annal. Valere 
Maxime fait mention d'un Calpurnius Pison, con- 1 
I fui , lequel ayant délivré la Sicile de la fureur des en- 
claves fugitifs , récompenfa de toutes fortes de dons 
militaires les foldats qui avoient bien fervi , ck ne 
donna à fon fils que le témoignage qu'il méritoit une 
couronne d'or de trois livres , dont il lui léguerait la 
valeur dans fon teftament, ajoutant qu'un fage magif- 
trat ne devoit jamais rien donner qui put retourner au 
profit de fa maifon, liv. 4, chap. 3 , ex. 11. Calpur- 
nius Bestia, conful, négligea de réfifter à Jugur- 
tha , s'étant laiffé gagner par une fomme d'argent que 
le roi de Numidie lui donna; il fut enfuite aceufé par 
M. Cecilius , d'avoir empoifonné les femmes qu'il avoit 
eues. Cherche^ PISON. * Pline, /. 37, c. 2. 
CALPURNIUS , cherche^ BIBULUS. 
CALPURNIUS ou CALPHURNIUS ( T. ) Sici- 
lien, poète latin, vivoit fous l'empire de Carus', ck 
de {es fils Carinus ck Numérien, vers l'an de Jefus- 
Chrift 283. Il a- écrit des églogues qu'il dédia à Né- 
méfianus de Carthage, aufii poète bucolique. Nous en 
avons encore fept, 6k nous apprenons d'une lettre 
d'Hincmar de Reims à Hincmar de Laon , que de for» 
temps on lifoit les vers de Calpurnius dans les claiTes. 
Les critiques modernes , comme Jules Scaliger , 6k le 
P. Briet , ne font pas grand cas cle ce poëte. Le P. 
Rapin dit qu'il a fait {es églogues d'une très-petite ma- 
nière , c'eft-à-dire , dans un caractère auflï bas que 
le ftyle. * Jul. Csef. Scaliger, Hypercritic, Jive lib. 6 , 
poét. pag. 822, 823. Philipp. Briet, lib. 3 de po'èt. 
Lat. Rapin , réflexions fur la poétique. Baillet , juge.- 
mens des favans fur les poètes , tom. 6 , pag. 441. Lïl- 
lius Giraldus , aux dialogues des poètes. VoiTuis , de poét. 
Lat. cap. 4. Il parle d'un CALPURNIUS au chap. 8, 
qu'on croit différent de celui-ci, 6k qui compofa une 
comédie qu'il nomma Proncfis. 

CALTRI ( S. ) en latin Caletricus, évêque de Char- 
tres , dans le VI fiécle , naquit l'an 529 , d'une famille 
noble. Il fut ordonné prêtre par S. Lubin évêque de 
Chartres , 6k lui fuccéda l'an 556. Il affifta au concile 
troifiéme'de Paris, l'an 557, 6k au fécond concile de 
Tours, l'an 566. Il mourut l'année fuivante. * Vua 



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CAL 



teoblni. Fortunat, l'tv. 4 , carm. 7. Sainte- Marthe , G ail. 
chrifl. Bailler, sus des faints , 8 octobre , jour auquel 
on fait à Chat'res la fête de ce faint. 

CALVAIRE , montagne hors de Jérufalem , du 
côté du 'optent non , ou l'on avoit accoutumé d'exé- 
cuter les crimmels ; ce qui lui avoit fait donner le nom 
de Golgoth.i , de Crâne , ou de Calvaire. C'eft le lieu 
où J. C. fut conduit après fa condamnation , ck où 
il fut at Lâché à une croix, fur laquelle il expira. Plu- 
sieurs Pcres ont prétendu que ce toit en ce heu qu'A- 
dam avoit été enterré ; mais S. Jérôme rejette avec 
raifon cette penfée. Quelques-uns croient aufli que c'eft 
la montagne de Moria , où Abraham mena fon fils 
Ifaac pour l'immoler. L'empereur Adrien y fit drefler 
l'an 1 3 1 des idoles de Jupiter ck de Venus , en haine 
des chrétiens, comme nous l'apprenons de S. Jérôme, 
de Sulpice Sevcre , de S. Paulin, de S. Ambroife, ck 
de quelques autres. Conitantin le grand ck fainte Hé- 
lène fa mère , abolirent depuis tous ces trophées de 
l'idolâtrie , ck firent bâtir des églifes au même lieu , 
félon Eufebe , en la vie de l'empereur Conitantin. S. 
Jérôme & Sozomene parlent d'une croix brillante de lu- 
mière , qui fut vue en plein jour fur le Calvaire l'an 
3*51, ou félon d'autres en 353 , lorfque l'empereur 
Confiance favorifoit avec paffion l'erreur des Ariens. 
S. Cyrille , patriarche de Jérufalem , écrivit cette mer- 
veille au prince , pour lui faire favoir que c'étoit par 
ce figne de notre falut, que J. C. dont il attaquok la 
divim'é , avoit vaincu le monde, ck que c'étoit par 
lui 'eut qu'on pouvoit être victorieux fur la terre. Il 
femNe crue ( onftance comprit cette vérité ; car fai- 
fan*. la guerre à Magnence, il portoit la croix fur fes 
emcigiies, cV fi' battre des médailles où l'on voit qu'il 
tient cet étendard à la main, avec ces mots à l'en- 
tour : En cejîgnc tu feras vainqueur. Les paroles, en 
ce fgne tu feras vainqueur , n'ont point rapport à la 
croix qui parut à Jérufalem du temps de S. Cyrille , 
mais à celle que Conitantin vit , ck fur le modèle 
de laquelle il fit faire les étendards. Voye^ Eufebe dans 
la vie de Conjîantin , ck. 28. Les Grecs faifoient au- 
trefois la fête de l'apparition de cette croix fur le Cal- 
vaire ; ce qui fe peut voir dans leur ménologe au fep- 
tieme jour du mois de mai. Nous avons encore la 
lettre que S. Cyrille écrivit à Confiance , dans laquelle 
il témoigne que cette croix s'étendoit depuis la mon- 
tagne du Calvaire jufqu'à celle des Oliviers , rempliffant 
une étendue de quinze ftades , ou trois quarts de lieue , 
&t que fa largeur étoit proportionnée à cette longueur. 
Ce fpectack fit embrailér la religion chrétienne à un 
grand nombre de Juifs ck de païens. 

Vers l'an 3 26 , pendant que l'empereur Conitantin 
le grand faifoit paraître fon zèle,pour la religion chré- 
tienne , l'impératrice Hélène fa mère entreprit le voyage 
de la terre-fainte , où elle découvrit la vraie croix , avec 
les inftriunensquiavoientferviàlapafîîonde J. C. L'em- 
pereur ayant appris ces heureufes nouvelles , fit enclore 
le calvaire ck bâtir l'églife du faint fépulcre avec toute la 
magnificence pofîible. Il donna la charge de ce fomp- 
tueux bâtiment à l'évêque Macaire , ck lui écrivit qu'il 
deiiroit que cet édifice furpaftat tous les autres du monde 
en beauté ck en richeffe , comme il les furpaffoit en 
faureté. Environ neuf ans après, le même empereur 
fit dédier cette églife , à laquelle on donna le nom de 
Maki yrion , c'eft-à-dire , lieu de martyre ou de té- 
moignage , pareeque J. C. y avoit fouffert le plus cruel 
des tourmens , ck y avoit témoigné l'excès de fon amour 
pour les hommes. En 615 Chofroës II, roi de Perfe , 
s'empara de la Judée , pilla la ville de Jérufalem , dé- 
truifit l'églife du faint fépulcre , ck emporta la vraie 
croix. Mais l'empereur Héraclius vainquit cet infidèle 
douze ans après, & l'obligea à rendre cette fainte croix, 
qu'il reporta lui-même fur fes épaules , & qu'il pofa au 
même endroit du calvaire Tan 628. Il donna ordre en- 
fuite à l'évêque Modefte , fucceffeur de Zacharie , de 
faire rétablir l'églife; mais à peinele bâtiment fut-il corn- 



77 



mencé, que les Arabes fe rendirent maîtres de la ville 
de Jérufalem. Néanmoins , par la faveur de l'empereur 
Conitantin Monomaque , les chrétiens obtinrent la per- 
miffion de rétablir le lai nt fépulcre, ck les autres églifes, 
ce qu'ils firent vers l'an 1044. L'archevêque de Tyr dit 
dans fon hiftoire qu'ils ne bâtirent que la rotonde qui 
couvre ck enferme le faint fépulcre , ck que Godefroi 
de Bouillon I , roi de Jérufalem , fit rétablir en 1099 le 
chœur que l'on voit aujourd'hui. 

La plus grande partie de cette montagne a été ren- 
fermée dans un grand enclos, qui comprend leglife dtf 
faint fépulcre , environnée de plufieurs chapelles , & 
de petites églifes particulières , avec les logemens 
des catholiques , des Grecs , des Arméniens , des Sy- 
riens , des Coptes ou Cophtes , ck des Abyffins. A l'en- 
trée , qui eft du côté du midi , il y a mi g.- a nd parvis , 
où Ton voit à main droite le logement des Arméniens, 
celui des Coptes , ck une chapelle de la fainte Vierge 
nommée Stabat Mater; ck à maingauphe, le logement 
des Grecs , avec la groile tour quarrée qui fervoit au- 
trefois de clocher. En face de l'entrée du parvis eft le 
grand portail de l'églife du faint fépulcre, auprès duquel 
eft une ftation des Turcs. Au bas de ce portail, on voit 
une grande quantité de doux enfoncés jufqu'à la tête 
entre les pierres du pavé , fur lefquels il faut néceflai re- 
nient palier. Ils y font chaffés à grands coups de mar- 
teau par le patriarche des Grecs , lequel tous les ans 
revêtu de fes habits pontificaux , excommunie tous les 
Latins , comme ils nous appellent ; ck pour marque de 
l'anathême qu'il prononce , il enfonce ces doux , avec 
défenfè de les ôter , fur peine de cinq cens baftonnades, 
ck de payer une groffe amende au bâcha, ck au cadi 
de la ville. Lorfqu'on eft avancé dix ou douze pas dans 
l'églife , on trouve la pierre de l'onction, qui eft la pla- 
ce où J. C. fut embaumé ; vis-à-vis de cette pierre il 
y a trois tombeaux de quelques rois de Jérufalem , dont 
les fchifmatiques ont effacé les inferiptions. A main 
droite eft une chapelle où l'on voit le tombeau de Go- 
defroi de Bouillon I roi de Jérufalem , cki celui de fon 
frère Baudouin I , qui lui fuccéda à la couronne. Ces 
deux tombeaux font fort /impies , ck font portés fur 
quatre petites colonnes de pierre d'un pied de haut. 
Proche de-là eft la chapelle du Crucifiement , qui eft 
le lieu où J. C. fut attaché à la croix , ck où celle-ci 
fut dreflée. S. Jérôme dit que cette place du Calvaire 
demeura cachée depuis l'empire d'Adrien juiqu'à celui 
de Conitantin U grand s pendant 180 ans ou environ; 
ce qui arriva par la malice des païens, qui la couvri- 
rent de terre , ck qui y mirent une idole de Vénus , 
afin d'en éloigner les chrétiens. Mais fainte Hé'éne fît 
enfermer cette place dans l'endos de la grande églife 
avec le faint fépulcre, fur lequel étoit l'idole de Jupiter. 
Cette chapelle eft très-magnifique ; fa voûte ck fes mu- 
railles font revêtues de peintures à la mofaïque, corn- 
pofées de petites pierres auffi claires que le cryftal, 
dont les diverfes couleurs font extrêmement vives ÔC 
éclatantes ; ce qui paroîtroit encore davantage , fi les 
figures n'étoient pas noircies de la fumée des lampes , 
qui y brûlent continuellement. De cette chapelle du 
Crucifiement , en faifant le tour le long d'autres cha- 
pelles qui environnent l'églife , on va du côté du nord 
à la chapelle de l'Apparition , qui eft le lieu où-notre 
Seigneur apparut à la fainte Vierge après fa réfurredtion. 
Cette chapelle appartient aux catholiques , ck les reli- 
gieux de S. Sauveur y célèbrent l'office divin félon le 
rit de l'églife latine. Là fe voient de riches ornemens 
qui y ont été donnés par les rois ck les princes chré- 
tiens , ck principalement par le roi de France 6k par 
celui d'Efpagne. Les religieux ont le privilège d'y fon- 
ner leur offi.e avec une petite cloche , ce qui eft bien 
rare en toute la terre-fainte. Leur logement eft à côté. 
En tournant à l'occident on trouve les chapelles des Sy- 
riens , des Coptes ck des Abyffins. 

Voilà une bonne partie de ce qu'il y a de plus re- 
marquable autour de l'églife du faint fépulcre. A l'é?_ 



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CAL 



garcl de fa ftru&ure * la nef qui eft du côté de l'occi- 
dent , eft une rotonde , dont le dôme eft d'une belle 
charpente de bois de cèdre , qui eft couverte de plomb, 
6c qui reçoit le jour par une ouverture ronde au faite , 
fermée d'un treillis de fît de fer. Elle eft environnée 
de (xx gros pilliers quarrés de pierre de taille , 6k de 
dix colonnes de marbre, lefquelles font dix-fept arca- 
des qui foutiennent une belle 6k grande galerie. Au 
milieu de cette nef eft le faint fépulcre, revêtu de ta- 
bles de marbre blanc, 6k entouré de dix petites colon- 
nes aufli de marbre , qui foutiennent une plate-forme , 
fur laquelle font élevées douze petites colonnes jointes 
deux. à deux, faifant fix arcades, qui portent un dôme 
couvert de plomb. Sous ces arcades il y a toujours 
dix-huit lampes allumées , fans celle du milieu de la 
voûte. Au dedans de ce bâtiment eft la roche où eft 
taillé le fépulcre de notre Seigneur ; il contient deux 
petites grottes ou caveaux tenant l'un à l'autre. La 
première grotte eft appellée la chapelle de l'ange, 
pareeque c'eft le lieu où l'ange apparut aux faintes 
femmes , qui allolent embaumer le corps du Fils de 
Dieu. La féconde eft le facré tombeau de J. C. Elle 
a fix pieds de longueur 6k autant de largeur ; fa voûte 
eft haute d'environ huit pieds. A main droite en en- 
trant du côté feptentrional , on voit l'autel , qui couvre 
le cercueil où fut mis le corps de notre Sauveur , qui 
eft long de fix pieds , large de trois , & haut de près de 
deux pieds 6k demi. Le dedans de ces chapelles 6k 
l'autel font revêtus de tables de marbre gris , mais qui eft 
•noirci de la fumée de foixante-deux lampes d'argent, qui 
y font continuellement allumées. Il y en a quarante-qua- 
tre dans le faint fépulcre , 6k dix-huit dans la chapelle 
de l'ange , dont il y en a trente aux religieux , 6k le 
refte aux chrétiens , Grecs 6k Schématiques , qui ont 
U liberté d'y faire leurs dévotions ; mais il ne leur eft 
pas permis d'y dire la méfie , pareeque les Latins y ont 
ieuls ce choit. 

Dans la première grotte , à côté de la porte du faint 
fépulcre , éfoit la grande pierre longue de cinq pieds 6k 
demi , large de cinq pieds 6k trois pouces , 6k épaiffe de 
*ieuf pouces 6k demi , qui avoit fervi à fermer l'entrée. 
Elle y étoit encore du temps de S. Cyrille vers l'an 
380 ; 6k S. Jérôme , qui mounit environ quarante ans 
après , écrit qu'elle y étoit auffi de fon temps ; mais 
depuis elle a été tranfportée en l'égliie bâtie au lieu 
où étoit la maifon de Caïphe , fur le mont de Sion. 
Vis-à-vis la porte du faint fépulcre il y a une pierre 
quarrée qui tient encore par le pied à la roche même 
de laquelle elle a été taillée , félon la tradition , pour 
iervir d'appui à la grande pierre , qui fermoit l'entrée 
du monument. Quelques auteurs célèbres ont écrit 
qu'outre cette pierre quarrée , il y en avoit deux gran- 
des , dont l'une bouchoit la porte , 6k l'autre le cercueil. 
D'autres difent que l'une de ces pierres fermoit l'en- 
trée de la première grotte , 6k l'autre celle de la féconde, 
qui eft proprement le fépulcre ; quoique l'on comprenne 
auffi toutes les deux fous le nom de fépulcre. Mais l'é- 
criture fainte ne parle que d'une pierre , 6k la tradition 
y eft conforme. La raifbn le perluade aufti ; car outre 
les preuves de cette vérité, que l'on peut tirer de l'é- 
vangile , il eft certain que l'entrée de la première grotte 
étoit une ouverture auffi vafte que la grotte même : ce 
qui fe voit en d'autres fépulcres , outre que l'on n'au- 
roit pas pu trouver de pierre allez grande pour la 
fermer. 

De la nef on entre dans le chœur qui eft vers l'o- 
rient ; ce chœur eft fermé d'un mur de clôture tout au- 
tour, comme ceux des monafteres. La principale porte 
eft vis-à-vis du faint fépulcre : il eft divifé en deux 
parties , par un très-beau baluftre de bois doré , où il 
y a trois portes , l'une grande au milieu , 6k deux moyen- 
nes aux deux côtés. Dans la première partie , qui eft 
le chœur des Grecs , on voit à côté de l'entrée une 
pierre de marbre , ronde ck creufée de quatre doigts , 

£jue ks oncn.ta.ux difeni être, le milieu de la terre , à | 



caufe de ce paffage du prophète roi au pfeaume 73 : 
Deus autem rex nojhr operatus efl falutetn in medio 
terree. Mais S. Jérôme explique ce paffage de la ville 
de Jérufalem , qui étoit en ce temps-là au milieu des 
terres connues de la plupart du monde ; 6k d'ailleurs 
ce n'eft pas-là l'endroit du crucifiement. Dans la fé- 
conde partie , qui eft le choeur des Latins , vis-à-vis de 
la grande porte du baluftre , eft le grand autel , avec 
un petit, au côté de l'évangile, où le prêtre prépare 
toutes les chofes néceffaires pour la meffe. On y voit 
dans le fond le fiége du pape , auquel on monte par Cvc 
dégrés; à droite , un peu plus bas , eft celui du patriarche 
de Conftantinople , 6k à gauche celui du patriarche' 
d'Alexandrie , auxquels on monte par quatre dégrés. 
Les fiéges des patriarches d'Antioche 6k de Jérufalem 
font de fautre côté du baluftre vers le chœur des Grecs. 
Tout le chœur eft couvert d'un beau dôme de pierres 
de taille , foutenu de gros pilliers,' Prefqu'entre les 
deux premiers , proche la grande porte du chœur qui 
regarde le faint iépuicre , eft un autel , fur lequel le 
patriarche des Grecs monte le jour du famedi-faint „ 
pour diftribuer fon feu célefte. Cette cérémonie s'eft 
établie , à caufe du miracle qui fe faifbit autrefois dans 
le faint fépulcre , où la veille de Pâqne une flamme de 
feu defeendoit vifibiement , 6k y allumoit des lampes 
qu'on y avoit éteintes le jour du vendredi-faint ; ck ce 
feu defeendoit non-feulement dans le iàint fépulcre „ 
mais encore quelquefois fur les lampes de l'égliie , à 
la vue de tout le peuple. Le pape Urbain II parle de 
ce miracle dans la harangue qu'il prononça en l'alTern- 
blée du concile de Clermont fan 1095. Et du temps 
de Baudouin I du nom y roi de Jérufalem , cette mer- 
veille continuoit encore , comme le rapporte Fulche- 
rius de Chartres , lequel ajoute que pendant le régne 
de ce même roi , il y eut une grande défolation parmi 
les chrétiens , qui ne purent obtenir le feu du ciel le 
famedi-faint, ck qui ne le virent que le matin du jour 
de Pâque , après avoir fait une proceffïon au temple 
de Salomon , marchant tous riuds pieds , ck accom- 
pagnant leurs prières de pleurs ck de gémiffemens. Ou 
dit qu'e le feu facré defeendoit encore du temps de 
Baudouin II , vers l'an 1 1 20 ; mais on ne marque pas 
précisément le temps auquel ce miracle a fini , de même 
qu'on ignore le temps de fon commencement. Quel- 
ques - uns croient qu'il a cefié un peu après les pre- 
miers rois de Jéruiàlem , pareeque le zèle des princes 
chrétiens fe rallentit, ck que les Latins fouiiloicnt cette 
terre-fainte par leurs vices , au lieu de l'honorer pac 
leurs vertus , ck d'imiter la piété de ceux qui en avoient 
fait la conquête fur les infidèles. Ceux qui douteront 
de la vérité de ce feu célefte , doivent fe fouvenir des 
exemples pareils que la fainte écriture nous fournit , du 
feu qui defeendoit du ciel pour coniùmer les facrifices , 
ou pour punir les impies. 

A l'égard de la cérémonie qui fe fait maintenant ,' 
c'eft une tromperie des Grecs , qui font gens adonnés 
aux fuperftitions , ck qui tâchent de fe mettre en crédit 
parmi le peuple , en faifàm fecretement du feu avec 
un fufil dans le faint fépulcre , où entre le patriarche 
accompagné de deux évêques feulement. Voici l'ordre 
de cette cérémonie. Toutes les lampes de leglife fonl 
éteintes, le faint fépulcre eft fermé à la clef, 6k la 
porte eft gardée par fix janiffaires gagnés pour cet effet. 
Environ une heure après midi tous les Schématiques- 
Grecs , Arméniens , Syriens 6k autres , commencent 
à courir autour du faint fépulcre par bandes de quatre 
ou cinq qui fe tiennent par-deffous les bras , criant de 
fois â autre , Eleefon } Eletfon. A mefùre que le monde 
arrive , la confufion 6k le défordre s'augmentent : les 
uns crient comme des infenfés , pour appdler le feu 
du ciel, les autres courent, 6k font des pot'lures ex- 
travagantes. Les femmes qui font dans les galeries ou 
fur des échaffauts , font de leur côté de grandes excla- 
mations , élevant les mains au ciel , 6k taifant des geftes 

ridicules, Cet exercice de çowfe? & 4e cm dure pl«ç 



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de quatre heures ; 6k enfuite environ fur les cinq heu- 
res les Grecs font leur procefnon. Après plufieurs prê- 
tres , évêques , archevêques , tous vêtus de riches 
chapes à la grecque , c'eft-à-dire , fermées par-de- 
vant , & retrouffées fur les bras , le patriarche vient 
précédé de quatre diacres , qui marchent en arrière , 6k 
î'encenfent continuellement. Il eft revêtu d'une tuni- 
que de velours à fond d'or, 6k d'une chape de toile 
d'argent , 6k il porte une thiare prefque toute d'or , 
tenant fon bâton paftoral à la main gauche , 6k une 
petite croix à la droite , avec laquelle il bénit le peu- 
ple. Après avoir fait la proceffion trois fois autour du 
faint fépulcre , le patriarche y entre avec deux évê- 
ques , pendant que les Turcs gardent la porte , de 
crainte que quelqu'autre n'en approche. Là ayant battu 
le fufil qui y eft caché , ou qu'il porte fur lui , il fait 
du feu , 6k allume une des lampes , 6k deux paquets 
de bougies qu'il diftribue en fortant ; puis il va à l'en- 
trée du chœur , où il monte fur l'autel de pierre qui 
y eft , pour en diftribuer d'autres au peuple. Cepen- 
dant on allume toutes les lampes de la grande églife , 
& celles des chapelles des Arméniens , des Syriens , 
des Cophtes 6k des Abyifins ; ce qui produit une fi 
grande lumière , qu'il femble que toute l'églife eft en feu. 
* S. Jérôme , ep. 3 ad Paul. S. Paulin , ep. 1 1. S. Am- 
broife , ïnpfalm. 43 . Sulpice Severe , hiji. I: 2. Sozome* 
ne , /. 4 , c. 4 , &c. Doubdan, voyage delà terre-fainte. 
CALVAIRE ( la congrégation de N. D. du ) eft 
un ordre de relïgieufes , qui iiiivent la régie de S. Be- 
noît. Ces religieufes furent fondées premièrement à 
Poitiers par Antoinette d'Orléans , de la maifon de 
Longueville. Le pape Paul V , 6k le roi Louis XIII , 
confirmèrent cet ordre en 16 17; & le 25 octobre, An- 
toinette d'Orléans prit poffeiuon d'un couvent nouvel- 
lement bâti à Poitiers, avec 24 religieufes de l'ordre 
de Fontevrault, qu'elle avoit tirées de la maifon d'En- 
cloître , à deux lieues ou environ de Poitiers. Antoi- 
nette mourut le 25 avril 1618 ; 6k en 1620 Marie de 
ÎMedicis fit venir de ces religieufes à Paris , 6k les éta- 
blit proche le palais d'Orléans du Luxembourg , qu'elle 
avoit fait bâtir. Leur couvent du Calvaire au Marais 
ne fut bâti que l'an 1638 , par les foins du fameux père 
Jofeph Capucin , confefïeur 6k agent du cardinal de 
Richelieu. C'eft dans cette maifon que réfide la géné- 
rale. * Voyez la vie du père Jofeph , par l'abbé Ri- 
chard; le père Helyot, dans fon hifl. des ordres mo- 
nafiques ; Abrégé de la vie de Marie-Catherine-Antoi- 
nette de Gondy , fupérïeure générale du Calvaire. Gran- 
colas , hift. de V églife , ville & univ. de Paris , tom, H , 
/^- 37ï> 37<S. 

CALVAIRE, pèlerinage fameux près Paris. Voyez 
ïes titres, CHARPENTIER ( Hubert ) 6k VALERIEN 
( le mont. ) 

CALVERT ( George ) lord Baltimore , naquit 
vers Tan 1579 à Kypling , près de Rkhemont, dans 
le comté d'Yorck en Angleterre , 6k fut élevé dans le 
collège de la Trinité à Oxford , après quoi il paffa la 
mer, 6k voyagea pour augmenter (es connohTances. 
Etant de retour en Angleterre fous le régne de Jac- 
ques I , il fut fait fecrétaire de Robert Cecil , qui dans 
les grands emplois qu'il eut fucceflïvement , le retint 
toujours près de lui , pour fa prudence 6k fa fidélité 
dans plufieurs affaires importantes , qui lui furent con- 
fiées. Enfin parle moyen de Robert Cécil, il fut fait 
clerc du confeil , 6k créé chevalier à Hamptoncourt en 
1618. Il fuccéda à Thomas Lake dans la principale 
charge de fecrétaire d'état , qu'il exerça avec beaucoup 
de prudence , jufqu a ce qu'étant devenu catholique 
romain , il la réfigna de fon propre mouvement : ce- 
pendant le roi le continua pendant tout fon régne dans . 
la charge de confeiller du confeil-privé , 6k peu après 
le créa lord Baltimore , de Baltimore en Irlande. Il 
poffédoit eh propre la province d'Avalon , dans le 
Newfoundland , ou le pays nouvellement découvert , 
épi lui fut accordé par le roi Jacques , dans laquelle on 



79 



dît qu'il dépenfa vingt-cinq mille livres fterllng, 6k où 
il alla lui-même deux fois ; mais les François l'y incom- 
modèrent tellement , qu'il fut contraint de l'abandon- 
ner. Il fe rendit dans la Virginie ; l'ayant reconnue , il 
obtint à fon retour une patente pour lui ck pour Ces 
héritiers , pour s'établir dans le Maryland , au nord de 
la Virginie , avec le même titre ck les mêmes privilèges 
qu'il avoit eus à Avalon ; ce quifaifoit efpérer une plan- 
tation confidérable. Le roi Charles I , qui avoit autant 
d'eftime pour lui qu'en avoit eu Jacques I , fut celui 
qui lui accorda cet établiffement. Il mourut à Londres 
en 1632, à l'âge de 53 ans, lahTant fes biens 6k fes 
titres à Cécil Calvert fon fils. Quoiqu'il fût catholi- 
que , il s'attira par fa douceur ck fa modération l'eftime 
des proteftans même. Il avoit beaucoup de jugement, 
ck étoit fi peu entêté de lui-même , qu'il fouffroit auffi. 
patiemment une cenfure modérée , qu'une louange 
affectée. Quand il étoit au fervice du roi, il. lui por- 
toit tous les foirs un détail bien digéré de l'état des affai- 
res. Quant aux plantations dans les pays nouvellement 
découverts , le juge Paphon ck lui convenoient dans le 
deffein de faire de tels établiffemens , mais non pas 
dans la manière de les faire. Le premier vouloit qu'on 
exterminât tous les Indiens; 6k le fécond, que l'on 
travaillât à leur converfion , ck qu'on peuplât ces pays 
> de perfonnes de bonnes moeurs , ck non pas de gens 
: perdus ck débauchés , leur accordant des privilèges avec 
de grandes précautions , ck permettant à tout particu- 
lier de pourvoir à fon entretien par fa propre induftrie. 

* Dictionnaire anglais. 

CALVERT ( Thomas ) oncle du fui van t , né à 
Yorck , vers le commencement du XVII fiécle , fut 
chapelain de Th. Burdet ck de plufieurs autres. Lorf- 
que Charles II fut rétabli , il fut démis de fa charge , à 
caufe qu'il étoit non conformijle. Il avoit eu beaucoup 
de goût pour les livres des rabbins , 6k les avoit bien lus» 
On a de lui un ouvrage intitulé Mel cceli } qui contient 
une explication du chapitre 53 d'Ifaïe, en anglois, i/z-4 , 
à Londres en 1637. Il eft mort en 1679 âgé de 73 ans - 

CALVERT ( Jacques ) presbytérien Anglois , né à 
Yorck, ayant été fufpendu de fes fondions pour n'a- 
voir pas voulu fe conformer, mena prefque toujours 
depuis une vie retirée. En 1675. il fut fait chapelain de 
Guillaume Strickland, ck gouverneur de fes enfans. Il 
eut dans la fuite le même emploi auprès de Guillaume 
Midleton , ck mourut au mois de décembre 1698. C'é- 
toit un homme doux ck modéré , qui haïfToit les difpu- 
tes , fur-tout celles de religion , ck qui a contribué à 
les appaifer dans fa patrie, autant qu'il a été en lui. Il 
croyoit qu'il falloit entendre hiftoriquement ck à la let- 
tre la prophétie du temple d'Ezéchiel , ck que les dix 
tribus étoient revenues dans leur patrie avec les deux 
autres fous les rois de Perfe. Il a écrit fur ce fujet un 
traité intitulé, Neptliali , ou Napthali t Jive colluclatiç- 
nes thtologicce de reditu decem tribuum , in-4 , à Lon- 
dres en 1672. Il a fait encore de menfuris facris E%t~ 
chielis , ck il avoit deffein de donner des commentaires 
fur tout le prophète Ezechiel, qu'il n'a pas publiés. 

* Voye^ fur l'oncle ck le neveu la bibliothèque facrée 
du père le Long , in-fol. pag. 662. 

CALVI , ville d'Italie , dans la terre de Labour , au 
royaume de Naples , avec évêché fufFragant de Capoue , 
eft petite , ck prefque toute déferte , n'ayant plus qu'une 
vingtaine de maifons. Les anciens l'ont nommée Cales > 
ck quelques-uns même ont prétendu qu'elle avoit été 
bâtie par Calais , fils de Bore. Elle eft à fix milles de 
Capoue. Tite-Live , Ciceron , Virgile 6k Horace par- 
lent de Cales. Les François 6k les Turcs Fafîîégerent 
inutilement en 1555. * Baudrand. 

CALVI , ville de l'ifle de Corfe , eftfituée fur la mer , 
où elle fait à l'occident de cette ifle un golfe nommé 
golfe de Calvi. La ville a un bon port, avec une for- 
tereffe confidérable , 6k eft la demeure de l'évêque de 
Sagone. * Baudrand. 

CALVI ( Lazaro ) peintre de Gènes , vivoit dans le 



8o 



CAL 



CAL 



XVI fiécle. Marclano Calvi de Sancta-Agatha en Lom- 
fcardie, étant venu s'établir à Gènes, y eut pour fils - 
Agoftino Calvi , peintre de peu de réputation. Agoftmo 
fut père de Lazaro, qui naquit en 1501. Ce dernier 
apprit à peindre dans le palais du prince Doria , fous 
Perino del Vaga. C'étoit un efprit ardent , attaché au 
travail , mais fi jaloux , que fe voyant furpaffé par Jac- 
ques Bargone , jeune peintre , il réfolut de s'en défaire. 
Un jour loupant avec Bargone & fept ou huit autres 
peintres de leurs amis , Calvi but fur la fin du repas d'une 
bouteille remplie de vin, qu'il préfenta à fes camarades ; 
lorfque ce fut le tour de Bargone , il lui en verfa d'une 
autre , dans laquelle il avoit mis du fel & d'autres dro- 
gues qui lui firent perdre l'efprit. Calvi avoit auffi foin 
de fe ménager des amis fidèles qui applaudiflbient à tout 
ce qu'il faifoit : néanmoins le prince Doria employa di- 
vers peintres pour peindre l'églife de S. Matthieu , fans 
fe fervir de Calvi. Celui-ci en eut tant de dépit, qu'il 
renonça à la peinture , & porta les armes. Quelque 
temps après (es amis l'obligèrent de reprendre le pin- 
ceau : il le fit avec aflez de réputation , & mourut en 
1607 , âgé de 105 ans , ne lahTant qu'une fille qu'il avoit 
mariée richement. *Rafaële Soprani , vite de Pht.Genov. 

CALVI ( Pantaleon) frère de Lazaro, étoit auffi pein- 
tre , &: mourut en 1 587 , âgé de 85 ans. Il laifla quatre 
fils 'tous peintres , mais dont les ouvrages n'ont égalé 
ni ceux de leur père , ni ceux de leur oncle. * Rafaële 
Soprani , vite de Pin. Genov. 

CALVIDA, ou CADUIA, félon Suidas, roi des 
Scythes , étoit frère d'Anacharfis , & régnoit du temps 
de Solon , vers la LVIII olympiade , & l'an 548 avant 
Jf. C. * Diog. La'ért. Suidas, 

CALVIN (Jean) appelle autrement Kahl, fut pro- 
feffeur en droit à Heidelberg. Il a publié un Lexicon 
juris fort connu ; il publia aufli en 1 595 Thtmis kebrœo- 
romana. * Konig , bibl. 

CALVIN (Jean) naquit à Noyon en Picardie, le 
f io juillet 1509. Son père nommé Gérard Cauvin, 
étoit fils d'un batelier & tonnelier de Pont-l'Evêque , 
petit village' près de Noyon ; & fa mère Jeanne le 
Franc étoit fille d'un cabaretier de Cambrai , qui 
étoit venu s'établir à Noyon , aufli-bien que Gérard fon 
gendre. Ce dernier fut quelque temps commis dans les 
fermes , & devint enfuite procureur fifcal du comté de 
Noyon , &c fecrétaire de l'évêché. Gérard Cauvin 
n'ayant pas de quoi faite étudier fes enfans , eut recours 
à la protection d'une perfonne de distinction de fon 
pays , qui le porta à envoyer Jean Calvin étudier à 
Paris où Gérard avoit deux frères maréchaux ou fer- 
mriers. L'un nommé Antoine Cauvin , demeurait près 
de S. Merry; l'autre qui s'appelloit Richard, demeu- 
roit près de S. Germain-i'Auxerrois. Ce fut chez ce 
dernier que Calvin fut adreffé. Cet artifan qui a tou- 
jours perfifté dans la foi catholique, lui fit faire fes 
humanités au collège de la Marche , fous Mathurin 
Cordier , & fon cours de philofophie au collège de 
Montaigu , fous un profeffeur Efpagnoh Calvin avoit 
été pourvu dès le 11 mai 15 21 , n'étant encore âgé 
que de 11 ans , de la chapelle de Notre-Dame de la 
Gefine , dans l'églife de Noyon. Le 27 feptembre 
2517 il fut 'pourvu de la cure de Marteville , qu'il 
permuta le 5 juillet 1519, avec celle de Pont-l'Evêque 
près de Noyon. Son père néanmoins ne voulut point qu'il 
étudiât en théologie ; mais il l'envoya à Orléans pour 
y étudier en droit fous le favant profeffeur Pierre de 
l'Etoile , qui fut depuis honoré d'une charge de préfi- 
dent au parlement. De-là , fans avoir pris aucun dé- 
gré , Calvin fut à Bourges , pour y entendre le célèbre 
jurifconfulte Alciat, qui enfeignoit avec un concours 
extraordinaire dans cette univerfité , la plus floriflante 
qui fût alors en France pour le droit. Il avoit déjà pris 
à Paris quelque teinture de l'héréfîe , qui lui avoit été 
infpirée par fon allié Robert Olivetan. Mais ce fut à 
Bourges qu'il acheva de fe gâter l'efprit , par la grande 
communication qu'il eut avec Mekhior Wolmar, Al- 



lemand , ÔC profeffeur de la langue grecque , qui étoit 
luthérien, quoiqu'il contrefit encore le catholique. 
Calvin apprenoit en même temps la langue grecque , 
l'hébraïquejk la fyriaque , pour s'adonner à la lecture 
de l'écriture fainte ; & s'inîlruifant dans la doctrine de 
Luther Ô£ de Zuingle , il prêchoit quelquefois aux en- 
virons de Bourges , & fur-tout à Ligniéres , où le ièi- 
gneur du lieu prenoit plaifir à l'entendre. 

Après la mort de fon père il retourna à Noyon , & 
s'y défit de fes deux bénéfices en faveur d'Antoine 
Marlier , & de Guillaume du Bois ; puis il revint à 
Paris , où il fit imprimer un aflez beau commentaire 
fur les deux livres que Séneque a faits de la Clé- 
mence , qu'il dédia au mois d'avril 1532, à Claude 
Hangeft , abbé de S. Eloi de Noyon. Ce fut alors 
qu'après avoir mis fon nom en latin , Calvinus , au 
titre de fon livre , on le nomma Calvin. Enfuite ap- 
puyé de la protection de Marguerite reine de Navarre , 
& fœur de François I , il fe mit à dogmatifer fecre- 
tement dans les maifons , & eut en 1533 un grand 
commerce avec Nicolas Copus , recteur de l'univerfité 
de Paris , à qui l'on dit qu'il lùggéra cette harangue ii 
hardie , qui excita la première tempête contre les nou- 
veaux fedraires. Le lieutenant criminel , Jean Morin , 
eut ordre de fe faifir de la perfonne de Calvin ; mais 
ce magiftrat l'éiant allé chercher au collège du Cardi- 
nal-le-Moine , félon quelques auteurs , ou au collège de 
Fortet , où il logeoit , félon plufieurs autres , trouva 
qu'il s'étoit évadé. Calvin fe retira à Angoulême , ou 
il prit le nom de Deparcan , ou de Happev'dle } & y 
fubfifta avec le fecours de la langue grecque , qu'il y 
enfeigna quelque temps ; ce qui lui fit donner le nom 
de petit Grec. Après quelque féjour dans cette ville , 
ayant féduit l'efprit du chanoine Louis du Tillet , il 
compofa dans fa maifon à Ciaiz , dont ce chanoine 
étoit curé, la plus grande partie de fon inftitution.-Du 
Tillet revint de fon égarement par les remontrances de 
fon frère Jean du Tillet , célèbre greffier en chef du 
parlement de Paris , de forte que Calvin abandonné 
de fon patron, &n'ofant plus fe montrer à Angoulê- 
me , alla chercher d'autres protecteurs à Poitiers. Il y t 
pervertit plufieurs officiers du préfidial , & quelques 
docteurs de l'univerfité , entr'autres un profeffeur en 
droit , qui abandonna fa chaire pour aller prêcher de 
ville eij. ville la doctrine de Calvin , & qui le fit appel- 
ler Bon homme. On lui donna auffi le nom de Minif- 
tre , pareequ'auparavant fa profeflion étoit de lire le 
droit dans la Minijlrerie ( c'eft ainfi qu'on appelle l'é- 
cole de droit à Poitiers , ) & c'eft de-là que quelques- 
uns tirent l'origine du nom de Minijlre , qui a été 
depuis commun à tous les prédicans de la religion pré- 
tendue réformée. 

Calvin étoit allé à Nerac faiuer la reine de Navarre ; 
mais après un voyage qu'il fit enfuite à Paris en 1534, 
voyant qu'il n'y avoit plus de fureté pour lui en Fran- 
ce , il fe retira à Balle , où il acheva fon inftitution , 
qu'il eut la hardieffe de dédier au roi François I ; ce 
qui ne fervit qu'à augmenter la rigueur des ordonnan- 
ces contre les hérétiques. Il paffa enfuite les Alpes , & 
fe rendit à la cour du duc de Ferrare , pour attirer à 
fon parti la ducheffe , fille de Louis XII , qui proté- 
geoit ouvertement les Luthériens. Il fe déguifa alors 
lbus l'habit d'un eccléfiaftique , & reprit fon ancien nom 
de Happev'dle ; mais craignant d'être mis à l'inquifi- 
tion , il ne demeura pas long-temps auprès de la du- 
cheffe , dont il acheva de corrompre l'efprit. S'étant 
évadé de Ferrare , il repafla en France , d'où , après 
avoir mis ordre à quelques affaires , il rélblut de re- 
tourner à Balle ; mais en paffant par Genève , les ins- 
tances de Guillaume Farel , & de Pierre Viret qui 
avoient commencé à y prêcher les opinions des facra- 
mentaires , & celles du lenat de Genève , l'obligèrent 
d'y refter non-feulement en qualité de miniftre , mais 
encore de profeffeur en théologie. Mais comme ces 
nouveaux prédicans entreprirent d'établir de jour en 

jour 



CAL 



pur des nouveautés , & qu'ils réfutèrent de foufcrîre 
aux décidons du fynode de Berne , qui avoit demandé 
par un acle le rétablhîement à Genève du pain fans 
levain dans la communion , des fêtes , & des fonts bap- 
tifmaux , les Bernois firent enforte auprès des fyndics , 
qu'on les bannît comme des féditieux par arrêt de Tan 
1538. Après quoi Farel fe retira à Neufchâtel , 8c Cal- 
vin à Strasbourg, où il obnnt permiifion de drefïer une 
églife à fa mode , pour les François qui s^ étoient ré- 
fugiés , & d'y enfèigner fa théologie : ce fut-là qu'il 
revit fon Infutution chrétienne , qu'il publia fon com- 
mentaire far répitre aux Romains , ci qu'il époufa la 
veuve de Jean Sterder anabaptifte , nommée Idelette 
de Bure. I! aîia enfuiteavec Bucer ck les autres dépu- 
tés, à la conférence de Wormes en 1 540, puis à celle 
de Ratisbonne , d'où ii revint à Genève le 13 feptem- 
bre 1^41. Le parti de ceux qui l'avoient fait chafferétoit 
difïipé , & lès amis fe trouvèrent les plus puiffans dans 
cette ville , où il parla ie relie de fes jours , aimé & 
confidéré de tous ceux de fa fe&e. Lorfqu'il fut de re- 
tour à Genève , il y dreffa un formulaire- de fa con- 
feffion de foi, de la difeipline eccléfîaftique , & du ca- 
téchifme à l'ufage de fa fecte. Ce ne fut pas fans oppo- 
sition de la part du peuple ; mais enfin Calvin l'empor- 
ta , & fit palier ce nouveau canon en forme de loi , 
dans une affemblée tenue le 2.0 novembre 1541. Il 
étoit confulté dans toutes les affaires , & on s'en tenoit 
à fes décifions ; il donnoit la miffion aux miniflres de 
fon parti ; & c'efl: avec raifon que divers auteurs l'ont 
appelle le pape de Genève. Au refle Calvin avoit un 
beau génie , une pénétration d'efprit admirable, une 
grande délicateffe , beaucoup d'érudition : peu de talent 
pour la chaire , mais infiniment pour la compofition , 
comme on le peut voir dans l'es ouvrages. Il étoit beau- 
coup plus réglé que Luther dans fes mœurs , fobre , 
charte , laborieux , défmtérefTé , mais ambitieux , ck 
d'un efprit bien oppofé à cette humilité chrétienne , 
fans laquelle les plus belles- qualités de l'elprit , & les 
vertus les plus éclatantes, font de faufTes vertus &des 
qualités nuifibles. Cet efprit de vanité le rendoit fu- 
rieufement opiniâtre dans fes fentimens ; il vouloit 
qu'on fouferivît aveuglément à ce qu'il avançoit , ck il 
répondoit avec aigreur & avec emportement à ceux qui 
ofbient le contredire. Ce cara&ere paroît allez dans fes 
écrits , & on y voit régner par-tout cet efprit piquant 
& chagrin qui pare adroitement les coups qu'on lui 
porte, mais qui s'échape en injures atroces , qui mord 
fans raifon , & qui manque enfin de cette honnêteté 
qui caraclérife le chrétien & l'honnête homme ; cette 
humeur chagrine & févere le rendoit même cruel , & 
fur-tout fur la fin de fes jours. Michel Servet Eipagnol , 
■fit une funefte expérience de la cruauté de Calvin , 
qui le fit brûler en 1553 ,. à Genève. Servet avoit pu- 
blié quelqu'ouvrage contre le myflere de la Trinité , 
& Calvin entreprit de prouver, à cette occafion , qu'on 
peut faire mourir les hérétiques. Outre le livre des Ins- 
titutions , dont on a parlé , il a lailfé V Harmonie des 
trois premiers évangiles, des Commentaires fur S. Jean, 
lur les aftes des Apôtres , fur les épîtres de S. Paul , 
fur les épîtres catholiques , fur quelques prophètes, & 
divers autres traités qu'on a recueillis en neuf volumes 
in-fol. en 1 <j6o. Il aaufîî écrit contre Servet, contre les 
Anabaptifies , ek contre les libertins Quintinius ck Cop- 
pinus. L'édition de fon Injiitution qu'on recherche 
davantage, efl celle de Robert Etienne, en 1533 , in- 
folio , fous ie titre iïlnfiiutio chrifianx rcligionis. On 
a imprimé à Amilerdain en 1744, un volume i/z-8°. 
contenant les lettres de Calvin à Jacques de Bourgo- 
gne > ftigneur de Falais & de Bredam , & à fon ê pouf a 
Iolande de Brcderode. Ce Jacques de Bourgogne étoit 
petit-fils de Baudouin , fils naturel de Philippe le Bon, 
duc de Bourgogne. Iolande de Bredeiode , fa femme 
étoit ifîue des anciens comtes de Hollande. Dans les 
dernières années de fa vie , Calvin devint valétudi- 
naire;, toujours rêveur, mélancolique, ck foiwent in- 



A L 



commode à fes amis ck à foi-même ; il fut incommodé 
de la goutte , des hémorrhoïdes , d'une fièvre phtlfique , 
d'une difficulté de refpirer , de la migraine , d'une perte 
de fang ; ck il mourut-, ( fi l'on en croit quelques au- 
teurs catholiques ) maudiffant la penfée qu'il avoit 
eue d'écrire & d'enfeigner une doctrine qui devoit le 
rendre malheureux pour une éternité. Ses feclateurs 
n'en parlent pas ainfi , quoiqu'ils avouent que Calvin 
fût accablé de toutes fortes de maux corporels. Les 
intérêts oppofés de ceux qui ont fait mention de ce 
chef de parti , ne laiffent pas lieu de s'étonner qu'ils 
en aient parlé d'une manière fi différente ; les protef- 
tans lui donnent toutes fortes d'éloges , ck lui attri- 
buent de grandes vertus ; au contraire les catholiques 
le détellent comme un héréfîarque , qui a introduit le 
fchifme , & font bien éloignés de fouferire aux louan- 
ges excefnves que Théodore de Beze lui donne dans 
l'abrégé de fa vie. Calvin mourut le vingt - feptiéme 
mai ■ 1 564 , âgé de cinquante-quatre ans dix mois 6k 
dix-fept jours. Le préfident de Thou parle ainfi de 
cette mort fous l'an 1564, après avoir parlé de celle 
de l'empereur Ferdinand. Un peu devant , dit-il, Jean 
Calvin de Noyon en Vennandois , ptrfonnage d'un 
efprit vif, & d'une grande éloquence, & parmi les pro- 
teflans , théologien d'une grandi réputation , étoit mort 
le vingtième mai , après avoir été tourmenté pendant 
fept ans de diverfes maladies. Néanmoins il 71 en fut 
pas moins affidu dam fa charge , & cela ne V empêcha, 
jamais d'écrire. Il mourut à Genève , où il avoit enfei- 
gné vingt-trois ans de fuite., d'une difficulté de refpirer r 
âge de cinquante-cinq ans pref pi accomplis. * Papyre 
Maffon. Jérôme Bolfec , ck Théodore de Beze , in vita. 
Calvini. Florimond deRaimond. Surius. Sponde. Feuar- 
dent. Opmer. Jacques Laingéeus. Sleidan. De Thou. 
Melchior Adam. Dupleix. Mezerai. Drelincourt , dé- 
fenfe de Calvin. Bayle , dictionnaire critique , i e édi- 
tion. M. l'abbé Joly, remarques critiques j'ur ce dici. 
Le Clerc. Souliers , hifl. du Calvin. 
, CALVINISME , dodrine de Calvin , ou fefte de 
ceux qui fuivent fes erreurs, prit naifTance en France fous 
le régne de François I. Ce prince voulant faire refleurir 
les belles lettres dans fon royaume , donna lieu à plu- 
fieurs perfonnes favantes d'y venir de toutes parts , 
pour y enfeigner la philofophie & les langues , princi- 
palement à Paris. Luther ck Zuingle , qui commençoient 
en ce temps-là à former deux partis contre régiifè ca- 
tholique , envoyèrent en France l'an 1511 quelques- 
uns des plus habiles de leurs difciples. Le rendez-vous 
des feftateurs de Tune ck de l'autre héréfie étoit a Straf- 
bourg auprès de Martin Bucer , qui balançoit alors , 
comme il fit affez long-temps , entre Zuingle & Lu- 
ther ; ce qui fit que ceux qui fuivoient fes opinions , fe 
nommoient Luthero-Z uingliens , pour ne pas fe dé- 
truire les uns les aurres , par la diverfité de leurs dog- 
mes. Ainfi en peu de temps , l'univerfité de Paris fe 
trouva remplie d'étrangers , qui s'infinuerent dans les 
maifons de qualité , ck fe donnèrent la liberté d'inter- 
préter la bible félon leur fens , qu'ils prétendoient être 
conforme au grec & à l'hébreu. L'évêque de Meaux , 
( Guillaume Bnçonnet ) fe propofant de rétablir le bon 
ordre dans fon diocèfe , en y répandant la lumière ck 
la doctrine , attira auprès de lui les plus habiles gens , 
& qui avoient alors le plus de réputation ; c'étoient 
Guillaume Farel de Dauphiné, Jacques Faber ou le Févre 
d'Eftaples , Arnaud Rouffel , & Gérard Rouffel de 
Picardie. Mais ces quatre dofteurs , qui étoient infec- 
tés des nouvelles erreurs , abufant de la confiance de 
l'évêque , femerent adroitement leurs erreurs dans le 
diocèfe de Meaux ; & comme le cléfbrdre qu'ils y cau- 
foient ie fit bientôt conuoître , le parlement de Paris 
nomma des commiffaires , pour informer contre ceux 
qui en étoient les auteurs ; ce qui épouvanta ces pre- 
miers minifrres de l'héréfie , qui fe fauverent en Alle- 
magne. Cependant , après que les informations eurent 
été faites, le parlement rendit un arrêt en 1515, par 

Tome III, L 



1 



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CAL 



lequel il décréta de prife de corps ceux qui étoient nom- 
més dans les informations. Cette héréfie ne laiffa pas 
de faire de nouveaux progrès , principalement à Pans , 
par la protection qu'elle trouva à la cour auprès de la 
ducheife d'Alençon, Marguerite de Valois, feeur de 
François I, laquelle fut mariée depuis à Henri d'Albret , 
roi de Navarre. Cette princefle étant allé en Béarn avec 
le roi fon époux, reçut à la cour plusieurs de ceux qui 
fuyoient les pourfuites de la juftice , entr'autres Gérard 
Rouffel , qu'elle prit pour fon directeur , qu'elle fit 
abbé de Chirac , puis évêque d'Oleron , lui donnant 
ainfi le moyen de jetter en Béarn les fondemens de 
l'héréfie , qu'on acheva d'y établir après fa mort ; car 
durant fa vie il ne fut , à proprement parler , ni luthé- 
rien , ni zuinglien , ni même luthero - zuinglien , & 
encore moins catholique , quoiqu'il affectât de le pa- 
roître. Cet évêque hérétique acheva de gâter l'efprit 
de la reine de Navarre , laquelle venant fouvent à Pa- 
ris , tâcha de gagner le roi François I en faveur des 
novateurs , qu'elle louoit fans celle en fa préfence , 
comme des gens de bien, ck très-favans. En 1533 elle 
mena le roi au fermon du curé de S. Euftache nommé 
le Coq, qui prêcha allez clairement le dogme de Zuin- 
gle touchant le S. Sacrement, le déguifant néanmoins 
fous des expreflîons équivoques. Le roi paroiffant ébran- 
lé les cardinaux de Lorraine & de Tournon obligè- 
rent ce curé de fe rétracter publiquement en préfence 
de fa majefté. La cabale que l'on avoit faite à la cour 
ne fe ralentit pas pour ce mauvais fuccès , & la reine 
de Navarre eut encore l'adrefTe de perfuader à Fran- 
çois I de faire venir à Paris Philippe Melancthon , dont 
elle lui parla comme d'un homme paifible & d'efprit 
doux , qui pouroit utilement travailler , avec les théo- 
logiens catholiques , au rétabliftement de l'ancienne po- 
lice de l'Eglife ; mais le cardinal de Tournon défabufa 
le roi , & fît révoquer la permimon qu'il avoit donnée à 
Melancthon de venir à la cour. Enfin ce prince , fortant 
de fon aiToupiiïèmcnt , ordonna en 1535 qu'on fît la 
pt-oceffion la plus folemnelle que Ton eût jamais vue à 
Paris. Tous les ordres religieux , le clergé de toutes 
les églifes, le chancelier & le confeil, le parlement en 
robes rouges , la chambre des comptes , & les autres 
compagnies , ' la ville , & tous les officiers y affilièrent , 
chacun en fon rang. L'évêque de Paris, Jean du Bel- 
lai , portoit le très-faint Sacrement fous un dais magni- 
fique porté par monfeigneur le dauphin , par les ducs 
d'Orléans & d'Angoulême Ces deux frères , & par le 
duc de Vendôme , premier prince du fang : le roi fui- 
volt immédiatement , tête nue , un flambeau à la main 
ftiivi de tous les princes , des officiers de la couronne , 
des cardinaux, des évêques , des ambafTadeurs & de 
toute la cour , marchant tous deux à deux , &: tenant 
chacun un flambeau allumé. Les inftrumens ; & la mu- 
fique accompagnoient cette augufte cérémonie , Se l'on 
marcha en cet ordre depuis la paroifle du Louvre juf- 
qu'à Notre- JDame. Enfuite le roi étant monté ^dans la 
grande falle de l'évêché fur une efpéce de trône , fit 
un difeours très-pathétique , & exhorta tous les afïîftans 
à retenir conftamment la véritable religion des^ rois 
très-chrétiens. Le même jour vers le foir , fix luthériens 
■qui avoient été condamnés par arrêt du parlement , 
furent brûlés à petit feu. Depuis.ce temps-là le roi ne 
voulut plus fouffrir qu'on lui parlât des hérétiques , 
■que pour les faire rigoureufement punir par le feu , 
oomme on fit par toute la France. 11 fut même rame- 
ner r>ar Ces puiflfantes remontrances la reine de Navarre 
fa feeur , qui protefta n'avoir jamais prétendu renoncer 
à la foi catholique , non plus que le roi fon mari. Les 
docteurs de l'héréfie prirent prefque tous la fuite, fe 
retirèrent les uns en Allemagne , les autres en SuiflTe , 
& la plupart à Genève , où ceux du canton de Berne 
avoient introduit les erreurs de Zuingle , & où la reli- 
gion romaine fut entièrement abolie en 1535- Calvin 
s'y retira en 1536, &fut fort bien reçu par Guillaume 
lEarel , qui partagea avec lui les emplois de fon mi- 



nîitere , ck qui le fit élire profeiïeur en théologie : peu 
«près ils furent tous deux chattes de la ville comme des 
féditieux. En 1538 Farel fe retira à Neufchâtel , & Cal- 
vin à Strasbourg , d'où quelque temps après il fut rap- 
pelle à Genève. ' 

Alors Calvin y établit fa doctrine & fa difeipline en 
1 541. Pour fe former une jufte klée de {es dogmes, 
il eft néceffaire de reprendre la chofe de plus haut , 
& de voir quelle en a été l'origine. Depuis que Be- 
ranger archidiacre d'Angers , qui commença le premier 
à nier avec opiniâtreté la préfence réelle de J. C. dans 
le faint facrement, eut été condamné par les conciles 
de Rome en 1050, 1059 & 1079, & P ar celui ^ e 
Tours en 1055 , & que cet archidiacre y eût folem- 
nellement rétracté fon erreur , l'églife jouit d'une affez 
profonde paix ; jufqu'à ce que quatre-vingts ans après , 
elle fut troublée par une nouvelle héréfie, que Pierre 
Valdo, chef des Vaudois, publia en 1160. Ce bour- 
geois de Lyon qui étoit un homme ignorant , mais fort 
riche , s'alla mettre dans l'efprit que la méfie , le pur- 
gatoire , l'autorité du pape , & autres femblables ar- 
ticles de la doctrine catholique , étoient de pures in- 
ventions des hommes. S'étant érigé lui-même en apô- 
tre , il s'attira un grand nombre de difciples , par les 
aumônes qu'il faifoit aux pauvres. Ces fanatiques s'é- 
tant difperfés par toute l'Europe , pour y prêcher leurs 
dogmes , fe multiplièrent étrangement ; &C depuis fu- 
rent appelles non feulement V~audois ou Pauvres de 
Lyon , mais auflï Albigeois , Picards & Amaldiftts en 
France ; Bohémiens en Allemagne ; Lollards en An- 
gleterre ; Fraticds ou Frérots en Italie ; Turlupins en 
Flandre ; & ils eurent ailleurs d'autres noms tirés des 
lieux où ils avoient femé leurs erreurs , ou du nom de 
leurs plus fameux prédicans. Les rois Philippe Augujlc^ 
Louis VIII & S. Louis, dans le XIII fîécle , les exter- 
minèrent , à la réferve de quelques-uns qui fe réfu- 
gièrent dans quelques vallées des Alpes vers le Dau- 
phiné. Cette héréfie afFoiblie de la forte, & prefque 
éteinte , reprit de nouvelles forces environ deux cens 
ans après , lorfque AViclef d'une part, & Jean Hus avec 
Jérôme de Prague de l'autre , en ayant pris ce' qu'ils 
voulurent , y ajoutèrent quelque chofe de plus fubtil. 
Au fiécle fuivant parut Luther , qui étant encore plus 
habile homme , enfeigna des erreurs compofées de celles 
des autres feétes qui l'avoient précédé , & de quel- 
ques articles qu'il inventa fur les points un peu plus 
théologiques ; comme ceux qui concernoient le péché 
originel , la grâce , la juftification de l'homme , & les 
facremens : en quoi il fut fuivi d'abord d'une grande 
partie des Allemans , puis abandonné de plufieurs 
de fes principaux difciples , comme de Carloftad , 
de Zuingle , & d'QEcolampade , qui fe firent facra- 
mentaires. Voilà quelle fut la première origine du 
calvinifme,qui n'eft, à proprement parler, qu'un ra- 
mas des erreurs de tous ces gens-là. Les plus célè- 
bres des proteftans conviennent que Calvin a pris pour 
le fonds de fa doctrine , celle des Vaudois , particu- 
lièrement en ce qui regarde la préfence réelle , la meffe , 
le purgatoire , l'invocation des faints , la hiérarchie de 
l'églife , & les cérémonies : à l'égard des autres points 
qui font plus théologiques , il a prefque tout pris de 
Luther ; comme les articles de fa doctrine qui concer- 
nent la liberté de l'homme, laquelle il détruit; la grâce, 
qui , félon lui , a toujours fon effet ck emporte la vo- 
lonté de l'homme par une néceffité abfolue ; la jufti- 
fication par la foi feule ; la juftice de J. C. qui nous 
eft imputée ; les bonnes œuvres fans aucun mérite de- 
vant Dieu ; les facremens qu'il réduit à deux , & aux- 
quels il ôte la vertu de conférer la grâce par eux- 
mêmes ; la foi qu'il fait confïfter dans une prétendue 
certitude qu'on fera fauve ; l'impoflibilité des comman- 
demens de Dieu ; l'inutilité & la nullité des vœux , 
à la réferve de ceux du baptême ; & d'autres fem- 
blables erreurs qu'il a tirées des livres de Luther , pour 
en faire la plus grande partie de fou Injiimùon* Le* 



CAL 

opinions que Calvin y a ajoutées du fîen , font ; que 
la foi eft toujours mêlée de doute ck d'incrédulité ; que 
la foi ck la grâce ne fe peuvent jamais perdre ; que 
le Père éternel n'engendre pas continuellement Ton fils f 
que J. C. n'a rien mérité à l'égard du jugement de 
Dieu ; que Dieu a créé la plupart des hommes pour 
les damne!: , parcequ'il lui plaît ainfi , ck avant même 
que de prévoir leurs crimes. Pour ce qui regarde î'eu- 
chariftie , c'en -là le point en quoi l'héréfîe de Calvin 
eft différente de celle de Luther , qui a toujours cru 
]a préfence réelle dans le faint facrement : il eft vrai 
que Calvin afflue que J. C. nous donne réellement 
.fon corps dans l'euchariftie , mais il ajoute que c'eft 
par la loi , ck en nous communiquant ion efprit 6k fa 
vie, quoique fa chair n'entre pas dans nous , erreur 
qui eft celle de Zuingle, 6k de tous les facramentaires. 
Calvin envoya de Genève, des miniftres dans les au- 
tres lieux où fon opinion étoit reçue : il en envoya 
aiiiïi en France ; mais ils n'y faifoient leurs prêches 6k 
leur cène que fort fecrétement , pareequ'on obfervoit 
exactement en ce temps-là les édits du roi contre les 
hérétiques ; ce qui parut dans la fanglante exécution 
faite contre les Vaudois de Merindol 6k de Cabricres. 
Henri II ayant fuccedé à François I en 1547, fit con- 
tre ceux de la religion prétendue réformée , des édits 
encore plus rigoureux que ceux de l'on prédéceffeur. 
Il fît publier le fameux édit de Château-Briant, donné 
ie 27 juin 15 51,,. par lequel, en renouvellant les an- 
ciens édits contre les hérétiques , il donna même aux 
juges préfidiaux le pouvoir de les juger fouveraine- 
ment ; il ordonna que perfonne ne tût reçu en aucun 
office royal , ni admis à profeffer aucune icience , fans 
avoir une bonne atteftation qu'il étoit catholique ; 6k 
il voulut que les mercuriales lé tinfient dans les cours 
fouveraines , pour y traiter avant toutes chofes des af- 
faires de la religion. Malgré ces édits 6k ces rigourcu- 
fes exécutions , cette dangereufe feâe ne laiiloit pas 
de faire de nouveaux progrès en France , 6k de s'é- 
tendre dans toutes les provinces. Après la funefte ba- 
taille de Saint-Quentin , que les François perdirent en 
3557, les proteftans , tirant avantage de Paffliâion pu- 
blique, fe hafarderent de faire leurs aiTemblées en plein 
pur, dans le Pré-aux-clercs , pour y chanter à haute 
voix les pfeaumes de Clément Marot ; mais après que 
îa paix eut été faite en 1559, le roi réfolut de régler 
les affaires de la religion , 6k voulut affifter à la mer- 
curiale , qui fe tint le 10 juin aux Auguftins de Paris; 
( pareeque l'on préparoit les chambres du palais , pour 
la folemnité des noces de madame Elizabeth de France 
ia fille avec le roi d'Efpagne. ) Il y alla donc , ac- 
compagné des princes , des cardinaux , du connétable , 
&: des autres grands du royaume. La plupart s'accor- 
dèrent d'abord à demander un concile général , mais 
il y eut une grande diverfité d'avis dans la fuite ; car 
les uns vouloient que , fuivant l'intention du roi , on 
procédât cependant , feloii la rigueur des édits 6k des 
ordonnances , contre ceux qui tiendroient opiniâtre- 
ment une doctrine contraire à celle de l'églife catho- 
lique ; les autres foutenoient qu'on devoit adoucir les 
peines qui leur fembloient trop rigoureufes ; quelques- 
uns demandèrent la fufpenfion de l'exécution des édits , 
contre ceux que l'on difoit être hérétiques , 6k paru- 
rent même adhérer aux nouvelles opinions ; ceux-ci 
furent le préfident du Ferrier , les confeillers Fumée , 
du Val, Viole, de la Porte, de Foix, du Four 6k du 
Bourg. Le roi fit prendre fur le champ , 6k mener à la 
Baftille les confeillers du Four 6k du Bourg , 6k or- 
donna peu après qu'on en fit autant des fix autres ; 
mais on n'en put arrêter, que trois , qui furent pris dans 
leurs maifons ; favoir, Fumée, de la Porte & de Foix, 
les trois autres ayant pris la fuite. On travailla enfuite 
au procès de ces prifbnniers ; mais avant qu'on l'eût 
achevé , le roi fut malheureufement bleffé dans un tour- 
nois , ck mourut le 10 juillet 1559. François II qui 
lui fuccéda , fit continuer Je procès aux confeillers, quoi- 



À L 8j 

qu'on eût avis que les hérétiques avoient fait une cons- 
piration pour les tirer de la Baftille , après avoir mis 
le ^feu en plufieurs quartiers de Paris , 6k qu'ils euffent 
même fait affaffiner le préfident Minard , qui étoit 
très -zélé pour la vraie religion. L'arrêt ayant été 
rendu , du Bourg qui continua toujours à foutenir fes 
fentimens jufque fur l'échelle , fut pendu & brûlé en 
place de Grève le 23 décembre: les autres furent, 
partie fufpendus de leurs charges pour un temps , 6k: 
partie renvoyés abfous , pareequ'ils parlèrent dans leurs 
interrogatoires en affez bons catholiques. 

Enfuite on publia contre les huguenots des édits en- 
core plus féveres que ceux du feu roi , 6k on les pour- 
fuivit par-tout , principalement à Pans , avec plus de 
rigueur qu'on n'avoit fait jufqu'alors ; mais enfin le 
parti des calvmiftcs s'étant groffi de plufieurs mécon- 
tens d'entre les grands du royaume , excita ces étran- 
ges défordres , qui ont prefque défolé route la France, 
Il y avoit alors à la cour deux maifons très-illuftres ° 
qui tenoient le premier rang après les princes du fang ; 
favoir, la maifon de Guife , êk la maifon de Mont- 
morenci. Le chef de celle-ci étoit le fameux Anne de 
Montmorenci, connétable de France, puiflamment fou- 
tenu par fes cinq fils , ck par les trois Colicmi f es ne- 
veux , Odet de Châtillon , cardinal , Gafpa°rd de Co- 
ligni , amiral de France , 6k François d'Andelot , co- 
lonel de l'infanterie françoife. La maifon de Guife avoit 
pour chefs le, duc de Guife 6k le cardinal de Lorraine 
fon frère ; 6k ces deux princes avoient l'honneur d'être 
oncles du roi François If , qui avoit époufé Marie 
Stuard, reine d'Eco ffe , fille de Jacques V, roi d'E- 
coffe , 6k de Marie de Lorraine , fcetir du cardinal 6k 
du duc de Guife. La reine mère, Catherine de Me- 
dicis , porta le roi François II à donner l'intendance 
des armées 6k des finances , 6k la dire&ion des af- 
faires _ publiques au duc de Guife, 6k au cardinal de 
Lorraine. Les princes du fang , qui en parurent mé- 
contens , furent éloignés fous quelques prétextes fpé- 
cieux : le connétable à qui on ôta ie commandement 
des armées , fe retira dans fa maifon. Il y avoit entre 
les mécontens deux princes, Antoine de Bourbon, roi 
de Navarre , 6k Louis , prince de Condé fon frère , 
qui s'étoient déjà laiffé féduire par les calviniftes : pour 
ce qui regarde les Coligni , ils avoient auffi embraffé 
la nouvelle do&ine, quoiqu'ils n'en fiffent pas publi- 
quement profeflion. Ainfi ces princes 6k les Coligni fe 
mirent à la tête des huguenots qui n'avoient point en- 
core de chef, & fe formèrent un puiffant parti, non 
feulement contre les Guifes , mais auffi contre l'églife 
catholique. Alors les principaux miniftres proteftans ré- 
folurent entr'eux de chercher lés moyens de fe défaire 
des Guifes , pour avoir la liberté d'exercer leur reli- 
gion : ils tinrent une affemblée fecrette à îa Ferté-fous- 
Jouarre, où , félon l'avis des théologiens, des cano- 
niftes 6k des jurifconfultes , c'eft-à-dire , des miniftres , 
des profeffeurs 6k des avocats proteftans d'Allemagne, 
on conclut que l'on pouvoit prendre légitimement les 
armes pour fe faifir du duc de Guife 6k du cardinal 
de Lorraine , qui avoient , difoit-on , ufurpé le gouver- 
nement de l'état, pourvu qu'un prince du fang, qui en 
ce cas étoit légitime magiftrat , voulût être chef de 
l'entreprife. Cette réfolution étant approuvée de toute 
l'affemblée , le prince de Condé fe déclara leur chef, 
à condition qu'on n'attenteroit rien contre le roi 6k la 
maifon royale, ni contre l'état, 6k donna la conduite 
de cette entreprife à la Renaudie. Celui-ci affembla à 
Nantes au mois de janvier de l'année 1 560 , un grand 
nombre de gentilshommes ck de députés des églifes 
proteftantes, qui délibérèrent de la manière, du temps 
ck du lieu de l'exécution : 6k il fut arrêté que cinq cens 
gentilshommes 6k mille hommes de pied, conduits par 
trente capitaines choifis, fe rendraient le 10 de mars ^ 
par différentes routes à Biois , où la cour devoit être 
encore en ce temps-là , 6k que fous prétexte de pré- 
fenter une requête au roi , ils fe faifiroient de fon lo- 

Tome III, L ij 



C_> A JL 



s»is , pour y exécuter ce qu'on avoit réfolu contre les 
Guifes. On eut bientôt des avis de cette confpiration , 
dont A venelles , avocat proteftant , découvrit toutes les 
particularités. Pour rompre les mefures des conjurés , 
on mena d'abord la cour à Amboife. On apprit en- 
fuite le nouveau projet qu'ils avoient fait depuis que 
la cour étoit.forde de Blois : on fut que l'entreprife fe 
devoit exécuter le 16 mars. Ainfi il ne fut pas diffi- 
cile de les prendre les uns après les autres : le corps 
de la Renaudie qui fut tué , lorfqu'il s'efforçoit de ral- 
lier fes gens, fut pendu, mis en quartier fur le pont 
d' Amboile, ck les principaux des autres chefs eurent la 
tète tranchée. Enfuite le duc de Guife fut déclaré lieu- 
tenant général dans tout le royaume , avec le pouvoir 
le plus ablblu qu'aucun feigneur eût jamais eu depuis 
les maires du palais. Le prince de Condé, à qui on 
avoit donné des gardes , trouva moyen de s'évader , 
& de fe retirer en Béarn auprès tiu roi de Navarre fon 
frère. Pour les Coligni , la reine mère qui avoit def- 
fein de s'en fervir , afin de balancer la puiffance des 
Guifes, empêcha par fon adreffe qu'on ne les mêlât 
dans cette affaire , de forte que les chefs des hugue- 
nots étant toujours fur pied , leur parti qui fenfcloit 
abattu par l'exécution d'Amboife , parut avec autant de 
fierté qu'auparavant. Mouvans ck Montbrun ravage^ 
rent , l'un la Provence , ck l'autre le Dauphiné ; ck le 
calvinifme alloit dominer dans ces deux provinces, fi 
les troupes du roi n'euffent promptement chaffé ces deux 
fameux chefs des proteftans. En même temps les hugue- 
nots , appuyés de la reine de Navarre , s'étendoient 
jufcjue dans une grande partie de la Gnienne ; ck l'a- 
miral à qui fa charge donnoit un grand pouvoir dans 
la Normandie, les y maintenoit avec tant de hauteur, 
qu'on faifbit le prêche publiquement à Dieppe , au 
Havre , à Cacn , ck dans quelques autres villes mari- 
times ; ce qu'on eût fait même à Rouen , fi les plus 
confidérables du parlement ne s'y fuflènt vigoureufe- 
ïnent oppofés. 

Tant d'entreprifes que les calviniftes faifoient tous 
les jours impunément, obligèrent le duc de Guife 6k 
le cardinal de Lorraine à prefler fortement la reine de 
coiifentir à l'ctabiiffement de l'inquifition : remède trop 
violent pour être approuvé. Le chancelier de l'Hôpital 
propofa un autre expédient , ck fuivant fon avis le roi 
fit au mois de mai 1560, Fédit de Romorantin , qui 
portoit , que la connoiffance du crime d'héréfie n'ap- 
partiendrait qu'aux feuls prélats 9 mais que tous ceux 
<jui parleraient de leurs dogmes hérétiques , foit en par- 
ticulier , foit en public , ou' qui écriraient en faveur 
des nouvelles opinions , feraient punis félon la rigueur 
des ordonnances comme criminels de léze-majefté. Cet 
édit contenta tout le monde , excepté les huguenots , 
qui l'appellerent ïinquifition (TEfpagne. Néanmoins, 
pareequ'on en différait l'exécution, ils ne biffèrent pas 
d'agir avec autant de liberté qu'auparavant , fous la 
protection de l'amiral , qui préfenta au roi de la part 
de tous les proteftans de France , une requête , par la- 
quelle ils demandoient qu'on leur permit d'avoir des 
temples , pour exercer publiquement leur religion ; 
ofant même avancer qu'en cas de néceffité , elle ferait 
lignée de cent cinquante mille perfonnes : mais cette 
requête fut rejettée. Après cela le roi ordonna que les 
évêques fc rendraient à la cour le 10 de janvier 1 561 , 
pour aller tous enfemble au concile de Trente. Cepen- 
dant les états du royaume furent convoqués à Meaux , 
& enfuite à Orléans ; ce fut-là que le prince de Condé 
fut arrêté. On lui fit fon procès ; mais le roi étant 
mort au mois de décembre de l'année 1 560, le prince 
fut relâché , ck la reine mère Catherine de Medicis 
eut la régence , à condition de ne rien ordonner fans 
le confentement du roi de Navarre , qui fut nommé 
lieutenant général du royaume. Alors ce prince pro- 
tégea hautement les calviniftes , qui firent publique- 
ment ck fans aucune oppofîtion, tous les exercices de 
leur religion , jufque-là même qu'ils prêchèrent dans le 



château de Fontainebleau , fans que la reine Catherine 
l'empêchât. On publia en même temps un édit en fa- 
veur des huguenots , par lequel les bannis furent rap- 
pelles, ck rétablis dans leurs biens. Ces défordres fi- 
rent tant d'horreur au connétable, qu'il abandonna le 
parti des princes ck de l'amiral fon neveu , ck fe ré- 
concilia avec le duc de Guife , auquel le maréchal de 
Saint-André fe joignit. Ces trois grands hommes s'u- 
nirent étroitement , pour maintenir la religion catho- 
lique contre toutes les entreprifes des calviniftes, qui 
donnèrent à cette union le nom de Triumvirat. Ce- 
pendant l'amiral de Coligni préfenta au roi la mémo 
requête qu'il avoit préfentée fix mois auparavant au 
feu roi , pour avoir des temples dans tout le royaume ^ 
fur quoi on fît à Saint-Germain en Laye le fameux édit 
de juillet en 1561, par lequel il étoit défendu d'in- 
quiéter pôrfonne pour fait de religion ; de forte néan- 
moins que Ton ne ferait aucunes affemblées , ni en 
public, ni en particulier, où il y eût*d'autre exercice 
que celui de la religion catholique & romaine, jufqu'à 
la décifion du concile général. 

Au mois d'août de l'an 1 561 , on tint le fameux- 
colloque de Poiffi , c'eft-à-dire , une conférence entre 
les prélats ck les docteurs catholiques d'une part , ck 
les miniftres proteftans de l'autre , pour chercher quel- 
que voie d'accommodement , & pour convenir des 
chofes qui fe dévoient propofer au concile général. 
Après plufieurs difputes , qui fe paffefent fans rien con- 
clure , la reine ne voulut plus que la conférence fe 
tînt entre un fi grand nombre cle perfonnes ; ck elle 
ordonna que cinq docteurs de chaque côté confére- 
raient enfemble à Saint-Germain , pour voir s'ils poli- 
raient convenir d'une formule de foi fur le facrement 
de l'euchariftie : ces députés furent d'une part , Jean 
de Montluc évêque de Valence , Pierre du Val évêque 
de Sées , ck les docteurs Claude d'Efpence , Louis 
Boutillier ck Jean de Salignac : de l'autre côté cinq 
miniftres, favoir, Beze, Pierre Martyr, Marlorat, des 
Gailards ck de l'Efpine. Après cinq jours de confé- 
rence , on dreffa une formule conque en ces termes : 
Nous confejfons que J. C. en fa j'ainte cêne , nous pré- 
fente , donne & exhibe véritablement la fubflance de fon 
corps & de fon fang y par V opération de fon j'aint Ej- 
prit y & que nous recevons & mangeons fie rament ale- 
ment , fpiritucllement & par foi , ce propre corps qui 
eji mort pour nous , pour être os de fes os , & chair 
de fa chair, afin d'en être vivifiés , & en percevoir tout 
ce qui efl nêceffaire à notre falut. Et pour ce que la 
foi appuyée fur la parole de Dieu , nous fait & rend 
préfentes les chofes promifes ; & que par cette foi nous 
prenons vrayement <S* de fait le vrai & naturel corps & 
fang de notre Seigneur 3 par la vertu de fon faint Ef- 
prit , à cet égard nous confejfons 'la prêfence du corps 
& du fang de notre Sauveur en la fainte cêne. Le fa- 
cramentaire Lavatherus ck le miniftre Beze ont dit, que 
le docteur d'Efpence ck {es collègues s'accordèrent avec 
les cinq miniftres fur cette formule de foi ; mais Sponde 
a foutenu que c'eft une impofture , puifqu'il eft Cer- 
tain que ces docteurs avoient auparavant prouvé très- 
folidement la prêfence réelle ck locale de J. C. au faint 
facrement de l'autel ; que le pape Pie IV leur donna 
de grandes louanges après le colloque , ck que le doc- 
teur d'Efpence en fon particulier nous a laifté dans fes 
écrits une doctrine très-catholique , ck toute contraire 
à cette formule. Il y a donc apparence que les évê- 
ques de Valence 6k de Sées , qui étoient députés avec 
les trois docteurs , ck qui penchoient fort en ce temps- 
là du côté des calviniftes , d reflètent eux feuls avec 
les cinq miniftres cette expofition de foi touchant le 
faint facrement de l'euchariftie , ck qu'ils la firent pré- 
fenter à la reine comme ayant été faite du commun 
confentement de tous les députés. Cette princeffe l'en- 
voya à l'affemblée des archevêques , ck des évêques , 
occupés pour lors à Poiffi à faire des réglemens , ck 
à rétablir la difeipline eccléfiaftique du royaume j ces 



CAL 



prélats déclarèrent cette formule captieufe Se héréti- 
que, & fiuppiicrent le roi d'exterminer ces hérétiques, 
s'ils ne vouioient pas ligner cet autre formulaire de 
foi touchant l'euchariftie : Nous croyons & confeffons 
qu au faint facrement de F autel le vrai corps & U fan g 
de J. C. eji réellement & tranffubflantiellement fous les 
cjpeces du pain & du vin , par la vertu & la puif 
fance de la divine parole prononcée par h prêtre , jeul 
minijlre ordonné à cet effet , félon Vinjlitution & com- 
mandement de notre Seigneur ./. C. Les miniftres de- 
mandoient toujours à haranguer & à difputer , fans 
vouloir rien conclure : mais les évêques demeurèrent 
fermes dans la réfolution de ne plus traiter avec eux 
s'ils ne fignoient le formulaire qu'on leur préfentoit ; 
ce qu'ils ne voulurent pas faire , ainfi le fameux col- 
loque de Poiffi fut rompu. Après cette conférence , 
l'amiral continua de protéger de plus en plus les cal- 
vjuiftes, qui s'aïïembloient publiquement au fauxbourg 
S. Marceau , dans un lieu appelle Les Patriarches, aux 
environs de Téglife de S. Medard. Ils obtinrent aufli 
l'édit de janvier 1562, qui leur permettait l'exercice 
libre de leur religion par tout le royaume , excepté 
dans les villes clofès , & dans les fauxbourgs de Pari';. 
Ramus célèbre profefiéur à Paris , abattit en plein midi 
toutes les images qui étoient dans la chapelle du col- 
lège de Prefle , dont il étoit principal. Cela fut en par- 
tie caufe , qu'outre que l'on informa contre lui , le 
parlement ordonna par fon arrêt du 9 juillet 1562 , 
que tous les officiers & fuppôts de Pumverfité , les 
principaux, les profefTeurs fie les régens de tous les 
collèges & de toutes les communautés fignafient le for- 
mulaire de foi , que la faculté de théologie de Pans avoit 
drefle en 1541 contre Phéréfie de Calvin. 

Prefque en même temps le roi de Navarre quitta le 
parti huguenot, & fe mit à la tête du Triumvirat, com- 
posé du duc de Guife , du connétable , & du maréchal 
de Saint-André , pour défendre la véritable religion. 
Le prince de Condé fe fit chef des huguenots ; & ce 
fut alors que commencèrent les premiers troubles , c'eft- 
à-dire , la première guerre civile , que le calvipifme fit 
naître en France. Le prince s'étant rendu maître d'Or- 
léans , les huguenots furprirent enfuite un grand nom- 
bre de villes dans prefque toutes les provinces : peu 
s'en fallut que Touloufe ne tombât fous leur puiffance. 
Rouen y fut réduit par la trahifon des calvinistes qui 
étoient dans la ville ; mais l'armée royale la reprit le 
16 octobre , après cinq femaines de fiége. On y tran- 
cha la tête à Jacques du Bofc d'Efmendreville , fécond 
prévient de fa cour des aydes , qui étoit fort attaché 
au parti huguenot. De Croie gouverneur du Havre , 
qui avoit mis cette place entre les mains des Ançlois 
par ordre du prince de Çondé , le miniftre Auguftin 
Marlorat, deux confeillers de ville, & deux bourgeois 
turent pendus pour crime de rébellion. Environ un 
mois après , le roi de Navarre mourut à Andeli , de 
la bleflure qu'il avoit reçue au fiége de Rouen. La fa- 
meufe bataille de Dreux fe donna la même année au 
mois de décembre, entre les catholiques tx les hugue- 
nots. Le duc de Guife demeura victorieux, & fit pri- 
fonnier le prince de Condé; mais le connétable tomba 
entre les mains des calviniftes , & le maréchal de Saint- 
André fut tué. L'année fuivante le duc de Guife alla 
mettre le fiége devant Orléans , où il fut aiTaffiné par 
Jean Poltrot. On fit enfuite la paix, & on publia l'édit 
d'Amboife du 19 mars 1563 , qui portoit : Que les 
Jeigneurs prottflans hauts juficiers auraient dans leurs 
maifons l 'exercice libre de leur religion , pour eux & 
pour leurs fujets. Qu'en tous les bailliages & féné- 
chauffées y ( la ville & la prévôté de Paris exceptées ) 
// y auroit une ville af ignée , dans un fauxbourg de 
laquelle les huguenots pouroLent avoir un prêche , comme 
auffi dans toutes les villes où l'exercice de la nouvelle 
religion je faifoit avant le fpt mars. Que toutes les 
villes que tenoient les huguenots , fer oient rem if es en la 
puijjar.ee du roi, & toutes les églifes qu 'ils ay > oient oc* 



CAL l m 

cupêes , feroient rendues aux catholiques , & que les 
prifonmers de guerre feroient élargis fans rançon. Les 
premiers troubles ayant été pacifiés par cet édit la 
reine Catherine fe déclara pour les catholiques contre 
le Sj huguenots , qui reprirent les armes , fous prétexte 
qu on avoit deffein de les chaffer du royaume. Us fu- 
rent défaits en 1567, dans la plaine de Saint-Denys; 
ma.s le connétable fut bleffé dans cette bataille d'un 
coup de piftolet dont il mourut. Le prince de Coivh' 
ayant tire du fecours des calviniftes d'Allemagne, afi- 
fiegea Chartres en 1568, & alors on fît la paix k 
Long-jumeau , & on publia l'édit du 23 mars dont 
les principaux articles furent : Que l'édit de pacifica- 
tion d Orléans jeroit obfervê purement & fimplcment j 
que le prince^ & ceux qui l'avaient fuivi remettroienH 
promptenunt entre les mains du roi toutes les villes & 
toutes les places qu'ils avaient occupées. Mais les hu- 
guenots ne voulurent pas rendre la Rochelle; ce qui 
donna heu aux troifiémes troubles pendant lefquels f© 
donna la bataille de Jarnac , où le prince de Condé 
ut tue en 1569. L'amiral ayant réparé cette perte par 
le fecours des reifoes & des lanfquenets d'Allemagne , 
perdit encore la bataille de Moncontour , après laquelle 
il remit lur pied de nouvelles troupes ; mais les deux 
armées étant en préfence, on fit la paix au mois d'août 
1570- ^edit que le roi accorda aux huguenots por- 
toit qu outre les villes où ils faifoient le prêche il 
leur feroit encore permis de le faire dans deux autres 
villes qu on leur afïïgua dans chaque province , & qu'ils 
auroient pour deux ans quatre villes de fureté; favoir, 
la Rochelle, Montauban, Coignac & la Charité. Cette 
paix dura jufqu'en l'année 1572, dans laquelle l'ami- 
ral, 6c un grand nombre de huguenots furent maffa- 
cres a la journée de la S. Barthelemi. 

Le roi Charles IX obligea enfuite le roi de Navarre 
& le prince de Condé , d'abjurer Phéréfie & d'em- 
| braffer la religion catholique ; mais les hérétiques de- 
! vinrent plus obftinés, & fe rendirent plus puiffans que 
I jamais fous le règne de Henri III. Us élurent pour 
chef & protedeur le roi de Navarre, qui gagna plu- 
heurs batailles contre l'armée de la ligue, & qui étant 
parvenu à la couronne de France , fous le nom de 
Henri IV , leur accorda l'édit de Nantes Pan 1 5 98 Dix 
ou douze ans après la mort de ce grand prince , ils 
fe révoltèrent ; mais Louis XIII ayant pris la Rochelle 
capitale de la nouvelle république qu'ils vouioient éta- 
blir en France, & toutes les autres places, les fournit 
entièrement fous fon obéifîance. Il ne put néanmoins 
éteindre cette héréfie ; c'eft ce qu'a fait fon fils le roi 
Louis XIV, f innommé le grand. Ce prince fit d'abord 
abattre les temples que les calviniftes avoient bâtis & 
tifurpés depuis plus de 60 ans , & défendit l'exercice 
de la religion prétendue-réformée en quantité de lieux 
où il fe faifoit contre les édits même qui les favori- 
foient le plus, Il fit défenfes aux catholiques de chan- 
ger de religion , & aux huguenots convertis de retour- 
ner au calvinifme. Il abolit les chambres mi-parties 
ouïes criminels de la religion prétendue-réformée trou- 
voient un afyle ; enfin il 6 ta à tous ceux qui s'obfti- 
neroient dans Phéréfie toute efpérance de pouvoir pré- 
tendre aux dignités, aux charges & aux offices, fur- 
tout dans fa maifon. Il prit foin d'envoyer de bons & 
favans miffionaires jufque dans les vallées des Alpes : 
il fit distribuer des fommes très-confîdérables aux pau- 
vres convertis , & il combla de grâces & de faveurs 
tous ceux qui avoient abjuré Phéréfie. Après avoir com- 
mencé ce grand deffein par une conduite fi fage & fi jufte, 
ce prince défendit l'exercice public de la religion pré- 
tendue-réformée dans tout fon royaume , par un édit 
donné à Fontainebleau au mois d'octobre 1685. 

U eft important d'en remarquer ici les motifs & les 
principaux chefs. Sa majefté déclare , que le roi Henri 
le grand voulant empêcher que la paix qu'il avoït 
donnée à fes fujets , ne lut troublée à Poccafion âe 
h religion prétendue-réformée ( comme il étoit arrivé 



CAL 

fous les règnes des rois fes prédécefïeurs ) régla par 
fon édit donné à Nantes au mois d'avril i 598 , ce qui 
regardoit ceux de cette religion, pour maintenir la tran- 
quillité de fon royaume , afin d'être plus en état de 
travailler, comme il avoit réfolu de le faire, pour réu- 
nir à l'églife ceux qui s'en étoient fi facilement éloi- 
gnés ; & comme l'intention de Henri U grand ne put 
être effeftut'e, à caufe de fa mort précipitée, ceux de 
la religion prétendue-réformée firent de nouvelles en- 
treprîtes pendant la minorité du roi Louis XIII , dont 
on les punit, en les privant de divers avantages, qui 
leur avoient été accordés par l'édit de Nantes. Néan- 
moins Louis XIII leur accorda depuis un nouvel édit 
à Nifmes en juillet 1629, pour rétablir la tranquillité 
dans le royaume , & dans le deffein de profiter de ce 
repos , pour exécuter ce que le roi Henri IV avoit ré- 
folu. Mais les guerres avec les étrangers étant furve- 
nues , enforte que depuis 1635 , jufqu'à la trêve con- 
clue en 1684 avec les princes de l'Europe, le royaume 
avoit été peu de temps fans agitation , on n'avoit pu 
faire autre chofe pour l'avantage de la religion, que 
de diminuer le nombre des exercices de la religion 
prétendue-réformée , par l'interdidion de ceux qui s'é- 
roient trouvés établis contre la difpofition des édits de 
Nantes ck de Nifmes , ck de fupprimer les chambres 
mi-parties , dont l'éreétion n'avoit été faite que par 
provifion ; qu'enfuite fa majefté profitant du repos de 
fes peuples , s'en: appliquée à rechercher les moyens 
de parvenir au fuccès du deffein des rois Henri IV ck 
Louis XIII, de forte que la plus grande partie de fes 
fujets de la religion prétendue réformée avoient déjà 
embraffé la religion catholique ; qu'enfin les chofes 
étant en cet état , il eft à propos d'effacer entièrement 
la mémoire des troubles ck des maux que le progrès 
de la fauffe religion avoit caufés clans le royaume , ck 
de révoquer entièrement l'édit de Nantes , ck tout ce 
qui a été fait depuis en faveur de cette religion. Pour 
de Ci juftes caufes , le roi Louis XIV fupprime ck ré- 
voque l'édit de Nantes donné en 1598, & l'édit de 
Nifmes fait en 1619; ck en conféquence, ordonne que 
tous les temples de ceux de la religion prétendue-réfor- 
mée finies dans le royaume ck terres de fon obéiffance , 
foient abattus ck démolis : défend l'exercice de cette re- 
ligion en quelque lieu que ce foit ; & enjoint à- tous les 
miniftres qui ne voudront pas embraffer la religion catho- 
lique , apoftolique ck romaine , de fortir du royaume ; 
promettant à ceux qui voudront fe convertir , une pen- 
fion d'un tiers plus forte que les appointemens qu'ils 
touchoient. A l'égard des enfans qui naîtront de ceux 
de la religion prétendue-réformée , fa majefté veut qu'ils 
foient dorénavant baptifés par les curés des paroiffes , 
&c élevés dans la religion catholique. Elle fait aufli dé- 
fenfes à tous Ces fujets de la religion prétendue-réformée 
de fortir du royaume , ni d'en tranfporter leurs biens , 
ibus peine des galères pour les hommes , ck de confifea- 
tion de corps ck de biens pour les femmes. Elle ordonne 
■que les déclarations rendues contre les relaps ( ou hugue- 
nots convertis qui retournent au calvinifme ) foient 
ponctuellement exécutées , ck enfin permet à ceux de la 
religion prétendue-réformée de demeurer dans fon royau- 
ane , d'y continuer leur commerce ck de jouir de leurs 
biens , à condition de ne point faire l'exercice de leur 
religion , ni de s'affembler fous prétexte de prières. Par 
un autre édit du mois de janvier 1686 , le roi ordonne 
<rue tous les enfans de fes fujets de la religion prétendue 
réformée , depuis l'âge de cinq ans jufqu'à celui de feize 
accomplis , foient élevés dans la religion catholique, foit 
par leurs parens catholiques , ou par d'autres perfonnes 
nommées par les juges des lieux , ou par les foins des ad- 
miniftrateurs des hôpitaux généraux. Au mois de mai de 
la même année , fa majefté fit une déclaration , par la- 
quelle il eft défendu aux nouveaux catholiques de fe re- 
tirer dans les pays étrangers. 

Les écrivains proteftans ont tâché de faire paffer 
dans leurs libelles tous ces effets de la juftiçe 3 de la pru* 



CAL 

dence ck de la fermeté du roi , pour une perfécutiori 
qu'on leur a faite , contre la difpofition dc<, édits des 
rois fes prédéceffeurs , ck même de ceux de fa majefté. 
L'injuftice de leurs plaintes paroît évidemment , fi l'on 
confidere que fur la plupart des chefs dont ils fe plai- 
gnent , on n'a fait que leur ôter ce qu'ils avoient ufurpé 
contre les édits , comme les temples qu'on a démolis 
dans les commencemens ; ou ce dont on abufoit contre 
l'intention des mêmes édits , comme les chambres mi- 
parties ; ou enfin ce qu'on ne leur avoit jamais accordé, 
comme de laiffer aux catholiques la liberté de profeffer 
le calvinifme , laquelle n'a été permife par ces édits qu'aux 
feuls huguenots qui l'avoient demandée. Il faut en- 
core remarquer que ces édits n'ont été obtenus que du- 
rant la minorité de Charles IX , ou par des rebelles 
qui les demandoient les armes à la main , étant foute- 
nus de l'étranger qu'ils avoient introduit en France ; 
que quelques-uns ont été accordés par provifion feu- 
lement , comme il eft porté par les arrêts de leur en- 
regrftrement ; ck que tous enfin ont été faits dans l'ur- 
gente néceffité des temps , ck pour certaines raifons 
qui ne fubfiftent plus maintenant. Si donc les hugue- 
nots ont trouvé bon que l'édit de juillet , favorable à 
la religion catholique , fût révoqué par celui de janvier , 
contre une poffeffion paifible de près de douze fiécles , 
fur la remontrance du chancelier de l'Hôpital , qui fit 
extrêmement valoir cette maxime : Qu'il faut que 
les édits s'accommodent aux temps & aux perfonnes :■ 
ont - ils raifon de fe plaindre de ce qu'on a révo- 
qué les édits qui leur étoient favorables , par un autre 
qui remet les catholiques dans leur ancienne poffef- 
fion , maintenant que les temps font changés , ck que 
les perfonnes ne font plus dans l'état où elles étoient 
alors ? D'ailleurs il eft certain que les huguenots ont 
fouvent contrevenu à ces édits par des entreprifes très- 
criminelles contre l'autorité du roi : c'eft pourquoi on 
a pu juftement révoquer les grâces qu'on leur avoit 
accordées. On peut ajouter que le roi a pu fort équi- 
tablement , à l'égard des huguenots , ce que plufieurs 
princes proteftans font à l'égard des catholiques , à qui 
ils ôtent le libre exercice de la vraie religion dans leurs 
états , quoiqu'ils n'aient pas les fujets , ni les raifons qu'à 
eu le roi Louis XIV pour révoquer les édits que la 
feule néceffité des temps avoit fait accorder , afin d'ap- 
paifer la fureur des guerres civiles. * Davila. Meze- 
rai. De Thou. D'Aubigné. Sleidan. Maimbourg , ckc. 
Souliers , kifioire du Calvinifme , 6' hijîoire des édits de 
pacification. 

CALVINISTES , c'eft le nom qu'on donne aux fec- 
tateurs de Calvin, qu'on connoît encore fous celui de 
Sacramentaires , de Prétendus - Réformés , 
de ProtestANS , ck plus communément en France 
fous celui de Huguenots. Cherche^. HUGUENOTS. 

Les principales opinions des calviniftes , tirées des 
écrits de Calvin , ck exprimées dans les quarante arti- 
cles de la confeffion de foi qu'ils préfenterent au roi 
de France , dans leurs catéchifmes ck dans leur difeipline 
eccléfiaftique , font contre le facrifice de la meffe , le 
mérite des bonnes oeuvres ,1a préfence réelle du corps de 
Jefus-Chrift dans le facrement de l'autel , le nombre ck 
l'efficace des facremens , les confeils évangéliques , les 
vœux de religion ck les vœux particuliers , ck contre 
la juftification. Il y en a plufieurs autres qui font rap- 
portés par Prateole , par Florimond de Raimond , c'eft- 
à-dire, le père Richeome , jéfuite, par Sponde , par 
Schluffebourg , luthérien , qui a fait le catalogue des 
hérétiques , au nombre defquels il met Calvin ck fes 
adhérens , & par plufieurs autres , entre lefquelles les 
cardinaux du Perron , Bellarmiu , de Berulle & de Ri- 
chelieu , qui ont écrit contre ces erreurs , ne font pas 
des moins illuftres. Il y a fans doute de l'exagération 
dans les cent héréfies , que le père Gautier , jéfuite , 
leur attribue dans fa chronologie , ck on peut les^ré- 
duire à beaucoup moins. On doit encore faire le même 
jugement de ce qu'a écrit le père François Feuardent^ 



CAL 



cordcher , qui a marqué mille quatre cens erreurs des 
talviniftes clans l'ouvrage qu'il nomme Thcomachla 
calvinijUca. 

CALVISIUS , Romain, vîvoit fous l'empire de Ti- 
bère , Tan 3 y Je J. C. il aceufa Agrippine , mère de 
Néron , à la prière de Julia Silania ; mais ayant été 
trouvé innocente , Calvifius fut envoyé en exil , & 
rappelle quelque temps après , comme le dit Tacite , 
/. 13 & 14. 11 y a eu auffi Calvisius Tullus , & 
C. Calvisius Sabinus , confuls Romains. 

CALVISIUS (Sethus) Allemand, étoit né en 1556 
à Grofleb , petit bourg de la Turinge. Il étoit luthé- 
rien, fils d'un pauvre payfan , 6k mourut en 161 5. Il 
eft auteur de divers ouvrages de chronologie. En 1605 
il publia la première fois fa chronologie latine , félon 
les principes de Jofeph Scaliger , qui lui donna de 
grands éloges. En 16 11 il fit imprimer un ouvrage 
contre le calendrier grégorien , fous ce titre : Eknchus 
cakndariï à papa Gregorio XIII comprobati. On a fait 
plufieurs éditions de la chronologie latine de Calvifius. 
On en a une corrigée en 1620 , une autre en 1650 , 
continuée jufqu'à cette année , une autre de 1685 , & 
plufieurs encore. Calvifius a auffi compofé les ouvra- 
ges fui vans : un pfeautier en vers allemands , imprimé 
■à Leipfick /«-8° , en 16 18 : une lettre latine à Jean 
Keppler,fur l'an de la naiffance de Jefus - Chrift , 
i/2-4 , à Leipfick en 1613 : l'explication des deux dif- 
ficultés propofées par Elie Reufnerus , fur l'an de la 
naiffance de Jefus-Chrifr. 6k le temps de fon miniftere. 
* Scaliger, ep. 308 & 404. David Origan , in prœfat. 
ehnch-, Vofïïus , de feient. mat hem. cap. 68 , § 20. 
Quenftedt , de. pair. doci. &c. Le P. Le Long , bibl. 
Jacree,p. 663. 

CALVO ( Boniface ) poëte, vivoit dans le XIII fié- 
cle. Il étoit de Gènes ; ck après avoir été exilé de fon 
pays , il vint en Provence , & puis paffa en Efpagne , 
où il fut très-bien reçu à la cour de Ferdinand III , 
roi de CafHlle. Ce fut vers l'an 1 248 , fur la fin de 
fon régne, que ce prince fit chevalier Boniface Calvo. 
Celui-ci y devint amoureux de la princeffe Berangere. 
Il compofa diverfes pièces de poëfies en langue pro- 
vençale , italienne 6k efpagnole , 6k mourut peu de temps 
après. * Jean Noftradamus , vie des poètes Provençaux. 
La Croix du Maine , bibllolh. françoij'e. Soprani 6k Juf- 
tiniani , ferip. délia Ligur. &c. 

CALVO ( Antoine ) cardinal , évéque de Todi , na- 
tif de Rome , après avoir eu un canonicat à S. Pierre , 
fut pourvu de l'évêché de Todi. Le pape Innocent VII 
le mit au nombre des cardinaux en 1405. Grégoire XII 
fe fervit de lui en diverfes occafions , lui donna l'ar- 
chiprékré de S. Pierre , où il eut ordre de réformer les 
chanoines , ck lui fit beaucoup de bien. Comme Calvo 
étoit reconnoiffant , ce ne fut qu'à l'extrémité qu'il aban- 
donna ce pape , pour fe joindre au concile de Pife. 
Les cardinaux qui étoient dans cette affemblée , lui 
écrivirent une lettre injurieufe que Thierri de Niem a 
confervée. Il donna fon confentement pour l'éle&ion 
d'Alexandre V , ck mourut le 2 d'octobre de l'an 141 1. 
* Ciaconius, in ïnnoc. Fil, & Alcxand. F. Ughel , 
liai. J'acr. Auberi , hijloire des cardinaux , &c. 

CALVO GUALBES ( François de ) gentilhomme 
Catalan, étoit de Barcelone , où il naquit en 1627 , 
d'une famille confidérable par les grands hommes qui 
en font fortis , ck par le titre de libérateur de Barce- 
lone , que cette grande vilie leur a donné. Un de fes 
ancêtres , natif de Venife , étant venu s'établir à Man- 
rèfe , ville de Catalogne , ck les Maures ayant af- 
fiégé Barcelone , il commanda l'armée chrétienne , qui 
défit celle des barbares , 6k fut reçu en triomphe dans 
cette ville, où cette action a été inférée dans les ar- 
chives , ce qui a donné lieu à cette famille de prendre 
pour armes une tète de Maure. François de Calvo 
prit le parti de France dans la révolte de Catalogne , 
arrivée en 1640, ck fervit depuis dans ce royaume. 11 
fut en 1664 eu Hongrie, avec le fecours que Louis XIV 



CAL 87 

envoyoit à ^empereur , où il • combattit vaillamment. 
En 1672 il accompagna le roi à la conquête de la 
Hollande , ck fût des premiers à palier le Rhin. Sa 
majefté le fit gouverneur d'Arnheim. Le roi ayant pris 
la ville de Maftrick en 1673 , l'en fit gouverneur, & 
il s'y défendit plus de deux mois contre les forces des 
ennemis , commandées par le prince d'Orange , qu'il 
contraignit de lever le fiége. Le roi reconnoiffant fon 
mente , le fit lieutenant général de fes armées , 6k lui 
donna une penfion de vingt mille livres. Il fe trouva 
à la bataille de Senef en 1674. Les Efpagnols ayant 
auffi déclaré la guerre en ce temps-là , il alla fervir en 
Catalogne , ou ayant paffé la rivière du Pont-Major 
a la nage , il chargea fi rudement les ennemis , que 
fans la nuit qui furvint , il auroit fait prifonnier le duc 
de Bournonville leur général. La guerre ayant recom- 
mencé en 1688 avec les Efpagnols ck leurs alliés , il 
fervit dans l'armée de Flandre fous le maréchal d'Hu- 
mieres. En 1689, ]e r01 le fit chevalier de fes ordres, 
6k il fut commandé avec un corps de cinq mille hom- 
mes , pour défendre les lignes que les Efpagnols 6k 
Hollandois vouloient attaquer avec une armée de vingt 
mille hommes. Il mourut à Deins le 29 mai 1690 , 
âgé de 63 ans ou environ, 6k fut enterré à Aire , dont 
il étoit gouverneur. Il avoit époufé la fœur de dom 
Jofeph Marguerit, marquis d'Aguilar , ci -devant vi- 
ceroi de Catalogne, qui fut auteur de la révolte des Cata> 

* n L% amvée en l64 ° > & ll n ' en eut P oint d'enfans. 
Mémoires du temps. 

CALVOER ( Gafpard ) fils de Joachim Calvoer > 
re&eur d'Hildesheim , 6k enfuite pafteur de S. André 
de Brunfwick , naquit à Hildesheim , y fit fes premières 
études , 6k les continua à BrunfVick : après quoi il alla 
en .1668 à l'univerfité de Iene, où il profita des leçons 
des plus habiles profeffeurs en philofophie 6k en théo- 
logie.-. Il fe tranfporta en 1672 à Helmftadt , où il fut 
reçu maître es arts l'an 1674 , 6k commença à don- 
ner lui-même des leçons. Onlappellaen 1677 au dia- 
conat de Zellerfeld , 6k en 1684 il fut nommé furinten- 
dant de la communion. On lui adreffa dans la fuite plu- 
fieurs vocations , tant delà part de plufieurs univerfnés 
que d'autres endroits diflingués ; ce qui engagea An- 
toine Ulric, duc de \Volfembutel , à lui donner en 1703 
le caractère de confeiller confiftorial 6k eccléfiaftique. 
On lui offrit en 1709 la furintendance générale, 6k la 
charge de confeiller confiftorial dans la principauté 
d'Haiberftadt , 6k en i7iolepaftorat de Claufihal, 6k la 
furintendance générale de la principauté de Gruben- 
hague , qu'il refuia d'abord , mais qu'il accepta dans la 
fuite , 6k qu'il remplit jufqu'à la fin de fes jours. Il 
mourut le 11 mai 172c ,• à l'âge de foixsnte- quinze 
ans. On a de lui plufieurs traités de morale 6k afcé- 
tiques. * Supplément françois de BaJIe , où l'on cite 
entr'autres, Fachfti memaria Gafpari Calvoerii , à Gof- 
lar 1727 *'/z-4°. Heinfîi hijloria ecclefiajl. tome VII 
page 669. * 

%3r CALVORDE ou CALFO&DE , bourg , châ- 
teau 6k bailliage d'Allemagne au duché, de. BrunfVick- 
Wolfembutel , aux confins.de l'éledorat de Brande- 
bourg , 6k du duché de Magdebourg. Ce château 6k le 
bourg auprès duquel il eft fitué , prennent , dit - on , 
leur nom de ce que Chariemagne , après avoir forcé 
les Vendes , ou une partie , à embraifer la foi chré- 
tienne , regardant ce lieu comme important , à caufe 
que c'eft un paffage , y fit faire quelques travaux : de 
forte que ce lieu fut nommé Carolsfahn , c'eft-à-dire 
le pafage de Charles , d'où s'eft formé par corruption 
Calvorde. * La Martiniere, dicl. géogr. 

CALUS , que d'autres nomment Accalus ou At- 
TALUS , cherche^ TALUS. 

CALVUS ( Cornélius Licinius ) orateur célèbre de 
fon temps , vivoit fous la CLXXIX olympiade , 6k 
64 ans avant Tére chrétienne. Il étoit ami de Catulle, 
a qui il envoya de médians vers d'auteurs inconnus , 
pour le divertir pendant la fête des faturnales. Ce poète 



CAL 



C A 



lui écrivit l'épigramme ,qui eft la quatorzième de celles 
qui nous reftent de lui. Il le raille auffi de fa petite 
taille clans l'épigramme 54 , & dans la 97 il lui re- 
commande de pleurer la mort de Quintilia qu'il a voit 
•aimée. Ovide parle de lui dans l'élégie de la mort de 
Tibulle, & Horace dans fes fatyres, L 1 , fat. 10. 

CALVUS à Solonia ( Michel ) Efpagnol , dofteur 
en médecine, & en philofophie , fut très - eftimé de 
fes contemporains , au milieu defquels il brilla par fou. 
■érudition. Il mourut en 1 575 à Avila fa patrie , où on 
lui érigea un magnifique maufoiée qui fut renverfé dans 
le tremblement de terre qui arriva eu Efpagne en 1693. 
On a de lui : Conclufiones fuper Porphyrii ad prmdica- 
mcnta Arijlotdis introduclione , à Venife en 1 5 7 5 in-2° , 
avec une apologie du même des prédicamens d'Ariftorc, 
contre Jérôme Baudouin. Il a laifle manufcrit un traité 
de la fièvre tierce, * Manget , biblioth. feript. medk. 
ïn-fol. lié. 3 , pag. 6. 

CALYDOMI , eft un petit château d'Italie dans le 
Vicentin , & donne fon nom à une noble famille de 
Vicence , ville dans l'Etat de Venife. * Cluvier. 

CALYDON , ville d'Etolie , qui a donné fon nom 
à cette foret où les poètes feignent que Méleagre tua 
un fanglier prodigieux. Cette ville a été le fiége d'un 
evëque y & capitale du pays. * Xenophon. Strabon. 
Paufanias. Etienne de Byfance, &c. en font mention. 

CALYPSO , une des Nymphes , fille de l'Océan & 
de Tethys , régna dans rifle d'Ogygie , où elle reçut 
favorablement Ulyffe , que la tempête y avok jette. 
Ils vécurent fept ans enfemble dans un commerce fa- 
milier ; mais Ulyffe la quitta , préférant fa patrie & Pé- 
nélope à fa nouvelle maîtrefle. Lucien ( liv. 2 de fon 
hijîoire véritable ) dit : « Qu'en fortant de fille des Bien- 
»> heureux , Ulyffe le tira à part , & lui donna une let- 
» tre pour Calypfo , fans que fa femme en vît rien 3 & 
»> qu'étant trois jours après arrivé dans l'ifle d'Ogygie;, 
» il décacheta la lettre d'Ulyffe, de peur que ce fourbe 
m ne lui eût fait quelque fupercherie , & il y trouva 
» écrit ce qui fuit : Je ne vous eus pas plutôt quitté que 
» je fis naufrage , & ne me fauvai qu'à peine à l'aide 
» de Leucothée , en la contrée des Phéaques. Etant de 
»» retour chez moi , je trouvai ma Vemme à qui plusieurs 
» amans faifoient la cour , & qui diflîpoient mon bien ; 
» & après les avoir tués , je fus affaffiné par Télégone 
» que j'avois eu de Circé : maintenant je ^ fuis en l'ifle 
»des Bienheureux, où je regrete les plaifirs que nous 
» avons eu enfemble , & voudrais être toujours de- 
» meure avec vous , & avoir accepté l'offre que vous 
» me fa.ifi.ez de l'immortalité! Si je puis donc m'écha- 
» per , foyez affurée de me revoir. Adieu. Lucien 
» rendit cette lettre à Calypfo , qu'il trouva dans une 
» trotte , telle qu'Homère la décrit , où elle travailloit 
r> en tapiilene. 

CALZA ou G ALSA , ordre militaire de Venife , fut 
inftitué à l'occafion de celui de la Bande en Efpagne , 
pour dreffer la jeu nèfle aux exercices de la guerre , tant 
fur mer que fur. terre. On le renouvella l'an 1 562 : ce 
qui a fait croire à quelques auteurs , que c'eft en ce 
temps feulement qu'il fut établi. * Giuftiniani , hifter. 

CALZADA , LA CALXADE ou S. DOMINGO 
DE LA CALZADA , en françois S. Dominique de la 
Chauffée , Calciata , ville d'Efpagne , dans la Caftille 
vieille , & le petit pays de la Rioja , autrefois de la Na- 
varre. Elle a eu un évêché fuffragant de Burgos , qui 
eft uni depuis fan 1236 à celui de Calahorra. Calza- 
da eft fituée dans les montagnes , & eft célèbre par la 
dévotion à S. Dominique , dont elle a même le nom. 
Ce fut en cette ville que mourut Henri II, roi de Caf- 
tille , le 29 de mai 1 3 79. Elle n'eft qu'à trois lieues de Na~ 
jera , & à douze de Calahorra au couchant. * Bau- 
drand. 

CAMALDOLI , ordre religieux , fut fondé par 
S. Romuald fur la fin dis X fiécle. Ce fàint donna à 
fes moines la régie de S. Benoît ayee quelques confti- 



tutîbns particulières & un habit blanc , après une vi- 
fion qu'il eut de plufieurs perfonnes ainfi vêtues , qui 
montoient par une échelle qui touchoit jufqu'au ciel. Il 
étoit de Ravenne en Italie , & d'une maifon illuftre , 
mais il le devint bien davantage par fa fainteté. Ayant 
rencontré dans les monts Apennins , près d'Arrezzo , 
une afn-eufe folitude , dite Campo Maldoli , peut-être 
du nom de celui à qui la terre appartenoit , il com- 
mença vers l'an 1009 à y bâtir le célèbre monaftere 
qui a donné le nom à tout l'ordre. Ce monaftere eft 
fur les confins de la Romagne & de l'état de Florence , 
au-de-çà de l'Arno , & il y a un petit bourg qui porte 
ce nom à trente milles de Florence au levant , & à 
quinze de Sarffina. La congrégation des henni tes de 
S. Romuald, ou du mont de la Couronne, eft une 
branche de celle de Camaldoli , avec laquelle elle fit 
une union en 1532. Paul Juftinien de Venife com- 
mença fon établiffement en 1 5 20. Le principal mo- 
naftere de cette congrégation eft dans l'Apennin , en 
un lieu nommé le Mont de la Couronne , à dix milles 
de Péroufe , dont l'églife fut dédiée au Sauveur du 
monde l'an 1555. Il y a en France une congrégation 
de Camaldules, fous le nom de Notre-Dame de con- 
folation , gouvernée par un majeur ou général de Ca- 
maldules. Elle a un monaftere auprès de Gros-Bois , 
à quatre lieues ou environ de Paris , & cinq on fix au- 
tres en différentes provinces de France. Un de leurs 
ftatuts porte que leurs maifons feront éloignées au moins 
de cinq lieues des grandes villes. * Pierre de Damien , 
in vita S. Romuald. Baronius , in annal. & mart. Rai- 
naldi. Sponde. Baudrand , dict. géogr. Corneille , dict. 
géogr, Baillet , tipographie des Saints. 

CAMANUSALI, médecin de Baldach , ou Bagdet,' 
qui vivoit au plutard , peu de temps avant la prife de 
cette ville par les Tartares en 1258. Il a écrit fur les 
maladies des yeux, & a ramaffé tout ce que les Arabes , 
les Chaldéens , les Juifs & les Indiens ont dit fur ce 
fujet. * Freind , hifl. de la mêdec. prern. partie. 

CAMARA , famille des plus illuftres de Portugal , 
qui commence à Jean-Gonçalves Zarco , qui vivoit 
du temps de Jean I , roi de Portugal. 

I. Jean-Gonçalves Zarco a été officier de lamai- 
fon de l'infant D. Henri, fils du roi de Portugal Jean I ; 
& l'infant l'arma chevalier à la prife de Ceuta en 143 3. 
Ayant découvert par ordre du même infant l'ifle de Ma- 
dère l'an 1410 , il donna à Gonçalves Zarco le gouver- 
nement duFunchal, dans le partage qu'il fit de ce pays à 
ceux qui en étoient les plus dignes. Quelques auteurs le 
font naître à Matorinhos auprès de la ville de Porto , 
d'autres à la ville de Portalegre dans l'Alentejo , & d'au- 
tres à Thomar dans l'Eftrémadure. On le fait parent de 
Jean- Alfonfe de Santarem , chef du confeil des finan- 
ces. Brandam dans la Monarch. Lujît.p. <j,lib. 17, c. 2 y 
foutient qu'il étoit de Thomar , & que Zarco étoit le 
nom d'une famille noble & ancienne en Portugal. Gafpar 
Frucfuofo dans {onHiJïoire des ijles , manuferite , fou- 
tient qu'on avoit donne le nom de Zarco à Jean-Gonçal- 
ves, ou pareequ'il étoit borgne, ce que Zarco fignifie 
en vieux portugais , ou pareequ'il avoit tué de fa main 
un vaillant Maure qui fe nommoit Zarco. Emanuel 
Thomas, dans fon poëme intitulé Infulana , fuit cette 
dernière opinion. La famille de Zarco eft fort ancienne 
en Portugal , puifqu'on trouve Etienne Zarco honoré 
du titre de vaffal de Denys , roi de Portugal en 1279. 
Brandam , Monarch. Lufu. part. 6 , &C Quoi qu'il en 
foit, Gonçalves Zarco époufa Confiance-Rodrigue de 
Sa-, fille de Rodrigue- Anne de Sa , châtelain de Gaya , 
& ricohombre du temps du roi Pierre I , & fon ambafla- 
deur auprès du pape. Il eut de ce mariage JeaN-Gon- 
çalves da Camara , qui fuit ; Ruy-GonçalVES dj. 
Camara, qui fit la branche des comtes de RlBElRA 
GRANDE, rapportée ci-après ; Garcia-Radrigues da 
Camara , qui époufa Violante de Freitas , dont la pofté- 
rité dura peu de temps à l'ifle de Madère; Beatrix-Gon- 
çalves da Camara , époufe de Dkgue Cabrai , dit le 

yieux , 



C AM 



CAM 



vieux , cadet des feigneurs de Belmonte , établi à rifle 
de Madère , dont la poftérité ne fubfifte plus ; Eli^a- 
beth-Gonqalves da Camara , époufe de Diegue-Alfonfe 
d'Aguiar, dont les fucce fleurs furent grands pannetiers 
de Portugal , dits ALmotaumor ; Helene-Gonçalves da 
Camara , époufe de Martin Mendes de Vafconcellos , 
dit le vieux, dans l'ifle de Madère ; Marie-Gonçalves da 
Camara , époufe de Garcia Homem de Soufa , 6k en- 
fuite ^Edouard Peftana de Brito armeiromor des rois 
Jean II , 6k Emanuel I. Ce Jean Gonçalves Zarco , 
prit pour Ces enfans le nom de Camara , à l'occafion de 
ce que mettant à terre à la découverte de l'ifle de Ma- 
dère , il rencontra une petite grotte , qui fervoit de gîte 
à des loups marins , à qui il donna le nom de chambre à 
coucher dçs loups , Camara de Lobos. 

II. Jean-Gonçalves da Camara II du nom, 6k fé- 
cond gouverneur héréditaire de l'ifle de Madère , 6k le 
premier qui prit le nom de Camara de Lobos, époufa 
D. Marie de Noronha , fille de D. Jean-Henriques , fils 
du comte de Gijon, 6k petit-fils de Henri III , roi de 
Caftille, dont vinrent Jean-Gonçalves , mort fans allian- 
ce; SïMON-Gonçalves, qui fuit ; PlERKE-GONÇAL- 
VE5 , qui a fait la branche, des ALMOTACES MORES, 
rapportée ci-après ; Emanuel de Noronha , qui époufa 
D. Catherine de Menefez , fille de D. Pierre de Mene- 
fez, dit le G allô ou Coq ; D. Confiance de Noronha, 
qui ne prit pas d'alliance ; D. Mecie de Noronha, époufe 
de D. Martin de Caftellobranco , premier comte de 
Villanova de Poi timad , 6k grand chambellan du roi 
Jean III ; D. Philippine, première femme de D. Henri- 
Henriques , fire d'AIcaçoras ; D. Marie , époufe de 
D. Ferdinand Coutinho , maréchal de Portugal. 

III. SlMON Gonçalves da Camara III, gouverneur 
de rifle de Madère , époufa D. Jeanne Pereira , fille de 
D. Gonçalo de Caftellobranco , 6k fœur du premier 
comte de Villanova, dont font fortis Jean-GonçalvES 
da Camara , qui fuit ; Emanuel de Noronha , camérier 
du pape Clément VII, èkévêque de Lamego en Portu- 
gal ; Jean-Rodrigues de Noronha , gouverneur d'Or- 
muz en i 521 , fans poftérité de D. Elisabeth d'Abreu ; 
D. Philippine de Noronha , époufe de û. Edouard de 
Menefez, gouverneur des Indes orientales en 1521 , 
avec poftérité, 6k des filles religieufes. Il époufa i°. 
D. Elisabeth de Silva , fille de D. Jean d'Attaide , fire 
d'Atouguia, 6k Péniche, dont il eut Jean-Gonçalves d'At- 
taide, mort fans poftérité ; Louis Gonçalves d'At- 
taide, qui fît la branche des comtes d'ATOUGUlA, rap- 
portée ci-après; ck trois filles religieufes. 

IV. Jean-Gonçalves da Camara III du nom, ck 
quatrième gouverneur de l'ifle de Madère , époufa 
D. Eleonor de Vilhene , fille de D. Jean de Menefez , 
comte de Tarouca, dont naquirentSiMON-GONÇALVES 
da Camara , premier comte de Calheta , qui fuit ; Jean- 
Gonçalves da Camara; Louis- Gonçalves da Camara, 
jéfuite, ck précepteur du roi Sebaftien; Martin-Gon- 
çalves da Camara ; Ruy-Gonçalves da Camara , com- 
mandant de l'efeadre d'Ormuz , qui croifoit continuel- 
lement dans le golfe perfique,mort fans poftérité ; D. Eli- 
sabeth, époufe de D. Loup d'Azevedo, amiral de Por- 
tugal; D. Confiance, religieufe à Odivellas. 

_ V. Simon-Gonçalves da Camara, II du nom, 
cinquième capitaine héréditaire de l'ifle de Madère , 
premier comte de Calheta , 6k grand de Portugal par le 
roi Sebaftien, époufa D. Elisabeth de Mendoça, dame 
du palais de la reine Catherine d'Autriche, époufe de 
Jean NI , fille de Ruy-Dïas de Mendoça, fire de Moron 
en Efpagne , dont font fortis Jean-GÔnçalves da 
Camara , qui fuit ; Ruy-Dias da Camara, comman- 
deur d'Arganil , ck de Bornes dans l'ordre de Chrift, 
qui époufa D. Jeanne de Menefez , dont il eut un fils 
mort fans poftérité ; D. Aldonce de Mendoça , époufe 
de D. Jean Mafcarenhas , commandeur de Meftola 
dans l'ordre de S. Jacques , ambafïadeur en Allemagne , 
tué à la journée d'Alcacer avec le roi Sebaftien en 1 578 , 
mais laiffant poftérité ; D, Eleonor de Mendoça , époufe 



de D. Jean d'Almeida, ftre du Sardoal. 

VI. Jean-Gonçalves da Camara IV du nom 9 
fixiéme gouverneur héréditaire de l'ifle de Madère, 
fécond comte de Calheta au temps que Philippe II ré- 
gnoit en Portugal , époufa D. Marie de Lancaftre , 
fille de D. Louis de Lancaftre , grand commandeur d'A- 
vis , dont il eut Simon-Gonçalves da Camara, qui 
fuit ; D. Elisabeth de Lancaftre , époufe de fon coufin 
germain ; D. Louis da Silveira, fire de Goës, comte de 
Sortelha^ 

VIL Simon-Gonçalves da Camara III du nom, 
feptiéme gouverneur de Madère , troifiéme comte de 
Calheta , époufa D. Marie de Menefez , fille de Ruy- 
Mendès de Vafconcellos , comte de Caftelmelhor , dont 
vinrent Jean-Gonçalves da Camara, qui fuit; D. 
Marie-Anne de Lancaftre , époufe de Jean-Rodrigues 
de Vafconcellos , comte de Caftelmelhor fon coufin ger- 
main ; D. Agnès de Noronha , époufe de D. Vafco da 
Gama , comte da Vidigueira , marquis de Niza , toutes 
deux avec poftérité ; D. Leonarde de Menefez , morte 
fans alliance. 

. VIII. Jean-Gonçalves da Camara , V du nom , ck 
huitième gouverneur de Madère , quatrième comte da 
Calheta, époufa D. Agnès de Menefez , fille de D. An- 
toine de Menefez Noronha , ck de D. Beatrix- Henri- 
ques , qui étoit veuve de D. Laurent de Lima , vicomte 
de Villanova de Cerveira , de laquelle il n'eut point de 
poftérité. Ce comte étant mort fubitement l'an .1656 , 
la comtefTe fa femme fe fit religieufe au couvent de faint 
Albert de Lisbonne , où elle finit fes jours dans la prati- 
que de toutes les vertus chrétiennes. D. Marie- Anne de 
Lancaftre da Camara , époufe de Jean-Rodrigues de 
Vafconcellos , comte de Caftelmelhor , hérita la maifon 
de Calheta , avec le gouvernement héréditaire de Ma- 
dère , qui s'eft confervé dans fa poftérité. 

Branche des comtes d'At ou g u i a } 
qui prit le nom £ A T T Al D E. 

IV. Louis-Gonçalves d'Attaide, cinquième fils 
de Simon-Gonçalves da Camara , troifiéme gou- 
verneur de l'ifle de Madère , a été feigneur de l'ifle Dé- 
ferre , commandeur d'Adaufe dans l'ordre de Chrift, 
ck gouverneur de Ceuta , époufa D. Violante^ Silva , 
fille de François Carneiro , gouverneur héréditaire de 
Tifle du Prince , ck fecrétaire d'état du roi Jean III > 
dont font fortis Jean-Gonçalves d'Attaide , qui fuit ; 
Simon-Gonçalves d'Attaide , qui a fait la branche 
des feigneurs de /IsLE DÉSERTE , rapportée ci-après ; 
Martin-Gonçalves d'Attaide , tué à la journée d'Alca- 
cer , auffi-bien que fon frère Emanuel da Camara ; ck 
trois autres , qui furent moines ; Alvar Gonçalves d'At- 
taide , qui après avoir fervi aux Indes , s'y fit capucin ; 
D. Elisabeth da Sylva , époufe de D. Alvar-Gonçalves 
d'Attaide , frère de D. Louis d'Attaide , fixiéme comte 
d'Atouguia , laquelle fe fit religieufe au couvent de la 
Mère de Dieu , après la mort de fon mari ; D. Marie da 
Silva , religieufe à Sainte-Marthe , dont parle Georges 
Cardofo dans fon Agiologio Lufitano, 
^ V. Jean-Gonçalves d'Attaide , fut feptiéme comte 
d'Atouguia , ayant hérité les biens ck la grandeffe de 
D.Louis d'Attaide , vice-roi des Indes, mort fans pofté- 
rité. Il époufa D. Marie- Anne de Caftro , fille 6k hé- 
ritière de D. Martin- A Ifonfe de Miranda , grand cham- 
bellan du cardinal infant Henri , depuis roi de Portu- 
gal , dont vinrent D. Louis d'Attaide , qui fuit ; Martin- 
Alfonfe d'Attaide , officier dans les vaiffeaux de Phi- 
lippe IV, roi d'Efpagne , mort fans poftérité en Aragon ; 
D. Jeanne de Caftro , dame du palais de la reine Mar- 
guerite , époufe de Philippe III , 6k qui époufa D. Fran- 
çois de Sa de Menefez , fécond comte de Penaguiam ; 
D. Marguerite de Lima , époufe de D. Henri de Mene- 
fez, fire du Louriçal, avec poftérité ; D. Françoife , 
époufe de Nuno da Cunha ; D. Elisabeth , commenda- 
trice de l'Incarnation ; D. Fiolante , religieufe à l'An- 
nonciade 4 

Tome III. M 



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C A 



C A 



VI. D. Louis d'Attaide , huitième comte d'Atouguia, 
&: le deuxième de cette brandie de Camara , feigneur 
de Vinhaes, Lomba , Paco, Péniche & Montforte , 
gouverneur de Leiria , ck commandeur de Sainte-Marie 
d'Glivença dans l'ordre d'Avis, époufa D. Philippine 
de Vilhena , fille de D. Jérôme Coutinho du confeil 
d'état, chef du tribunal du Defambargc do Paço, dont 
font ifïus D. Jean , fck un autre , morts en bas âge ; 
D. JtRÔME d'Attaide , qui fuit ; D. François Coutinho , 
tué à la défenfe d'Elvas en 1643 '■> D - Louife-Maric de 
Faro , époufe de Jean-Rodrigues de Sa de Menefez , 
troifiéme comte de Penaguiam , grand chambellan de 
"Portugal ; D. Mark d'Attaide , dame du palais de la 
reine Louife, époufe de JeanîV, morte fans alliance. 

VÏI. D. JÉRÔME d'Attaide, neuvième comte d'Atou- 
guia en 1670, gouverneur de la province de Tra-los- 
Montes , & de celle d'Alentejo , où il fe diftingua dans 
le commandement de l'armée de Portugal pendant deux 
campagnes , fut nommé en 1661 gouverneur & capi- 
taine général du Bréfil , où il acquit une grande vénéra- 
tion de ces peuples- là. H a été aiiifi grand amiral , & du 
confeil d 1 état, chef du confeil de commerce du Bréfil, 
&c. llépoufa i°. D. Marie de Caftro , fille de D. Fran- 
çois de Sa de Menefez, deuxième comte de Penaguiam, 
dont il eut D. Emmanuel- Louis d'Attaide , mort des 
bleflures qu'il avoit reçues à la guerre , fans poftérité de 
D. Victoire, fille de D. Thomas de Noronha, comte 
dos Arcos : i°. D. Eleonorde Menefez, fille de D. Fer- 
dinand de Menefez , commandeur de Caftellobranco 
dans l'ordre de Chrift, qui étoit veuvedeD. Ferdinand 
Mafcarenhas , premier comte de Serem , dont vinrent 
D- Louis d'Attaide , qui fuit ; D. Ferdinand d'Attaide ; 
D. Jean d'Attaide , général des armées du roi de Portu 

fal , premier comte d'Alva, époux de D. Confiance 
'aïrn , fille héritière de Roc Monteiro Païm,fecretaire 
du roi Pierre IL, &c. D. Jeanne de Menefez , époufe de 
D. Ferdinand Mafcarenhas , marquis de fronteira , 
jnorte en 1731, avec poftérité. 

VIII. D. Louis d'Attaide, dixième comte d'Atou- 
guia , ckc. époufa D. Marguerite de Vilhena , fille héri- 
tière de D. Jean Mafcarenhas , comte de Sabugal , gé- 
néral de la cavalerie portugaife , & qui étoit veuve de 
Dkgue-Lopes de Soufa , comte de Miranda, dont font 
ïffus Jérôme d'Attaide, qui fuit ; D. Jofeph d'Attaide , 
capitaine de cavalerie , mort fans alliance : ce comte 
fut affaffmé à Lisbonne le 14 ou 15 octobre 1689. • 

IX. D. Jérôme d'Attaide, onzième comte d'Atou- 
guia, mort en 17 ti , époufa D. Mark-Anne de Ta- 
vora , fille à 1 Antoine-Lotus de Tavora , deuxième mar- 
quis de Tavora , comte de Saint-Jean , dont il eut Dom 
Louis dAttaide, qui fuit ; D. Antoine, mort en bas 
â<*e ; D. Ekonor-Thérefe d'Attaide , époufe de D. Louis- 
E manuel da Camara, comte deRibeira, lieutenant gé- 
néral , & ambaffadeur extraordinaire en France ; D. Mar- 
guerite époufe de Thomè de Soufa-Coutinho , deuxième 
comte de Redondo ; D. Rojï - Leonardi d'Attaide , 
époufe de Michel-Charles da Cunha de Tavora, qua- 
trième comte de S. Vicente ; D. Louife , & D. Agnès , 
religieufes à l'Efpérance de Lisbonne. 

X. D. Louis d'Attaide , douzième comte d'Atou- 
guia, épouia D. Claire Mafcarenhas, troifiéme fille de 
D, Ferdinand. Mafcarenhas , comte de Sabugal, de 
Palma &. d'Obidos , Meirinho Mordu royaume, morte 
au mois d'août 1733 , dont vint D. Jérôme unique , 
qui fuit. 

XI. D. Jérôme d'Attaide , naquit au mois de juillet 
1710; il a époufe D. Marie Anne- Bernar de de Ta- 
vora , fille de François dAffife de Tavora , marquis de 
Tavora. 

Branche des Seigneurs de l'Isle 

DÉSERTE. 

V. Simon-Gonçalves da Camara d'Attaide, fé- 
cond fils de Louis -Gonçalves d'Attaide, époufa 
D. Elisabeth à' Alhuquerquc } fille d*Ayrcs-âc Saldanha, 



vice-roi des ïndes, dont font fortisFR ANÇOIS-GONÇAL- 
ves da Camara, qui fuit ; D. Violante d'Albuquerque y 
époufe de Martin Correa da Siiva , châtelain de Silves ; 
D. Mark, religieufe de Sainte-Marthe ; D. Jeanne , 
morte fans alliance. 

VI. François-Gonçalves da Camara , feigneur 
de l'Ifle Déferte , époufa D. Philippine Coutinho , fille 
de D. Henri Coutinho , commandeur de Caldellas dans 
l'ordre de Chrift , dont il a eu LouiS-GoNÇALVES da 
Camara, qui fuit; D. Mark- Aune & D. Jeanne , mor- 
tes fans alliance. ' 

VIL Louis-GoNÇALVES da Camara Coutinho , 
nom qu'il prit en devenant l'héritier des biens de la 
maifon de fa mère , époufa D. Elisabeth de Noronha , 
fille de Dkgue de Saldanha de Sande , dont vint D. Gas- 
TON-JOSEPH da Camara Coutinho , qui fuit. 

VIII. Gaston-Joseph da Camara Coutinho , grand 
écuyer de la reine Marie-Anne d'Autriche , époufe de 
Jean V, époufa D. Mark-Benoîte de Noronha , fille de 
D. Pkrre d'Almeida , vioe-roi des Indes , dont vinrent 
LOUIS-GONÇALVES da Camara , qui fuit ; Jofeph-Freirc 
da Camara, député de l'mquifition , & profeffeur en. 
droit canon à Coimbre ; Jean-Gonçalves da Camara , 
chevalier de Malte ; François de Sales da Camara , 
chanoine de la patriarchale de Lisbonne ; E manuel da 
Camara deftine à l'églife. Il mourut le 12 août 1736. 

IX. LOUIS-GONÇALVES da Camara Coutinho, na- 
quit en 1688. Il époufa D. Elisabeth de Mendoça, 
fille de Nuno de Mendoça , comte de Valdereis , dé- 
puté de l'affemblée dçs trois états , dont il eut Gafion- 
Gonçalves da Camara ; D. EUonor da Camara; Nuno 
da Camara , & d'autres. 

Branche des Almotac es Mores » 
ou Grands- Pannctkrs de Portugal. 

III. PiERRE-GoNÇALVESda Camara, deuxième fils 
de Jean-Gonçalves da Camara, deuxième du nom , 
& deuxième gouverneur héréditaire de rifle de Madère , 
époufa D. Jeanne d'Eça , dame du palais de la reine 
E'éonor, époufe de Jean II, & fille de Jean Fogaca, 
maître d'hôtel de ce monarque , dont vinrent An toïNK 
Gonçalves da Camara , qui fuit ; & fix autres enfans , 
morts fans alliance. 

IV. Antoi'ne-GoNÇALVES da Camara, grand fau- 
connier de Portugal , ou caçadormor du temps du rot 
Jean III , époufa i°. D. Elisabeth d'Abreu , fille de Jean 
Fernandes do Arco , qui étoit veuve de Jcan~Rodrigu.es 
de Noronha , laquelle il enleva en 1530 pour répoufer ; 
elle eft morte fans poftérité: x°. D. Marguerite de No- 
ronha , fille de D. Frein de Noronha , firc de Viilaverde, 
grand-maître de la maifon de la reine Catherine 'd'Au- 
triche , époufe de Jean III , dont font iffusPiERRE-GON- 
çalves da Camara, qui fuir; Jean Fogaça d'Eça ; 6c 
deux autres morts fans poftérité ; D. Violante de No- 
ronha , époufe d'Emanuel Tellez de Menefez , comman- 
deur d'Ourique ; D. Catherine de Noronha, époufe de 
D. Jean Vafconcellos de Menefez ; D. Mark , religieufe 

de Chellas. 

V. PiERRE-GoNÇALVES da Camara , grand fau- 
connier de Portugal , commandeur de Bobadella dans 
l'ordre de Chrift, époufa D. Laurence de Faria,, fille de 
Balthafar de Faria De/èmbargador do Paço, ce qui ré- 
pond à confeiller d'état en France , grand pannetier de 
Portugal au temps du roiSébaftien,dont il eut ANTOiNE- 
Gonçalves da Camara , qui fuit ; Jean-Gonçalvts da 
Camara, chantre de la cathédrale de Coïnbre ; Ema- 
nuel dz Camara, marié aux Indes Orientales à D. Marie- 
Anne de Soufa , fille de Frédéric Lopes de Soufa ; Bal- 
thafar da Camara , auffi marié aux Indes. Ce Pierre 
Gonçalves da Camara vendit fa charge de grand fau- 
connier au comte de Redondo D. Jean Coutinho. 

VI. Antoine-Gonçalves da Camara époufa D. 
Mark de Caftro , fille d'Amhroife d'Aguiar Coutinho , 
commandeur de Sainte-Marie de Beja dans Tordre d'A- 
vis , commandant de la flotte qui alla aux Indes en 



C A M 



î)74, mort à l'ifle de S. Michel, étant gouverneur 
de celles des Açores , dont naquirent Pierre-Gonçal- 
ves da Camara, mort fans alliance ; Ambroise d'A- 
guiar Coutinho , qui fuit ; D. Eii7abeth-Marie de Caftro, 
époufe de François Correa de Lacerda ; D. Jeanne. , 
religieufe au Calvaire près de Lisbonne. 

VII. Ambroise d'Aguiar Coutinho , feigneur de 
Efpirito fanto 6k Villaboa au Bréfil , feigneuries qu'il 
hérita de ion oncle François d'Aguiar, époufa i°. D. 
Cécile deNoronha, fille de D.Jean Soarez d'Alarcam, 
morte fans poftérité : i°. D. Philippine de Menefez, 
fille de Laurent de Soufa , grand maréchal des logis de 
Portugal, dont font iffus Antoine-Louis-Gonçal- 
ves da Camira , qui fuit ; George-Gonçalves da Ca- 
mara , mort fans poftérité. 

VIII. Antoine -Louis -Gonçalves da Camara 
d'Aguiar Coutinho, grand pannetier de Portugal , ca- 
pitaine de vaiffeau , nommé au gouvernement dos Rios 
de Senna dans l'Afrique orientale , gouverneur 6k capi- 
taine général de Pernambuc , en;uite du Bréfil, vice- 
roi des Indes orientales , mourut à la baie de tous les 
Saints à fon retour de ce pays-là, l'an 1700. Il avoit 
époufé au mois de janvier 1674 D. Confiance de 
Portugal , fille de Louis da Silva Telfo, deuxième comte 
d'Aveiras , feigneur de Vagos , dont font iortis Jean- 
GonçALVES da Camara Coutinho qui fuit ; Purre-Gon- 
çalves da. Camara Coutinho , colonel d'infanterie ; Louis- 
Gonçalves da Camara Coutinho , chevalier reçu à 
Malte , 6k depuis marié aux Indes orientales à D. Ma- 
rie Coelho da Corta , mort fans pofténté , après avoir 
exercé les premiers emplois de ce pays-là , excepté 
celui de viceroi ou gouverneur général. 

IX. Jean-GoNçaLVES da Camara Coutinho , grand 
pannetier de Portugal, naquit en 1675 , & a P r ^s avoir 
îervi à la baie de tous les Saints fous fon père , époufa 
D. Louife de Menefez , dame du palais de la reine Ma- 
rie Sophie de Vesburg , fille de dom Laurent d'Almada , 
feigneur de Pombalinho , dont font fortis D. Catherine , 
morte fans alliance ; Antoine Gonçalo , mort en bas 
âge; Laurent -Gonçalves da Camara, qui fuit; 
Jofeph Gonçalves , religieux Dominicain ; Antoine Gon- 
çalves, qui fe fit cordelier aux Indes orientales en pre- 
nant le nom de frère Innocent ; D. Jeanne de Me- 
nefez, qui. époufa Louis - Conjiantin de Soufa Cou- 
tinho, grand-maître des portes 6k relais de Portugal, 
dont des enfans. 

X. Laurent-Gonçalves da Camara Coutinho, 
qui n'avoit pas encore pris d'alliance en 1734. 

Branche des Comtes de Fillafranca et 

DE RlBEIRAGRANDE. 

IL Ruy- Gonçalves da Camara, fécond fils de 
Jean-GonçAlves Zarco , acheta le gouvernement de 
Tille de S. Michel , l'une des Açores, à Jean Soarès 
d'Albergaria pour deux mille cruiades , ou quatre mille 
livres, monnoie françoife, ce qui , dans ce temps-là , 
étoit une fomme confidérable. L'infante D. Beatrix 
Confirma cette vente l'an 1474, cette princelTe étant 
tutrice du duc D. Diegue fon fils. Il époufa Marie de 
Bettanconrt , fille de Micer , c'eft-à-dire, monfieur de 
Bettancourt , gentilhomme François , qui prit le titre 
de roi des Canaries , morte fans poftérité. Il eut de 

N. Jean Rodrigue da Camara , qui fuit ; 

Antoine-Rodrigue , fire de la terre de Riheirinha dans 
rifle de S. Michel, 6k commandeur de S. Pierre du 
Sul, dans l'ordre de Chrift, qui époufa D. Catherine 
Ferreira , fille d'Alvar Ferreira , dont vint D. Marie 
époufe de D. Gomes de Mello , morte avec poftérité. 

III. Jean-Gonçalves da Camara , deuxième gou- 
verneur héréditaire de Tille de S. Michel , époufa D. 
Ignace , ou Agnes de Mello , fille de Ruy Pereira , 
dit de Serpa , grand enfeigne de Portugal , dont il eut 
Ruy-GonçALves da Camara, qui fuit ; Jean de Mello ; 
Diegue Nunts da Camara , qui mourut fiancé à D. Ma- 
rk , fille de Jean d'Outeiro ; D. Jeanne r D. Beatrix 



C A M 91 

ck D. Catherine , qui moururent fut mer en allant de 
l'ifle de S. Michel en Portugal. 

IV. Ruy-Gonçalves da Camara deuxième du nom, 
6k troifiéme gouverneur 6k feigneur héréditaire de l'ifle 
de S. Michel , époufa D. Philippine Coutinho , fille de 
Ruy-Lopes Coutinho , qui vivoit au temps du roi Al- 
phonfe V, dont font iffus Emanuel da Camara, qui 
fuit, 6k plufieurs autres enfans qui périrent dans le 
tremblement de terre , qui ruina entièrement Villa- 
franca dans l'ifle de S. Michel, le 22 oftobre 1522. 

V. Emanuel da Camara , premier du nom 6k qua- 
trième gouverneur , 6k feigneur héréditaire de l'ifle de 
S. Michel , époufa D. Jeanne de Mendoça , fille de 
George de Mello , grand veneur de Portugal , au temps 
du roi Jean III, dont Jont_ iffus Ruy-GonçALves da 
Camara , qui fuit ; L>. Philippine de Mendoça , fé- 
conde femme de dom Ferdinand de Caftro, comte de 
Bafto ; 6k .quatre autres filles religieufes. Il -mourut à 
Lisbonne au mois d'avril 1577. 

VI. Ruy- Gonçalves da Camara III du nom, 
ck cinquième gouverneur , 6k feigneur héréditaire de 
l'ifle de S. Michel , premier comte de Villa-franca 6k 
grand de Portugal , créé par le roi Philippe II, époufa 
D. Jeanne de Blafvet , fille de D. François Coutinho , 
comte de Redondo , viceroi des Indes , dont il eut 
D. Emanuel da Camara, qui fuit; D. François 
Coutinho , dont nous parlerons ci^après ; D. Jean Cou- 
tinho , archevêque d'Evora en 1640, ck auparavant 
évoque de l'Algarve ; D. Augufiin da Camara ; D. 
Garde da Camara ; D. Dominique da Camara , ck 
Gafpard da Camara , morts fans alliance fur mer dans 
la fameufe flotte de Philippe II contre l'Angleterre ; D. 
Jeanne, morte fans alliance; D. Guiomar 6k D. Fran- 
çoife ^ religieufes ; D. Marie Coutinho ou de Blafvet , 
époufe de D. Jean Pereyra, comte da Fecra ; D. Conf- 
iance Coutinho , époufe de D. Pierre de Menefez , 
comte de Cantanhede ; ck d'autres qui furent religieufes. 

VII. D. Emanuel da Camara II du nom, fixiéme 
gouverneur de l'ifle de S. Michel, naquit l'an 1576 , 
deuxième comte* de Villa-franca ,,le premier qui prit le 
dom avec la grandefle, époufa D. Elêonor de Vilhena, 
fille de D. Frédéric Henriques , grand commandeur de 
l'ordre d'Alcantara , grand maître de la maifon. de Phi- 
lippe II , fils de D. Diegue Henriques , cinquième comte 
d'Alva de Lifte , dont font fortis D. Ruy , ou Rode- 
RIC GonçalveS da Camara , qui fuit ; D. Frédéric , 
mort fans pofténté légitime; D. Jeanne de Tolède, 
époufe de D. Ferdinand de Menefez, châtelain 6k 
commandeur de Caftello-Branco ; D. Guiomar de Vil- 
hena, époufe de Louis de Mello Porteiro Mor , mortes 
toutes deux avec poftérité. 

VIII. D. Ruy , ou Roderic-Gonçàlves da Ca- 
mara IV du nom, feptiéme feigneur 6k gouverneur 
héréditaire de fille de S. Michel , châtelain particulier 
du château de S. Blaife dans la même ifle , troifiéme 
comte de Villa-franca, premier gentilhomme de la 
chambre de Philippe III du confeil de guerre, grand 
écuyer de la reine Louife de Gufman , époufe du roi 
Jean IV, époufa i°. D. Marie de Faro , fille de dom 
François de Faro , comte de Vimieiro , dont il eut D. 
Marie-Anne, morte à dix-fept ans , fans avoir pris d'al- 
liance : 2°. D. Marie Coutinho , dame du palais de la 
reine d'Efpagne Elizabeth de Bourbon , fille de D. Fran- 
çois de Gama, comte de Vidigueira , du confeil d'état, 
deux fois viceroi' des Indes , dont vinrent , D, Ema- 
NUEL da Camara , qui fuit ; dom Charles da Camara ; 
D. Vafco da Camara, morts jeunes; D. Eleonor Cou- 
tinho , morte étant fiancée à D. George d'Attaide , fils 
du comte de Caftanheira ; D. Françoije , D- Hilaire, 
6k D. Jeanne, religieufes à l'Efpérance de Lisbonne. 

IX. D. Emanuel da Camara III du nom, hui- 
tième gouverneur 6k feigneur héréditaire de l'ifle de S. 
Michel, châtelain particulier du château de S. Blaife, 
commandeur de Sainte-Marie des Hervagens dans l'or- 
dre de Chrift , colonel d'infanterie , quatrième comte 

Tome III. M ij 



gi 



C A M 



C AM 



de Villa-franca, prit le titre de comte de Ribeiia- 
grande dans la même ifle. Il époufa D. Marie de Men- 
doça , fille de Diegue-Lnpès de Soufa , comte de Mi- 
randa, fceur du cardinal de Soufa, dont il eut D. Jo- 
SEPH-RodrigUE-Gonçalves-Tellez da Camara , 
qui fuit ; D. Françoife de Mendoça , épcXife de dom 
Louis-Manuel comte d'Attalaya , morte avec poftérité ; 
D. Agnès, religieufe à la Madré de Deos; & D. Ma- 
rie, religieufe à Carnide. 

X. D. Joseph-Rodrigue-Gonçalves-Tellez 
da Camara I du nom , neuvième gouverneur & feigneur 
héréditaire de l'ifle de S. Michel, châtelain du châ- 
teau de S. Blaife , commandeur de Sainte-Marie des 
Hervagens dans l'ordre de Chrift , cinquième comte 
de Villa-franca & deuxième comte de Ribeiragrande , 
premier gentilhomme de la chambre de l'infant Fran- 
çois , frère puîné du roi de Portugal Jean V , député 
du tribunal de l'aflemblée des trois états , dit à Junta- 
dos Près Ejlados , chef du tribunal da Camara, ou hô- 
tel de ville de Lisbonne , époufa Confiance-Emilie-So- 
phronie de Rohan , fille de François de Rohan , prince 
de Soubife , gouverneur de Champagne , capitaine des 
gendarmes de la garde , &c. dont il eut D. LouiS- 
ËMANUEL da Camara, qui fuit; D. E manuel, D. 
Charles, morts en bas âge ; D. François da Camara, 
dont nous parlerons ci-après : D. EDOUARD-ANTOINE 
da Camara, dont nous parlerons aufjî ; D. VASCO 
da Camara , dont nous rapporterons l'alliance ci-après ; 
D. Diegue da Camara , qui fe fit jéfuite ; D. Anne-Xa- 
vier àz Rohan , époufe de D. de Louis Menefez , comte 
d'Ericeira , morte avec poftérité le 13 juillet 1735 ; 
D. Mecie de Rohan , époufe de D. Jean-Manuel deNo- 
ronha , comte d'Attalaya , fon coufin germain , dont 
des enfans ; D. Antoinette de Rohan , époufe de dom 
Henri-François de Cofta, comte de Soure, dont des 
enfans ; D. Ignace de Rohan , époufe de D. Louis de 
Portugal da Gama , dont des enfans. Ce comte mou- 
rut à Lisbonne le 17 de mars 1714» fort regretté à 
caufe de fa droiture & de fa capacité. 

XI. D. Louis-Emanuel da Camara , troifiéme 
comte de Ribeiragrande , & fixiéme comte de Villa- 
franca , colonel d'infanterie , maréchal de camp , lieu- 
tenant général , & général d'artillerie des armées du 
roi de Portugal , ambaffadeur extraordinaire de Jean V 
auprès de Louis XIV & de Louis XV , commandeur 
de S. Pierre de Torrados dans l'ordre de Chrifl: , & 
châtelain d'Amieira, naquit en 1684 & mourut du vi- 
vant de fon père, le 3 octobre 172.3. Il avoit époufe 
D. Eléonor-Therefe-Marie-Hedwige d'Attaide , fille de 
D. Jerome-Cafimir d'Attaide , comte d'Atouguia , dont 
il eut D. Joseph-Rodrigue-Desidere-Gonçal- 
VES , qui fuit; D. Louis , D. Armand, D. Gui, D. 
Jérôme, D. Edouard, D. Louife. 

XII. D. Joseph -Rodrigue -Desidere-Gon- 

ÇALVES da Camara Tellez II du nom , quatrième comte 
da Ribeiragrande , feptiéme comte de Villa-franca , & 
onzième gouverneur & feigneur héréditaire de l'ifle de 
S. Michel , né à Lisbonne en 1711 , époufa D. Mar- 
guerite-Françoife de Lorraine , fille de Bernard- Antoine 
de Tavora II , comte d'Alvor , dont vinrent D. Louis 
da Camara , qui fuit ; D. Jeanne da Camara. 

XIII. D. Louis da Camara naquit le 24 décembre 
1719 , mort de la petite vérole au mois de novembre 

r 734- 
XI. D. François da Camara, troifiéme fils du 

comte daRibeira D. JOSEPH I, après avoir été cha- 
noine de l'églife patriarchale de Lisbonne , époufa à 
Gènes D. Franc oifc-Xavier de Caftro , fille de Jean 
Correa de Lacerda , colonel d'infanterie , dont font ifîus 
D. Jofepk da Camara ; D. Louis , chevalier de Malte. 
Ce dom François fervoit en Efpagne , où il étoit , il 
y a peu d'années, exempt des gardes du corps , avec 
rang de colonel. 

XL D. Edouard-Antoine da Camara , quatrième 
fils du comte da Ribeira dom Joseph I, premier gen- 



tilhomme de la chambre de l'infant dom François , a 
été d'abord reçu chevalier de Malte ; mais il époufa 
D. Agnès da Silva , fille unique 6>c héritière de Louis 
da Silva Tello IV , comte d'Aveiras , & par ce ma- 
riage il efl devenu comte d'Aveiras , grand de Por- 
tugal. Il a pour fils unique François de Silva , qui 
fuit. 

XII. François de Silva naquit à Lisbonne. 
XL D. Vasco da Camara , cinquième fils du comte 
da Ribeira D. JOSEPH I, naquit en 1708. Il époufa 
D. Magdelène- Louife de Lancaftre, fille de Pierre de 
Fiqueiredo d'Alarcam, feigneur d'Otta, dont il a eu D. 
JOSEPH , qui fuit ; D. Françoife-Xavier da Camara ; 
D. Confiance da Camara , mortes en bas âge ; D. Pierre 
da Camara; D. Henri. 

VIL D. François Coutinho da Camara , fécond 
fils de Ru Y-Gonçalves da Camara I , comte de Villa- 
franca , époufa D. Guiomar d'Abranches , fille de D. 
Jean d'Abranches , commandeur de Bobadella, & de fa 
féconde femme D. Antoinette da Silva , dont efl forti 
D. AlvAR d'Abranches , qui fuit. 

VIII. Dom Alvar d'Abranches da Camara, s'eft 
trouvé au fiége de la baie de tous les Saints , quand les 
Portugais la reprirent fur les Hollandois en 1625. Il 
fut nommé au gouvernement de Mafagam , gouverneur 
de la province da Beira , enfuite de celle d'entre Douro 
& Minho , du confeil d'état , & de celui de guerre 
du roi Jean IV , lieutenant général immédiatement après 
la perfonne royale de ce monarque, & un des qua- 
rante feigneurs qui le proclamèrent le premier décem- 
bre 1640. Il mourut en 1668, ayant époufe i°. D. 
Marie de Lancaftre , fille de dom Jean Lobo , baron 
d'Alvito , dont font iflues D. Magdeléne de Lancaftre , 
époufe de dom Michel de Noronha , morte avec pofté- 
rité ; D. Guiomar de Lancaftre , époufe de Louis da 
Cunha d'Attaide , feigneur de Povolide , morte avec 
poftérité. 2°. D. Agnès d'Avila , fille de D. Pierre de 
Menefez , comte de Cantanhede , morte fans poftérité. 
La maifon de Ca MA RA porte de Jinople a la tour 
d'argent fttrmontèe d'une croix d'or , foutenue de deux 
Uups marins, & la mer baigne le pied de cette tour. 

CAMAREDDIN Khan , roi des Mogols , qui donna 
fa fille en mariage à Tamerlan ~ après qu'il eut défait 
le fultan HufTain , & fe fut rendu maître de Samarcand. 
Ils étoienttous deux de la religiondeGenghizkhan, & 
ennemis capitaux des mufulmans; c'en 1 pourquoi Ta- 
merlan obtint aifément de lui tous les fecours de trou- 
pes dont il avoit befoin dans {es entreprifes. * D'Her- 
belot, bibL orient. 

CAMARELLI (François) de Vicence , célèbre ju- 
rifconfulte , qui vivo'it en 1640 , fous le pontificat d'Ur- 
bain VIII , a été fort confideré par fa doctrine & par Ces 
ouvrages. * Joannes Imperialis , in muf. hijl. 

CAMARGUE (la) petit pays dç France dans la 
Provence , entre les deux bras du Rhône. Il commence 
un peu au-deflus d'Arles , & s'étend jufqu'aux embou- 
chures de fes bras dans la mer Méditerranée. Il efl: ex- 
trêmement fertile & plein ; il a au couchant le bas Lan- 
guedoc & au levant le Crau , & efl: fort peuplé , mais 
bas , & arrofé de quantité de canaux. Le nom de Ca- 
margue vient de l'efpagnol Camarca , qui fignifie un 
champ fertile ; nom que les Efpagnols donnèrent à ce 
pays dans le temps que les comtes de Barcelone en 
étoient les maîtres. 

CAMARINE , ville de Sicile , fut bâtie , félon Eu- 
sèbe , fous la XLIV ou XLV olympiade , fuivant le 
fcholiaftede Pindare. Les Syracufains la raferent 52 ans 
après , & elle fut depuis rebâtie par un nommé Hippo- 
na. Thucydide , Polybe , Djodore de Sicile , Pline , 
Strabon , èkc. en font mention , & Virgile en parle , /. 3 
Enéïd. Camarine a été depuis entièrement ruinée. Il ne 
refte plus de cette ville qu'une tour fur la cote méridio- 
nale de la vallée de Noto , à quinze lieues de Paflaro ; 
fon nom eft refté à une rivière de Sicile. Cette ville a 
été remarquable par ce qui arriva aux habitans , à caufe 



C A M 



de certains marais , dont le mauvais air les incommodoit 
fort ; car ayant prié l'oracle de leur apprendre ce qu'ils 
dévoient faire , ils furent que s'ils les deflechoient , ils 
en feroient plus incommodés. Mais cette réponfe leur 
femblant ridicule , ils firent écouler leurs marais , ck il 
arriva que les ennemis entrèrent depuis par cet endroit 
dans leur ville ; ce qui a donné lieu au proverbe , Cama- 
rinam ne movcas , qui fïgnifie que pour fe délivrer d'une 
petite incommodité , il ne faut pas s'expofer à un plus 
grand danger. * Thucydide , hiji. L6&J. Polybe , au 
av. 2. Diodore , /. 14. Pline , /. 3 , c. 8. Strabon , /. 6. 
Hérodote, /. 7. Leandre Alberti, defc. de Sicile. Eraf- 
me , Adag. tu. malum accerfîtum. 

CAMARINHA , cherche^ CACERES. 

CAMARIOTA (Matthieu) Grec , qui vivoit lors de 
la prife de Conftantinople par les Turcs. Hcefchelius a 
.fait imprimer en grec fous le nom de Camariota un abré- 
gé de rhétorique en 1595 à Augsbourg ; mais cette édi- 
tion étant peu connue , ck inutile d'ailleurs à eaux qui 
ignorent la langue grecque , Jean Scheflfer en a donné 
une autre , avec une verfion latine , ck des notes affez 
amples , • dans fon livre intitulé : Leclionum academica- 
rum liber , à Hambourg 1675 » in-n ; mais il ne croit 
pas que cet ouvrage foit de Camariota , 6k ne donne à 
celui-ci qu'un abrégé d'Hermogène encore manuferit , 
au lieu que dans l'écrit dont il s'agit , l'auteur , quel qu'il 
foit , ne fuit pas feulement Hermogène , mais aufM d'au- 
tres rhéteurs Grecs. * Voyez fur cela les notes de Schef- 
fer dans l'ouvrage cité plus haut. 

CAMASSEI ou CAMACÉE ( André ) peintre , né 
à Bevagna à treize milles de Spolette. Il étoit difciple du 
Dominicain , ck le fut enfuite d'André Sacchi , élevé de 
1 Albane. Camaffei avoit un pinceau agréable , ck répan- 
doit beaucoup de nobleffe ck de richeffe dans Ces com- 
portions. Il auroit été feulement à fouhaiter qu'il y eût 
mis un peu plus de feu. Il a peint à Rome dans les prin- 
cipales églifes. Il eft mort dans cette ville en 1649.* Ab- 
cedario pittorico , p. 62. Félibien , mtret. fur les vies 
des peihtres , IX entrât, 

CAMATERE , cherchei BASILE II patriarche de 
Conftantinople, ANDRONIC CAMATERE ck JEAN. 

CAMBADAGI , difciple de Xaca , enfeigna aux Ja- 
ponois à adorer le diable , ck enchanta cette nation par 
les effets prodigieux de fa magie. Cucubao l'aida à in- 
troduire le culte des démons dans le Japon. * Kircher , 
de la Chine. 

CAMBAIA , CAMBAYE , ville & royaume des In- 
des , dans les états du grand Mogol. Ce royaume eft 
partie en prefqu'ifle , entre les golfes de l'Inde & de Cam- 
baye , partie en terre-ferme , qui s'avance vers le Decan. 
La ville capitale eft Amedabad ou Amadebat ; les autres 
font Cambaye , Surate , Baroch , Diu , ckc. La ville de 
Cambaye eft fituée au bout d'un golfe , auquel elle donne 
fon nom , à l'embouchure de la rivière de Carari. Elle 
donne fon nom à ce royaume , ck eft fi conlîdérable , 
qu'on la nomme ordinairement le Caire des Indes. Elle 
a de bonnes murailles de pierres de taille avec douze 
portes. Les maifons font grandes ck belles , ck la ville eft 
tout-à-fait marchande ck riche. Guzarate eft une pro- 
vince de cet état , ck elle eft fi confidérable , que quel- 
ques-uns ont appelle de ce nom tout le pays. Les habi- 
tans font païens ou mahométans ; ils aiment les lettres , 
fe fervent de toutes fortes d'armes , & font ingénieux. 
Le pays eft fertile en ces fortes de denrées qu'on apporte 
des Indes , & 011 y trouve des mines de cornalines , de 
diamans & d'autres pierres précieufes. Il y a auffi toutes 
fortes de grains , de fruits , d'animaux , du coton , de 
l'anis , de l'opium, des huiles, des-favons , des fucres, ckc. 
avec des manufactures de toiles de coton , de tapis , de 
cabinets , ckc. queleshabitans font très-bien 6k débitent 
de même , car ce font les plus habiles marchands des 
Indes. Enfin Cambaye 3 plus de trente bonnes villes , où 
le négoce fleurit. On dit qu'autrefois fon revenu s'eft 
monté jufqu'à vingt millions d'or par an. Il y avoit alors 
des rois qui mettaient de nombreuses armées en campa- 



C A M 



93 



gne. Aujourd'hui" cet état dépend du grand Mogol, 
comme on l'a remarqué. Foye l GUZARATE. * Bar- 
bofa. Linfchot. MafFée , hifloire des Indes. Sanfon , ckc. 

CAMBALU , ville que la plupart des géographes ont 
fait capitale du Catai , qu'ils ont cru être un des princi- 
paux pays de la Tartarie. On a reconnu que Cambalu. 
& Peking étoient deux noms d'une même ville , 6k que 
le Catai étoit la partie feptentrionale de la Chine. On 
voit à Lisbonne en Portugal le profil de cette ville , avec 
cette inscription , vi(ia de la citada de Cambalu in Tar- 
tana , c'eft-à-dire , profil de la ville de Cambalu en Tar- 
tane. Il eft entre plufieurs autres profils & plans des vil- 
les de l'Orient , dans l'Alfandegue ou maifon de la 
douane. Cette erreur a été découverte par les Hollan- 
dois , dans le voyage qu'ils ont fait à la Chine , & par 
le père Kircher , jéfuite , dont les relations nous ont ap- 
pris que la ville de Peking, capitale de la Chine fepten- 
trionale , eft celle que lesSarafms ck les Mofcovites ap- 
pellent Cambalu. Il eft vrai que le profil de Cambalu eft 
différent de celui de Peking , que les Hollandois ont ap- 
porté ; mais cela vient de ce que les Hollandois ont re- 
présenté Peking dans un autre afpeft , ck vu d'un autre 
côté. Au refte , la manière des bâtimens eft femblablej 
ck l'on fait d'ailleurs que ks Tartares , qui font au nord 
de la Chine , font des peuples vagabons , ck qui n'ont 
point de villes , telles qu'on a décrit Cambalu , où l'on 
rapporte qu'il y a des palais , des pagodes ou temples ,' 
des arcs triomphaux, ck des monumens publics , dont 
la magnificence eu extraordinaire.* Ambajfade des Hol- 
landois à la Chine , part. 2. 

CAMBADEN , cherche^ CAMDÊN. 

CAMB ASSI , ( l'aveugle de ) cherche^ GONNELLL. 

CAMBEL ( Archibald ) voye^ ARGILE , ville. 

^T" CAMBERT, muficien François , fe fit d'abord 
admirer par la manière dont il touchoit l'orgue , ck 
devint furintendant de la mufique de la reine-mere , Anne 
d'Autriche. L'abbé Perrin l'affocia au privilège qu'il avoit 
obtenu de fa majefté pour Topera en 1669 , & Cam- 
bert mit en mufique deux paftorales , dont l'une eft in- 
titulée Pomone. Ainfî il fut le premier qui donna en 
France des opéra. SonAriadne , fa pièce intitulée, les 
peines & les plaifirs de C amour , &c. furent très-gou- 
tées du public. Cependant Lully obtint le privilège de 
Topera en 1672, ck fe fit une réputation fupérieure à 
celle de Cambert: ce qui obligea celui-ci de pafler en 
Angleterre , où il fut furintendant de la mufique du roi 
Charles II , & où il mourut en 1677, *M. L'Advocat , 
dictionnaire hijlorique portatif. 

C AMBIATORE ( Thomas ) poète Italien de Reggio 
en Lombardie , vivoit dans le quinzième fiécle. Il pafTe 
pour un des plus anciens poètes de Reggio. Il avoit tra- 
duit en vers italiens l'Enéide de Virgile ; mais on ne fait 
ce que cette tradu&ion eft devenue. Il s'étoit acquis tant 
de réputation , que l'empereur Sigifmond lui donna en 
1430 la couronne poétique. On ne cormoît cependant 
de lui que deux ballades , qui font imprimées dans un 
recueil de vers anciens publié à Venife en 1 5 1 8. * Gior- 
nalc de letterati , tome XIII. Supplément françois de 
Bafle , tome II, page 38. 

CAMBIS (Marguerite de) demoifelle Françoife , étoit 
femme du baron d'Aigremont en Languedoc. Elle a fait 
connoître fon nom à la poftérité par deux traductions 
qu'elle publia dans le XVI fiécle ; favoir , un traité ita- 
lien de Jean-Georges Triffin , furies devoirs d'une fem- 
me veuve ; ck une lettre de confobtion écrite par Boca- 
ce à Pino de Roffi , qui étoit exilé. Ces deux ouvrages 
ont été imprimés à Lyon ; celui-là en 1 5 54, & l'autre en 
1 5 56. * La Croix-du-Maine , ck du Verdier Vauprivas , 
bibl. françoife. Hilarion de Cofte , dans fis éloges } où il 
cite M. Colletet. 

CAMBOJE ou CAMBOGE , royaume de la pref- 
qu'ifle de l'Inde au-delà du golfe de Bengale : il eft 
fitué fur la côte méridionale , entre les royaumes de 
Siam , de Chiampaa , ck de la Cochinchine. Sa ville ca- 
pitale qui porte le même nom , 6k que l'on nomme auftt 



94 C A M 



C A M 



Ravecca , eft à foixante lieues de la mer , fur un des bras 
du fleuve Mécon , qui déborde tous les ans comme le Nil, 
& le Menam au royaume de Siam. Il commence à s'en- 
fler dès le mois de juin ; & aux mois de juillet & d'août , 
il inonde tous les environs : c'en: pourquoi on a bâti la 
ville de Camboje fur une grande levée , où elle ne fait 
qu'une rue. Il y a beaucoup de JFaponois , de Cochin- 
, chinois, de Malais & de Portugais qui y trafiquent. Les 
peuples du pays ont de l'inclination pour la religion chré- 
tienne , & plufieurs d'entr'eux l'ont embraflee. Le roi de 
Camboje eft tributaire de celui de Siam. Son palais eft 
fortifié d'une bonne paliiTade , au lieu de muraille. On y 
voit quelques pièces d'artillerie de la Chine , & vingt- 
cinq pièces de canon , qu'il a retirées de deux navires 
hollandois , qui avoient fait naufrage fur la cote. Les fei- 
cneurs de la cour. font diftingués en Okinas , enThoni- 
inas , en Nampras & en Sabandars , qui ont chacun leur 
rang , mais le plus Couvent fans aucune fonction parti- 
culière , à la réferve des premiers qui font les plus con- 
fidérables de tous , & font comme les confeillers d'état. 
II n'y a dans la ville qu'une feule pagode ou temple , dont 
les prêtres ont leur maifon tout proche. Le pays eft très- 
fertile , & les vivres y font en Ci grande abondance , que 
les habitans donnent pour très-pefi de chofe les cerfs , 
les "bœufs , les porcs , les lièvres , & toute forte de vo- 
laille , auflî bien que les citrons , les oranges , les cocos , 
& les autres fruits du pays. Les Portugais s'y font Ci bien 
établis , qu'ils ont empêché que les Hollandois n'y fiffent 
commerce. Le palais du roi de Camboje eft muni non- 
feulement de plufieurs pièces de canon , mais auflî de 
feize éléphans , & défendu par deux régimens de fes 
gardes. Lorfqueles confeillers d'état de ce prince , qu'on 
appelle Okinas , vont à l'aflemblée , ils portent avec 
eux chacun un fac 'en broderie d'or , dans lequel il y a 
trois boëtes d'or remplies de cardamum , & d'autres 
chofes de bonne odeur. Quand ils font en préfence de 
leur roi , ils s'affeient à terre en demi cercle , & ont 
derrière eux les Toni , ou grands du royaume. Les prê- 
tres font ceux qui approchent de plus près la perfonne 
du roi. Lorfqu'un ambaffadeur eft admis à l'audience , il 
eft aftîs au-deffous des Okinas , à vingt-cinq pas du roi. 

* Ambaffade des Hollandois au Japon. Mandeflo , tome, z 

ûTOlearius. 

CAMBOLOMAR,roides t Teclofages qui paiierent 

en Afie , & Ce retranchèrent fur le mont Mugaba , lorf- 
cjue le conful C. N. Manlius y pafla pour les fubjuguer. 

* Tit. Liv. /. 39, num. 19. 

CAMBOUT (du) maifon illuftre & ancienne de 
Bretagne , defcend de GILBERT Ceigneur du Cambout , 
qui vivoit l'an 1347. Il épouCa Marguerite Goyon de 
Matignon , dont il.eut.7iw» Ceigneur du Cambout , tué 
a la bataille d'Aurai en 1 364 , portant la baniere du vi- 
comte de Rohan pour Charles de Blois ; Alain , qui 
-fuit ; Amïette cariée à Jean de Moulinieres en 1388 ; 
Mahaut , alliée à Guillaume de la Gornilliere ; & Tho- 
~minz du Cambout , dame de la Houflaye , près Gaël , 
«n Pèvêchéde'Saint-Malo. 

II, Alain Ceigneur du Cambout , échanfon du dud 
<le Bretagne en 1372 , épouCa i°. Jeanne de Tourne- 
mine , fille de Guillaume Ceigneur de Barahé , '& 8A- 
liette de PluCquellec , morte en 1382 : 2°. Ordble Pic- 
cmet , veuve de JV. feigneur de Montagu en Normandie, 
dont il n'eut point d'enfans. Ceux du premier lit furent 
Etienne , qui fuit ; Jean , qui acquit la terre de Vau- 
riou en 1417,62 trouva à la journée d'Azincourt l'an 
'141 5 , où il demeura prifonnier , qui fervit depuis en 
1418 , ck vivoit encore en 14Z8 , & mourut fans en- 
fans de Jeanne de Rohan, fille SOllivier , feigneur du _ 
Gué de l'Ifle ; & Tkomine du Cambout , mariée kJean 
Ceigneur de Montagu en Normandie , fils de fa beile- 

mere. 

IIÏ. Etienne feigneur du Cambout , échanfon du 
duc de Bretagne. , capitaine de Montcontour , la Hunau- 
Auye , & de'Cha'ftel-Audran , & de Farriere-ban de l'é- 
-fc'éché*de S, Brieu , époufa le 16 août 141 2 , Catherine ■ 



de la Motte , dame de Biais , fille à* Alain Ceigneur de 
Vaucler , de Lorfeil & de Biais , & de Jearine de la 
Mouffaye fa première femme , dont il eut Jean I du 
nom 3 qui fuit ; Jeanne , mariée à Rolland le Danois ; 
Jacquette , alliée à Jean le Noir , feigneur de Kerlai ; 
Beatrix , qui époufa Thomas le Noir , feigneur de la 
Landec, vivante en 1473 ; & Aliette du Cambout , ma- 
riée à Guillaume Laurans de Noyai. 

IV. Jean I du nom , feigneur du Cambout & de " 
Biais , mort vers l'an 1476 , époufa en 1444 Jeanne de 
Quelen, fille de Jean feigneur de Broutai, & de Marie de 
Coësbic , morte en 1480, dont il eut Jean II , qui fuît; 
Catherine , mariée à Jean ,de Chafteautro , Ceigneur du 
Cartier; Guillemette , alliée à Guillaume Chalon , Cei- 
gneur de Vaucler ; & Orfraife du Cambout , religieuCe 
en l'abbaye de S. Georges à Rennes , prieuré de Plugeno. 

V. Jean II du nom , Ceigneur du Cambout & de Biais, 
auquel la reine Anne de Bretagne , Cemme du roi 
Louis XII , donna la capitainerie de CefTon le 1 8 mai 
1507, mourut fort âgé le 18 oftobre 1534. Il époufa 
le 22 février 1480 , Robine Avaleuc , fille àlOllivier 
Ceigneur de la Grée , dont il eut Alain II du nom , qui 
Cuit-; Jean Ceigneur du Chef-du-Bois ; Marie , alliée à 
François Troufîier , Ceigneur de la Gabetiere ; & Ann& 
du Cambout , mariée à Jean du Bois-Riou. ■ 

VI. Alain II du nom , Ceigneur du Cambout & de 
Biais , fut auflî capitaine delà tour de CefTon en 1 512 , 
& mourut en novembre 1534 , laiflant de Jacquemine 
Madeuc fa femme , fille de Roland feigneur de Guema- 
deuc , & de Perronelle de Coëtquen , René , qui fuit ; 
Anne > mariée le 17 décembre 1 53 1 , à Jean le Vayer, 
feigneur de la Morandaye ; & Jeanne du Cambout , 
alliée à René Brehant , Ceigneur de la Roche. 

VIL René Ceigneur du Cambout , du Chef-du-Bois 
& de Biais , capitaine de l'arriere-ban des évêchés de 
Saint-Brieu & de Nantes , grand veneur & grand maî- 
tre des eaux & forêts de Bretagne , mort en mai 1 577, 
époufa Françoife Baye , dame de Coiflin & de Merio- 
nec , fille de François feigneur de Merionec, & de Jean- 
ne Chauvin , dame de Coiflin , dont il eut François, 
qui Cuit ; René Ceigneur du Chef-du-Bois , capitaine de 
l'arriere-ban de l'évêché de Saint-Brieu , mort fans en- 1 
fans ; Louife , mariée le 4 avril 1 560 à Louis de la Fon- 
taine , feigneur de Clerai & de Beuville ; Perrine , alliée 
à Mathurin de Mars,Ceigneur de Sainte Agathe ; Jeanne, 
qui épouCa Bonabes de la Motte , Ceigneur de Launai- 
Guenguen ; & Philippeàn Cambout , Ceigneur de Biais, 
grand maître des eaux oc forêts de Bretagne , lequel 
épouCa Françoife du Pleffis , fille de Jean Ceigneur du 
Pleflîs en Saint-Dolai , évêché de Nantes , & de Jeanne 
de Tregus , dont il eut Philippe Ceigneur de- Valleron ,< 
capitaine' de la Cheze , mort fans enfans de Marie Bon- 
nier , fille de François Ceigneur de Gaudinaye ; Jacques 
Ceigneur du Pleflîs , mort Cans laifTer de poftérité de N, 
veuve de N. de Francheville ; Jean , chevalier de Mal- 
te ; &t Sufanne du Cambout , mariée à Pierre du Griffon, 
Ceigneur d'Argenteuil & de Villeneuve-Cur-Beuvron , 
près Blois. 

VIII. François Ceigneur du Cambout, de Coiflin, 
de Merionec & de Pontchâteau , par acquifîtion , grand 
veneur & général réformateur des eaux & forêts de Bre- 
tagne , & capitaine de la ville & château de Nantes , 
mourut le 12 octobre 1625 , âgé de 85 ans. Il épouCa 
Françoife du Pleflis Richelieu , dame de Beçai , fille 
aînée de Louis du Pleflis , Ceigneur de Richelieu , & de 
Françoife de Rochechouart,tante des cardinaux de Lyon 
& de Richelieu , dont il eut Henri , baron de Pontchâ- 
teau , mort jeune ; Charles , qui Cuit ; Louis , qui a 
fait la branche des feigneurs ,'de BeçAI , rapportée ci-' 
après ; & Françoife du Cambout , morte jeune. 

IX. Charles du Cambout , marquis de Coiflin , 
baron de Pontchâteau & de la Roche-Bernard , cheva- 
lier des ordres du roi., gouverneur des ville & forte- 
refle de Breft , & lieutenant général de la baffe Breta- 
gne, fut député des états de Bretagne pour l'ordre de la 



C A M 



C A 




noble/Te le 31 août 1625 , 6k maintenu par lettres du 
6 mai 1630, en toutes les afiemblées publiques de la pro- 
vince , aux affifes 6k tenues d'états , dans le rang des an- 
ciens barons du pays ; 6k par autres lettres du 22 janvier 
1633 , il eut féance 6k voix délibérative au parlement 
de Bretagne , 6k mourut en 1 648. Il époufa i°. Philippe 
de Beurges, dame de Seuri 6k de la Moguelaye , fille 
unique de Charles de Beurges , feigneur de Seuri , gou- 
verneur de Nomeni ,- 6k de Jeanne Lefcoët , dame de ' 
la Moguelaye: 2 . Lucrèce de Quinquempoix , veuve 
de Jean Troufîier , feigneur de Pontmenart , ck fille de 
Henri comte de Vignorys , 6k à'Helene de Clermont 
d'Amboife , dont il n'eut point d'enfans. Du premier 
mariage vinrent PlERRE-CÉSAR , qui fuit; François, 
baron de Pontchâteau , lequel eut l'épaule caflee au fiége 
d'Aire , 6k mourut en 1650 ; SebaJlien-Jofcph,abhé de 
S. Gildas aux Bois , de la Viéville 6k de Génefton ; 
Marie , alliée en 1634 à Bernard de Nogaret , duc de 
la Valette 6kd'Efpernon , gouverneur de Guienne , co- 
lonel général de l'infanterie françoife , chevalier des 
ordres du roi ck de la jarretière , morte le 1 2 février 
"1691 ; ck Marguerite-Philippe du Cambout , mariée 
i°. en 1634 cà Antoine de Laage , duc d'Aiguillon , dit 
de P là-Laurent : 2 . en février 1639 , ^ Henri de Lor- 
raine , comte d'Harcourt , grand écuyer de France , 
morte le 9 décembre 1674, 

X. Pierre-CÉSAR du Cambout , marquis de Coif- 
lin , 6kc. colonel général des SuilTes 6k Grilbns , lieute- 
nant général des armées du roi , mourut le 10 juillet 
1641 , des bleffures qu'il reçut au fiége d'Aire , n'étant 
âgé que de 28 ans. Il époufa le 5 février iG^^Magdeléne 
Seguier , fille aînée de Pierre Seguier , chancelier de 
France , ck de Marie Fabri. Elle reprit une féconde 
alliance en 1644, avec Gui^ marquis de Laval, lieute- 
nant général des armées du roi , ck mourut le 3 1 août 
17 10, âgée de 92 ans, ayant eu de fon premier mariage 
ARMAND , qui fuit ; Pierre , cardinal de Coiflin-, évo- 
que d'Orléans , grand aumônier de France , comman- 
deur de l'ordre du Saint Efprit , mort le 5 février 1706 , 
âgé de 69 ans, ck Charles-Céfar du Cambout , cheva- 
lier de Malte non profès , mort le 13 février 1699. 

Xï. ARMAND du Cambout, duc de Coiflin , pair de 
France, chevalier des ordres du roi , lieutenant général 
de fes armées , né le premier feptembre 1 6 3 5 , en fa- 
veur duquel les baronies de Pontchâteau ck de la Ro- 
che-Bernard furent unies au marquifat de Coiflin en 
1664, lors de l'éreclion de cette terre en duché-pairie , 
mourut le 16 feptembre 1702, âgé de 67 ans. Il époufa 
Magdeléne du Halgoët , fille unique ck héritière de Phi- 
lippe , feigneur de Kargreft ck de la Rocheroufïe , maî- 
tre 'des requêtes, ck de Louife de la Biftrade, morte le 
9 feptembre 1705 , dont il eut Pierre , qui fuit ; Ar- 
mand-Jérôme , comte de la Roche-Bernard , mort jeune ; 
Dominique , chevalier de Malte , mort jeune ; Céfar- 
Philippe-François , abbé , mort jeune ; Henri-Charles , 
duc de Coiflin , après la mort de fon frère aîné , pair 
<le France , évêque ck prince de Metz , commandeur 
de l'ordre du Saint Efprit , & premier aumônier du roi , 
mort le 28 novembre 1732; 6k Magdeléne-Armande du 
Cambout , mariée en avril 1689 à Maxim'dien - Pierre- 
François-Nicolas de Bethune , duc de Sulli , morte fans 
poflérité le 30 janvier 1721 , en fa 56 année. 

XII. Pierre du Cambout, duc de Coiflin, pair de 
France , mourut le 7 mai 1710 , âgé de 46 ans , fans 
poflérité de Louife - Marie d'Alegre , fille cYEmanuel 
baron d'Alegre , ck de Marie Raymond de Modène , 
qu'il avoit époufée le 6 mai 1683 , morte le 15 fep- 
tembre 1692. 

Seigneurs nu Beçai } Marquis du Cambout. 

IX. Louis du Cambout , fils puîné de François fei- 
gneur du Cambout , de Coiflin , ckc. ck de Françoife ' 
du Pleffis-Richelieu , dame de Beçai , fut feigneur de 
Beçai , 6k gouverneur des ifies d'Oleron. Il époufa 
i°, Gilberte du Pui-du-Fou , veuve ck Philippe de Châ- 



95 



teaubriand ., feigneur des Roches-Baritaut , ck fille de 
René feigneur du Pui-du-Fou , 6k de Catherine de la 
Roche-Foucaud Barbezieux : 2 . Renée Arrel , dame 
de Kermarker , veuve de Jean Guegan , 6k de Jean 
Budes , dont il n'eut point d'enfans. Du premier lit 
vint Jérôme, qui fuit. 

X. Jérôme du Cambout , feigneur de Beçai , gou- 
verneur de Rhuis , 6k lieutenant au gouvernement de 
Breft , époufa Marie dame de Karheil , de Villeneuve 
6k de Caëfden , fille 6k héritière de Michel feigneur 
de Karheil , ckc. 6k de Jacquette de Kermeno , dame 
de Caëfden , dont il eut Charles feigneur de Karheil ; 
Sebafien , feigneur de Villeneuve ; François , feigneur 
de Karheil , mort fans alliance ; 6k RenÉ , qui fuit; 

XI. René du Cambout, comte de Karheil , 6kc* 
gouverneur de l'if le de Rhuis , 6k du château deSuci- 
nio , dans le diocèfe de Vannes > époufa i°; Jeanne. 
Raoul , fille de Jacques fe,igneur de la Guibourgere , con- 
feiller au parlement de Bretagne, fénéchal de Nantes , puis 
premier évoque de la Rochelle , 6k d'Yvonne, Charette ; 
2 . Louife-Françoife de Lauriere , fille de Léon feigneur 
de Lauriere , 6k de Gilberte Regneau. Du premier ma- 
riage vinrent Jacques , qui fuit ; Guillaume , cheva- 
lier de Malte , lieutenant de vaifleau ; Armand-Jofeph » 
comte du Cambout , capitaine 6k major dans le pre*. 
mier régiment des dragons de Bretagne , qui fut bleffé 
au combat de la Marfaille , 6k à qui Pierre du Cam- 
bout , duc de Coiflin, donna par fon. teftament en 1709 
la terre du Cambout comme à fon coufîn ; il époufa 
Marguerite le Maître , morte fans enfans y Anne , ma- 
riée le 19 décembre 1683 , à Louis de Gourdon-de- 
Genouillac , comte de Vaillac , premier baron de 
Guienne ; 6k Armande-Magdeléne du Cambout , alliée 
en avril 1695 , à Gafpard des Monftiers ,. comte de 
Merinvillé, baron de Rieux en Languedoc , 'gouver- 
neur de Narbonne , ckc. Du fécond mariage fortirent 
Charles-Louis , garde-marine du pavillon ; 6k Louife* 
Gilberte du Cambout , abbefïe de Nioifeau. 

XII. Jacques , marquis du Cambout , comte de 
Karheil, 6kc. gouverneur de l'ifle de Rhuis , 6k du 
château de Sucinio , colonel du premier régiment des 
dragons de Bretagne en 1688, puis colonel du régi- 
ment de dragons de fon nom , chevalier de l'ordre de 
S. Louis , brigadier des armées du roi , 6k c. fut tué 
au combat de Carpi en Italie le 9 juillet 170 1. Il époufa 
Renée-Marie le Marchand , fille de René feigneur de la 
Rebouciere , 6k de Perrine D*rouet , dont il eut PiER- 
RE-LouiS , qui fuit; 6k Anne-François-Guillaume du 
Cambout , abbé de faint Mange , aumônier du roi ; 
puis agent général du clergé de France en 17 10 , fa- 
cré évêque de Tarbes le 19 novembre 17 19, 6k, mort 
au mois de juillet 1729. 

XIII. Pierre-Louis marquis du Cambout, 6kcw 
- gouverneur de l'ifle de fi huis ck du château de Sucinio, 

après la mort de fon père , capitaine de dragons , a 
époufé Magdelène-Êéatrix le Brun de Troadio , dont 
il a Pierre- Armand ; Renée-Marguerite • 6k Marie-Jo- 
feph du Cambout. * Le père Anfelme , 6kc, 

CAMBOUT DE PONT-CHASTEAU ( Sébaftien 
Jofeph du) cherche^ PONT-CHASTEAU. 

CAMBRAI, fur l'Efcaut, ville dans le Pays-Bas,avec 
archevêché , eft capitale d'un petit pays, nommé Cambre- 
fis. C'eft le Cameracum des anciens. Cette ville eft à qua- 
tre lieues de Douai , à fept de Valenciennes , 6k de Saint- 
Quentin : elle eft grande , belle , bien bâtie , 6k eft une 
des plus fortes villes de l'Europe , avec deux citadelles. 
Quelques auteurs ont écrit que Camber , roi des Si- 
cambres , en eft le fondateur. Adon remarque que Clo- 
dion , roi de France, la conquit l'an 445. Elle fut de- 
puis le partage de Charles le Chauve l'an 843 6k 870 , 
après la mort de Lothaire II, roi de Lorraine. Enfuiteelle 
devint le fujet de la guerre entre les rois de France „ 
les empereurs 6k les comtes de Flandre. Baudouin I, 
comte de Flandre, la prit 6k la donna à fon fils Raoul, 
Les empereurs la déclarèrent cité libre. Malgré cela les 



96 



CAM 



C A M 



François ne codèrent jamais leurs droits. En 1 542. 9 
le roi François I lui accorda la neutralité ; mais l'em- 
pereur Charles-Quint la prit l'an 1 543 , par l'intelli- 
gence qu'il . entretenoit avec l 'évêque qui étoit de la 
maifon de Crouù II y mit gamifon , & la brida par 
une citadelle qu'il fit bâtir aux dépens des habitans , 
pour empêcher , difoit-il , qu'elle ne tombât entre les 
mains des François. Elle changea encore de maître. 
Le duc d'Alençon , frère du roi Henri III , fut fait comte 
de Flandre en 1582. Il s'empara de Cambrai , qu'il" 
remit à Jean de Montluc , freur de Balagni. Celui-ci fe 
joignit depuis au parti de la ligue , & fit enfuite fa paix 
avec le roi Henri U Grand , qui le fit prince de Cam* 
brai , & lui donna le bâton de maréchal de France en 
1594 : mais il perdit peu de temps après cette ville , 
que ks Espagnols furprirent , & il fut encore obligé 
de leur remettre la citadelle lé 9 oclobre de Tan 1595. 
Les habitans reconnurent Phïtbpe II roi d'Efpagne ; 
mais l'archevêque s'en étant plaint , & faifant voir qu'il 
étoit feigneur de Cambrai , il obtint qu'il auroit la juf- 
tice & un certain domaine dans la ville & dans le pays 
de Cambrefis , dont la prote&ion demeurait au roi 
d'Efpagne avec les citadelles : ainfi les Efpagnols étoient. 
véritablement maîtres de Cambrai, qu'ils avoient très- 
bien fortifié. Ils y entretenoient une grofle garnifon : 
& la réputation de cette ville s'étoit tellement aug- 
mentée dans ce fiécle , qu'elle paffoit pour une place 
imprenable. Louis XIV ayant emporté Valenciennes 
au commencement de l'an 1677 , affiégea Cambrai , 
dont il fe rendit maître le 1 8 avril de la même année , 
jufqu'à ce qu'elle fut cédée aux Efpagnols par la paix 
de Nimegue en 1678. Néanmoins, depuis ce temps-là 
les François s'en font rendu maîtres , & en jounTent 
encore à préfent ; ainfi Cambrai eft revenue fous la. 
domination des François fes anciens maîtres. Elle eft 
fkuée fur la rivière de l'Efcaut qui la traverfe d'un côté ; 
la grande citadelle eft fur un lieu éminent , d'où elle 
commande fur toute la ville , & Ces folles font taillés 
dans le roc, ce qui a fervi à hainTer fes murailles. Les 
murailles de la ville font aufli revêtues de bons baftions , 
& entourées de profonds folles , principalement du 
côté de l'orient , où eft la citadelle , dont une partie 
eft enclofe dans les murailles de la ville. De-là elle 
s'étend doucement jufqu'à la rivière , fur laquelle on a 
bâti un fort , qui défend Cambrai de ce côté-là ; au- 
trement cette ville fe trouvant de ce côté -là dans un 
pays allez bas , on pouroit inonder fes environs , en 
y lâchant les éclufes qui y retiennent les eaux. Les 
autres forts font de la même importance. L'églife mé- 
tropolitaine de Notre-Dame eft très belle ; le chapitre 
qui eft des plus confidérables du Pays-Bas , eft com- 
pofé de quarante-huit chanoines , &t de quatre-vingt- 
quinze ecclé fi aftiques qui fervent dans l'églife de No- 
tre-Dame. On afïure , mais fans fondement, que S. Dio- 
gène , Grec de nation , a été' le premier évêque de 
Cambrai , & qu'il a été envoyé en France du temps 
du pape Sirice. Cet évêché fut depuis uni à celui d'Ar- 
ras jufqu'à l'an 1095. Le pape Paul IV l'érigea en ar- 
chevêché l'an 1559 à la prière de Philippe II roi d'Ef- 
pagne. On lui donna pour fuffragans Arras , Tournai , 
Saint-Omer & Namur ; ainfi Cambrai fut diftraît de 
l'archevêché de Reims , au défavantage de l'églife Gal- 
licane , à qui celle de Flandre étoit foumife. Les ar- 
chevêques de Cambrai prennent le titre de ducs de 
Cambrai , de comtes du Cambrefis , & de princes 
de l'empire. Il y en a eu plufîeurs parmi eux qui ont 
été célèbres par leur mérite , par leur naiflance & par 
leur doctrine , comme le B. Odon ou Odard , qui étoit 
d'Orléans, Burchard, Lietard , Nicolas de Chievres , 
Roger , NVarin , Pierre de Corbeil , Jean de Bethune , 
Godefroi &: Nicolas de Fontaines , Engelran de Cre- 
qui , Guillaume de Hainaut , Pierre de Levis , Gui d'Au- 
vergne , Gui de Ventadour , Robert de Genève , élu 
pape contre Urbain VI fous le nom de Clément VII , 
Pierre d'Ailli cardinal , Jean de Bourgogne , Jacques , 



Guillaume, 8c Robert de Croi ou Croui , dont le fé- 
cond étoit cardinal , Maximilien de Berghes , premier 
archevêque de Cambrai , Louis de Berlaimont , Jean 
Sarrazin , JeanRichardot , François Vanderburch , l'abbé 
de Fénelon , Monfieur l'abbé d'Eftrées , nommé à cet 
archevêché le 24 décembre 1716. Outre l'églife mé- 
tropole , il y en a plufîeurs autres à Cambrai , les col- 
légiales de Saint Geri , de Sainte Croix , les abbayes du 
S. Sépulcre & S. Aubert , avec diverfes paroilles , 
monafteres , & un collège de jéfuites. Les rues font 
grandes & propres , & les plus belles aboutifîent à la 
place de la maifon de ville , où les étrangers vont ad- 
mirer une horloge curieufe qu'on y voit. Cambrai eft 
aufli renommée par fes manufactures , & fur-tout par 
fes toiles. La guerre en avoit entièrement éloigné le 
commerce ; mais il s'y rétablit peu-à-peu , depuis que 
cette ville eft devenue françoife. * Guichardin, def* 
cript. du Pays - Bas. Adrien Serteck , in orig. Belg* 
Gazet , hijl. ecclef. des Pays - Bas. Arnaud Rai fie de 
Douai , Êdg. cknjl. Sainte-Marthe , GalL chrijl. Jean 
le Carpentier, hijt. deC'amù.he Mire. Valere André. 

Conciles de Cambrai, 

Maximilien de Berghes afTembla un concile provin- 
cial à Cambrai l'an 1565 , pour fatisfaire à ce que le 
conci'e de Trente avoit ordonné qu'on en célébrerait 
fouvent. Il tint un fynode en 1567. Louis de Berlai- 
mont , fon iùcceffeur , convoqua en 1586 un concile, 
auquel Jean-François Bonhomio , évêque & comte de 
Verceil , & nonce apoftolique , avec pouvoir de légat 
à taure , préfida avec lui. On met un fynode en 1 398 , 
tenu par Pierre d'Ailli , cardinal ck évêque de Cambrai ; 
un en 1 5 5 1 , par Robert de Croui , & quelques autres. 

CAMBRESIS ( le ) , contrée du Pays-Bas , entre 
la Picardie , la Flandre , l'Artois , & le Hainaut. Iï 
eft d'environ dix lieues , à le prendre depuis les vil- 
lages d'Or & de Châtillon , jufqu'à la ville d'Arleux. 
Ce pays eft extrêmement fertile. Jean le Carpentier a 
publié l'an 1664 à Leyde une hiftoirc de Cambrai & 
du Cambrefis en deux volumes i/z-4 . 

CAMBRIDGE , ville d'Angleterre , au comté de ce 
nom , fur le ruifïeau de Cam. Son nom eft compofé 
de ce dernier mot , & de Bridge, qui en anglois fi- 
gnifie un pont , comme qui dirait le pont du Cam. Elle 
a une univerfité qui difpute le rang à celle d'Oxford , 
& on y voit quantité de collèges afTez bien bâtis & pour- 
vus de favans profeffeurs en toutes les facultés. Cette ville 
eft à cinquante - deux milles d'Oxford , à quarante - huit 
milles de Coventri , 8c à quarante -quatre milles de Lon- 
dres au feptentriort, en allant vers Eli, dont elle eft à douze 
milles. Elle donne fon nom au comté de Cambridge, 
Cantabrigienjls comitatus , province d'Angleterre , qui 
a pour bornes au nord le comté de Norfolck , à l'o- 
rient celui de SufTolck , au midi celui d'Eftex & à l'oc- 
cident le comté de Huntington. Elle eft divifée par la 
rivière d'Oufe en deux parties ;' favoir la partie deçà la 
rivière , qui eft la plus grande , où il y a quatorze hun- 
dreds ou centuries ; & la partie de-là la rivière , où il 
n'y a que trois hundreds. Elle a pour ville confidé- 
rables Cambridge, qui en eft la capitale, ôt Eli. * Cara- 
den , Britan. Baudrand. 

CAMBRIE , partie du pays & principauté de Galles: 
en Angleterre , fur la côte occidentale qui regarde l'Ir- 
lande. Il y fut tenu un concile^vers l'an 465 , félon 
Matthieu de Weftminfter. Les Anglois le nomment Zam- 
bre , & on le prend ordinairement pour tout le pays 
de Galles ou Walles. * Baudrand. 

CAMBRY ( Jeanne de ) connue fous le nom de 
Jeanne-Marie de la Préfentation , native de Tournai , 
étoit fille de Michel de Cambry. Elle fut religieufe de 
l'ordre de S.' Auguftin , puis reclufe à Lille , où elle 
mourut le 19 juillet 1639. ^ e a ^ crit divers ou- 
vrages, & entr'autres , la ruine de C amour propre , & 
le bâtiment de C amour diyin. * Louis Jacob , biblioth. 
des femmes Ulujlresi 

CAMBYSE y 



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C A 



CAMBY5E, Periàn de médiocre' naiffance , vivoit 
fous la L olympiade, envia): 1 500 ans avant J. C. Af- 
tyages i dernier roi des Médes , lui fit époufèr fa fille 
Mandane , croyant éviter par ce mariage difproponionné 
les fuites d'un fouge qu'il avoit fait , ck qui lui prédi- 
'foit fa ruine : car il avoit vu ibrtir du fein de la prin- 
cefTe une vigne , dont les rameaux couvroient toute 
i'Afie : fur quoi les devins lui avo;ent annoncé que le 
(Us qui naitroit de Mandane le détroneroit. En effet , 
Cambyle eue pour fils Cyrus , qui fe mit fur le trône 
de fon aïeul. * Hérodote , /. 1 , ou Ciïo. Jiiftin /, 1 . 
CAMBYSE I ou il , roi de Perfe , étoit fils de Cyrus , 
auquel il fueeéda fur le trône des Perlés & des Médes , 
la quatrième aimée de la LXII olympiade , 5 2,9 ans 
avant J. C il entra eu Egypte , la fournit à fes armes , 
& voulut taire la euerre contre les Carthaginois , les 
Ammoniens ck les Ethiopiens ; niais fon armée ayant 
été enfevehe dans les fables , lorsqu'elle marchoit pour 
détruire le temple d'Ammon , il changea de deiTein. 
Son régne tut de feptans 6k cinq mois. Etant tombé en 
phrénehe , 6k ayant fait mourir Ion frère Tanioxares 
ou .Smcidts, il mourut de rage après une bleiTure qu'il 
fe fit à ia ciulTe l'an 512 avant l'ère de J. C. & fous la 
LXIV olympiade. Valere Maxime raconte une action 
d'une julie lé venté, que ce prince exerça en la per- 
sonne d'un mauvais juge , qu'il fit écorcher tout vif : il 
fit étendre fa peau iur le tribunal où fe rendoit la jufrî- 
ee , voulant que ton fils , auquel il accorda la charge 
de ce père infortuné , y fût lui-même affis , pour 1e 
l'ouvenir d'être plus équitable. * Hérodote , /. 3 , ou 
Talle. Jurtin ,/. 1, c. 9. Diodore de Sicile, /. 2. Va- 
lere Maxime , /. 6 , c, 3 , ex. 2 1 . 

CAMDEN (Guillaume) favant Anglois , naquît à 
Londres le 1 mai 1 5 5 1 . li étoit fils de Samfon Cam- 
den , peintre , & fa mère tiroit fon origine d'une an- 
cienne maifon. A l'âge de douze ans, il fut attaqué de 
la pefte, 6k transporté à Iflington, village fitué proche 
de Londres. Après fa guérifon , il fit fes ciaiïes au col- 
lège de S Paul à Londres. Enfuite il alla à Oxford , où 
ïl continua fes études avec beaucoup d'application dans 
le collège de Pembroke. Au bout de trois ans , le doc- 
teur Thornton, qui étoit fon protecteur, ayant obtenu 
un canonicat dans l'églife de Chrljl à Oxford , i! intro- 
duifit Camden dans le collège de ce nom , & le fit lo- 
ger dans fa propre maifon. Camden n'avoit pas alors 
vingt ans accomplis. Après avoir pafTé cinq ans dans 
1 umverfité , l'état de ks affaires l'obligea de retourner 
à Londres en 1 571 ; & vers le même temps i! parcou- 
rut l'Angleterre , s'appliquant à la recherche des anti- 
quités, fon étude favorite pour laquelle il avoit montré 
de bonne heure une forte inclination. Gabrief ck Geof- 
froi Goodmand , doefeurs en théologie , le fecoururent 
d'argent ck de livres pour le mettre en état de fuivre 
fon goût, 6k le premier lui procura l'emploi de fécond 
régent de l'école ou du collège de Weitminfter. Cam- 
den avoit déjà recueilli beaucoup de matériaux con- 
cernant ies aniiquités de la Grande Bretagne, lorfqu'ex- 
cité par Ortehus qui vint alors en Angleterre, & par 
le deiir d être utile à fa patrie, il réfolut de perfeefaon- 
11er lès recueils tk de les mettre en ordre , malgré les 
grandes difficultés qu'il y trouvoit ck qui l'avoient pref- 
que fait renoncer à fon travail. Après qu'il eut dans 
.cette vue fixé le texte de l'itinéraire d'Antonin, qu'il 
eut appris la langue des anciens Bretons ck la faxonne , 
qu'il eut étudié les hiftoires d'Angleterre ck voyagé chns 
pluiieurs provinces du royaume, il mit fon ouvrage en 
état d'être imprimé. Cet ouvrage parut a Londres en 
1587. Le public le reçut avec de grands applaudifTe- 
mens. On l'imprima dans la même ville trois fois en 
quatre ans : il s'en fit deux éditions en Allemagne , 
(dont Tune eft de Francfort 1590, ) ck une autre à 
Londres en 1 594. La plupart de ces éditions furent corri- 
gées ck augmentées par l'auteur. Après celle de 1594, 
il réfolut d'en donner une autre plus ample. Dans cette 
vue, il rit le voyage de Salisbury ck de \Ycls 3 & revint 



97 



{ a Londres par Oxford. Deux ans après , il alla jufqifà 
Carlide, accompagné du favanr. chevalier Robert Cot- 
ton , avec lequel il avoit lié une étroite amitié. Mais 
une affaire imprévue fufpendit cette nouvelle édition 
augmentée. L'an 1597 la reine Elizabeth lui donna l'of- 
fice de roi d'armes , fous le titre de Clarenceux. Un 
héraut, nommé Brooke , qui prétendoit à cet emploi -, 
fâché de l'avoir manqué , réfolut de s'en venger. Cam- 
den avou inféré à la fin de fa defeription de chaque 
province l'hiftoîre des comtes qui en avoient portéde 
nom. Brooke entreprit de faire voir des fautes dans 
cette hiftoire. Il publia en 1 5,99 un livre intitulé : Dé- 
couverte de certaines erreurs qui fe trouvent dans la fa- 
meufe Britannia , &c. L'année fui vante , Camden 
réimprima fon ouvrage & y ajouta une favanre apolo- 
gie. Le même adveriaire aceufa Camden d'avoir tiré 
des manuferits de Glover ck de Léland tous les maté- 
riaux de fa defeription de la Grande Bretagne ; mais il 
n'eut pas encore de peine à prouver que 1 ufage qu'il 
avoit pu faire , du moins de ceux de Léland , car il 
convenoit s'en être fervi , n'avoit pas emnêché qu'il 
n'eût fait par lui-même toutes- les recherches qu'il de- 
voit faire. Malgré ces difputes, Camden mit en 1607» 
la dernière main à fon ouvrage. Les favans i'appelle- 
rent le Varron , le Strabon, le Paufamas de la Grande 
Bretagne ,'& fon livre ne fut plus critiqué. Dès l'an 
1 T75 u avoit été fait, comme on l'a dit, fécond ré- 
gent du collège de \Veflminfter , ck en 1593 il avoit 
iuccédé au premier régent. On lui avoit donné aupa- 
ravant une prébende dans l'églife de Salisbury ; mais 
Jorfqu'il fut nommé roi d'armes , il qiikta le collège. 
A l'âge de foixante ans , il fe retira dans une maifon 
de campagne à dix milles de Londres ; il y pafTa le refle 
de fes jours ck y compofa la plus grande partie des 
Annales d'Elisabeth. Deux ans avant fa mort, il fonda 
une chaire de- profeneur dans ltmiveriité d'Oxford. Il 
mourut le 9 de novembre. 162.3 , dans la foixante-trei- 
ziéme année de fon âge , .& non à l'âge de foixante- 
quatorze ans , comme le porte fon épitaphe. Il fut 
enterré clans l'églife de Weftminfter avec beaucoup de 
pompe , proche du favant Ifaac Cafaubon , ck vis-à-vis 
du tombeau de Chaucer , poëte célèbre. Il donna au 
collège des hérauts tous fes livres de blafon , ck au che- 
valier Cotton tous les autres , tant imprimés que ma- 
nuferits ; mais après qu'on eut fondé une nouvelle bi- 
bliothèque dans l'églife de AVettminfter , les livres im- 
primés de Camden y furent tranfportés par le moyen 
du doèteur Jean Williams-, garde des fceaux, é.êque 
de Lincoln , ck doyen de cette églife , en vertu d'une 
expreiiion du teftament , laquelle étoit fufceptible d'un 
double fens. Voici la lifte des ouvrages de Camden : 
1 . Bntannia , five floreniijjimorum regnorum Anglice ., 
Scotice , Hibemiœ , infularum adjacentium ex intima 
antiquitata chorographka deferiptio , à Londres i<86 
\5%7> I 59°» &c « La dernière édition donnée par 
l'auteur eff. de 1607. Cet ouvrage a été traduit en An- 
glois, i°par Philémon Holland , en 16116k 1637, 
2° par diverfes pêrfonnes qui y ont joint des obfer- 
vations. Edmond Gibfon , évêque de Lincoln , en a 
donné une nouvelle édition dans la même langue , à 
Londres 1732, deux volumes in-folio. Voyez les Mé- 
moires littéraires de la Grande Bretagne , tome XI 
article IX. On a Un abrégé du même ouvrage de Cam- 
den par Régneras Vitellitis , à Amfterdam 16 16 &.' 
1639, z/z 8°. 2. Grammatices grœcœ injUtuùo corn- 
pendiaria , in ufum regia fckolœ. Wtflmonajhrienjîs , 
à Londres 1 597 , in-%° , 6k fouvent réimprimée depuis., 
3. Reges, reginte , nobiles , & alii in ecclejia collegiata 
beatiPetriWefîinonafleriiftpulti, unà cumejufdemeccle- 
Ji<z fondations prœfixd , à Londres i/2-4 , 1 600 , 1603 5 
ck en 1 606 , avec des additions. 4. Anglica , Norman- 
nica , Hibernica , Cambrica à veteribus dej'eripta : ex 
quibus Affer Menevenjis , anonymus de vita Gulielmi 
Conque/loris , Thomas Waljingham , Thomas de la 
Mort t GîUklmus Gcmeticenfs 3 Giraldus Çambnnfis ; 



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90 

vlcrique nunc m lucan editi ex biblioihcca Guluhm Cam- 
deni,k Francfort 1603 , in-folio. 5. Rehqw* Britanni- 
ca:, fvc de Britafmia incolis , & de eommdem Imguis , 

nominibus , cognominibus nummis, fymbolis , 

veûitu , provcrbiis , epitaphiis , ckc. en anglçis , a Lon- 
dres, 1604 &k i6i 4 ,«-4°- Cet ouvrage a ete plufieurs 
fois réimprimé depuis avec d^ additions de Jean Fhil- 
pot, héraut de Sommerfet. 6. Acïio in Henricum Garne- 
tum , focietatis jefuiticce in Anglia Juperiorem , 6- ae- 
teros qui proditione immaniffimd ferait f magna Bn- 
tanniez regem & regni Anglia: ordines pulvere fulminait 
è medio tollere conjurarant : una cum oratiombus do- 
minorwn delegatorum , & fupplicio Gameti ; traduit 
de l'anglois en latin par Camden, à Londres 1607 , 
n _. ^„_«,/.„ ., Â t1 rrVir,niauun & Hibenuca- 

rum remanie Eli{abethd ad annum falutis I5 8 9> a 
Londres 1615, in-folio, à Francfort 16 16 , tn-S 
ck depuis avec une continuation jufqu a la mort cl fc.li- 
zabeth, à Lcyde 1625 6k 1639 , «-8° ; a Londres 
1627, in-folio, ckc. Cet ouvrage a e te mis plufieurs 
fois en anglois, 6k la première partie a été traduite 
en françois par Paul de Bclligent , avocat au parlement 
de Pans, à Londres 1610, & enfuite tout entier , a 
Paris 1627, in-4 . 8. Gnlielmi Camden & dlujlmim 
virorum ad G. Camdenum epifolec : cum appendice 
varii argumend. Accélérant annalium regni régis Ja- 
cobi I , apparatus , & commentarius de antiquitate , 
dignitate , & officio comitis marcfcalli Anglia. Pm~ 
mitùtur G. Camdeni vita , feriptore Thomd Smaho ' 
facm theologia doclore , ecclejiœ anglicanes presbytero , : 
à Londres 1691 , in-4 . L'ouvrage eft dédié au ba- 
ronnet Jean Cotton. La vie de Camden eft fort dé- 
taillée : elle eft précédée d'une préface liiftonque qui 
roule en partie fur les ouvrages du même 6k quelques 
circonftances de fa vie , 6k fuivie de la lifte de fes ou- 
vrages ; des témoignages que lui ont rendus les favans ; 
d'un di: cours latin à fa louaiige , prononcé par Zou- 
chée Townley , 6k de plufieurs pièces de vers fur le 
même fujet. On apprend dans les lettres de Camden 
Se celles qui lui ont été écrites , recueillies dans le 
même volume , diverfes anecdotes d'hiftoire civile ck 
littéraire. A la fin du même recueil on trouve des vers 
latins de Camden à la louange de Roger Afcham ( In 
dotïiffimi viri RoGERI AsCHAMI laudem fylva, ) 
Une autre pièce du même , ( en vers latins ) intitulée ,Hi- 
bernia; ck un recueil d'épitaphes compofées parle même. 
CAMEL , Al Malek Al Camel , roi d'Egypte , 
étoit fils de Malek al Adel Âbubecr , fils SAjvb ou de 
Job , ck par conféquent neveu de Saladin , frère de 
Malek al Adel. Il fuccéda à fon père l'an 615 de 
l'hégire, de J. C. 121 8; ck l'an 6 18, accompagné 
de les frères ck d'autres princes de fa maifon , il affié- 
gea les Francs dans la ville de Damiette , qu'ils te- 
noient depuis environ deux ans , ck les obligea de fe 
rendre , en ftipulant la liberté des prifonniers faits de 
part ck d'autre. Ce fultan , après la conquête de Da- 
miette , en convertit la grande églife en mofquée , ck 
bâtit une nouvelle ville au lieu où le Nil fe fépare en 
deux au-deiïus de Damiette. Il donna à cette ville le 
nom de Marfurach , pour marque de fa viftoire , ck en 
étendit les murailles ck les fortifications , d'un côté juf- 
qn'à Damiette , ck de l'autre jufqu'à la ville nommée 
Afchmun. Cependant les Francs , qui recevoient tous 
les jours de grands fecours de l'Europe , continuoient 
de faire la guerre dans la Syrie aux autres fui tans Aju- 
bites ; car c'eft ainfi que s'appelloient les princes ré- 
gnans de la poftérité de Saladin. Malek al Moaddham , 
l'un d'eux , avoit fait démolir les murailles de Jérufa- 
îem , de peur que les Francs ne s'en emparaflent ; de 
forte que Malek al Camel , qui s'étoit rendu puiffant 
en Syrie aux dépens de fes frères ck de fes autres pro- 
ches parens , fut enfin obligé de conclure la paix avec 
eux , ck de leur abandonner Jérufalem , avec la plus 
grande partie delà terre-fainte. L'an 630 de l'hégire, 
de J. C. 12.31, le fultan des Selglucides de Natolie lui 



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prît la ville d'Edefle , qu'il reprit quatre mois après ; 
ck fans les Tartares , qui le ferroient de fort près , il 
eût pouffe plus loin fes conquêtes. L'an 63 5 il fe rendit 
maître de la ville de Damas ; mais dans le temps qu'il 
pourfuivoit la conquête de la Syrie , ck qu'il rouloit 
dans fa tête de grands defleins contre les Frat;<> ck 
contre les Tartares, ck les Selgiuckles , qui coniinoient 
de tous côtés ks états , il mourut cette même année de 
l'hégire 635 , qui eft de J. C. 1137, dans la ville de 
Damas , après vingt années de régne en Egypte ck en 
Syrie. Il mourut avec la réputation d'un prince fage ck 
favant. L'Egypte requt de lui de grands avantage ; ck 
les gens de lettres en particulier lui eurent de grandes 
obligations ; car il tenoit fouvent des conférences ck 
des difputes dans fon palais , dans lelquelles il leur pro-> 
pofoit lui-même plufieurs difïicultés , tantôt fur les belles 
lettres , ck tantôt fur la jurifprudenco mufulmàne ; ck 
il ne les congédioit jamais , qu'il ne leur eût fait des 
préfens confidérables. Malek alSakh Ajub , fon fils , 
lui fuccéda l'an 636 de l'hégire dans les érats de Syrie , 
ck alla l'année fuivante prendre poffefTion de ceux d'E- 
gypte. * D'Herbelot , bibl. orient. 

CAMELI ( François) antiquaire de la reine Chriftine 
à Rome , n'eft connu que par un livre où il donne la 
defeription du cabinet des médailles de cette illuftre 
reine , qui fut imprimé en 1691. On connoît peu 
d'ouvrages en ce genre plus mal travaillés. 

CAMELFORD, bourg d'Angleterre , fuué dans le 
pays de Cornouaille , ck gouverné par un maire , près 
du canal de Briftol fur la rivière de Camel , à cinq 
lieues du bourg de Launfton. Camelford a féance & 
voix dans le parlement d'Angleterre. * Mati. Dicf. 
angl. 

CAMELIONE ( Mont ) en latin Cerna , ou Cerne- 
nus mons, c'eft une partie des Alpes maritimes. Cette 
montagne eft entre le vicariat de Barcelonette 6k le 
marquifat de Saluces ; mais elle communique fon nom 
à toutes celles qui ferment la vallée de Barcelonette , 6k 
qui s'étendent jufqu'aux fources du Var ck du Verdon, 
i ck aux confins de la Provence. * Mati , die/.. 
I CAViENEC , bourg du royaume de Hongrie , eft 
dans l'Efclavonie , fur le Danube , un peu au-deftus de 
Peter "Waradin : quelques-uns le prennent pour l'an- 
cienne Acumïncum , ville de la Pannonie , laquelle 
d'autres mettent à Salcnkemen. * Mati , dicl. 

CAMENECIA, ville, cherche^ KAMINIECK. 
CAMENI POYAS, ZIEMNO Y POYAS , c'eft-â- 
dire , la ceinture du monde , anciennement Riphœi 
montes , ce font des montagnes de la Mofcovie fep- 
tentrionale. On les confond ordinairement avec les 
montagnes de Stolp 6k d'Obi , & on les étend depuis la 
mer Blanche jufqu'à l'embouchure de l'Obi. M. "Wit- 
fen dans la carte qu'il a donnée des parties feptentrio- 
nales de l'Europe 6k de l'Ane , diftingue ces Trois fortes 
de montagnes ; il met celles de Stolp au ^o-;chant de la 
rivière de Petzora , celles d'Obi au levant de celles de 
Stolp , entre l'embouchure de la rivière de Fetzora 6k 
celle d'Obi ; 6k il met dans ce même lieu les monts Hy- 
perboréens des anciens : au midi de ceiiA-ci , environ 
à trente lieues de la côte , il met les montagnes de Sé- 
mino , ouCameni Poyas, qu'il appelle uiffi les mon- 
tagnes de Wergotur , 6k il croit que c'cft-là propre- 
ment cju'étoieut les monts Riphéens , que Ptoléinée a 
placés mal-à-propos à la fource du Tanaïs , ou il n'y 
a point de montagnes. 

CAMERA, la Fore de Caméra ou de Cambia , 
anciennement , Hercatis Pyrgos , Tunis Herculis , 
bourg , ou petite ville du royaume de Barca en Bar- 
barie , eft fitué fur le golfe de Sydre , entre la rivière 
des Salines 6k celle de Méléel. * Mati , dicl. 

CAMERARIUS ( Barthélemi ) de Bénévent, mort 
en 1564, a donné plufieurs ouvrages, favoir , en 
1552, un confeil fur le mariage ; en 1 5 56 , un traité 
de la grâce 6k du libre arbitre , contre Calvin ; un traité 
de la prédication, ( de predicatione ) à Pife 3 w-4% 



C A M 



C A M 



& trois dialogues fur le jeûne, fur roraifon 6k fur l'au- 
mône. Il donna encore en 1557, deux dialogues fur 
la fin du purgatoire. 

CAMERARIUS , en allemand CAMMER-MEIS- 
TER ( Joachim ) étoit de Bamberg , ville d'Allema- 
gne dans' la Franconie , où il naquit le 12 avril 1500. 
Il a fait honneur , comme dit Turnebe , non feulement 
à fa patrie , mais encore à l'Allemagne 6k à toute l'Eu- 
rope , dont il a été un des plus beaux ornemens. Il 
excelloit dans la connoiffance des langues , daus l'hif- 
toire , dans les mathématiques , dans la médecine , 
dans la politique ; Se il étoit avec cela naturellement fi 
éloquent, qu'il perfuadoit tout ce qu'il vouloit. De 
grands princes l'honorèrent de leur amitié , comme 
les empereurs Charles-Quint , 6k Maximilien IL II en- 
feigna avec applaudifrement à Nuremberg , à Tubin- 
ge, 6k à Leipfick, ck mourut le 17 avril de l'an 1 574, 
étant entré depuis fept jours feulement en la 75 e an- 
née de fon âge. Pendant qu'il étoit au lit de la mort , 
il y compofa ces vers : 

Morte nihil tempeflivâ ejje optatlus alunt i 
Sed tempejlivam quis putat ejfefuam ? 

Qui putat , illcj'ap'u : namque ut fatalia vitœ , 
Sic & quifquefuœ. tempora mords habit. 

Camerarius avoit époufé Anne de Truchfes de Grunf- 
perg d'une noble famille , ck il en eut neuf enfans , 
cinq fils 6k quatre filles : les fils furent Jean , confeiller 
du duc dePruffe ; Joachim , médecin; Philippe, jurif- 
confulte ; ( Voyez ci-après les articles de ces deux der- 
niers ) Jean , aufli médecin 5 qui a écrit divers ouvra- 
ges ; 6k Geofroi : il a traduit de grec en latin quelques 
parties de Démofthènês , de Xénophon , d'Homère , 
de Lucien , de Galien , de Dion Chryfoftome , d'A- 
riftide , de S. Grégoire de NyfTe ; mais tout cela 
rafiemblé ne feroit pas un jufte in-douze. Outre cela , 
il a compofé la vie de Philippe Melancthon , qui étoit 
fon ami ; ck celle d'Eoban de HefTe : il a publié le ca- 
talogue des évêques de diverfes églifes , des lettres en 
grec, des poéfies. * Jeremias Solmius , in narrât, de 
vita Joach. Camtr. Paul Jove , in elog. c. 146. Vof- 
iïus , de mathem. c. 65. Melchior Adam , in vit. Germ. 
philof. Turnebe. De Thou. Julie Lipfe. M. Bayle , 
diS. cri t. 

CAMERARIUS (Joachim) médecin célèbre , fils 
de Joachim Camerarius , dont nous venons de parler , 
naquit à Nuremberg le 6 novembre de l'an 1534. Il 
étudia dans les meilleures univerfités d'Allemagne , 6k 
enfuite en Italie , dans les univerfités de Padoue 6k de 
Boulogne , où il fe fit des amis , entr'autres , Fallope , 
Aquapendente , Capivaccio , Aldrovandus , 6k Vincent 
Pinelli. -Lorfqu'il fut de retour chez lui , fa réputation 
le fit fouhaiter à divers princes , mais fon attachement 
pour les belles lettres l'empêcha de s'y attacher. Il fit 
une étude particulière de la chymie 6k de la botani- 
que ; & non feulement il eut foin de cultiver un jar- 
din , où l'on trouvoit les plantes les plus curieufès ; 
mais il acheta la bibliothèque botanique de Gefner. 
Quelque réfolution qu'il eût faite de s'éloigner des mal- 
iens des grands , il ne put fe dérober à ceux qui ve- 
noient le confulter. Ce favant homme laifla des enfans 
de trois femmes , 6k mourut le 1 r octobre 1598. Ses 
ouvrages font Hortus médiats. De re rujîica. Deplan- 
zis epijiolœ , &c. * Melchior Adam , in vit med. Germ. 
Valider Linden , de feript. medic. Jean-Michel Bru- 
tus, epiji. l.IF, p. 176. 

, CAMERARIUS ( Philippe ) troifiéme fils du pre- 
mier Joachim , dont nous venons de parler , né en 
15 37, s'appliqua particulièrement au droit fous Jean 
Sturm, ck François Hotmail, qui enfeignoient à Stras- 
bourg. Il acheva fon cours de droit à Padoue , où il 
arriva le 23 octobre 1 563 , 6k pafTa enfuite à Ferrare, 
où il relia pendant un an. Il féjourna depuis quelques 
mois à Boulopne , & arriva à Rome en 1565. Il y 
emendit le fameux Muret , ck comme il fe dii'pofoit à 



99 



s'en retourner à Ferrare avec le chevalier de Cornbourg 
fon coufin 6k fon compagnon de voyage , ils furent 
arrêtés , & transférés le foir même à l'inquifition. On 
ne fait de quoi on les aceufoit ; mais on ne put les 
trouver coupables. On voulut enfuite les engager à 
quitter leurs erreurs, 6k à embraffer la religion catho- 
lique ; mais n'ayant pu leur faire abandonner la con- 
feffion d'Augsbourg , on les renvoya après deux mois 
de prifon. Les proteftans ont avancé fur les caufes 5 & 
les fuites de cet emprifonnement , bien des contes qu'ils 
ont ornés le plus qu'ils ont pu , félon leur coutume , 
pour attaquer la religion romaine , & la rendre odieufe 
à ceux qui ne la connoiffent point. Camerarius revint à 
Nuremberg le 16 janvier 1 566 ; & en 1569 il reçut le 
bonnet de docteur en droit à Balle. En 1 573 la répu- 
blique de Nuremberg lui donna le titre de fon confeiller, 
6k peu de temps après le landgrave de HeiTe lui accorda 
la même charge. En 1 581 il fut le premier vice-chan- 
celier de la nouvelle univerfité d'Altorif. Sur la fin de 
fes jours , il fit fes trois centuries intitulées : Horœfub- 
cijlv'a', qui ont été traduites en françois , en italien 6k 
en allemand. La meilleure édition en latin , efi celle de 
Francfort en 1624, trois volumes i/z-4 . On en a une 
de 1658 au même lieu. Il avoit commencé une qua- 
trième centurie, lorfqu'il mourut le 22 juin 1624, âgé 
de 87 ans. 

CAMERARIUS ( Louis ) petit-fils de Joachim , 6k 
fils du fécond Joachim , dont nous avons parlé , né à 
Nuremberg le 22 janvier 1 573 , s'appliqua auffi à la ju- 
rifprudence , 6k fut créé docteur en droit à Balle en 1 597. 
L'année fuivante , Frédéric IV électeur Palatin , le nom- 
ma fon confeiller, 6k en 1600 on lui donna le titre de 
confeiller aulique. Il afîifra plufieurs fois aux diètes de 
Ratisbonne , 6k après la mort de Frédéric , Jean comte 
Palatin des deux Ponts , adminiftrateur de l'éleftorat , 
le nomma confeiller privé. Il fut envoyé plufieurs fois , 
tant auprès de l'empereur Rodolphe II , que de l'em- 
pereur Matthias , au nom des princes & des états de 
l'empire , pour des affaires importantes dont il s'aquitta 
toujours bien. En 161 3 on lui donna la prélatine du 
couvent de Rechenbach , dans le haut Palatinat. Il 
afïifta pendant plus de vingt ans aux diètes de l'empire 
& du cercle , en qualité de député de l'électeur Pa- 
latin. En 1620 il fut chancelier des princes 6k des états 
de Silène , 6k il a fouvent été envoyé en ambaffade aux 
empereurs , aux rois, aux électeurs ck à divers princes. 
Guflave Adolphe , roi de Suéde , l'envoya à la Haye 
en 1625, en qualité de fon confeiller privé ck de fon 
ambaffadeur ordinaire auprès des Etats-Généraux , ck il 
y demeura dix-fept ans , c'eft-à-dire , jufqu'à la mort de 
Guftave. En 1638 il fe retira à Leyde , ck en 1642 à 
Groningue , où il demeura environ dix ans. Enfin , en 
165 1 il vint avec toute fa famille à Heidelberg , où il 
mourut le 4 octobre de la même année. On lui attribue 
quelques-uns des écrits qui parurent pendant les troubles 
de la Bohème ck du Palatinat , entr'autres : Conjîdera- 
tiones ad Cancellarium Hifpanicum adjeciœ. Epifiolm 
felcciœ , &c. * Freher , in theatr. Puffendorf , de reb. 
Suecic. L 1 , fect. 27. 

CAMERARIUS , ou plutôt CHALMERS , ( Guil- 
laume ) noble Ecoffois , ck théologien. Il étoit rede- 
vable de fon éducation aux jéfuites , qui dans fa jeuneffe 
lui avoient fourni le moyen de faire fes études dans leur 
féminaire des Ecoflbis à Rome. Ses études finies , ils le 
reçurent parmi eux dans un temps où il n'avoit point 
d'autre refTource. Ce fut dans la province de Cham- 
pagne qu'il entra dans cette fociété. Il enfeigna la phi- 
lo fophie dans le collège de Châlons-fur-Marne en 1624, 
ck continua l'année fuivante jufqu'à la femaine fàinte. 
Le jour du jeudi faiut, 1 5 d'avril 1625, il difparut, 6k fe 
rendit en Flandre , d'où il prit le chemin de fon pays. La 
même année 1625, M. de Berulle qui u'étoit encore alors 
que général de la congrégation de l'oratoire , fit dans 
le mois de juin le voyage d'Angleterre à la fuite de ma- 
dame Henriette-Marie de France. Il y trouva Came- 

Tr.melII, N ij 



foo C A M 

rarius , & le ramena en France dans le mois de fep- 
tembre. Cebi-ci n'ayant pas pris chez les jéfuites le 
dernier engagement , le général de- la compagnie lui 
accorda la difpenfe de fes premiers vœux. Ainfî rendu 
à lui-même , Camerarius- entra dans la congrégation de 
l'oratoire , & ne tarda pas à écrire contre fes anciens 
confrères , & à(e déclarer contre eux dans (es Selectœ 
difputationes philofophicœ , imprimées à Paris en 1630. 
Le père Annat , jéfuite , fous le nom à'Eugenius Phi- 
ladelphie , examinant l'ouvrage du père Gibieuf, de 
l'oratoire , fur la liberté de Dieu & de la créature , at- 
taqua une des queftions philofophiques de Camerarius. 
Celui-ci répliqua par un volume z/z-4 , intitulé : Anti- 
quitatis de novitate vicioria , Jîvejujia defenjïo pmmo- 
tionls phyjiccz contra impetitiones Pjeudo-E ugenii Phi- 
laddphi Romani , imprimé en 1634. A la tête , il mit 
une préface fous ce titre : Caufa Jcribendi , pareequ'il 
y expofe les raifons qu'il avoit eues d'écrire contre ceux 
qui avoient attaqué l'ouvrage- du père Gibieuf, favoir 
le père Théophile Raynaud, & le père Arinat.'/Dans 
cette môme préface il fe juftine d'une manière qui pa- 
roît fans réplique , fur fa fortie de chez les jéfuites , & 
fur plufieurs aftions , fur Iefquelles le père Raynaud 
l'avoit invectivé dans fon premier écrit contre l'ouvrage 
du père Gibieuf. II y venge auffi , pag. 17 & 18, la 
mémoire de David Camerarius fon frère , auteur de 
quelques écrits , & loué par Dempfter , dans fon hiftoire 
d'EcofTe. Guillaume Camerarius a encore donné les 
ouvrages fuivans : Diiïertation théologique fur cette 
queftïon : Si on peut abfoudre un homme- qui na plus 
de connoiffance , & qui ne donne aucun figne de péni- 
tence , imprimée en 1638. Difputationes théologien, 
ï . De diferimine peccati venialis , & mortalis. 2. De 
perfecîa obfervatione legis divinœ. 3 . De perfecïione bo- 
norinn opirum baptifatorum , Jîve renatorum , ubi de 
impoJp.bilitate , & incompojjibilitatt bonitatis & m alitiez 
in eodem accu. 4. De bonitate aciâs attritionis ; oppofita 
difputationibus Roberd Baronis miniflri & profejforis 
Neubredonenjïs , à Paris en 1639 , /«-8°. Dijfertado 
theologica de eleclione angelorum & hominum ad glo- 
riam , 6' de exclujlone corumdem ab eadem , à Rennes 
en 1641 in-iz. Camerarius a auffi donné un recueil 
de quelques traités des Pères , qui n'avoient pas encore 
été imprimés. Ce recueil contient la réponfe de S. Ful- 
gonce aux demandes de Scarilas , fur l'incarnation ; un 
traité des fept vices & des fept dons du S. Efprit; une 
explication du fymbole attribuée à S. Auguftin ; le 
rraité de S. Anfelme , de la garde de f homme intérieur, 
ik une épître de ce père à Bernard , prieur , & aux 
religieux de S. Alban. 

CAMERARIUS ( Elie-Rodolphe ) médecin célè- 
bre , l'ornement de l'univerfité de Tubinge , fut pre- 
mier profeiïeur en médecine à "Wittemberg , & premier 
médecin & confeiller du prince de Wurtemberg. Il mou- 
rut le 7 juin 1695 dans fa quarante - quatrième année. 
On a de lui : Obfervatio de ifchuria ad xi dies non 
Uthiili. * Voyei Manget , biblioth. feript. medic. I. 3. 

CAMERINO , ville d'Italie , autrefois dans l'Om- 
brie , & aujourd'hui dans la Marche d'Ancone , avec 
éveché fuffragant du faint fiége ; les auteurs Latins la 
nomment Camcrinum & Camarina , & i'cs habitans 
Camerices. Elle eft fituée entre Macerata & Spolete , 
& elle a eu autrefois le titre de duché : cette ville eft 
très-ancienne. Tite-Live fait mention en plufieurs en- 
droits du zèle de tous fes habitans pour les Romains , 
& témoigne qu'ils fournirent à Scipion 600 hommes 
pour parler en Afrique. Leandre Alberti remarque les 
divers changemens qui font arrivés au gouvernement 
de cette ville. Elle a eu autrefois des ducs fouverains 
de la maifon de Varano , jusqu'au temps du pape Paul III, 
qu'elle fut réunie à l'état de l'Eglife , faute d'hoirs 
maies. Nous avons les ftatuts & les ordonnances de 
deux fynodes qu'on a tenus à Camerino , l'un en 1 584 
ibus Gafpard des Urfins , & l'autre eu, 1587 fous 3 e- 
r/ôme Bobo ou Bobus. 



CAM 



CAMERINO ; il y a dans la Campagne de Rome 
une autre Camerino , aujourd'hui Camerota , fondée 
par Camer roi des Aborigènes , félon le même Leandre 
Alberti , & dont Romulus vainquit les habitans , com- 
me le veut Denys d'Halycamafïe , /. 2. * Tite-Live , 
/. 9 & 28. 

CAMERINUS , poète Latin , compofa un poème fur 
Troye , & eft mis par Ovide au nombre des poètes 
de fon temps. 

Quique canit domito Camerinus ab Heclore Trojam. 

* Ovide, /. 4 de Ponto, ep. 16. 

CAMERLINGUE , cardinal qui régit l'état de l'é- 
glife & adminiftre la juftice ; c'eft l'officier le plus émi- 
nent de la cour de Rome, pareeque tout le bien du 
faint fiége eft adminiftre par la chambre dont il eft le 
préfîdent. Le fiége vacant , il fait battre monnoie , îk 
marche en calvacade , accompagné des gardes Suiffes 
& autres officiers , & publie des édits. Il a fous lui un 
tréforier & un auditeur appelles généraux , qui ont une 
jurifcliction féparée , & douze prélats appelles clercs de 
chambre. Du Cange dit qu'on a auffi appelle camer- 
lingues , les tréforiers du pape & des empereurs. Ce 
mot eft allemand dans fon origine , & vient de Kam- 
merling , qui fignifîe chambrier , ou maître de la cham- 
bre , ou tréforier ; & dans une charte de l'empereur 
Lothaire de l'an 837, l'on trouve que Berthold exer- 
çant la charge de tréforier , portoit ce nom. * Du 
Cange , Glojjfarium Lat. Ughellus 

CAMERON ( Jean ) qui vivok dans le XVII fïécte; 
étoit né à Glafcow en EcofTe , où il fît fes études : il 
vint enfuite en France , &c parut avec éclat entre les 
proteftans de ce royaume : on dit qu'il favoit très-bien 
le grec , & qu'il s'énoncoit en cette langue fur le 
champ avec une facilité furprenante. Il avoit enfeigné 
dans le lieu de fa naifïance , puis à Bergerac en France , 
d'où il alla à Sedan , où il profefta pendant deux ans 
la philofophie. Enfuite il revint à Paris , d'où il alla à 
Bourdeaux fur la fin de l'an 1604. Le confiftoire de 
cette ville Jui promit de l'affifter pendant quatre ans , 
pourvu qu'il voulût étudier en théologie : il accepta 
cette offre , & fut fait précepteur des enfans du chance- 
lier de Navarre , nommé Calignon , avec lefquels il alla 
à Genève & à Heidelberg. En 1608 , l'églife pro- 
teftante de Bourdeaux le rappella , & l'élut miniftre à. 
la place de Renaud ; au bout de dix ans , il fut nommé 
profeffeur en théologie à Saumur , où il fuccéda au 
célèbre Gomar Hollandois ; de-là 11 pafïa en Angleterre 
vers l'an 1621 , & il y enfeigna quelque temps, aufli- 
bien qu'à Glafco-w , lieu de fa naiftance. Il revint en- 
fuite à Saumur , où la fituation dans laquelle étoient 
les affaires des proteftans , ne lui permit pas de pro- 
feflêr : c'eft pourquoi il fut contraint de fe retirer à 
Montauban. Mais s'étant oppofé à la fureur des hugue- 
nots qui fe fouleverent en 1625 contre le roi Louis XIII, 
il irrita tellement les rebelles , qu'un d'entr'eux l'afTom- 
ma prefque à coups de poing , & à coups de bâton J 
ck l'eût même achevé , fans le fecours d'une femme 
qui fe mit entre deux. Cameron fe retira à Moiffac pour 
s'y faire panfer , & étant revenu quelque temps après 
à Montauban , il y mourut de chagrin à l'âge de 46 ans. 
Il fut auteur d'un nouveau fyftême de la grâce ; car les 
calviniftes étoient alors partagés entr'eux , à caufe des 
opinions d'Arminius , defquelles Cameron approcha 
fort. Les plus favans hommes qu'ils aient eu dans leur 
parti, comme Amiraut , Cappel , Bochart, Daillé, & 
quelques autres , ont fuivi lès fentimens , étant per- 
fuadés que ceux de Calvin fur la grâce , fur le libre 
arbitre & fur la prédeftination , étoient trop durs : c'eft 
ce qui a fait que les autres calviniftes ont parlé dans 
leurs écrits de l'école de Saumur , comme d'un parti 
oppofé au pur calvinifme. Cameron avoit publié de 
fon vivant une conférence avec Tilenus , intitulée : De 
gratia & voluntatis hiimana concurfu in vocations ? 
LeœdJ anno 162.1 ; 6c un autre traité auffi en latin, 



C A M 

imprimé à Saumur eu 1624, où il défend fon opinion 
touchant la grâce & le libre arbitre. On a imprimé 
après fa mort fes prœlecliones , ou leçons de théologie, 
qui contiennent l'explication de certains paffages de 
récriture en forme de lieux communs & à la maniéré 
des controverses. Il eft diffus dans fou ftyle, quoiqu'il 
s'exprime avec aflez de netteté ; on a auffi impïiméà 
Genève en 1632 des remarques favantes & judicieufes 
fur tout le nouveau teftament, avec le titre de Myrro- 
thccliun evangdiaim , & on les a inférées depuis dans 
les critiques d'Angleterre. Cameron étoit perfuadé qu'on 
pouvoit fe fauver dans l'églife romaine, dont il fuivit à 
peu de chofes près la doctrine fur la grâce. * Mem. hlSî 
^ CAMERON IENS ; c'eft un parti de presbytériens 
d'Ecofle , ainfî appelles d'Archlbald Cameron , prédica- 
teur de la campagne , qui fut le premier qui fe fépara 
de communion des autres presbytériens , qui n'étoient 
pas de fon opinion touchant les minières qui avôient 
accepté la liberté de confeience accordée par Charles II, 
difant que ç'étoit favorifer le droit de fuprémacie, que 
ce prince prétendoit avoir dans l'églife : eux , au con- 
traire , foutenoient qu'ils n'avoient fait qu'ufer de la 
iiberté qui leur étoit accordée , d'exercer les fondions 
paftorales dont ils avoient été injustement privés. Les 
difputes & la chaleur augmentèrent de part & d'autre ; 
mais d'autres presbytériens réfolurent de les fufpendre , 
jufqu'à ce que le différend eut été terminé dans une 
affemblée générale. Les Caméroniens fe féparerent 
d'eux , & pouffèrent leur animofité jufqu'à l'excès : ils 
dirent que le roi Charles étoit déchu de fon droit à la 
couronne , & de la fociété de l'églife , pareequ'il avoit 
violé la ligue folemnelle & la convention fous laquelle 
il avoit reçu la couronne ; & que fa vie criminelle l'ex- 
cluoit de ^ droit du privilège detre membre de l'églife. 
Us ne prétendoient rien moins que de le détrôner & 
de l'excommunier. Ils fe jetterent dans une rébellion 
ouverte , qui fut étouffée par le duc de Montmouth à 
Bothwell-Bridge, Ils fe fournirent avec plaifir au roi 
Guillaume III , & ont témoigné dans toutes les occa- 
fions leur zélé pour lui , comme à Dunkell , à Steinkerke, 
& ailleurs , fous leurs officiers Cleland , Fullerton , & 
le major Ker de Kerland, le dernier étant le chef d'une 
ancienne famille d'EcofTe de ce nom , & qui contribua 
à porter les Caméroniens à convenir avec le gouver- 
nement d'alors , tant dans le civil que dans Pecclé- 
haibque ; mais il fut enlevé par une mort prématurée 
caufée par les bieffures qu'il reçut à Steinkerke. Quant à 
leurs difputes fur les matières eccléfîaftiques , elles furent 
terminées , pareeque leurs prédicateurs fe fournirent à 
l'afTemblée générale de l'églife d'Ecoffe, tenue en 1600 
* Dici. angl, J 

CAMILLA, reine des Volfques, fille de Metabe roi 
des mêmes peuples & de Cafmille , fut confacrée à 
Diane par fon père ; c'eft pourquoi dès fes premières 
années elle fut occupée aux exercices de la chaffe & 
aux armes. Comme elle fe fentit une violente inclina- 
tion pour l'un & l'autre métier , elle s'y rendit fi habile, 
quelle y acquit beaucoup de gloire : enfin elle vint au 
fecours de Turnus & des Latins contre Enée , & elle 
fe fignala par plufieurs beaux exploits. Elle fut tuée en 
trahiion par Aruns ou Aronce , comme on le voit dans 
Virgile , /. 7. 

( CAMILLA ( la Signora ) feeur du pape Sixte V 
etoit femme d'un habitant du village des Grottes , 
proche la ville de Montalte , dans la Marche d'An- 
cone en Italie. Lorfque fon frère Félix Peretti , appelle 
depuis le cardinal de Montalte , eut été créé pape fous 
le nom de Sixte V, l'an ijgj , elle fut mandée à Rome, 
& y vint accompagnée des enfans de fa fille. Comme 
elle approchoit de la ville , les cardinaux de Médicis , 
d Eft & Alexandrin furent au-devant d'elle , & la con- 
duisirent dans un palais , où ils la firent habiller en prin- 
cefle, croyant faire ainfî leur cour au pape , qui aimoit 
cette feeur avec beaucoup de tendreffe. Ces cardinaux 
Ja conduisent enfmte chez le pape, & la lui préfen- 



C A M ïô£ 

terent ; mais Sixte V la voyant avec des habits fi ma- 
gnifiques , fit femblant de ne la pas connoître & fe 
retira dans une autre chambre. Camilla retourna le 
lendemain au Vatican avec fes habits ordinaires & 
alors le pape i'embraffa , & lui dit : Vous êtes à pAfint 
ma fœur , & je ne prêtons pas qu'un autre que moi 
vous donne la qualité de prlncejfc. Il la logea dans fon 
palais de Sainte-Marie majeure , & lui affigna une pen- 
fion fort. honnête ; mais il lui défendit dé fe mêler 
d aucune affaire , & de lui demander aucune grâce * 
a quoi elle obéit fi ponctuellement , qu'elle fe con- 
tenta d'obtenir des indulgences pour une confrérie éta- 
blie dans 1 eghfe du Refuge de Naples , dont on l'a voit 
fait : proteâhce. * Gregorio Leti , hifi. du pape Sixte F. 
CAMILLE ( M. Furius Camillus ) l'un des plus 
grands hommes de l'ancienne Rome ; triompha quatre 
fois , & fut cinq fois dictateur, fîx fois tribun militaire 
& une fois cenfeur ; mais il ne fut jamais conful, quoi! 
quil eut fervi la république utilement, & qu'on lui eût 
donné, le titre de fécond fondateur de Rome. II vain- 
quit les Antiâtés joints aux Latins & aux Herniques 
quoiqu'avéc une armée fort inférieure en nombre ' 
comme le rapporte Tite-Live, dans les 7 & 8 chap du il 
vrc 5 de la première décade. Pendant fa cenfure , l'an 167 
de Rome , il fit ordonner que ceux qui étoient à marier 
fe mariaient avec les veuves de ceux qui étoient morts 
pendant la guerre. Il défit les Falifques , & prit après 
un fîége de dix ans l'an 3 58 de Rome , & 396 avant 
Jefus-Chnft , la ville de Veïes , d'où il remporta un 
très-grand butin , qu'il difhibua aux foldats contre fon 
vœu : car, il avoit promis à Apollon la dixième partie 
du butin de Veïes , & il ne s'étoit point fouvenu de la 
mettre à part. Le fénat averti par les arufpices , que le 
ciel étoit irrité , ordonna que chaque foldat rapporte- 
roit la dixième partie de fa portion du butin ; cet édit 
fit murmurer contre Camille ; & lorfqu'il eut fait re- 
jetter la propofltion d'envoyer des habitans à Veïes 
l'un des tribuns le mit en juftice , pour lui faire rendre' 
compte du butin de cette ville. Camille prévint fa con- 
damnation , s'exila de lui-même , & fut de plus con- 
damné à une fort grofTe amende. II avoit déjà dédié 
le temple de Junon , & celui de Mature ou de Leu- 
cothée. Durant fon exil , l'an 364 de Rome , le capitole 
étant afîîégé par les Gaulois Sénonois , il fut élu dicla- 
teur ^quoiqu'elle par fon ingrate patrie. Camille qui 
étoit à Ardée ayant appris cette nouvelle , follicita les 
Ardéates de venir au fecours de Rome & de toute 
l'Italie , contre l'invafion des Gaulois : il arriva à Rome 
au moment qu'on pefoit les deux mille livres d'or , en 
exécution du traité fait avec les Gaulois , pour les obli- 
ger à quitter le fiége ; & ayant chargé ces ennemis à 
l'improvifte , il les contraignit de fe retirer honteufe- 
ment & avec perte. Il mérita par cette aétion le nom 
de fécond Romulus , & de reftaurateur de fa patrie 
principalement pour avoir empêché que les Romains * 
quittant leur ville , ne fe retiraffent à Veïes. Après cette 
défaite & la délivrance de Rome, il traça un temple à 
cette voix qui avoit averti les Romains de l'arrivée des 
Gaulois , & qu'ils avoient négligée , & lui infKtua des 
facnfices fous le nom de Deus Locutius ; enfuite il 
remit les loix en leur première vigueur , contraignit les 
Volfques de fe rendre , & défit les Eques , les Tofcans, 
& autres peuples voifins. Lorfqu'il afTiégeoit Faterie 
vers l'an 360, un maître d'école lui amena les enfans 
des plus confidcrables familles de cette ville. Camille 
déteftant cette trahifon , renvoya cet homme lié à Pa- 
ierie , & le fit accompagner par ces enfans ; ce qui 
charma fï fort les habitans , qu'ils fe rendirent à ce 
généreux ennemi. Le bruif d'une nouvelle incurfion de 
Gaulois en Italie, obligea le fénat de le créer dictateur 
pour la cinquième fois en 387. II défît les ennemis qui 
s'étoient avancés jufque dans les campagnes d'Albe, & 
retourna dans Rome triomphant 23 ans après qu'il l'eut 
délivrée pour la première fois. Les Romains pour re- 
connoître tant de bienfaits &: des fervices fî importans 3 



ï02 C A M 



C A M 



lui élevèrent une ftatue équeftre dans le marché de 
"Rome , honneur qui n'avoit encore été rendu à aucun 
citoyen. Il mourut de la pefte deux ans après à l'âge 
de quatre-vingts ans , l'an 389 de Rome, 365 avant 
l'ère chrétienne. * Plutarque dans fa vie. Tite-Live, 
/. 5. Florus , /. 1. Aurelius Viftor , des hommes illujires, 
£.%■$. Diodore. Qrofe. 

CAMILLE (L. Furius Çamillus ) conful romain & 
diftateur , fils du précédent , fut nommé di&ateur en 
l'an 404 de Rome , & 3 50 avant Jefus-Chrift. L'année 
d'après , étant conful avec Appius Clauclius Craflus , 
qui mourut auflitôt , il fut obligé de s'oppofer aux Gau- 
lois. Il eut le bonheur de les vaincre ; U ce fut en cette 
occafion que le tribun Valerius tua un Gaulois par le fe- 
cours d'un corbeau , qui voltigeoit , dit-on ,. autour de 
fa tête, d'où on lui donna le nom de Corvinus. EnFan- 
tiée 417 de Rome, 337 avant Jefus-Chrift,. Camille fut 
conful avec C. Maenius Nepos : fon collègue & lui dé- 
firent entièrement les Latins , & furent honorés de fta- 
tues équeftres. Camille prit auffi la ville d'Antium ; & 
ayant ôté toutes les galères qui fe trouvèrent dans le port, 
il en fit porter les proues d'airain à Rome , & les fit at- 
tacher fur la tribune aux harangues , qu'on appella de- 
puis rojlra. En l'an 430 de Rome, 3 14 avant Jefus-Chrift, 
il fut encore conful avec Decius Junius Brutus Sceeva ; 
ce dernier fe mit en marche contre les Peligniens , les 
Marfes & les Veftiniens , & Camille s'avança contre 
les Samnîtes ; mais étant furpris de maladie fur fa route, 
al nomma dictateur le plus fameux capitaine de fon temps, 
qui étoit L. Papirius Curfor. * Tite-Live , liv. 7 & 8. 
Pline, îiv. 34, c. 5. Florus. 

CAMILLE SCRIBONIEN (CamillnsScribonianus) 
fut élu empereur par quelques Romains , lattes du régne 
de Claude ; mais il fut abandonné des fiens , & tué peu 
après. Arria fon époufe , animée d'un courage au-deflus 
de fon fexe , ne voulut pas lui furvivre , & fe donna la 
mort en même temps , l'an de J, C. 41. * Tacite , dans 
la vie d'Agricola. Pline , /. 3 . 

CAMILLE ( Jnle ) nommé autrement Ddminitim , 
d'une petite ville de Dalmatie , où fon père étoit né , 
■vint au monde dans le territoire de Forli , & enfeigna 
la logique à Boulogne , peu après le commencement du 
XVI fiecle. Il étoit fort verfé dans les langues orienta- 
les , dans la cabale , & dans la phiîofophie des Egyp- 
tiens , de Pythagore & de Platon. Mais il favoit peu le 
grec. Ce fut lui qui compofa le difcours que Jean-Bap- 
tifte Pallavicini , évéque de Cavaillon , prononça , & 
qui lui obtint la liberté de fon frère auprès de François I. 
Camille voulant fournir des matériaux & des idées à 
ceux qui aimeroient l'éloquence , tira de ceux qui y ont 
été habiles , ou qui en ont traité , & de Cicéron en par- 
ticulier , tout ce qu'il jugea propre à fon deffein , & le 
difpofa fur autant de feuillets de papier qu'il arrangea 
dans un très-grand nombre de tiroirs , dont il avoit fait 
garnir une grande machine de bois , faite en amphithéâ- 
tre. Il la fit tranfporter en France , &la préfenta à Fran- 
çois I , qui loua fon deffein , l'exhorta de le continuer , 
&; lui donna 500 ducats pour l'y engager. Mais il mou- 
rut fans avoir pu conduire ce projet à fa perfection , 
quoiqu'il eut travaillé 40 ans à le remplir , & qu'il y 
eut dépenfé, dit-on, 1500 ducats. François Patrice, 
Thomas Porcacchi , & quelques autres , ont fait impri- 
mer après fa mort ce qu'ils ont pu tirer de fes écrits 
fur ce fujet. On a de lui entr'autres , Idca dit theatro , 
un poème latin adreffé à Bembe , un difcours pour ré- 
pondre à ceux qui prétendoient que tout fon deffein , 
dans le projet dont on vient de parler , étoit d'amufer 
quelques princes , & d'en tirer de l'argent, & plusieurs 
autres écrits en italien , & qui ont été recueillis en deux 
volumes , à Venife en 1567. Camille étoit mort vers 
l'an 1550- Ses poëfies latines fè trouvent dans les deli- 
tiœ poètarum ïtaicmm. * Ghilini , theatrum. Gaddius , 
de fcriptorib. non ecc'lef. 

ÇAMILLUS ou CASMILLUS , c'éloit le nom du 
iirviteur des dieux Cabires j auffi Plutarque dit que les 



Romains & les Grecs donnoient ce nom au jeune mi- 
niftre du temple de Jupiter , comme les Grecs le don- 
noient à Mercure. Varron veut que ce nom vienne des 
myfteres des Samothraces. Macrobe nous apprend que 
les jeunes enfans & les jeunes filles , qui fervoient aux 
prêtres ck aux prêtreffes des divinités païennes , s'appel- 
ïeienr Camilles. Servius dit qu'en langue tofcane , Mer- 
cure étoit appelle Camille , comme étant miniftre des 
dieux. Ce terme de Camille avoit pris cours parmi les 
Tofcans , les Romains , les Grecs , les Samothraces , &c 
les Egyptiens , &; avoit paffé de l'orient à l'occident. 
Bochart croit que ce mot peut venir de l'arabe chadau- 
ca , c'eft-à-dire , minijlrare. On fait que l'arabe a -beau- 
coup de rapport au phénicien & à l'hébreu. Grotius veut 
que Çamillus vienne du Chamarine des écritures , où ce 
terme lignifie les prêtres , ou les augures. * Denys d'Ha- 
licarnaffe , /. 2. Rofin , antiquités romaines , liv. 3 , 
c. 3 1 , & l. 5 , c. 37. Varron , de lingua latina , l. 6. 
ÇAMILLUS de Lellis/Wc/z^LELLIS (Camille de) 
CAMIN ou CAMMIN , ville du cercle.de la haute 
Saxe en Allemagne : elle eft dans la Poméranie fur l'em- 
bouchure orientale de l'Oder , à cinq lieues de Griffem- 
berg & de Treptov. Camin , bâtie des ruines de l'an- 
cienne Jidin, lui fuccéda enl'épifcopatl'an n 98. Elle 
embraffa la religion prétendue-réformée l'an 1574; & 
elle fut cédée à l'électeur de Brandebourg par le traité 
d'Ofnabrug , aux conditions qu'il la tiendroit avec fon 
diocèfe en fief de l'empire , & qu'il pouroit en étein- 
dre les canonicats , après la mort des chanoines , qui 
étoient alors établis. * Mati , dicl. 

CAMÏNITZA ou CHAMINITZA , anciennement 
Olenus , Olenum. C'étoit autrefois une ville épifcopale, 
maintenant ce n'eft qu'un petit bourg du duché de Cla- 
rence en Morée : il eft fur la rivière de Primanto , près 
de fon embouchure , à cinq lieues de la ville de Patras 
vers le midi. * Mati , dicl. 

QP^AIS , idoles qu'adorent les Japonois , & princi- 
palement les Bonzes , ou miniftres de la fe£f.e de Xen- 
xus : ces idoles repréfentent les plus illuftres feigneurs 
du Japon , à qui les Bonzes font bâtir de magnifiques 
temples comme à des dieux , qu'ils invoquent pour ob- 
tenir la fanté du corps , & la victoire fur leurs ennemis. 
Kircher , de la Chine. 

CAMISARS , eft le nom qu'on a donné aux caî- 
viniftes rebelles des Cévennes , qui trompés par les pré- 
tendues prophéties , ou plutôt par les impoftures du mi- 
niftre Jurieu, &: à ce que l'on a dit , parles artifices & les 
promettes du prince d'Orange , s'imaginèrent ou feigni- 
rent d'être prophètes, fouleverent les huguenots des Cé- 
vennes , & formèrent pendant la guerre de 1688 & des 
années fuivantes une efpéce de faction. M. de Brueys ÔC 
d'autres ont écrit l'hifroire ridicule de ces prophètes fa- 
natiques , & les affreufes cruautés que les Camifars 
exercèrent fur quelques catholiques , principalement les 
prêtres & les religieux. 

CAMITZ ou C AMENTS , petite ville ou bourg du 
royaume de Bohème : ce lieu eft fortifié &c fitué dans la 
haute Luface fur la rivière d'EhTer , à cinq lieues de la 
ville de Bautzen , & à fept lieues de celle de Drefde. 
* Mati, dicl. 

CAMMA , dame de Galatie , époufa Sinatus , quî 
étoit très-confidéré dans le pays : ce qui irrita tellement 
Sinorix , qui aimoit éperdument Camma , qu'il fit mou- 
rir Sinatus. Camma fe retira dans un temple de Diane 
pour y pleurer la perte qu'elle venoit de faire , tandis 
que Sinorix la follicitoit continuellement de l'époufer , 
faifant agir fes foins d'un côté , &t fes parens de l'autre , 
pour l'y porter. Cette dame feignant de déférer auxem- 
preffemens de l'un , & aux prières des autres , promit 
de le prendre pour mari. Lorfqu'ils furent au temple , 
où la cérémonie des époufailles devoit fe faire , comme 
ç'étoit la coutume parmi les Galates de faire boire les 
nouveaux mariés dans la même coupe , Camma préfenta. 
à Sinorix la coupe nuptiale , dans laquelle elle avoit mis 
du poifon , & voyant qu'il en avoit bu la moitié , elle 



C A M 

avala le relie , protcftant qu'elle mouroit contente, après 
avoir vengé la mort de Sinatus. *Plutarque, de vinut. 
mulier. Polien, L'ib. 8 , c. 39. 

CAMMARATA (Philippe) né à Païenne dans le 
dix-feptiéme fiécle , y fut premièrement juge criminel & 
confeiller à la cour des appels , enfuite juge royal à la 
cour fuprême du royaume ; enfin , dans une nécefîlté 
urgente , général de toutes les troupes de Sicile avec un 
pouvoir illimité. Ces emplois , qui dévoient le diflraire 
& l'occuper beaucoup , ne l'empêchèrent pas de com- 
pofer les ouvrages fùivans. 1. Jurïdicuni difcrimen inur 
tpïfcopos y abbates , & regulares, novijjïmt difcuffutn in 
caufa Mag. D. Dïonyjii Mugno 3 ordinis magni Bafi-' 
lii y abbatis ecclefœ divi Chrijiopkori felicis urbis Pa- 
nortni: z. Patrocinium D. Berardi Ferro XIX , contra 
D. Jacobum Suri. 3. P ropugnaculum veritatis contra 
monafcriorumfuccejionetn in primogeniis , aliifque bo- 
nis fidcicommijfo fubjectis. 4. Allegationts in caufa. ma- 
rtutennonis poffeffonis principatâs Butera & Para Por- 
tiœ. , cum dignitau magnads Hifpaniarum , & marciuo- 
natâs militelli,aliorunique oppidorurn. sf. Re/ponfa, &Cj 
en deux volumes, 6. Al/egationes pro fororc Anna Ma- 
ria de Jovino nominibus contra venerabilem convtntum 
fanclœ Mariez Montis Carmeli civitatis Suterœ. Philippe 
Camrtiarata efl mort à Païenne le quatrième décembre 
1675. * Mongit. bibliotluca feula. Supplément françois 
de Baflé. 
CÀMMER-MEISTER , cherchez CAMERARÏUS. 
CAMMERSTAD ( Georges ) Allemand , natif de 
Mifnie , étoit un célèbre jurifconiulte. Les princes de la 
maifon de Saxe l'employèrent dans plufieurs affaires , où 
il réuffit fi heureuiëment , qu'il acquit de grands hon- 
neurs 6k: de grands biens. Il étoit né en 1498 , & mou- 
rut en 1 560. * Petrus Albinus , in chron. Mifn< tu. 25. 
Melchior Adam, in vit.jurif germ. 

CAMOENS (Louis de ) célèbre poëte Portugais , 
naquit à Lisbonne , les uns dilent en 1 5 1 7 , d'autres en 
1524. On ne fait pas précifément à laquelle des deux 
dates il faut s'arrêter. II demeura quelque temps à Co- 
nimbre , où le roi Jean III venoit d'ériger une univer- 
sité. De-là il pafla à Lisbonne , où il fe livra à fon goût 
pour !a poëfie & à fon penchant .pour les femmes. Le 
premier lui fit honneur , l'autre ternit fa réputation & lui 
attira des di/graces. Il fut relégué à Santarem. C'eft à 
cette ville qu'il a adreffé fa troifiéme élégie , où il com- 
pare fon exil à celui d'Ovide. Comme la mollefle que la 
paffion de l'amour entraîne fi fouvent après foi , n'avoit 
rien diminué de fon courage , naturellement grand , il 
demanda & obtint de fervir dans la guerre de Ceuta en 
Afrique. Il y fit connoîtrê fa valeur , & dans un combat 
naval il perdit l'œil droit. Cet accident lui arriva au dé- 
troit de Gibraltar , comme on le voit dans fa dixième 
chanfon , (lance neuvième. Après avoir fervi avec dis- 
tinction , il lui fut permis de retourner à Lisbonne , qu'il 
fut Contraint d'abandonner une féconde fois après un fé- 
jour peut-être allez court. lien rejette la caufe , dans une 
de {es lettres , fur un accident fâcheux qu'il n'explique 
point , & que l'on ignore. Il s'embarqua pour les Indes 
& s'appliqua en partant cette infeription fépulcrale de 
Scipion l'Africain : Ingrata patria non poffidebis offamia. 
Ce rut au mois de mars 1553 qu'il monta fur un des 
quatre vaiffeaux commandés par Ferdinand Alvar Ca- 
brai ; & heureufement pour lui il s'embarqua dans celui 
où étoit le commandant même , car les trois autres péri- 
rent en route. Il arriva à Goa au mois de feptembre fui- 
vant , & un mois après , il s'embarqua en qualité de 
volontaire fur une flotte avec laquelle D. Alfonfe de 
Norogna , alors viceroi des Indes , alloit fecourir les rois 
de Cochin & de Porca contre celui de Chembé dans la 
côte de Malabar , qui s'étoit emparé de quelques ifles 
qui appartenoient aux premiers. Camoens parle de cette 
expédition dans fa première élégie. De retour à Goa , 
au commencement de l'année 1 5 5 y , il y apprit la mort 
de Jean prince de Portugal, & celle de don. Antoine de 
Norogna ? fils du comte de Linhares , fon *mi parthu- 



C A M 



103 

lier. Le premier étoit mort le deuxième janvier 1554; 
l'autre avoit été tué dans un combat contre les Maures 
des le dix-huit avril 1^3. Pour foulager fa douleur , il 
compofa fur cette double perte la première de {es églo- 
gués. Il nefitprefqueque paraître à Goa. Dom Alfonfe 
de Norogna mourut , & fut remplacé par dom Pierre 
de Mafcarenhas , qui , dès le mois de février de la même 
année 1555 , expédia une flotte qui devoit faire voile 
au détroit de la mer rouge , & dont le but étoit d'em- 
pêcher les vaiffeaux arabes de tenir cette hauteur. Eraa« 
nuel de Vafconcellos en eut le commandement , & Ca- 
moens qui s'y embarqua , a décrit en vers cette expé- 
dition. C'eft la chanfon neuvième. Après avoir hiverné 
a Ormuz , il revint encore à Goa , où ayant appris la 
mort du viceroi Mafcarenhas , arrivée le 1 6 de juin 155^ 
& la nomination de François Barretto au gouvernement 
des Indes , il fit à cette occafion des vers fort fatyriques, 
fous le titre de difparates da India ( fottifes des Indes) 
& un ouvrage en profe du même goût. Dans l'un & dans 
1 autre , il tourne en ridicule les perfonnes les plus con- 
fiderables de Goa , qui avoîent fait des réjouiffances à 
la nomination de Barretto. Ce gouverneur en fut irrité , 
& punit le poëte indiferet en l'exilant à la Chine. Ca- 
moens partit en conféquence en 1556 , & ayant fait 
naufrage à l'embouchure de la rivière Mecon fur la côte 
du royaume de Cambaye , il fe fauva à la nage , tenant 
de la main droite fon poëme de la Lufiade , & fe fer- 
mant de la gauche pour nager. Ce fut fur la même côte 
de Cambaye qu'il fit ces fiances fi vantées par le célè- 
bre Lope de Vega , dans îefquelles il paraphrafa le 
pfeaume 1 30 , fuper flumina Babylonis. Il arriva à Ma» 
cao avec un efclave nommé Jean , le feul qui s'étoit 
fauve avec lui du naufrage , & qui l'a toujours fervi de- 
puis. La mifere dans laquelle il .étoit, attira la compaf- 
iion de ceux qui connoifloient d'ailleurs fon mérite ; & 
pour la foulager , on lui donna la charge de provéditeur 
des deniers appartenus aux morts & aux abfens. Pen- 
dant cmq^ans qu'il demeura à Macao , il acquit du bien; 
& il paroît que dans le même intervalle il alla à Tidor 
& à Temate dans les Molucques ; car dans le chant 
dixième de fa Lufiade qu'il revit à Macao , il parle 
comme témoin oculaire des fmgularités de ces ifles. Au 
bout de cinq ans il revint à Goa , où il trouva pour 
viceroi dom Conflantin de Bragance , frère puîné de 
D. Théodofe duc de Bragance , qui y étoit arrivé le 
troifiéme feptembre 1 558. Il chercha d'abord à cultiver 
fa bienveillance , en faifant de fort belles fiances à fon 
honneur. Mais loin de fe le rendre favorable , le viceroi 
écouta les plaintes injufles que l'on fit contre lui , pré- 
tendant qu'il avoit malverfé dans l'emploi qu'il avoit eu 
à Macao , & le fit mettre en prifon. Camoens fe jufîi- 
fia ; mais un de Ces créanciers empêcha qu'il ne fût mis 
en liberté. Le poëte fit préfenter à cette occafion un 
placet à D. Conftantin de Bragance : c'était une pièce 
en vers d'un flyle badin & plaifant; le viceroi la goûta, 
& fit rendre la liberté à Camoens. Celui-ci n'en profit^ 
que poiir continuer à porter les armes , à cultiver fon 
talent pour la. poëfie ,•& à polir fon poëme favori qu'il 
finit & dédia à Sébaftien , roi de Portugal. L'amour na- 
turel pour fa patrie n'étoit point éteint dans fon coeur , 
quoiqu'il eût fouvent proteflé qu'il l'avoit oubliée. Com- 
me il faifoit quelque tentative pour aller revoir Lisbonne, 
D. Francifco Barretto , qui alloit à Sophala en qualité 
de gouverneur , le follicita d'aller avec lui ; & pour l'y 
déterminer , il lui prêta deux cens crufades valant qua- 
tre cens livres de notre monnoie. Camoens fe rendit & 
alla à Sophala. Quelques mois après fon arrivée , le 
vaifteau Sainte-Foy ayant relâché en ce lien , Heclor da 
Silveira & Edouard Pacheco avec d'autres gentilshom- 
mes , qui avoient tous de l'amitié pour Camoens , le 
prêtèrent de profiter de cette occafion pour repaffer 
avec eux en Europe & lui offrirent le pafîage gratuit. 
Comme il fe préparoit à profiter de leur bonne volonté , 
Barretto lui redemanda ce qu'il lui avoit prêté à Goa ° 9 
& n'étanç pas en état de le rendre , tes amis fe cottife- 



C A M 



104 

rent & payèrent pour lui. Entre ceux-ci étoit Diego do 
Couto , hiftoriographe des Indes , qui s'en retournoit 
en Portugal , & qui pendant le voyage contracta une 
étroite amitié avec notre poëte , juiqu'à taire un com- 
mentaire fur Ton poëme de la Lufiade ; mais ce commen- 
taire n'a point paru. Camoens arriva enfin a Lisbonne 
en 1Ç69 , & fongea férieufement à publier fon poème. 
Il obtint un privilège pour l'impreffion le quatrième de 
feptembre 1 571 , & l'ouvrage parut en 157Z. On en ht 
la môme année une féconde édition. Il fut lu avec avi- 
dité , il attira à l'auteur de grands éloges ; mais ces 
louanges , trop ftériles , ne le tirèrent pas de la mifere 
où il étoit. Le roi Sébaftien fe contenta de lui donner 
une très-modique penfion de vingt écus , encore lui im- 
pofa-t-il l'obligation de fuivre toujours la cour. Ce poète 
infortuné y paroiffoit le jour maigre lui , & le foir il en- 
voyoit ion efclave demander l'aumône pour la nouri- 
ture de l'un & de l'autre. Cette indigence ou il ne mé- 
ritait pas qu'on le laiflat , l'obligea à fe fevrer prefque 
entièrement du commerce des hommes. Il ne fe reierva 
cme cmelques religieux Dominicains qui avoientun cou- 
vent dans fon voifmage , où il alloit de temps en temps , 
fur-tout pour entendre les leçons du profefleur 6n théo- 
logie morale. La malheureufe expédition du roi Sebaf- 
tien en Afrique , arrivée dans ce temps-la , lui caufa une 
douleur fi vive , que fes infirmités , déjà grandes en 
augmentèrent confidérablement. Enfin , après une lon- 
gue maladie , pendant laquelle on allure qu il fit paraî- 
tre beaucoup de piété & de repentir de fes fautes paf- 
fées , il moumt l'an 1 579. On ignore le jour fc le mois. 
Il fut enterré chez les religieufes de fainte Anne , auprès 
defquelles il étoit mort. En 1595 dom Gonçalo Cou- 
tinho , feigneur Portugais , lui fit ériger dans le même 
lieu un monument honorable avec une épitaphe qui n a 
rien qui mérite d'être remarqué. Martin Gonçalves da 
Camara , autre feigneur Portugais , y fuppléa en faifant 
ajouter à ce monument les vers fuivans , qui font du 
père Matthieu Gardofo , jéfuite. 

Nafo elegis , Plaçais Lyricis , epigrammdte Mardis 

Hic j MU ,, hcroo carminé. Virgilius. 
JEnfefimul , calamoque auxit ubi , Lyjîa. ,famam, 

Unam nobilitant Mars & Apollo manum. 
Cafialium fontcm traxit modulamine , at îndos , 

Et Gangl telis obfiupefecit aquas. 
Ind'ui mirata efi , quando aurea carmina lucrum 

Ingenll , haud ga^as , ex Oriente tulit. 
Sic bme de patria menât , dum fulminât enfe ; 

At plus dum calamo bellica facia refert. 
Hune Itali , Galli , Hifpani vertêre poètam ; 

Qjicetibet hune vellet terra vocare fuum. 
Vertere fus , cequare nefas : œquabilis uni _ 

Efi fibi ; par nemo : nerno feamdus erit. 

Louis de Camoens étoit très-affable , agréable dans la 
converfation , généreux envers fes amis, aimant le mé- 
rite des autres , & fort modefte. Il étoit brave fans af- 
feftation , & confiant dans les adverfités. Les auteurs 
Efpagnols & Portugais Pont comblé d'éloges. M. Bail- 
let , dans fes jugemens des favans , le loue auffi beau- 
coup , quoique la critique que le père Rapin en fait l'eût 
-un peu prévenu contre lui. Le père Rapin , qui ignoroit 
ïe portugais , ou qui le favoit mal, prétend que ce poète 
eft obfcur & guindé. Ceux , au contraire, qui favent bien 
la langue dans laquelle il a écrit , attirent qu'il eft natu- 
rel & formé fur le meilleur goût des auteurs anciens. Il ne 
les a pas cependant imités pour l'ordre de fon poème. 
Le Taffe a fait un fonnet à fa louange , qui eft imprimé 
avec fes autres poëfies à Venife. On a fait plufieurs tra- 
ditions de la Lufiade de Camoens ; trois en efpagnol^ 
l'une par Louis Gomès de Tapia , l'autre par Benoit 
•Caldeira , & la troifiéme par Henri Garcez. Carlo An- 
tonio Paggi, Génois , a traduit le même ouvrage en 
italien. On en a auffi une traduction angloife , & plu- 
sieurs en latin : l'une envers hexamètres , par dom Tho- 
mas da Silva 7 carme 7 ck évêque de Targa j une autre , 



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par Andres Bayao , fi l'on en croit Léon Allariss dartë 
lés" Apes urbance ; une' troifiéme en beaux vers latins, 
par le fameux Portugais François de Maccdo , ou frère 

t François de S. Auguftin Maccdo , de l'ordre de S. Fran- 
çois : cet auteur en parle lui-même dans fon Propug- 
naadum lufitano-gallicum , page n8 v M. Bailler parle 
d'une ancienne traduction françoife , imprimée à Paris. 
M. du Perron de Caftera en a donné une dans la même 
ville en 173 5 , en trois volumes ïn-11, , avec des notes 
à la fin de chaque chant , & une vie de l'auteur qui n'eft 
pas toujours exafte. Plufieurs favans lé font fait auffi 
honneur de faire ou des notes ou des commentaires fur 
le même poëme. Le premier fut. Emanuel Correa , dont 
l'ouvrage a été imprimé après fa mort , par les foins de 
Pierre de Maris en 16 13 ï/z-4 , à Lisbonne. Le fécond 
a été le célèbre Emanuel de Faria & Soufk , dont l'éru- 
dition eft connue dans la république des lettres ; c'eft le 
meilleur commentaire fur l'ouvrage de Camoens : il pa- 
rut à Madrid en deux volumes in-folio. Le troifiéme eft 
Ignace Garcez Ferreira , auffi' Portugais , qui a fait im- 
primer à Naples en 1731 , la Lufiade avec de courtes 
& favantes notes* \ 

La famille de Camoens eft ancienne. Dès 1370 ort 

. trouve que Vasco-Pires de Camoens paffa de Galice 
en Portugal , lorfque le roi Ferdinand faifoit la guerre à 
Henri III roi de Caftille. Ferdinand lui donna la feigneur 
rie de plufieurs terres Si un ample revenu pour le dé- 
dommager de ce qu'il avoit abandonné dans fon pays. 
Quelque temps après on lui en confifqua la meilleure 
partie , pour avoir fuivi le parti d'Eléonor Tellez de Me- 
nescs , reine de Portugal , veuve de Ferdinand , contre 
Jean I , roi de Portugal. Il époufa Marie-Anne Tenreko, 
fille de Gonçalo Tenreiro , amiral de Portugal, dont il 
eut Gonçalo , Jean , & Confiance , defqucls il y a en- 
core d'illuftres defeendans. •' 

I. JeaN-Vas de Camoens , fils puîné de VASCO- 
Pires de Camoens , eut pour récompenfe des grands 
fervices qu'il avoit rendus à Alfonfe V , roi de Portu- 
gal , à la guerre , le titre de vaflal du roi ;' ce qui , dans 
ce temps-là , étoit une grande diftinêlion. Il fit bâtir une 
belle maifon à Conimbre ., & un tombeau magnifique 
dans le cloître de la cathédrale de la même ville , où Ton 
voit gravés fur un marbre les fervices qu'il rendit à Al- 
fonfe V en Afrique. Il époula Agnès-Gomès de Silva , 
file naturelle de George de Silva , dont il eut , 

II. Antoine- Vas de Camoens , qui époufa Guio~ 
înar-F'asàzGzmz , dont vinrent , SiMON-Vas , qui 
fuit ; & Benoit de Camoens , . général des chanoines 
réguliers de S. Auguftin , en Portugal. 

III. SiMON-VAS de Camoens , capitaine d'un vaif- 
feau qui alla aux Indes , & qui périt à la côte de Goa , 
mourut quelque temps après dans une extrême mifere à 
Goa même, vers 1 5 56. Il avoit époufé Marie de Macé- 
do , dont il eut , 

IV. LOUIS de Camoens , qui efi celui qui a donné 
lieu à cet article , qui ne prit point d'alliance , & en qui 
a fini cette branche de Camoens. * Tiré d'un mémoire 
manuferit de feu M. le comte d'Ericeira. Voye{ auffi le 
XXXVII e volume des mémoires du père Niceron , qui 
avoit fait ufage de la même pièce. 

CAMON , ville de la tribu de Manafle de-là le Jour- 
dain , où fut enfeveli Jaïr, feptiéme juge des Hébreux. 
* Juges , c. 10 , v. 5. 

• CAMONICA , VAL CAMONICA , petit pays de 
l'état de Venife en Italie ; il eft dans le Breflan , le long 
de la rivière d'Oglio , aux confins de la Valteline ; c'eft 
un paftage fort fréquenté de Suifle en Italie. * Mati , 
diction. 

CAMOS ( Marc-Antoine.) .religieux de l'ordre de 
S. Auguftin , vivoit fur la fin du XVI fiécle : il étoit 
de Barcelone ; & fortant d'une maifon noble , il fe vit 
obligé par honneur d'en foutenir l'éclat , à la guerre & 
ailleurs ; mais après avoir perdu fa femme à l'âge de 
trente-huit ans , il entra parmi les religieux de Tordre 
de S, Auguftin. Quoique dans un âge affez avancé , il 

étudia 



C A M 



étudia en philofophie ck en théologie avec les jeunes 
religieux & y fît un grand progrès : depuis étant nommé 
à l'archevêché de Trani , dans la terre de Bari , il pafîa 
en Italie pour y folliciter les bulles , ck mourut en 1606 
dans la ville de Naples , avant que de les avoir re- 
çues : il étoit alors âgé de 63 ans. Nous avons quel- 
ques ouvrages de fa façon , comme Microftomo. , &y 
gobierno univerfal del honibrt chrijliano , ùc. * Nico- 
las Antonio , biblïotk. Hifpan. 

CAMOTI ( Jean-Baptifte ) d'Azolo en Italie , mou- 
rut en 1 581. Il fut très-favant en grec , & enfeigna pu- 
bliquement la philofophie à Bologne Ôk à Macerata. 
Pie IV l'appella à Rome pour l'occuper à traduire les 
ouvrages des pères grecs. On a publié Ces harangues, 
&: des commentaires fur la métaphyfique de Théo- 
phrafie. On dit que plufieurs autres de fes ouvrages 
relient manuferits dans les bibliothèques d'Italie , fans 
que ceux qui les poffedent prennent la peine de les 
donner au public. * De Thou , /. 74. 

CAMPAGNA , ville du royaume de Naples , dans 
la principauté ultérieure , avec titre de marquifat , & 
évêché fufFragant de Conza , auquel on a uni celui de 
Satriano , qui eft une ville ruinée. Campagna eft du 
côté de Salerne à trois ou quatre lieues de la mer. 
* Leandre Alberti. 

CAMPAGNA Dl ROMA } ou Campagne de Ro- 
me , cherche^ LATIUM. 

CAMPANA ( Albert) de Florence , favoit les belles 
lettres , la philofophie , & la théologie qu'il profeffa 
à Pife , ck à Padoue. Dans la dernière de ces villes , 
s'étant confié avec un peu trop de bonne foi à une 
certaine femme qui avoit entrepris de le guérir d'une 
maladie , il mourut d'apoplexie le 2.4 feptembre de l'an 
11639. Albert Campana avoit compofé divers ouvra- 
ges , mais on n'a de lui qu'une traduction de la pharfale 
de Lucain en langue italienne. * Thomafîni , in vit. 
ïllujr. viror. 

CAMPANELLA ( Thomas ) de l'ordre de S. Do- 
minique , étoit de Stilo , petit village de la Calibre en 
Italie, où il naquit l'an 156S le 5 feptembre, & prit 
l'habit de religieux dès l'âge de quatorze ans. Lorfqu'il 
étudioit en philofophie , fon profeffeur s'étant engagé 
d'aller argumenter à des thèfes dans la ville de Co- 
fenza , & fe trouvant incommodé , pria le frère Cam- 
panella d'aller difputer en fa place. Il le fit avec tant 
de fuccès , que tout le monde en fut très-fatisfait , ck 
le flata même d'avoir le génie de Téléfius. Ces louan- 
ges firent une telle impreffion fur fon efprit , qu'il vou- 
lut avoir le livre de Téléfius : il le lut avec empreffe- 
ment , il donna même dans fes fentimens ck dans fa 
manière de philofopher ; ck ayant depuis fu qu'on avoit 
écrit contre ce philofophe , il compofa fon apologie , 
ck alla à Naples , pour la faire imprimer. En arrivant 
en cette ville , ck parlant devant un monaflere de ré- 
colets , il vit une fi grande quantité de monde qui y 
entroit ck qui en fortoit , qu'il eut la curiofité d'en ap- 
prendre la raifon : on lui dit qu'on y foutenoit des thèfes 
de philofophie : il y entra comme les autres , & ayant 
•obtenu la permiffion d'y difputer , il -s'en aquitta fi bien , 
qu'il s'attira des éloges de tous ceux qui fe trouvèrent 
dans cette affemblée. Les religieux de fon ordre le me- 
nèrent en triomphe dans leur monaflere , & quelque 
temps après il affilia à d'autres thèfes de théologie , 
qu'un ancien profeffeur de fon ordre faifoit foutenir. 
Campanella y parla avantaçeufement de quelques-unes 
chs proposions qui étaient dans ces thèfes ; l'ancien pro- 
feffeur mépriiànt îes iouanges , l'interrompit brufque- 
ment , ck lui dit o^ue ce n'étoit pas l'affaire d'un jeune 
homme comme lui , qui ne faifoit que de fortir de phi- 
lofophie , de juger des queftions de théologie. Ce mé- 
pris aigrit la bile de Campanella qui s'emporta à fon 
tour, ck répondit à l'ancien profeffeur qu'il étoit un 
ignorant, ck que tout jeune qu'il paroifToit , il en favoit 
plus que lui , ck qu'il étoit en état de lui apprendre 
la théologie, Ge religieux offenfé déclara une guerre 



G A 



mortelle à Campanella; ck ce fut par les cabales de ce 
vieux profeffeur , qu'on le pourfuivit vivement. On dit 
qu'ayant divulgué quelques fecrets de la monarchie es- 
pagnole , fon ennemi prit occafion de l'aceufer d'avoir 
voulu trahir la ville de Naples , ck la livrer aux enne- 
mis de l'état : outre cela il fut aceufé d'héréfie ck mis 
en prifon à Naples , où on le retint vingt-fept ans. On 
prétendit auffi qu'il étoit auteur du livre intitulé , de 
tribus impojtoribus. Le pape Urbain VIII obtint fa li- 
berté le 15 mai 1626. On Favoit traité de la manière 
du monde la plus cruelle , jufqu'à le mettre fept fois à 
la queftion, où il refta pendant quarante heures de 
fuite. Il vint à Paris en 1634 , ck le cardinal de Ri- 
cheheu lui fit du bien : il enfeigna une philofophie qui 
fut goûtée de peu de perfonnes , quoique ce profeffeur 
fut fort eftimé dans le monde. Un Italien qui a fait 
fon éloge, témoigne qu'il avoit beaucoup d'efprit, peu 
de jugement , & qu'il manquoit de retenue ck de fo- 
hdité. Il a écrit Phyfiologia. Quafiiones phyfwlogica* 
Defenfu rerum.^ Athcifmus trutmphatus. Opufculaphy- 
fica, mathematica , pouica. Tractants ajlrologicus, Mo- 
narchiciHifpanict,&c, Campanella mourut à Paris le 15 
de mai 1639 , <kns la maifon des dominicains de la 
rue S. Honoré. On dit qu'étant tombé dans une grande 
mélancolie , ck ayant même un furieux dégoût , un cer- 
tain homme lui donna de l'antimoine , qui le fit mourir 
quelques jours après ; il étoit alors dans ta 71 année de 
fon âge , ck jouiffoit d'une forte fanté. * Gaffendi in vit. 
Parefc. Janus Nicius Erythrœus , Pin I. imag. Uluftr. 
ch. 2r. Laurenzo Craffo, elog. d'ffuom. Let. Voyez 
fur-tout vita & philofophia Thomcz Campanella , à 
Amfterdam 1705 i/z-iz , & la 3 1 des lettres de Ga- 
briel Naudé. 

CAMPANI. ( Matthieu & Jofeph ) Ces deux frères „ 
nés dans le diocèfe de Spolette , ont été très - habiles 
dans les méchaniques , ck fe font illuftrés à Rome ce 
dans toute l'Europe , dans le fiécle dernier ( le XVII. ) 
Le plus célèbre des deux etoit l'aîné Matthieu. Il étoit 
curé dans la ville de Rome , & , a ce que l'on prétend, 
fort exad aux devoirs de fon état. Il ne regardoit les 
méchaniques ck la phyfique pour lefquelles il avoit 
beaucoup de goût , que comme Ces récréations. Mais 
il^ y a lieu de croire qu'il les prolongeoit , ou qu'il les 
répétait fouvent ; car il devint très-habile dans ces, 
feienefes. Son frère Jofeph qui lui devoit une partie de 
ce qu'il favoit , exécutoit auffi très-délicatement ck avec 
beaucoup de jufteffe , ce que fon frère avoit conçu ;.' 
mais comme leurs inventions pafToient fouvent fous le 
nom commun de l'un ck de l'autre , il eft difficile de 
diftinguer ce qui appartient à chacun d'eux en parti- 
culier. Matthieu avoit même tant de modeflie , qu'il 
faifoit paffer fous des noms étrangers des inventions 
qui lui euffent fait beaucoup d'honneur , fi on l'en eût 
connu pour auteur. Il a appris dans un écrit eftimé la 
manière de bien tailler les verres de lunettes 6k Jo- 
feph fon cadet les tailloit en effet, avec tant de dé- 
licateffe que M. Huygens en a fait l'éloge dans une 
lettre qu'il a écrite à Matthieu Campani. Ce dernier 
eft auffi auteur des pendules muettes , appellées ainfî , 
pareeque le mouvement ne fait aucun bruit. Il y ajouta 
cette lanterne , que l'on a employée depuis dans ce. qui 
eft connu fous le nom de lanterne magique , par le 
moyen de laquelle , fans jetter les yeux fur la montre , 
où l'on ne peut rien obferver pendant la nuit , l'heure 
paroît peinte fort nettement fur un drap. Il inventa 
auffi le deffein d'une pendule double , par le moyen ' 
de laquelle il a corrigé cette inégalité de vibration , à. 
laquelle M. Huygens avoit déjà remédié en partie , par 
la figure cycloïde qu'il leur faifoit faire. Campani a ex- 
pliqué (on deflein dans un écrit qui a été rendu public. 
En 1668 il imagina un autre deffein touchant les 
pendules : c'étoit non feulement de les fufpendre, en- 
forte que malgré les mouvemens d'un vaiffeau on eût 
pu s^n fervir , ck les tenir immobiles , fans que les. 
vibrations de la pendule reçufTent aucune altération. 

Tome IIU O 



to6 C A M 

mais auffi de les garantir de l'aftioii de l'air , quî, par 
les changemens aufquels il eft fujet , en caufe beaucoup 
dans les horloges : car celles-ci avancent ou retardent, 
félon que l'air eft plus fec ou plus humide. Pour ob- 
vier à cet inconvénient , il avoit enfermé la pendule 
dans une boëte de cryftal , fi bien fermée que l'air n'y 
pouvoit entrer , & par-là il penfoit que l'on pouvoir 
s'en fervir pour trouver les longitudes dans les longs 
Voyages fur mer. Il eft certain en effet , que le froid 
ou le chaud agiffent tellement fur l'acier , qu'ils l'épaif- 
liflent ou le refferrent d'une manière fenfible. ' C'eft ce 
qui fit que les Hollandois , dans le paffage qu'ils ef- 
fayerent de trouver par la mer Glaciale , pour aller 
aux Indes , ne purent fe fervir de leurs horloges dont 
le froid avoit arrêté les mouvemens , &: comme gelé 
les refforts. M. Campani eft encore l'inventeur de ces 
objectifs de cent cinquante palmes , ( chaque palme va- 
lant les trois quarts du pie romain ) dont il eft parlé 
dans un ouvrage latin de M. François Bianchini , fur de 
nouveaux phénomènes de la planète de Vénus , &c. 
imprimé à Rome en 1728. Les frères Campani vivoient 
encore en 1678.* Relation manufcrite des favans d'I- 
talie , par le père Poiflon , de l'oratoire de France. 
BibliotL ital. tom. VII , p. 83 , & fuiv. 

CAMPANUS ( Jean- Antoine ) Italien , évêque^de 
Teramo , dans l'Abruzze ultérieure , étoit natif d'un 
petit village nommé Cavelli , près de Galluzzo , châ- 
teau du diftrict de Capoue , & vivoit dans le XV fié- 
cle. Ce nom de Campanus n'étoit pas celui de fa fa- 
mille , mais celui de fon pays , car il étoit né dans la 
terre de Labour, en latin Campania. Il étoit fils d'un 
pauvre payfan , & fa mère l'enfanta à la campagne fous 
un laurier proche de Capoue ; on l'avoit deftiné à 
garder les brebis , mais un curé de village l'ayant pris 
à fon fervice , lui enfeigna le latin : depuis il fe fit con- 
noître à Rome , où le pape Calixte III le fit venir pour 
être fon fecrétaire. La mort de ce pape déconcerta fes 
mefures ; il s'attacha à Pie II, & entra chez'le cardinal 
de Saxoferrate en qualité de maître d'hôtel. Quelque 
temps après Pie II le nomma évêque de Crotone , & 
le transféra enfuite à l'évéché de Téramo. Paul II lui 
donna l'archiprêtré de S. Euftache. Campanus accom- 
pagna François Piccolomini cardinal légat en Allema- 
gne , pour perfuader la guerre contre les Turcs. A fon 
retour en Italie , Paul II lui donna le gouvernement de 
Tuderti ; il eut fous Sixte IV celui de Fulgino , & de 
Cita di Caftello. La confpiration qui fe trama dans ce 
pays pendant fon gouvernement , lui fit perdre cet em- 
ploi & l'ane&ion du pape , qui le foupçonna d'avoir 
part à la confpiration, qui le bannit de toutes les ter- 
res de l'églife , & n'écouta aucune des follicitations 
que l'on fit pour remettre Campanus en grâce. Campa- 
nus paflale refte de fa vie tantôt à Naples , & tantôt à 
Sienne ; le chagrin augmenta Ces infirmités à un tel 
point , qu'il mourut à Sienne le quinze juillet 1477, 
âgé d'environ cinquante ans , & fut enterré dans l'é- 
glife cathédrale. Campanus s'eft fouvent diftingué dans 
des actions publiques ; entr'autres dans la diète de Ra- 
tisbone où il s'acquit beaucoup de réputation , par les 
favantes harangues qu'il y fit : il fe chargea aura des 
oraifons funèbres de Calixte IIÏ & de Pie II , dont il 
a écrit la vie , & celle d'André Braccio grand capi- 
taine de Péroufe , & plufieurs autres ouvrages en profe 
& en vers: On ne doit pas omettre ici une circonftance 
curieufe , favoir qu'Ulric le Coq étant venu établir une 
imprimerie à Rome vers l'an 1466, Campanus alors 
évêque de Téramo , lui prépara les manuferits & y 
joignit des préfaces de fa façon. Michel Ferno a écrit 
fa vie , &' plufieurs grands hommes lui ont confacré 
des éloges funèbres. En 1707 Jean Burchard "Menc- 
ken a donné à Leipfick un volume in-S° contenant 
un recueil des lettres & des poëfies de Campanus. Il 
a mis à la tête de ce recueil un abrégé de la vie de 
ce prélat, tiré de celle que Michel Ferno avoit com- 
pofée. Depuis 5 Frederic-Otton Mencken a publié un 



C A 

nouveau recueil des ouvrages de Campanus , imprima 
à Leipfick, in 8 9 , en 1734. Ce recueil contient i. De 
vita & gejiis Andréa Brachii , Perufini , italicœ mili- 
tiez imper atoris olim JlrenuiJJimi , libri fex. 2. PU II 
pontijicis maximivita. 3. Thrajîmeni deferiptio, aei Pan- 
dulfum Balionium. 4. De ingratitudinefugiendd, libri 
très , au' même. 5 . De regendo magijiram ad Francij- 
cum Lucium , equitern Senenfem , preetorem Romanurn. 
6. De dignitate matrimonii , ad Fr ancif cum Maximum > 
civem Romanurn. On trouve de plus un grand nom- 
bre de lettres de Campanus adreftees à Jacques Pic- 
colomini , cardinal de PaVie , parmi les lettres de ce 
dernier , à Francfort 1 6 1 4 , in-fol. * Volarerran, liv. 1 2, 
Antr. Lilio Giraldi, diaV. \ , de po'èt. fui temp. Paul 
Jove, in elog. doct. c. 22. Voflius. Le Mire. Sponde. 
Poffevin. Gefner. Bayle, dicl. critiq. Chevillier, ori- 
gine de l'imprimerie. Nauclée , addition à Phifioire de 
Louis XI. 

CAMPANUS', de Lombardie , pmjofophe & agro- 
nome célèbre , homme fùbtil , bon fcholaftique , verfé 
dans l'écriture fainte , favant dans les nombres & dans 
le calendrier : ce font les louanges que lui donne Tri- 
théme , qui ajoute qu'il avoit publié plufieurs petits ou- 
vrages , dont la leâure pouvoit être utile aux évo- 
ques , entre lefquels il avoit lu les fuivans ; un livre 
des nombres eccléfiaftiques ; un traité de la compo- 
fition des cadrans , un . calendrier , & quelques autres 
ouvrages d'aftronomie. Cet auteur a fleuri vers l'an 
1040. * Trithéme , defeript. ecclef. M. du Ymbiblioth. 
des auteurs ecclef. XI fîécle. 

CAMPANUS ( Jean ) Allemand , étoit originaire 
du duché de Juliers, & vivoit vers l'an 1530. I) fui- 
vit Luther durant deux ans , mais depuis faifant fe&e à 
part , il ' enfeigna à Wittemberg une opinion touchant 
la cène , non feulement contraire à. Luther , mais en- 
core différente de celle des autres facramentaires : il 
enfeignoit auffi que le Fils & le S. Efprit n'étoient pas 
deux perfonnes différentes de celle du Père ; il s'attira 
plufieurs ennemis par fes. blafphêmes , que les catholi- 
ques & les proteftans ont également en abomination.' 
* Prateole , vit. Camp. Florimond , /. 2 , c. 16, num. 7. 
Ofius , liv. 1 des héréfies. Sponde , A. Ch. 1531. 

CAMPASPE ou PANCASTE , l'une des concubi- 
nes d'Alexandre le Grand , étoit une des plus belles 
perfonnes de fon temps. Ce prince la fit peindre nue 
par le fameux Apellès , & la céda généreufement à 
ce peintre qui en étoit devenu amoureux. * Pline , 
liv. 3<j , c. 10. Elien , /. 30. Lucien. 

C AMPBEL , ancienne & illuftre maifon d'Ecoffe , 
qui fe nommoit autrefois O Dubin. Diarmed O Dubin, 
vaillant guerrier , laiffa Paul O Dubin , feigneur de 
Lochow , dont la fille unique , appellée Eve , époufa 
Gilefpick O Dubin , fon parent. Celui-ci prit le premier 
le nom de Campbel, pour immortalifer par -là un fer- 
vice qu'il avoit rendu à la France dans le neuvième 
fiécle fous le régne de Malcolm Canmore. Colinmorc 
Campbel , un de fes defeendans , fe trouva en 1292 
à Berwich , lorfqu'Edouard I roi d'Angleterre , s'y 
tranfporta pour terminer le différend qui régnoit entre 
Jean Balieul & Robert Bruce , au fujet de la couronne 
d'Ecoffe. Ayant époufé une dame de la maifon de Sain- 
clair , il en eut deux fils , NlEL , qui fuit ; & DuN- 
CAN Campbel de Redcaftle , duquel defeendent les 
comtes de LOUDON. 

I. NlEL Campbel affifta en 1306 au couronnement 
de Robert I , & il fut un des barons qui adjugèrent , 
l'an 1 3 1 5 dans le parlement affemblé à Aix , la cou- 
ronne à ce monarque , & à fes defeendans d'une ma- 
nière héréditaire. Il mourut en 13 16, & laiffa de Mar- 
guerite Bruce deux fils , Colin & Jean. Le dernier re- 
çut d'Athole le titre de comte ; mais il mourut fans 
héritiers. Colin , qui fuccéda à fon père , rendit de 
Grands fervices à Edouard Bruce , roi d'Irlande , & à 
David Bruce , roi d'Ecoffe. Il reprit aux Anglois la 
fortereffe de Duncon , & devint par ce moyen gou- 



C A M 



vsrneur héréditaire de cette place , titre que fes def- 
cendans portent encore aujourd'hui. Etant mort en 
1340 il laifla de fa femme , qui étoit de la famille de 
Lennox , Archiband Campbel , qui demeura toujours 
fidèle à David , fon roi , lorfque ce prince étoit pri- 
fonnier en Angleterre , & duquel il reçut dans la faite 
de magnifiques préfens. Il eut de Marie fille de Jean 
Laumond , Colin , qui lui fuccéda. Celui-ci repoufla 
les EcofTois feptentrionaux fous le régne de Robert III , 
ck fut père , par Marie Campbel fa parente , d'un fils 
nommé auffi Colin. Ce dernier étoit fous le régne de 
Jacques ï , jufticier royal général , confeiller intime , ck 
lieutenant dans le pays d'Argyle. Il conferva cet em- 
ploi fous Jacques II qui réleva à la dignité de lord 
grand chancelier d'Ecofle ; & en 1445 il fut appelle 
au parlement en qualité de lord de Campbel. Margueri- 
te , fille de Robert Stuart , duc d'Albanie , fon époufe lui 
donna deux fils , Archibaud ck Colin. C'eft de Colin 
que defeendent les comtes de BRAIDALBIN , dont iljèra 
Jait mention. Archibaud mourut du vivant de fon père , 
ck laifla 8 Elisabeth , fille de Jean Somerville , Colin , 
qui fuccéda à fon grand-pere , èk fut créé en 1457 , 
par Jacques If, comte d'Argyle, & employé aux af- 
faires les plus importantes de l'état. Il mourut en 
1492 ? étant lord grand chancelier ; & après avoir eu 
deux fils & cinq filles d'Ifabelle , fille ck héritière de Jean 
Stuart , lord Lorn. Archibaud Campbel , fécond comte 
d'Argyle , fut créé par Jacques IV chancelier ck cham- 
bellan d'Ecofle, & maître d'hôtel du roi, ck fut tué le 
9 fepteinbre 1513 dans la bataille près de Flôdden , 
après avoir eu d'Elisabeth , fille de Jean comte de Len- 
nox ^ quatre fils ck autant de filles. Colin Campbel fon 
fils aîné , troifiéme comte d'Argyle , étoit confeiller in- 
time de Jacques V , ck devint fous ce règne shérif du 
comté d'Argyle , ck maître d'hôtel héréditaire du roi. 
Son époufe Jeanne, fille d'Alexandre Gordon , comte 
de Huntley , lui donna pour enfàns : 1. Marguerite , 
qui fut d'abord mariée à Jacques , comte de Murray , 
ck enfuite à Jean , comte de Sutherland ; 2. Archibaud 
Campbel , quatrième comte d'Argyle , qui embrafla là 
religion proteftante , ck mourut en 1558 grand chan- 
celier d'Ecofle , après avoir eu d'Hélène , fille de Jac- 
ques Hamiltou , comte d*Arran , deux fils : favoir , 1 . Ar- 
chibaud Campbel , cinquième comte d'Argyle, qui de- 
vint en 1 571 grand chancelier d'Ecofle , & mourut en 
3575 fans héritiers mâles; 2. Colin Campbel , qui 
prit après la mort de fon frère le titre de fixiéme comte 
d'Argyle, Il fut auflî lord grand chancelier d'Ecofle , 
confeiller intime de Jacques^ VI , ck mourut en 1584 -, 
Iaiflant d'Agnès , fille de Guillaume Keith , comte de 
Manshal , Archibaud Campbel , feptiéme comte d'Ar- 
gyle. Les fervices qu'il rendit , lui valurent en 16 17 
le pays de Kintyre dont on lui fit préfent. Il époufa 
l° Marguerite , fille de Guillaume Douglafl" , comte 
de Morton : iP Anne , fille du chevalier Guillaume 
Coiwallis de Brome. Il eut de celle-ci Jacques , qui 
fut créé en 1611 baron de Kintyre , & en 1642 , 
comte d'Iroine. De fa première femme , il avoit eu 
quatre filles ; ck Archibaud Campbel , qui fut élevé par 
Jacques I , le 1 5 novembre 1 641 , à la dignité de mar- ■ 
quis d'Argyle, & fut décapité le 27 mai 1661. Il laifla 
de fà femme Marguerite , fille de Guillaume Douglafl", 
comte de Morton , entr'autres enfans, Archibaud 'Camp. 
bel , qui mourut auffi par la main du bourreau le 30 juin 
1685. Son époufe Marie Stuart, fille de Jacques, 
comte de Mmray, lui avoit donné quatre fils ck deux 
filles. Archibaud Campbel , l'aîné des fils , fut déclaré 
par le parlement , comte d'Argyle , avant que l'on eût 
fait le procès à fon père , ck il fut un des pairs d'Ecofle 
qui parlèrent en 1688 avec le prince d'Orange, de Hol- 
lande en Angleterre. Il eut l'honneur de même que 
Jacques Montgomery , ck Jean Dalrymphe , d'offrir en 
1689 , au nom des états d'Ecofle , au roi Guillaume 
& à fon époufe , la couronne de ce royaume ; après 
quoi ce monarque le fit confeiller intime , colonel de 



C A M 107 

la garde écofïbife à cheval, &c. En 1 701 le 23 juin, 
il fut fait duc d'Argyle", marquis de Kintyre ck Lorn, 
comte de Campbel ck CowaI , vicomte de Lochow 
ck Glenyla , lord d'Innerara , Mull , Morvern & Ty- 
rie II mourut en 1703 , cklaifla de fa femme , Elisa- 
beth , fille du baronnet Lionel Talmash de Helmingham 
trois enfans : 1. Anne , qui époufa Jacques Stuart, 
comte de Bute; 2. Jean Campbel , dont on parlera. 
3. Archibaud Campbel , qui fut créé en 1705 à l'âge 
de vmgt-un ans , lord grand tréforier d'Ecofle- , ck le 29 
odobre : 1706 par la reine Anne , comte ck vicomte de 
lifle d Ilay , lord Ornfay , Duncon ck Aroff. La reine 
Anne le fit auffi confeiller intime l'an 171 1. II conferva 
cette charge fous Georges I ; & en 172 1 il eut de plus 
celle de grand-garde des fceaux d'Ecofle , que le roi 
Georges II hu confirma en 1722. Il n'eut point d'en- 
fans de iV. W,thfield fa femme , qui mourut en 1723. 
Jean Campbel , nommé ci-deflus , fut duc & comte 
de Greenwich , duc, marquis ck comte d'Arayle &c 
amiral héréditaire des ifles occidentales d'Ecofle 'che- 
valier^ de la jarretière , confeiller intime du grand maî- 
tre gênerai de l'artillerie , &c. Il a donné des preuves 
de fa valeur dans la guerre de la fucceffion d'Efpaone 
& en 1715 il réprima les rebelles d'Ecofle. Il vi voit 
encore en 1718. Ayant perdu en 17 16 fa première 
femme Marie , fille de Jean Brown , dont il n'avoit 
point d enfans , il époufa Jeanne Warburton , qui avoit 
ete dame d honneur de la reine, ck qui lui donna qua- 
tre filles. l 

II Duc AN Campbel de Redcaftle , frère cadet de 
Nul Campbel , mort en 1 3 16 , acquit par mariage la 
feigneune de Loudon , fituée dans le comté d'Air Hu- 
gues Campbel , un de fes defcéndans , fut créé en 
1604 baron de Loudon par Jacques VI. Il étoit con- 
feiller intime de ce roi. Il eut un fils ck trois filles de 
Marguerite, fille de Jean Go; don de Lochinvar. Le fils * 
nomme Georges, mourut durant la vie de fon père , 
6c laifla de Jeanne fille dé Jean , comte de WWhton 
une fille unique , nommée Marguerite, baronne Se Lou- 
don, qui époufa. Jean Campbel , fils de Jacques Camp- 
bel de Lasers. Ce Jean Campbel étoit û fort eftinié" 
de Charles I, qu'il le créa le 12 mai 1633 comte de 
Loudon, & en 1641 lord grand chancelier d'Ecoffe II 
fut conftamment du parti du roi; mais Charles II avant 
perdu le champ de bataille prés de Worchefter , il fut 
contraint de chercher une retraite chez les EcofTois fep- 
tentrionaux , ck de fe Iaifler mettre au ban , de même 
que fon fils le lord Machline. Ce dernier fe nommoit 
Jacques Campbel , & hérita après la mort de fon père 
le titre de comte. Il mourut en 1683 après avoir eu 
de Marguerite , fille de Hugues , comte d'Eglington 
trois fils & quatre filles. L'aîné des fils , Hugues Camp- 
bel , fut comte ck baron de Loudon , lord Machline 
chevalier du Chardon , confeiller intime du roi pre- 
mier commifTaire de I'éghfe d'Ecofle , un des feize' pairs 
de 1 Angleterre feptentrionale , ckc. Il mourut en dé- 
cembre 173 1. Il avoit eu de Marguerite fa femme fille 
de Jean Dalrymphe, comte de Stair , un fils & deux 
filles. Jacques , frère cadet de Hugues, étoit en 172g 
gentilhomme de la chambre du roi , 6k colonel d'un 
régiment écoflois. 

Ceft A cette famille qu'appartiennent les comtes de 
Braidalbin , qui defeendent , comme on Ca dit , de Co- 
lin Campbel, dont le père devint en 1445 lord Camp- 
bel. Jean Campbel defeendoit de lui. Charles II le 
nomma le 28 janvier 1678 comte de Braidalbin dans 
le pays de Perth , ck Guillaume Perth III le créa en 
1692 confeiller intime. Il mourut le 19 mars 17 17 à 
l'âge de quatre-vingt-un ans , Iaiflant de Marie fille 
de Henri Rich , comte de Hollande , deux fils ; 1 . Dun~ 
can: i.Jean Campbel , comte de Braidalbin , ckc. qui 
devint en 1725 lord lieutenant du pays de Perth II 
vivoit encore en 1728. Jean fon fils, qu'il avoit eu -de 
Henriette, feeur d'Edouard Villiers , comte de Jerfey., 
étoit en 1720 premier écuyer des princefles royales ^ 

Tome IIL O ij 



C A 




îo 

& fût créé en 172$ chevalier du bain. AnnahdU , fille 
de Henri Grey , duc de Kent , morte le % mars 1717 , 
lui donna un fils & une fille , pendant qu'il étoit am- 
baffacleur extraordinaire en Danemarck. Le fils mourut 
le iz mai 1717 à l'âge de fix ans. * Supplément fran- 
çais de Bafie. On parle de la famille des Campbel dans 
les délices de la grande Bretagne & de l'Irlande , fur- 
tout dans les tomes VI & VII, au lieu de Campbel on 
écrit dans ce livre Campbells. 

CAMPDEN , bourg d'Angleterre , dans la contrée 
du comté de Glocefter appellée Kiftgate : le comte de 
Gainsboroug vicomte de Campden , y fait fa refidence. 

* Dicl. Ane. n y . , , 

CAMPEGGI , famille illuftre , & très-confiderée en 
Italie depuis plufieurs fiécles. Symphonen Champier 
dit en dédiant fon ouvrage demonarchaGallorum,** 
cardinal Laurent Campége , que cette famille etort ori- 
ginaire de France , par Chrétien Campege , qui etoit de 
Dauphiné , & eut douze enfans , dont deux Suivirent 
à Naples Charles de France frère du roi Louis. Laine 
des deux s'établit à Tortofe , & forma la branche des 
Campéges de Pavie : fon frère nomme Jean, relta ]uf- 
qu'à fa mort à Bologne , & y fit une branche particu- 
lière , dont étoit le cardinal Laurent. Ugolin Cam- 
peegi fut choifi par ceux de Pife pour être leur gêne- 
rai -un defes defeendans nommé BartHELEMI Cam- 
peegi , fe rendit célèbre par fa probité & par fa doc- 
îrine : il vivoitfurla fin du XIV fiécle , & ils exila vo- 
lontairement de fa patrie pour n'être pas oblige de fui- 
vrele parti des Guelphes ; mais le temps de fon exil ne 
lui fut pas inutile , car il l'employa à l'étude du droit 
civil & canonique , & y fit un très-grand progrès. Son 
fils JEAN Campeggi , fut encore plus verfe que^ lui 
dans cette feience , qu'il enfeigna avec beaucoup de répu- 
tation à PadpueÔc ailleurs. 11 alaifle divers ouvrages , 
ôtentr'autres Concilia. Tractatus de ftatutis. De immu- 
nitate. De dote , &c. Ce favant homme eut divers en- 
fans , & entr'autres le cardinal LAURENT Campeggi: 
ce deniier s'étoit marié avant que de fe faire eccléfiaf- 
tique & avoit époufé Françoift Guaftavilam , dont il 
eut trois fils & deux filles , 1. Alexandre , cardinal ; 
2. RODOLPHE , qui fut général des Vénitiens; yJean- 
Bapdftt , évêque de Majorque , l'un des plus dodes 

prélats de fon fiécle ; 4- Loui f e > femme de Ca f llh 
Fantuccio de Boulogne ; 5. Eleonore, mariée a Alfonfe. 
Alexandre eut pour maîtres les plus favans hommes de 
fon fiécle , comme Lazare Bonamici , Pierre Bourrha- 
no , & Antoine Bernardi , qui fut depuis évêque de 
Caferte. Le pape Paul III le fit clerc de la chambre , 
lui donna d'autres emplois, & en 1541 Féleva fur le 
fiége épifcopal de l'églife de Boulogne fa patrie. Le 
concile de Trente ayant été transféré en cette ville , les 
prélats s'aflemblerent chez Alexandre & Jean-Baptifte 
Campeggi , & on y remarqua cinq prélats de cette fa- 
mille , proches parens du cardinal Laurent , favoir , 
Thomas & Marc-Antoine fes frères , l'un évêque de 
Feltri , &t l'autre de GroiTeto ; Jean évêque de Parento 
fon neveu , fils d'Antoine-Marie , fon frère ; & fes fils 
Jean-Baptifte, évêque de Majorque , qui prononça au 
concile de Trente une harangue dont le titre eft , de 
tuenda religione , imprimée à Venife en 1 561 , /«-4 , 
& Alexandre évêque de Boulogne. Ce dernier fut-aufli 
vice-légat à Avignon , où il fit échouer les defleins des 
huguenots , qui cherchoient à fe jetter fur les terres de 
l'églife. Il fut fait cardinal par le pape Jules III au mois 
de novembre 1 55 1 , & il mourut trois ans après , le 
25 feptembre 1554, âgé de quarante-huit ans. Dans 
le XVII fiécle , le comte Rodolphe Campeggi s'eft 
acquis beaucoup de réputation , non feulement par la 
connoiffance qu'il aVoit du droit , mais encore par fes 
poëfies. Il mourut le 28 juin 1614, & nous avons de 
lui deux tomes de poéfies ; un poème intitulé , le la- 
crime di Maria virgine , & Vltalia confolata , qui eft 
un épithalame qu'il fit 'en 1610 , pour le mariage de 
madame Chriftine de France avec Victor Amedée ? 



C-A 

duc deSavoye. Thomas Campeggi, évêque de Fel- 
tri , fils de Thomas Campeggi, qui accompagna fon 
frère en diverfes légations , & fut chargé avec lui par 
LéonX, du gouvernement des villes de Parme & de 
Plaifance , lui fuccéda dans l'évêché de Feltri , & fut 
envoyé par Paul III , en qualité de nonce , à la confé- 
rence tenue à Wormes en 1540. Il fut un des trois 
premiers évêques qui fe trouvèrent à l'ouverture du 
concile de Trente en 1545, & y afïïfta auxfeffions 
tenues fous le pontificat de Paul III. Il mourut à Rome 
le ■ 1 janvier 1564, âgé de foixante-quatre ans. Il a 
compofé plufieurs petits traités fur divers points de 
police eccléfiaftique ; le plus confidérable & le plus 
rare eft celui de V autorité des faims conciles , dédié au 
pape Pie IV, & imprimé à Venife en 1561. Il y en a 
encore d'autres imprimés au môme lieu en 1555, fa- 
voir , de l'autorité & de la puiûance du pape , des de- 
voirs des princes chrétiens , des. biens temporels des 
eccléfiaftiques , de la pluralité des bénéfices , de la fx- 
monie , des annates , des réferves , des penfions fur les 
bénéfices , des cas réferves , des exemptions , de l'ob- 
fervation des fêtes ' fi un évêque confacré par des fchif- 
matiques , eft vraiment, évêque , & diverfes queftions 
fur le mariage. Il y a encore un traité de lui fur le céli- 
bat des prêtres , imprimé à Venife en 1 5 54. Il traite les 
matières brièvement rk fuccintement , mais avec beau- 
coup de méthode &: de clarté. Il juge allez fainement 
& avec moins de prévention que la plupart des cano- 
niftes ultramontains. Il favoit bien le droit canonique , 
mais il avoit encore des principes de théologie. * M. Du 
pin , biblioth. des auteurs eccléfiaftiques , XVI fiécle 
Un autre Camill© Campeggi , théologien de l'ordre 
de S. Dominique , fut fort eftimé dans le concile dé 
Trente, ScpaiTa pour un grand prédicateur. Ce dernier 
étoit de Pavie. 

CAMPEGGI ( Laurent ) cardinal , perfonnage re- 
commandable par fa vertu & par fa feience, vivoit dans 
le XVI fiécle. Il étoit de Boulogne, fils de Jean Cam- 
peggi , favant jurifconfulte , & fut lui-même profefteur 
en droit à Padoue. Après la mort de fa femme , s'étant 
fait eccléfiaftique , il eut des emplois confidérables , ÔC 
contribua beaucoup à la réduction de la ville de Bou- 
logne. Jules II lui donna un office d'auditeur de Rote , 
le nomma à l'évêché de Feltri , & enfuite l'envoya 
nonce en Allemagne & à Milan. Léon X lui confia 
& à Thomas Campeggi fon frère , le gouvernement 
des villes de Parme & de Plaifance, & le renvoya 
nonce en Allemagne. Il le créa cardinal le premier juil- 
let 1517 , fous le titre de S. Thomas, qu'il changea 
depuis pour celui de fainte Marie de de-là le Tibre, & 
pour les évêchés d'Albe, de Paleftrine & de Sabine. II 
revint à Rome au mois de janvier 1518 , & l'année 
d'après on l'envoya légat en Angleterre , pour y lever 
les décimes contre les Turcs. Cette commiifion ne lui 
réuffit pas ; il obtint feulement l'évêché de Salisburi 
pour lui l'an 1524, Sous le pontificat du pape Clé- 
ment VII , il fut envoyé légat en Allemagne pour s'op- 
pofer aux luthériens , Se il fit des ordonnances pour la 
réforme des moeurs. En 1518 il fut auffi envoyé légat 
en Angleterre pour être juge du divorce de Henri VIII , 
qui vouloit faire déclarer nul fon mariage avec Cathe- 
rine d'Autriche , dans le deflein d'époufer Anne de 
Boulen : il ne conclut pourtant rien , & le pape le rap- 
pella l'année d'après , s'étant réfervé la connoiffance 
de cette affaire. Campeggi revint en 1519 à Rome. 
Il étoit évêque de Boulogne depuis l'an 1513. Il fe 
trouva en cette ville au couronnement de Charles- 
Quint , d'où étant repalTé comme légat en Allemagne, 
il aflîfta à la diète d'Augsbourg. A fon retour le pape 
étant mort , il donna fa voix pour l'éle&ion de Paul III , 
qui le nomma en 1538, pour fe trouver en qualité de 
légat à Vicence , où l'on devoit faire l'ouverture du 
concile ; mais Campeggi mourut à Rome le 1 9 juil- 
let 1 539. Il avoit compofé quelques ouvrages de droit, 
qui n'ont pas été publiés. On a plufieurs de fes lettres , 



CA'M 

qui font importantes pour l'hiftoire de Ton temps , dans 
le recueil intitulé : Epifolanun mifcellanearum ad Fte- 
dericum Naufeam. . , . flngtdarium perfonarum , llbri 
decem , Bafilese 1550, in-folio. * Sigonius , de epifco- 
pis Bonon. Garimbai , /. 1. Onuphre , in chron. San- 
tlerus , do. fchifm. Angl. Surius , in comment. Slei- 
dan , in annal. Ughel., Ital. facr. Sponde , in gnnal. 
ccclef Auberi , hijl. des cardin. Bumaldi, bibl. Bonon. 

CAMPEN , ville des Pays-Bas , dans la province 
d'Over-Iffel , eft fituée fur la rive gauche de l'hTel , 
près de fou embouchure , à cinq lieues de Deventer. 
C'eft une jolie ville , très-bien fi tuée, 6k d'où l'on peut 
inonder la campagne voifine , qui eft très-baffe. Les 
auteurs Latins la nomment Campi. * Sanfon. Ortelius. 

CAMPEN ( Heimeric de ) connu fous le nom 
d'HEiMERicus deCampo, natif de cette ville, vi- 
voit dans le XV fiécle , 6k enfeigna la philofophie à 
Cologne. Depuis il fe trouva au concile de Balle , où 
le cardinal Nicolas de Cufa , homme d'une rare doc- 
trine , conçut beaucoup d'eftime pour lui , 6k lui per- 
suada d'écrire quelques traités. Celui de automate con- 
cilii , fut le plus confidérable. Il s'attacha enfuite à Eu- 
gène IV , & en publia les raifons dans une apologie. 
Lorfqu'il fut de retour dans les Pays-Bas , il enfeigna 
quinze ans la théologie à Louvain , 6k mourut en 1460. 
Outre les ouvrages dont j'ai parlé , il a écrit , Com- 
pendium quœftionum. Super fententïas lib. 4. De ejfc. 
De ejfentia. Compendium divinorum. Quœjliones va- 
rice , &c. * Valere André , biblioth. belg. 

CAMPEN ( Jean ) dit vulgairement Vandtn-Cam- 
pen , natif de la ville de Campen , vivoit au commen- 
cement du XVI fiécle , ck favoit très-bien les langues. 
Il les enfeigna à Louvain. Le pape Léon X le fit venir 
à Rome , où il lui donna un canonicat. Mais Campen 
en revenant dans le Pays-Bas , mourut de pefte à Fri- 
bourg en Brifgaw, l'an 1538. Il laiffa une grammaire 
hébraïque, des paraphrafes fur les pfeaumes , fur l'ec- 
cléfiafte , ckc. Cet auteur eft différent d'un Jean Cam- 
pen , religieux de l'ordre des carmes , qui vivoit en 
1404. Il étoit des Pays-Bas, & il compofa des com- 
mentaires fur les fentences. Qriodlibetorum opus. Sutn- 
niula artium, &c. * Trithéme , de feript. ecclef. Va- 
lere André , bibl. belg. 

CAMPENHOUT ( Philippe van ) né à Vilvorde à 
deux lieues de Bruxelles , profeffa la philofophie , avec 
applaudiffement , 6k fut licencié en théologie à Lou- 
vain. Dans la fuite on le fît chanoine 6k doyen de faint 
Pierre à Lille , 6k il occupa cette place pendant trente 
ans. C'étoit un homme fort éclairé, plein de piété, 
Se rempli d'une prudence peu commune. 11 mourut à 
Lille le 10 de juillet 1698 , âgé de 71 ans. 

CAMPER, ville des Indes, fituée dans rifle de 
Sumatra , près de la ligne , ck à l'entrée du détroit de 
Malaca , du côté de l'orient , eft capitale d'un royaume 
qui porte fon nom , ck. qui a fon roi particulier. * Mati , 
diction, 

CAMPI AN ( Edmond ) de Londres , jéfuite , a 
vécu dans le XVI fiécle. Il étudia à-Oxford; ck depuis 
étant attiré par les anglicans , il fut reçu diacre parmi 
eux. Mais quelque temps après il fit abjuration, vint 
à Douai , où il y avoit un féminaire anglois ; ck étant 
paffé à Rome, il s'y fit jéfuite en 1573. Après fon 
noviciat on l'envoya à Vienne en Autriche , ck de-là 
à Prague , d'où on le rappella à Rome. En 1580 il 
paffa en Angleterre , où il foutint généreufement la 
foi catholique , ck la fcella de fon fang le z8 novem- 
bre 1581, fous le règne d'Elizabeth. Il compofa plu- 
heurs ouvrages , dont les plus confidérables l'ont, une 
hiftoire d'Irlande imprimée in-fol. à Dublin en 1633, 
une chronique univerfelle , ck un petit traité adreffé 
aux unive; fîtes d'Oxford ck de Cambridge , où il rap- 
porte dix raifons pour prouver la vérité orthodoxe. Ce 
petit écrit a été traduit en françois. * Sponde , an. chr. 
1580, n, 11,1581. Ricciohj en la chronique. Pit- 



C À M 109 

feus. Rihadeneira. Les opufcules de ce jéfuite ( Opuf- 
cula , feilicet rationes reddita academicis , orationes , 
epijlolœ , &c. ) ont été imprimés enfemble à Pont-à- 
Mouffon en 1611, à Pife en 1618, à Milan en 1615, 
6k à Anvers en 163 1. Cette dernière édition eft la plus 
ample , 6k la plus correéle. Le père Paul Bombino , 
de la même fociété , a donné l'hiftoire de la vie de fon 
confrère , qui eft fort rare. Elle eft intitulée : Vit a & 
martyrium Edmundi Campiani , martyris Angli efoc'u- 
tate jefu. Nous ne connoiffons pas la première édi- 
tion', mais feulement celle qui parut à Mantoue en 
162.0,^/2-8°. 6k que l'auteur regarde comme préfé- 
rable. 

CAMPIANO , cherche^ COMPIANO. 
CAMPIGNE ouKEMPEN-LAND, contrée des 
Pays-Bas. Elle eft divifée en Campigne Hollandoife ck 
Campigne Liégeoife. La première eft une partie de la 
mairie de Bos-le-Duc en I3rabant, qui ne contient que 
des villages , avec la petite ville d'Eyndoven : l'autre 
eft une partie du diocèfe de Liège , 6k elle comprend le 
comté de Horn, 6k toute la portion de celui de Lootz , 
laquelle eft au feptentrion du Demer , 6k dans laquelle 
on voit les petites villes dePéer , de Hamont , de Brei , 
de Maëfeik , de Beringue ck de Stochen. * Mati , 
diction. 

CAMPIGNY ( Charles ) né à Orléans l'an 1569 j 
fut pourvu , après fes études qu'il fit à Bourges chez 
les jéfuites, d'un canonicat 6k du doyenné de l'églifie 
cathédrale d'Orléans ; mais ayant préféré la vie mo- 
naftique à cette dignité , il fit profeflion chez les cé- 
leftins en 1 589 , à l'âge de vingt ans. Il étoic déjà fu- 
périeur à vingt-fix ans. Quelques années après , fes fupé- 
rieurs lui ayant ordonné de revoir lafomme de la foi 
catholique , écrite en latin par le P. Crelpet de la 
même congrégation , il examina cet ouvrage , le cor- 
rigea , l'augmenta , l'orna d'épîtres préliminaires , 6k 
le fit paroître en cet état à Lyon en 1598 , in-fol„ 
Il paffa depuis par différentes charges de fon ordre , 6k 
en 1606 il fut envoyé à Rome pour quelques affaires 
de fa congrégation , qu'il termina à fon avantage. Eil 
1 6 1 3 on voulut l'élire général ; mais certaines idées 
de réforme qu'il propofa ayant déplu , on le dépofa, 
du provincialât , 6k il y eut une affemblée générale 
convoquée exprès-, dans laquelle on confirma la kn- 
tence de fon exclufion. Campigny rebuté par ce fou- 
levement , 6k chagrin de ne pouvoir pas rétablir dans 
fon ordre cette première régularité , dont il regrétoit la 
perte , entra dans la nouvelle congrégation des béné- 
dictins , dits de S. Maur , 6k il y mourut à Paris dans 
lamaifondes Blancs-Manteaux en 1633. Outre l'édi- 
tion de la fomme du P. Crefpet , on a du P. Campi- 
gny le bréviaire des Céleftins de la congrégation de 
France , rétabli conformément aux vues du concile de 
Trente , à Lyon en 1592.. La vérité du différend qui eft 
entre le père Placidus & le père Melanius- , c'eft-à-dire , 
entre lui-même 6k les autres fupérieurs de la congréga- 
tion des céleftins. Le guidon de la vie fpirituelle , pour 
les pères Céleftins du noviciat de Paris. C'eft un ou- 
vrage fait principalement pour l'inftrucfion des novi- 
ces, à Paris en 161 5 , in- 11. Vanatypoph'dc bénédic- 
tin , à Paris en 161 <f , in-ix. Les docteurs de la fa- 
culté de théologie de Paris ayant cru voir dans cet ou- 
vrage l'ordre de S. Benoît maltraité injurieufement , 
l'ont cenfuré. Enfin on attribue au P. Campigny une 
apologie latine, faite pour lui-même, 6k imprimée en 
1619, z/2-4 . fous ce titre : Apologetica innocentiez 
oppreffee , & reformationis ahtegatee propugnado ; elle 
eft acireffée au pape Paul V , à qui l'auteur donne le 
titre de monarque univerfd de Céglife t 6k paroît im- 
primée à Anvers avec ce titre , par Denys de Montaî- 
gu , abbé de Valferein , 6kc. Si tout ce qui eft rap- 
porté dans cet ouvrage eft vrai , la juftice de la caufe 
du père Campigny eft évidente , èk l'injuftice de 
ceux qui l'ont condamné , manifefte, * Becquet , kifioria 




ÏIO C Â 

vœUftinorUm Gallicœ congregationis , pag. 192. 

CAMPISTRON ( Jean-Galbert ) fecrétaire général 
des galères 6k âes commandemens du duc de Vendô- 
me , chevalier de l'ordre militaire de S. Jacques, corn- 
maildeur de Chimene , 6k marquis de Penango dans 
le Montferrat , étoit homme d'un commerce aimable , 
ck qui a Tu profiter de celui qu'il avoit avec les Mufes. 
Il étoit né à Touloufe en 1656, avec un efprit aifé 
ck naturel , qu'il eut foin d'orner par l'étude des belles- 
lettres , ck par une lecture aflèz profonde des anciens 
auteurs profanes. Il fuivoit toujours le duc de Ven- 
dôme clans les armées , 6k l'amufoit agréablement dans 
fes momens de loifir , de même que les principaux of- 
ficiers , qui Técoutoient comme un oracle , pour tout 
ce qui regardoit le bel efprit 6k la littérature. Il avoit 
aufli l'honneur d'être admis à la cour de madame la 
dauphine , 6k il a paiTé prefque toute fa vie , foit à la 
cour, foit à la guerre , avec tout ce que la France a 
eu de plus confîdéré par les dignités ou par la naif- 
fance. Il s'eft appliqué particulièrement au genre tra- 
gique ; & c'eft la diftion feule qui le rend en ce genre 
inférieur à M. Racine , à qui fes pièces ne cèdent 
point d'ailleurs pour la régularité de conduite. M. Cam- 
piftron a -toujours trop négligé le ftyle de la, poéfie , qui 
fait la perfection des ouvrages en vers. Il manque en- 
core , au jugement des connoifleurs , ces beautés de 
détail , ces expreflions heureufes qui font l'ame de la 
poéfie. Ses tragédies font : Virginie, Arminius , An- 
dronic , Alcibiade , Phocion , Adrien 6k Tiridate ; il 
a fait aufli U Jaloux défabufé , comédie. Ces huit piè- 
ces fe trouvent réunies pour la première fois dans la 
huitième édition du théâtre de l'auteur, faite i/z-ia en 
1715 , à Paris. M. Campiftron a fait encore trois piè- 
ces pour le théâtre de l'opéra , Acis 6k Galatkée , pafto- 
ralc héroïque , en 1687 , Achille , tragédie mife en mu- 
fique en 1688 , Alcide 6k /e triomphe d'Hercule, tra- 
gédie , en mufique en 1693. On a fait neuf éditions de 
fes œuvres dramatiques à Paris pendant fa vie , fans 
compter celles qui ont été faites en Hollande , 6k la 
plupart de fes pièces ont été traduites en des langues 
étrangères, M. de Bonneval a donné en 1750 , une 
nouvelle édition des ouvrages de Campiftron. II y a lieu 
de croire que Campiftron auroit reçu de nouveaux bien- 
faits de M. le duc de Vendôme , fi dans le temps qu'il 
avoit le plus lieu de les efpérer, il n'avoit follicité la 
permiflion de fe retirer à Touloufe fa patrie. Son pro- 
tecteur fit ce qu'il put pour le retenir ; mais Campif- 
tron infifta, 6k il fallut le laifler aller. Il avoit été con- 
firmé mainteneur , lorfqu'en 1694 les jeux floraux 
furent convertis en académie. Il fut capitoul de Tou- 
loufe en 1701 i & il époufa en 17 10 dans cette ville 
mademoifeile de Maiiiban de Cafaubon, fœur de M. de 
Maniban, évêque de Mirepoix , ck depuis archevêque 
de Bourdeaux. Il eft mort d'apoplexie dans la même 
ville le 1 1 mai 1713- Il avoit été reçu à l'académie 
françoife au mois de juin 1701 , à la place de M. Se- 
grais , ck non en 1 7 1 1 , comme il eft dit dans le Par- 
najje français , de M. Titon , in-fol. * Titon , def- 
cript. du Paru, françois , page 133, <£* page 584 de 
V édition in-fol. Éloge de M. Campiftron , par M, Ran- 
chin Lavergne , dans le recueil des jeux floraux de 
1723. Biblioth. françoife , tome 3 , page 46. Nouvel- 
lijîe du Parnafj'e, lettres t8 & %6. Préface de la hui- 
tième édition du théâtre de Campiftron. Chauffepied , 
fuppl. au dicl. de Bayle. 

CAMPISTRON ( Louis ) frère du précédent , fe 
fit jéfuite dès l'âge de quinze ans. Il étoit né à Tou- 
loufe , ck eft mort dams la même ville au mois de 
mars 1733 , dans la foixante-dix-feptiéme année de fon 
âge. Il étoit aufli poète françois ; on peut voir plu- 
fieurs pièces de poéfie qu'il a compofées , dans les re- 
cueils de l'académie des jeux floraux de Touloufe ; 
celles-ci , entr'autres : Y Eloge de l'amitié , le Portrait 
du fagt , une Idylle fur la mer 3 Q de fur le jugement 



C A 



dernier. Il a mis aufli en vers plufieurs penfées de Se-* 
néque , ck a fait une Tragédie dAbfalon , laquelle n'a 
point été imprimée, Feu M. le duc de Vendôme, gé- 
néraliflime de nos armées , avoit tant d'eftime pour ce 
jéfuite , qu'il le retint durant quelque temps auprès de 
fa perfonne , pendant fes campagnes en Italie. Le père 
Campiftron a été aufli regardé comme un orateur di- 
gne d'eftime ; il a profefle pendant plufieurs années 
la rhétorique à Touloufe avec réputation , 6k a prononcé 
plufieurs harangues qui ont été fort applaudies ; nous 
ne connoiflbns de lui que deux oraifons funèbres im- 
primées ; celle du feu roi Louis XIV , ck celle de M. le 
Dauphin. * Foyei M. Titon du Tillet dans lefupplé- 
1 vient de fon Parnaffe françois , 1745 , à Paris , in- 
folioi 

CAMPOBASSE , comte Napolitain , s'étant mis au 
fervice de Charles duc de Bourgogne , fils de Philippe 
le bon , confpira enfuite contre ce prince , 6k le fit aflaf- 
finer au fiége de Nanci en Lorraine l'an 1477. * ^°*" 
mines. Mezerai , au règne de Louis XI. 

CAMPO GABIO , voye l GABIENS, 

CAMPOLI , petite ville épifcopale , dans l'Abruzzc 
ultérieure , aux confins de la Marche d'Ancone , envi- 
ron à deux lieues de Téramo , d'Afcoli , ck du golfe 
de Venife. Cette ville eft compofée de trois parties ,, 
qui font féparées par quelque diftance l'une de l'autre, 
6k qui- portent les noms de Camplo , de Nucella ck de 
Caftronuovo. * Mati, diliion. 

CAMPOLONGO ( ^milius ) de Padoue , pro- 
fefleur en médecine , favoit les langues ck les belles 
lettres, ck s'attacha à l'étude des ouvraçes d'Ariflote 
ck de Galien. Il étoit né en 1550. On le fit piutefleur 
en médecine dans l'unlverfité de Padoue , Fan j 578 , 
ck il continua d'enfeigner jufqu'à fa mort arrivée en 1 604- 
II fut enterré aux Servîtes de la même ville , où l'on 
voit une infeription qu'Annibal Campolongo ion fils , 
jilrifconfulte , y fit élever. Outre des confultations qu'on 
a publiées avec celles des autres médecins d'Italie , 
nous avons de lui , De variolis. De Arthritidc. Tractatus 
de vermibus ; de uteri affcclibus , deque morbis cuta- 
neis. C'eft un recueil de traités fur ces matières , qui 
a été imprimé à Paris en 1634 , in-4 . avec la méde- 
cine-pratique de Fabricius d'Aquapendente. Theorema- 
ta de humana perfeclione , à Padoue en 1573, in-^°. 
Nova cognofeendi morbos methodus , &c. à Wittem- 
berg en 160 1 , in 8°. Methodi médicinales duce. * Man- 
get , biblioth. feriptorum medicorum , in-folio , Lib. 3 , 
pag. z^. Thomafin, elug. vir. illufl. p. 1. 

i^Cr 1 CAMPRA ( André ) maître de la mufique de 
la chapelle du roi , célèbre muficien , étoit né à Aix 
en Provence le 4 décembre 1660. Il vint s'établir à 
Paris vers l'année 1685. Quelques-uns de fes motets 
exécutés dans des églifes ck des concerts particuliers 9 
lui acquirent une grande réputation. On lui donna d'a- 
bord les places de maître de la mufique de l'églife du 
collège des jéfuites , ck celle de la maifon profefle , va- 
cantes par la démiflion de Charpentier , qui eut celle 
de la fainte Chapelle. Enfuite Campra eut la maîtrife 
de la métropole de Paris , où il y avoit toujours un. 
grand concours de monde pour entendre (es motets. 
Mais l'étendue de fon génie fe trouvant trop reflerrée 
dans la compolition des motets , il s'ouvrit une car- 
rière plus vafte , ck compofa des opéra. Il fuivit les 
traces du grand Lulli , ck devint prefque fon égal par 
la variété, les grâces, la beauté ck l'excellence de fa 
mufique. Il débuta par Y Europe galante, opéra ballet 
qui eut un fuccès prodigieux. La réuflite de cet opéra 
encouragea Campra , ck lui fit enfanter de nouvelles 
merveilles. Il compofa la mufique d'un grand nombre 
d'autres , dont on peut voir le détail dans l'auteur cité 
à la fin. Campra a donné au public un recueil de fes 
motets ; ck le fleur le Prince , ordinaire de la mufique 
de la chapelle 6k de la chambre du roi , a été le léga- 
taire de tous fes motets à grand chœur , qu'il a fait exé~ 



C AM 



cutér devant îe roi pendant plus de vingt ans. Ce iriii- 
ficien a encore compofé trois livres de cantates , qui 
font les délices des connoifteurs. Le roi l'avoit gratifié 
d'une penfion , outre Tes appointemens de maître de la 
mufique de la chapelle ; ck lui avoit donné la direction 
des pages de fa mufique. Ce grand & laborieux muficien 
eft mort à Verfailles le 29 juillet 1744 , dans la quatre- 
vingt-quatrième année de fon âge. * M. Titon du Tillet, 
fécond fupplêment au Parnafe françois. 

CAMPREDON , petite ville d'Efpagne , dans la 
Catalogne , aux confins du Roufîillon , entre Girone ck 
Puicerda. Elle eft fortifiée , & on la prend communé- 
ment pour l'ancienne Sebendunum , petite ville des Caf- 
tellans. * Mati , dict. 

^ CAMPS ( François de ) abbé de Notre-Dame de 
Signy, ordre de Cîteaux, diocèfe de Reims, mort à 
Paris le 15 août 172 3, âgé de quatre- vingt-deux ans,étoit 
d'Amiens en Picardie , fils d'un quincaillier de cette 
ville , qui tenoit auffi hôtellerie , ck qui fut employé 
dans la fuite pour ouvrir & fermer une des portes dé 
la ville. Il naquit le 3 1 janvier 1 643 ; ck ayant été 
amené à Paris à Vage de huit à neuf ans , par fa mère 
devenue veuve , il fut placé chez ks dominicains 
du fauxbourg S. Germain pour y fervir les meffes. 
M. Serroni , qui avoit été du même ordre , qui étoit 
alors évêque d'Orange , ck qui demeuroit dans cette 
maifort $ ayant été fait évêque de Mende deux ou trois 
ans après l'entrée du petit de Camps , chez les domi- 
nicains , le prit à fon fervice , ck peu après le plaça en 
qualité de petit clerc chez M. le Moine notaire , où 
M. de Camps demeura cinq où fix ans. M. Serroni 
l'en retira pour le reprendre à fon fervice , en qualité 
de fon fousfecrétaire , ck enfuite il le fit fon fecrétaire 
en chef* Depuis ce temps-là , M. Serroni fe déclarant 
ouvertement fon protecteur , l'envoya à Rome pour 
obtenir un induit du pape qui lui accordât la faculté de 
conférer en commende quatre bénéfices confiftoriaux 
dépendans de l'abbaye de la Chaife-Dieu. Il donna à 
M* de Camps le prieuré de Florac , lui fit avoir peu 
après l'abbaye de S. Marcel , ck quelques autres bé- 
néfices. En 1679 M * Serroni étant parvenu à l'arche- 
vêché d'Alby, engagea le P. Léon Bacoue , évêque 
de Glandève, à demander M. de Camps pour fon 
coadjuteur, ck en 1682 it le fit députer par le fécond 
ordre pour affilier à l'affemblée du clergé de cette an- 
née, èkil y prit la qualité de coadjuteur défigné de 
Glandèye , comme on le voit par les a&es de cette 
affemblée , qui le nomma , à la follicitation de M. d'Al- 
by , pour lire les pièces qu'il falloit examiner dans le 
bureau qui fut établi pour juger fi la conduite qu'avoit 
tenue feu M. l'archevêque de Touloufe , contre feu 
M. Caulet , évêque de Pamiers , étoit canonique. Pour 
rendre cette désignation efficace , M. Serroni fit pro- 
poferM. de Camps au roi par le P. de la Chaife pour 
coadjuteur de Glandève , ck fa majeftê y confentit. 
En 1685 M. l'abbé de Bourlemont , qui avoit été 
nommé à l'évêché de Pamiers , ayant fait fa démiflïon , 
M. Serroni demanda ck obtint cet évéché pour M. de 
Camps au mois de novembre de la même année ; mais 
celui-ci ne put jamais obtenir {es bulles de Rome. On 
peut voir les raifons de ce refus dans les lettres de 
M. Arnauld t en particulier dans le tome VIL Pour le 
dédommager on lui donna l'abbaye de Signy , qu'il a 
gardée jufqu'à fa mort. L'abbé de Camps étoit allez 
verfé dans la conhoifiance des médailles , ck il avoit fait 
une étude particulière de l'hiftoire de France. Dès 
1677 il fe fit connoître par une Difertation fur une 
médaille dAntonin Caracalla , à Paris ; èk comme il 
étoit riche en médailles , il engagea M. Vaillant à pu- 
blier les plus importantes avec des explications ; ce qui 
produifit le livre intitulé : Sele&iora numifmata in cere 
maximi modulï , &c. à Paris en 1693 ^ in-4 . Les ou- 
vrages de M. de Camps fur l'hiftoire de France impri- 
més font : De la garde des rois de France & de fon an- 
cienneté ; Hifoire des filles de là ma'fon de France & 




C A m 1 1 1 

autres prince]} es 9 qui ont été données en mariage à des 
princes hérétiques ou païens ; Dit titre de Très-Chré- 
tien , donné aux rois de France , & aux princes ifus 
de leur fàng par mâles , depuis le baptême de Clovi's I ; 
Repon/eàla réfutation du P. Daniel , jéfuite, contre 
la difertation fur le titre de Très-Chrétien, donné aux 
rois de France ; De la noblefe de la race royale des 
François ; Dbfervations critiques fur la carte géogra- 
phique qui efi au commencement de l'hiftoire de France 
du P. Daniel Jéfuite , imprimée «21696; Que la dignité 
impériale a été attachée à la couronne de France depuis 
Clovis ; que les rois de la première & de la féconde race, 
ont pris le titre ^'Empereur , & qu'il leur a été donné 
par leurs fuj'ets & par les étrangers j Des rois & des prin- 
ces du fangde France qui ont. vu leurs petits-fils & 'ar- 
rière-petits fils ; Difertation fur. les dignités héréditai- 
res attachées aux terres titrées ; Origine des armoiries & 
desfurnoms en France ; Réponfe à la lettre du P. Da- 
niel -, jéfuite , fur le titre de Très-Chrétien, &c. Que 
Robert le Fort n étoit point Saxon d'origine s mais 
prince dufangdes François ; Difertation hiftoriqîie du 
facre& couronnement des rois de France, depuis Pépin 
jufqu'à Louis Je Grand -biclufivement ; Difertation fur 
l'hérédité des grands fiefs ;. Difertation fur les cinq- 
mariages de Robert > furnommé le Pieux , roi de Fran- 
ce ; De la fouveraineûde la couronne de France fur les 
royaumes de Bourgogne iransjurane & d : 'Arles. Toutes 
ces pièces fe trouvent répandues clans les Mercures de 
Pans des-années 1719 , 1710, 17x2 & 1723. M. l'ab- 
bé de Camps en a laiffé un bien plus grand nombre 
manuferites , dont on peut voir la lifté dans la bibliuth. 
des hiftor. de France du P. le Long; & dans la biblioth 
franç.^ tom. 3 , p. ni. * Lettre manuferite touchant 
M. l'abbé de Camps : , du 31 mars 1690. Recueil im- 
primé de pièces f actes , &c. touchant le même. 

CAMPSON-GAURI, fultan d'Egypte, fut élevé à 
cette -dignité par les Mammelucs vers. Tan 1.504 dé 
J. C. ck de l'hégire 910. Il la refufa d'abord, considé- 
rant les "malheurs qui étoient arrivés en peu de temps 
aux fultans d'Egypte, par la fa&ion des plus confidéra^ 
blés de l'état. Mais la fortune , qui l'avoit tiré de Tef- 
clavage-, pour le mettre au nombre dés Mammelucs , 
6k lui faire obtenir les premiers emplois auprès des ful- 
tans , le plaça malgré lui fur le trône. Il gouverna 
avec une prudence admirable ; car ayant fait mourir" 
fans bruit les plus remuans , il calma les troubles du 
royaume , puis envoya des troupes dans les Indes pour 
en châtier lés Portugais , 6k occuper {es fujets par lé 
commerce ;^ mais les Portugais défirent fon armée na- 
vale le 3 février 1509. Campfon fut l'arbitre de l'o- 
rient , & balança la puifiance de deux grands monar- 
ques , Ifmaël, roi de Perfe, 6k Selim, empereur des 
Turcs. Il fut enfin opprimé par ce dernier, 6k trahi par 
un de fes fujets nommé Cayerbei , gouverneur d'Alép 
ck de Comagène ; car Selim feignant de marcher con- 
tre Ifmaël , tourna contre Campfon qui l'attendit avec 
fon armée. Les^armées fe rencontrèrent dans la Coma- 
gène, au même lieu où deux ans auparavant les Turcs 
avoient défait les Pérfes. Cayerbei s'aquittant de la 
promefTe qu'il avoit faite à Selim , fe rangea de fort 
parti. Campfon, âgé de plus de 70 ans, chargé d'em- 
bonpoint , & incommodé d'une hernie , tomba de fort 
cheval, & fut écr-afé l'an 15 16 de J. C. ck de l'hégire 
922. * Leunclavius,/. 17. Paul Jove, /. 17. Baudrier,^"/?» 
des Turcs. 

CAMPUS-MAGNUS ou Grand-Champ, c'eft une 
plaine fort étendue , qui a douze cens ftades de long , 
6k fix-vingts de large. Le Jourdain la 'divife en deux 
parties : elle commence au bourg de Genebath , ck finit 
au lac Afphaltide. La ville de Jéricho eft £âtie au 
milieu du Grand-Champ, Il y a tout auprès une grande, 
montagne qui la commande , ck qui eft fi ftérile , qu'on 
n'y voit ni arbre, ni plante, 6k fi longue, qu'elle 
s'étend du côté du feptentrion , jufqu'au territoire dé 
Scythopolis, 6k du côté du midi jufqu'à Sodome* Si 



iix G Â M 

grande ftérilité eft caufe qu'il ne s'y rencontre aucuns 
habitans. A roppofite-.de cette montagne, & de l'autre 
côté du Jourdain , on voit une autre montagne, qui 
commence à Juliade , vers le feptentrion , & s'étend 
du côté du midi jufqu'à Gomorrhe , où elle confine 
à Petra , qui «toit autrefois la capitale de l'Arabie. ïl 
y a encore le Mont-Serré , qui s'étend jufqu'au terri- 
toire des Moabites. Un auteur moderne écrit dans ion 
voyage de la terre fainte , que cette plaine eft la meil- 
leure du monde, très-fertile en bled; qu'elle eft ter- 
minée à l'orient par les montagnes de l'Arabie , à 1 oc- 
cident parcelles de Judée , au midi par la mer morte, 
& au feptentrion par celle de Tibériade. C'eft dans 
cette belle plaine qu'on recueilloit autrefois des plantes 
£ exquifes , des liqueurs fi précieufes , & des gommes 
d'une odeur incomparable; mais à prêtent elle eft 
prefque toute déferte , & l'on diroit qu'elle fe relient 
encore de la malédidion & des anathêmes dont Jofué 
foudroya Jéricho & fon Grand-Champ. * Jofephe , 
guerre des Juifs, liv. 4, chap. 27. ^ 

CAMPUS-PIORUM , lieu célèbre en Sicile, près 
de Catane, où les deux frères Aphinomus & Ana- 
pus , fauverent fur leurs épaules leur père & leur mère 
des flammes du mont Etna. * Valere Maxime , /. 5 , c. 4. 

CAMUL , ville de la grande Tartane en Afie , fituée 
dans le royaume de Tanju. Sanfon la nomme aufli 
Xamo , & la met près du défert de ce nom ; mais 
M. Witfen la met beaucoup plus vers le couchant. Con- 
fultez mjîoire des Huns , par M. Deguignes , tome I, 
p. 18 1 , & tome 11 , p. vij. 

CAMULE, Camultis , eft le nom d'un dieu du pa- 
ganifme. Ce font les infcriptions de Gruter qui font 
connoître ce dieu. La première, p. 40, 7Z.9, eftAR- 
doine Camulo Jovi, Mercurio , Hercvlï. 
Sous chacun de ces noms eft le dieu qui le porte , & 
fous CamuLO c'eft un Mars avec un bouclier fck une 
pique. Une autre, p. 56, n. 11 , Camulo. Sanc. 
Fortiss. Sac. &c. Cette féconde infcription a été 
trouvée dans le pays des Sabins. Une troihéme , trou- 
vée proche de Clèves , porte Marti Camulo ob 

SALUTEM TïBERI CLAUDI C AES. ClVES REMI TEM- 
plum constituerunt. De tout cela on peut con- 
clure que Cumule eft le dieu Mars , qu'il eft le même 
.que Sangus , & que Camulô étoit le nom que les Sa- 
bins donnoient à Mars. * Gruter. Struvius , antiq. ro- 
man, fyntagma , c. 1 , p. 96. Ifidore, orig. L 2.0, c. 16. 

CAMULOGENE, capitaine général des Parifiens , 
& des autres peuples de leur voifinage , fut choifî pour 
fon expérience , quoique dans une extrême vieilleffe , 
pour s'oppofer aux deffeins de Labienus , lieutenant de 
Céfar, qui s'avançoit avec quatre légions vers Paris, 
Il combattit avec beaucoup de valeur contre les Ro- 
mains , & fut tué à la tête des troupes gauloifes , qui 
donnèrent un combat des plus opiniâtres , ' dont Céfar 
ait .confervé la mémoire dans (as commentaires de la 
guerre des Gaules : ce fut la feptiéme année de cette 
guerre. * Jul. Céfar, liv. 7. 

§ZÊ* CAMUS ( Jean-Pierre ) évêque de Bellei , né 
à Paris l'an 1581. Son favoir ôc fa vertu le rendirent 
digne de l'epifcopat avant l'âge prefcrie par les canons 
pour être élevé à cette dignité. Il n'avoit pas vingt-fix 
ans accomplis , lorfque le roi Henri IV le nomma en 
.1608 à l'évêché de Bellei , qui étoit vacant depuis 
cinq ans. Le pape accorda la difpenfe dont il avoit be- 
foin , & le 31 d'août 1609 il fut facré dans fon églife 
jcathédrale par les mains de S. François de Sales. Il 
remplit tous les devoirs avec une exactitude entière :. 
ïl s'employoit à la converfion des pécheurs & des 
hérétiques .: il inftruifoit lui-même les peuples ; il étoit 
attentif à tous leurs befoins , & toujours en action 
pour les foulager, gouvernant avec une fageffe & une 
droiture qui lui attiraient l'affection des fiens , & l'ef- 
tfime de tout le monde. Comme il étoit fort laborieux , 
& d'une morale très-exacte , la fainéantife & les {en- 
êhnçns relâchés de quelque? religieux irriterentfon zèle, 



C A 



& jamais ïl ne manqua l'occafion de déclamer &c d'é- 
crire contre eux. Le gros ouvrage qu'il compofa & 
qu'il intitula des moines , fait connoître combien il étoit 
touché des défordres que caufoit la morale retâchée 
de ces religieux. 11 ne pouvoit fe calmer ïà-deffus , 
& il n'auroit pas ceffé de leur faire la guerre dans (es 
fermons, comme dans iès écrits , fi le cardinal de Ri- 
chelieu , prefle par les vives follicitations qu'on lui fit 
en leur faveur , n'avoit exigé du prélat qu'il les laiffe- 
roit en repos. Il écrivoit avec une facilité merveilleufe , 
mais il écrivoit trop pour le faire avec exactitude. De 
fon temps on donnoit beaucoup dans les romans. L'é- 
véque de Bellei touché des maux que caufoit une lec- 
ture qui dévelopoit & noîiriffoit les parlions , forma 
le deffein de faire tomber ces dangereux ouvrages , 
mais fans les attaquer directement , pour ne pas ré- 
volter ceux qui étoient prévenus en leur faveur. Pour 
exécuter ce projet , il profita de la manie même que 
l'on avoit pour la fiction j & le goût dépravé des ma- 
lades fut le remède qu'il employa pour les guérir. Il 
compofa plufîeurs hiftoires , qu'il fît rouler fur a des in- 
trigues ingénieufemènt concertées & adroitement con- 
duites. Mais en peignant la galanterie , il employoit 
des couleurs qui en infpiroient du mépris & de l'a- 
verfîon , de forte que les charmes de la fable ne fer- 
vant qu'à rendre fenfibles ceux de la vérité, le lec- 
teur étoit agréablement conduit à quelque chofe de 
folide & d'utile. Les catastrophes qu'il faifoit toujours 
envifager comme la fuite d'une aveugle paflïon , en 
infpiroient du dégoût &t de ï'éloignement. Enfin on 
voyoit les perfonnes défabufées du monde, fe retirer 
volontairement en des monafteres , pour y réparer par 
un dévouement de leur cœur à Dieu , l'injure qu'ils 
lui avoient faite en donnant à la créature un attache- 
ment qu'ils ne dévoient qu'à lui feul. Ces livres pafc 
ferent dans les mains de tout le monde , ils furent lus ,' 
ils furent goûtés ; & le fruit que les lecfeurs en reti- 
rèrent fut de fe convaincre que Dieu étant le fouverain 
bien , tout autre amour que celui dont il eft l'objet , 
ou la fin , eft aufli contraire au bonheur de l'homme 9 
qu'oppofé à toutes les loix de la juftice. 

Quoique l'affiduité avec laquelle M. le Camus s'em- 
ployoit pour la fanctification des peuples ne fît aucune 
diverfion au foin qu'il fe donnoit pour la fienne pro- 
pre , il crût cependant qu'après avoir travaillé pendant 
vingt ans pour le peuple qui étoit particulièrement 
confié à fes foins , il devoit fe mettre dans une fitua- 
tion où il n'auroit qu'à vaquer à l'affaire de fon falut. 
Il fongea à fe donner un fuccefleur qui fût digne de 
l'epifcopat, & il obtint en 1629 , en faveur de Jean 
de Paftelaigne , l'agrément du roi , qui en recevant 
la démiflion de fon évêché , lui donna l'abbaye d'Aul- 
nai , où il fe retira en 1630. Le faint évêque qui ne 
s'étoit point défait de fon zèle en fe défaifant de fora 
flége épifcopal , fe rendit à la proposition que lui fit 
François du Harlai de l'aflocier à fa follicitude pafto- 
rale ; & perfuadé que Dieu , par la bouche de l'arche- 
vêque , demandoit de lui qu'il reprit de nouveau le tra- 
vail , il ne fit aucune difficulté de fe charger une fé- 
conde fois du fardeau de l'epifcopat , en qualité de 
vicaire général de l'archevêque de Rouen. Enfin , il 
prit le parti de fe retirer pour toujours , & il choifit 
les incurables à Paris pour le lieu de fa retraite. Il y i 
mourut le z6 d'avril 1651 dans la 70 e année de fon 
âge, avant que d'avoir reçu les bulles de l'évêché- 
d'Arras auquel le roi l'avoit nommé en 1 6 5 1 . Jean- 
Pierre Camus , Evêque de Bellei , rut un des plus 
faints prélats de l'églife de France ; il avoit beaucoup 
d'efprit dans un corps très-pénitent , le cœur brûlant 
d'amour pour Dieu, & de zèle pour le falut du pro- 
chain. La grandeur ck la piété de ces fentimens fe 
font admirer dans Je grand nombre d'ouvrages qu'il a 
compofés. M. l'abbé le Clerc dit que l'on a de ce grand 
génie , le plus fécond de fon fiécle , un peu plus de 
deux cens volumes ? tous de fon crû ; on n'en compte 

pourtant 



C A 




C A 




pourtant qu'environ cent trente volumes dans les Mé- 
moires de Trévoux, janvier 1728, p. 41. Quoi qu'il 
en foit , je vais efTayer de donner le catalogue de 
ceux qui font venus à ma connoifïance. 

Les Décades historiques, Rouen 1642 , i/2-12. 

Les Diversités , in-S° , Paris 16 14, 1618 , &c. 
ÏO vol. & dès 1609 , Paris, 2 vol. i/2-8 . 

Direction à I'oraiibn mentale, in-11. 16 17. 

Méditations fur le myftere de la naiSTance du Sau- 
veur, i/2-12, 1617. 

Premières homélies eucharistiques , i/2-8 . 161%. 

Premières homélies dominicales , i/2-8 , Paris 1619, 
Rouen 1624, 1629 , i/2-12. 

Premières homélies fefïives, i/z-8°, Paris 161 9, dès 
1616, & à Rouen 1648,^-8°. 

Premières homélies mariales , i/z-8°, 16 19. 

Premières homélies quadragéSîmales , i/z-8° , Paris 
KSif, 161 8, 2 e édition , ck 1647. 

Homélies fpirituelles fur le cantique des cantiques, 
i/2-8 , 1620. 

Homélies fur la paffion de N. S. Paris 16 17, in- 12, 

Premières homélies divérfes, Paris 1619, i/2-8 . 

Mélange d'homélies , in-8° , 1622, 

Dorothée , ou récif de la pitoyable ifïue d'une vo- 
lonté violentée , Paris 1621. 

Agathe à Lucie, lettre pieufe, i/z-12, 1622. 

L'Alexis , en trois parties , i/2-8 , Paris 1622, 3 v. 

Acheminement à la dévotion civile , in- 12, Touloufe 
1625. 

Les événemens Singuliers, i/2-8 , 1628, à Lyon. 

Traité du chef de l'églife , i/z-8° , 1630. 

Traité de la primauté de S. Pierre, Paris 1630, 

L'Hyacinre, hiftoire catalane, i/2-8 , Paris 1627. 

Les Spectacles d'horreur, i/2-8 , Paris 1630. 

Alcime, relation funefte, i/2-12, Paris 1625. 

Spiridion , anachorète de l'Apennin , in- 12 , Paris 
1623. 

Le Directeur défîntéreSTé , i/2-12, Paris 1632. 

Le Directeur fpirituel déSintéreffé félon Pefprit du 
bienheureux S. François de Sales, i/z-12, Rouen 
1634. 

De l'ouvrage des moines , i/z-12, Rouen 1633. 

Delà défappropriation clauStrale , Befançon 1634. 

Le Rabat - joie du triomphe monacal , Lille 1634. 

L'Efprit de S. François de Sales , i/z-8° , Paris 1639 , 
1640', 1641 , 6 vol. 

M. P. D. P. docteur de Sorbonne, a donné un abrégé 
de cet ouvrage imprimé à Paris chez Etienne en 1727, 
& réimprimé en 173 1. C'eft un i/2-8 de près de 700 p. 
-au devant duquel on trouve un abrégé de la vie de 
S, François de Sales , & de celle de M. l'évêque 
de Bellei , dont j'ai extrait ce que j'en ai écrit ci- 
deSTus. 

Metaneu Carpie , ou des fruits de la pénitence , qui 
font l'oraifon , l'aumône & le jeûne, Paris 1620, 
i/z-8°. 

Traité de la pauvreté é vangélique , Befançon 1634, 
i/z-8°. 

Hermiante ou les deux hermites contraires , le reclus 
&: l'inStable, i/2-8 , Rouen 1639. 

Daphnide , ou l'intégrité victorieufe , hiStoire ara- 
gonoife, i/z-12, 1625. 

Le Voyageur inconnu , i/z-8° , 1639. 
• Avoifmement des proteftans vers l'églife romaine , 
i/2-12, Pans 1640, Rouen 1648. M. Richard Si- 
mon a donné en 1703 une nouvelle édition de ce livre , 
avec des remarques. C'eft un i/z-12 intitulé : Moyens 
de réunir les proteftans avec Féglife romaine. 

Inflructions catholiques aux néophytes , i/z-8°, Paris 
1642. 

Considérations hiérarchiques, i/z-8° , 1642, Paris. 

Les fonctions du hiérarque parfait, i/2-8 Q , 1642 , 
Paris. 

La Direction paftorale , în~S° , 1642. 



ï ï 



m Des devoirs du bon pafteur paroiffiaî, Paris 1642 
m-ii. ^ 2 

Les prérogatives du pafroral paroiffiaî , i/2-8 , 1 642. 

PaiSible juffication des devoirs du bon paroimen. 

Eloge de piété a la mémoire de M. Claude Bernard 
dit le bon prêtre, i/2-8 , Paris 1641. 

Le Noviciat clérical , i/2-8 ,1643. 

Spéculations affectives fur les attributs de Dieu , 
2/2-8°, 1642. 

Le Banquet d'Affuere , Paris 1637. 
Révision de l'avis d'un dofteur touchant les devoirs 
du bon paroiffien. 

L'ufage de la pénitence & de la communion, in- a 9 » 

Catéchifmes fpirituels par demandes & par ré- 
ponfes. 

Crayon de l'éternité , Douay 163 1 , i/2-1 2. 

Enfeignemens cathéchiffiques ou explication de la doc- 
trine chrétienne, i/2-8 , Paris 1642, 1644, & en 
1643^ 

Anti-Bafilic , pour réponfe à PAnti-Camus , in-4 
1643. 

L'Antimoine bien préparé , ou défenfe du livre de 
M. de Bellei, intitulé, U Directeur défmténffé , con- 
tre les réponfes de quelques cénobites , par B. C. O. D. 

L'Antimoine , in-S° , 1632. 

Harangué funèbre de Jofias comte de Rantzau , in-4 . 
1650. 

Epîtres théolpgiques fur les matières de la prédesti- 
nation , de la grâce & de la liberté , 2/2-8° , Paris 1652 
2 vol. * 

La fauSTe alarme du côté de la pénitence , Paris 
1645 > ^-12. 

La Mémoire de Daria où fe voit l'idée d'une vie dé- 
votieufe & d'une religieufe morte, Paris, 1624. 
i/2-12. 

Animadverfions fur la préface d'un livre intitulé z 
Défenfe de la vertu 3 Paris , fans nom d'imprimeur 9 
1642 , i/z-8°. 

Les éclairciSTemens de Meliton fur les entretiens cu- 
rieux de Hermodore , à la justification du Directeur dé- 
SintérefTé , par le fieur de Saint- Agathange , nom fous 
lequel le prélat a prétendu fe cacher , 2 vol. i/z-4 , ènt 
1635, ** ans nom de lieu ni d'imprimeur , Lyon , An- 
toine Chard. 1625 , 2 vol. i/2-8 ; c'eft un roman in- 
génieux. 

Les devoirs du bon paroifïïen , Paris 1640, i/2-8 . 

DivertifTement historique , Rouen 1632, i/z-8° ; c'eft 
un recueil de quarante-cinq petites hiStoires qui tendent 
à porter à l'amour de la vertu & à la fuite du vice. 

De l'unité de la hiérarchie , Douay 1634 , in- 16, 

Apologie pour les réguliers , Paris , Pierre Guille- 
mot, 1657, i/2-12. 

I. Jean-Pierre Camus, qui fait le fujet de cet 
article, defeendoit de Nicolas Camus, écuyer fei- 
gneur de Marcilli , capitaine & maire d'Auxone , qui 
eut pour fils PernET , qui Suit. 

II. Pernet Camus , écuyer feigneur de Marcilli , 
fut aufïl maire d'Auxone , & père de Jean , qui fuit. 

III. Jean Camus , baron de Bagnols en Lyonnois , 
feigneur de Châtillon , &c. époufà Antoinette de Vi- 
gnols , dame d'Argini , de Pontcarré , &c. dont il eut 
1. Antoine Camus , feigneur de Rivière ck du Perron , 
duquel défendent les feigneurs de ce nom ; 2. Jean , 
feigneur de Saint-Bonnet , dont font iffus les feigneurs 
de ce nom dans la province de Lyonnois , & dont étoit 
Jean-Pierre Camus , évoque de Bellei , qui a donné 
lieu à cet article; Claude, baron de Bagnols & de 
Châtillpn^.tréforier général des finances à Lyon, dont 
défendent les feigneurs de ce nom , auffi établis dans 
le Lyonnois; & 4. GEOFROI , qui fuit. 

IV. Geofroi Camus, feigneur de Pontcarré cV d* 
Torci , ayant pris le parti de la robe , vint s'ét ib: r à 
Paris , fut reçu maître des requêtes en ï 573 , & fut 
employé en planeurs négociations importantes, Il fut 

Tome III. P 



C A M 



i ï4 

nommé en 1588, par le roi Henri III, a la charge de 
premier préfidènt du parlement de Provence , à la place 
de M. de Forefla, en laquelle il ne put être reçu par 
Jes obftacles que les ligueurs qui étoient maîtres de la 
ville d'Aix , y apportèrent. Le roi Henri IV l'y nomma 
de nouveau en 1596, 'mais il ne put être reçu non 
plus que la première fois pour les mêmes raifons , & 
'mourut confeiller d'état. Il époufa Jeanne Sanguin , fille 
de Jacques, feigneur de Livn , lieutenant des eaux & 
forêts, & de Barbe de Thou, fcéurde Chrijiophe de 
Thou ' premier préfidènt du parlement dé Paris , dont 
il eut Nicolas, qui fuit; Jacques, nommé évêque de 
Séez en 1614, mort en 1650; Nicolas, fecrétaire 
des commandemens des trois princeffes, filles^du roi 
Henri IV , qui furent reine d'Efpagne , reine d'Angle- 
terre , ducheife de Savoye ; Antoinette , féconde jemme 
te Jacques Prévôt , feigneur de Saint-Cyr, maître des 
requêtes ; Marie , alliée à Elle Laifné , feigneur de la 
Marguerie , premier préfidènt du parlement de Dijon, 
puis confeiller d'état ; U Jeanne Camus de Pontcarré , 
coacljutrice 8 Annt de Thou , fa grand-tante , abbeffe 
de S. Antoine des Champs, à laquelle ellefuccéda. 

V. Nicolas Camus, feigneur de Pontcarré, &c. 
mourut fous-doyen du parlement en 1645 , ayant eu 
de MagdeUne de Pincé fa femme, Nicolas II du 
nom , qui fuit ; Jacques , chevalier de Malte ; Pierre , 
prieur de Saint-Trojan , confeiller , aumônier du roi , 
mort en mai 1684 ; Jeanne, mariée à Louis Mori- 
neau , feigneur d'Efure , fecrétaire du roi , mort en no- 
vembre 1679 ; & N. Camus de Pontcarré, religieufe. 

VI. Nicolas Camus , II du nom , feigneur de Pont- 
carré, du Bois-Pincé en Anjou, &c. fut reçu confeil- 
ler au parlement en avril 1636, & mourut en novem- 
bre 1660, ayant eu d'Hélène Halle fa femme, morte 
en novembre 1661, Ni COLAS III. du nom, qui fuit; 
Elie chevalier de Malte , mort le 27 novembre 1709 , 
en fa 62 e année, recominandable par fa charité envers 
les pauvres ; & trois filles qui n'ont point été mariées. 

VII. Nicolas Camus, III du nom, feigneur de Pont- 
carré , &c. reçu confeiller au parlement en mai 166 1 , 
puis confeiller d'honneur en tous les parlemens du 
royaume, mourut le 6 février 1705 , âgé de foixante- 
fix ans. Il époufa Marguerite-Hélène Durand, morte 
le 13 oftobre 1705 , âgée de cinquante- cinq ans, fille 
unique d'Urfin Durand, confeiller au parlement, & 
d'Elisabeth Bouer des Fontaines , dont il eut entr 'autres 
enfans Nicolas-Pierre, qui fuit ; Urfin Camus Du- 
rand de Pontcarré , reçu confeiller au parlement en 
février 1698 , mort fans alliance , le 23 décembre 171 5 , 
en fa 41 e année ; ck J eanne-P Idliberte Camus de Pont- 
carré, mariée le 13 août 1697, à Etienne Bochart , 
feigneur de Sarron , préfidènt en la première chambre 
des enquêtes du parlement, arrière- petit-fils de Jean 
Bochart , feigneur de Champigni, &c. premier préfi- 
dènt du parlement de Paris , morte le premier mai 
1711 , en fa 41 e année, laifïant poftérité. 

VIII. Nicolas-Pierre Camus, feigneur de Pont- 
carré , &c. fut reçu confeiller au parlement en février 
1 688 , maître des requêtes en 169 1 , &a été nommé pre- 
mier préfidènt du parlement de Rouen en août 1703. Il 
époufa l°. en avril 1695, Marie- Anne-Claude- Augufe 
le Boulanger, morte en couches le 27 mars 1702 , fille 
unique d'Augufie-Macé le Boulanger , feigneur de Viar- 
mes, Mafrîiers , &c. maître des requêtes ck préfidènt 
au grand-confeil , & d'Anne de la Foret : 2". en mars 
1703, Marie - Franco ife - Michel 'le de Bragelongne , 
morre en juin 1705 , fille unique de Chrijiophe- François 
de Bragelongne, feigneur d'Enjenvilie , ckc. confeiiler 



C A M 



au parlement , & de Marie Chanlatte : 3 . en février 



1706, Jeanne- Marguerite de Boivin , morte le 3 juin 
171 8, en fa 35 e année, fille de J ean-B aptlfle de Boi- 
vin , feigneur de Bonnetot, premier préfidènt en la 
ciumbre des comptes & cour des aides de Rouen. 11 a 
eu de fon premier mariage , Geofroi-MacÉ , qui 
fuit; (k J ean-B aptift- Elle Camus de Pontcarré ? fei- 



gneur de Viafrhes, Sugi , Belloi, &c. reçu confeiller 
au parlement en février 1721. Du fécond lit font ifiues 
N. & N. filles ; & du troifiéme un fils & quelques 
filles. 

IX. Geofroi-MacÉ Camus, feigneur de Pont- 
carré , Maffliers , Mouflon , Betemont , Quincam- 
poix , &c. a été reçu confeiller au parlement en août 
17 18 , & maître des requêtes en février 1722. Il a 
époufé en février 17 19 Marie- Anne de Jaflaud ; fille 
d'André- Nicolas de Jaflaud , préfidènt en la chambré 
des comptes , & dé Marie- Anne Couftard , dont des 
enfans. 

CAMUS (Antoine le) chevalier, feigneur de Jambe- 
Ville 6V marquis de Maillebois , préfidènt au parlement 
de Paris, étoit fils de Martin le Camus, confeiller 
dans le même parlement, mort en 1564, & petit-fils 
de Charles , doéteur en médecine. On afîure que 
leur famille étoit originaire de Poitou , où elle pofledoit 
la terre delà Borde-Popeliniere. Antoine perdit fon père 
à l'âge de douze ans , & à vingt-deux ans l'an 1 573 , 
fut nommé par le roi Charles IX confeiller au grand- 
confeil. Henri III lui donna la charge de maître des 
requêtes en 1585. Henri IV le fit en 1590 intendant 
de juftice en Normandie , où il fut fait prifonnier par 
le duc de Mayenne , à la prife de Pont-Audemer , ôt 
mis à douze mille livres de rançon , que fa majeflé 
paya. Elle l'honora d'une charge de confeiller en {es 
confeils d'état & privé , & enfuite d'une de préfidènt 
en 1595. Depuis il fervit encore le roi dans le Limo* 
fin , & à fon retour il eut la chargé de préfidènt à mor- 
tier, qu'il exerça depuis 1602 jufqu'ert 16 19 , qu'il 
mourut. Il eut de Marie le Clerc deux fils & trois filles , 
dont il ne refta qu'Anne le Camus , qui fut mariée 
i°.à Claude Pinart , gentilhomme de la chambre du 
roi , premier baron de Valois , & marquis de Com- 
blifi : 2°. à François-Chriflophe de Levis, duc de Dam- 
ville , gouverneur du Limofin , & capitaine de Fon- 
tainebleau, mort en 1661. Elle n'eut point d'enfans de 
ces deux mariages. * Blanchard, hijloife des préjidens 
du parlement de Paris & des maîtres des requêtes. 

CAMUS (Nicolas le ) fecrétaire du roi en 16 17 „ 
puis confeiller d'état en 1620. Il fut recommandable 
par les affaires importantes qu'on lui confia. Il mourut 
en novembre 1648 , âgé de quatre-vingts ans ^ laifïant 
de Marie Colbert fa femme , morte en 1642, fix fils 
& quatre filles, favoir, ï. Nicolas le Camus, qui 
fuit ; 2. Antoine le Camus , feigneur d'Hemeri , qui et 
fait la branche rapportée ci-apres ; 3 . Edouard le Ca- 
mus , confeiller au parlement de Grenoble , puis en 
celui de Paris' , & enfuite procureur général de la cour 
des aides. Il quitta cette charge pour fe faire prêtre , 
& mourut le 24 février 1674, en fa foixante-dixiéme 
année , après avoir donné de fon vivant de grands 
biens aux carmélites du grand couvent où il fut enterré. 
4. Etienne le Camus , maître des comptes à Greno- 
ble , pviis furintendant des bâtimens , mort le 29 juin 
1673 , fans laiffer de poftérité de Magdeléae Colbert , 
laquelle fe remaria à Claude Pellot , premier préfidènt 
du parlement de Rouen, & mourut le 8 juillet 1696, 
âgée de foixante-fix ans; 5 . André-Girard le Camus , con- 
feiller au grand-confeil , puis procureur général de la cour 
des aides, &r confeiller d'état, mort le 15 feptembre 
1698, âgé de quatre-vingt-huit ans, fans enfans de 
Charlotte Melfon fon époufe , célèbre par fon efprit 6c 
par Ces poéfies , morte, le 22 juin 1702 ; voye{ ci-après 
fon article ; 6. Jean le Camus, confeiller au parle- 
ment, puis maître des requêtes ôt intendant de Cham- 
pagne , ( on ignore le nom de ja femme , j mort le 
26 juin 1680 ; 7. Marie le Camus , mariée à Michel 
Particelli , feigneur d'Emeri, furintendant des finances, 
morte le 4 feptembre 1678 ; 8. Catherine le Camus, car- 
mélite au grand couvent de Paris , morte en 1 66Ù ; 
9. Françoife le Camus , mariée à René le Roux , fei- 
gneur du Plefïis-Saint- Antoine , maître des requêtes s 
puis confeiller d'état ? morte le 20 oclobre x68o; Se 



C A 




'ïo. Claude le Camus , première femme de Claude 
Pellot , premier préfident du parlement de Rouen , 
morte le 30 juillet 1668. 

IL Nicolas le Camus fut confeiller au grand con- 
feil, procureur général de la cotir des aides en 163 i , 
puis confeiller d'état en 1632 , ck intendant de l'année 
en Italie Ôk en Languedoc , ck mourut en 1637. Il 
avoit époufé Mark de la Barre , laquelle fe remaria à 
Jacques le Tellier , feigneur de la Chapelle , intendant 
des finances, 6k mourut le 3 feptembre 1661. Il avoit 
eu d'elle Nicolas le Camus qui fuit; Charles le Ca- 
mus , feigneur de Montaudier ck de Puypin , capitaine 
major du régiment de Normandie , gouverneur du fort 
de Meuillon en Provence , où il s'établit , en s'y 
mariant avec Angélique de Pontevez , fille d'Annibal 
de Pontevez , feigneur de Saint-André , dont des en- 
fans ; Etienne le Camus , évéque ck prince de Gre- 
noble, cardinal , dont nous parlons plus bas dans un 
article fiparè ; Andri-Gerard le Camus , maître des 
comptes, mort le 16 feptembre 17 17 , fans pofïérité 
de Marie de Creil fa femme , fille d'Etienne de Creil 
'confeiller au grand confeil , morte le 9 mars 171 8 ; 
Jean le Camus > confeiller de la cour des aides , puis 
maître des requêtes , intendant en Auvergne , ck lieu- 
tenant civil au châtelet de Paris , l'un des plus intègres 
ck des plus habiles magiftrats de fort fiécle , mort le 28 
juillet 1710 , âgé de 73 ans , ayant eu de Marie-Ca^- 
therine du Jardin , morte le 14 juin 17 19 , en fa 70 e 
année , pour fille unique Marie - Catherine le Camus 
première femme de Jean-Emard Nicolaï , marquis de 
• GoufTainville , premier préfident de la Chambre des 
comptes, morte le 11 mai 1696 , âgée de 25 ans ; 
Marie le Camus , morte au berceau ; autre Marie le 
Camus , religieufe à Popaincourt , morte à 84 ans ; 
Magdeléne le Camus , fupérieure du monaftere de 
Popaincourt , morte âgée de 8 2 ans ; ék Apolline le 
Camus, femme de François-Bernard , feigneur deMon- 
tebife , ck inhumée aux Minimes le 19 octobre 1652. 
III. Nicolas le Camus , feigneur de la Grange b 
■Bligni , ôkc. après avoir été confeiller au grand-confeil , 
grand rapporteur ck procureur général de la cour des 
aides , fut pourvu en 1672 de la charge de premier 
préfîdent de la cour des aides , qu'il exerça avec toute 
l'intégrité poffible jufqu'à fa mort arrivée le 12 mars 
171 5 , en fa 90 e année. Il avoif époufé Marie-Geneviève 
Larcher , fille de Michel Larcher , préfident en la cham- 
bre des comptes, morte en février 1686, dont il eut 
Nicolas le Camus j, qui fuit ; François-Germain le 
Camus , marquis de Bligni , d'abord capitaine au régi- 
ment du roi infanterie , puis colonel du régiment de 
Xaintonge , maréchal des camps & armées du roi , 
mort le 9 mars 1728 , qui avoit époufé le 23 février 
17 16 , Bonne de Barillon, fille & Antoine de Barillon, 
maître des requêtes , dont un fils officier aux gardes ; 
Pierre le Camus, prieur de Bere, do&eur de Sorbonne, 
mort le 6 avril 171 5 ; Claude , dit le chevalier le Camus, 
lieutenant de vaifïeau pour le roi , mort au fiége de la 
Scalette en Sicile en 1 676 ; Leon-E tienne le Camus , 
maître des requêtes , mort intendant à Pau le 14 juillet 
17 10 , qui avoit époufé Catherine-Suzanne Aubert , 
dont les enfans font morts ; Marie le Camus , mariée à 
René Bafan , marquis de Flamanville , lieutenant général 
des armées du roi ; Marie ck Therefe mortes relit? ieufes 
à Poifïï, ck Apolline morte religieufe de Sainte-Marie, 
de la rue du bacq. 

IV. Nicolas le Camus , feigneur de la Grange * 
Bligni, ckc. confeiller de la cour des aides, puis maître 
des requêtes, fut recule 7 juillet 1707, en furvivance 
de fon père en la charge de premier préfident de la 
cour des aides ; mais il mourut avant lui le 1 5 avril 
1712 , laiffant de Marie-Elisabeth Langlois fa femme, 
fille de Jacques Langlois , fecrétaire du roi, NlCOLAS 
le Camus , qui fuit ; Jacques-Charles le Camus , bache- 
lier en théologie, mort le 26 feptembre 171 3 ; Robert- 
Jean le Camus , capitaine de dragons , qui a pris depuis 



C A M I15* 

ïe parti de l'églife ; Elisabeth le Camus j mariée aii 
mois de juin 1716 avec . 4 . . . Andrault deLangeron, 
marquis de Maulévrier , lieutenant général des armées 
du roi , commandeur de l'ordre de S. Louis , chevalier 
de la toifon d'or > & ci-devant ambafTadeur en Efpagne ; 
&k deux autres filles , l'une religieufe à l'hôpital de S. Ger- 
vais > 6k l'autre abbeffe de la Ferté-Milon. 

V. Nicolas le Camus , confeiller de la cour des 
aides , a été nommé premier préfident de la même 
cour en février 17 14 > en furvivance de fon grartd-pere, 
dont il a pris poffeflïon le 1 5 mars 171 5 ; 6k le roi lui 
donna le premier avril la charge de commandeur , pré- 
vôt ck grand maître des cérémonies de fes ordres. Il 
s'eft démis de fa charge de premier préfident de la cour 
des aides , au mois d'avril 1746. Il a époufé i° le 14 
mai 17 14 Charlotte- Magdeléne Baugier , fille unique 
à'Edme Baugier , écuyer , feigneur de Voife ck de 
Montrouge, ck $ Hélène de Laiftre , morte le 2 o&obrô 
1722 en fa 27 e année : 2 le 23 décembre de la même 
année Marie-Anne le Maiftre , fille unique de François 
le Maiftre, feigneur de Perfac , ckc. confeiller au Par- 
lement , ck de Marie-Marguerite Boucher , dont Ni- 
colas le Camus , né le 19 décembre 1727 ; ck Ni- 
colas-Louis le Camus , reçu chevalier de Malte , fuivant 
fon bref du 28 mai 1729 , mort en bas âge ;&Anne* 
Geneviève le Camus , âgée de neuf ans, en 1732. 

Branche dès Seigneurs d'Hemeri. 

IL Antoine le Camus , feigneur d'Hemeri , Cour- 
cerm , ckc. fécond fils de Nicolas le Camus, con- 
feiller d'état , fut confeiller au Parlement , premier pré- 
fident aux enquêtes , maître des requêtes , intendant 
en Languedoc , & enfuite de la généralité de Paris, 
préfident en la chambre des comptes , puis contrôleur 
général des financés, ck mourut le 25 janvier 1687, 
âgé de 84 ans , laiffant de Marie-Eliiabeth Feydeau 
fille de Denys Feydeau , feigneur de Brou , morte le 
13 avril 1676 , Denys le Camus , feigneur d'Hemeri , 
préfident de la cour des aides, mort fans alliance le 1 r, 
janvier 1688 ; Andréle Camus, feigneur d'Hemeri, con- 
feiller au parlement > mort auflï fans alliance le premier 
décembre 1695 5 EtienneXe Camus, chanoine régulier 
de fainte Geneviève j N. le Camus , religieufe de l'ab- 
baye de S. Antoine , morte en 173 1 ; & Marie le Ca- 
mus , mariée à Adrian de Hannivel , comte de Menne- 
villette , marquis de Crevecceur , ckc. fecrétaire des 
commandemens de Philippe de France , duc d'Orléans, 
dont étoit fille feue la comtefTe de Tonnerre. 

CAMUS ( Etienne le ) évêque ck prince de Gre- 
noble ck cardinal. Ce prélat naquit à Paris le 24 no- 
vembre 1632. Il prit le bonnet de dodeur dans la fa- 
culté de théologie de Paris le 4 avril 1650. Après avoir 
été aumônier du roi pendant plufieurs années , il fut 
nommé à l'évêché de Grenoble le 6 janvier 1671. Son 
facre fe fit aux chartreux de Paris le 24 août. Il fit fon 
entrée à Grenoble , ck prit pofïeffion de l'évêché le 4 
novembre fuivant. Enfin Innocent *XI, plein d'eftime 
pour fa vertu, le créa cardinal le 2 feptembre 1686 , 
ck lui envoya la calotte. La vie de ce cardinal eut fes 
nuages pendant le féjour qu'il ik à la cour. Il aima le 
monde ck en fut aimé. Cependant il a fouvent dit de- 
puis avec fimplicité , qu'on avoit dit plus de mal de 
lui , quoiqu'il en eût trop fait ; comme il a dit aufîi 
avec humilité , qu'on difoit plus de bien de lui qu'il 
n'en faifoit, ck que c'étoit une efpece de compenfatiom 
Il avoit bien changé de conduite , ck il penfoit très- 
férieufement à une retraite profonde , lorfqu'il apprit 
que le roi ( Louis XIV ) l'avoit nommé à l'évêché de 
Grenoble. A cette nouvelle il déclara qu'il alloit re- 
mercier fa majefié , ck qu'il ne vouloit plus penfer qu'à 
vivre le refle de fes jours dans une pénitence labo- 
neufe. Ses amis informés de fon defTein , convinrent 
avec lui du befoin qu'il avoit de faire pénitence ; mais 
on lui repréfenta avec tant de force , que l'évêché de 
Grenoble pouvoit lui en fournir des moyens aùffi con- 

Tome III, p ij 



IX 6 CAM 

tinuels qu'efficaces, qu'il fe rendit à ces avis. Il fe pré- 
para à fon <âcre par la prière & l'auftérite. Cette fainte 
cérémonie achevée, il ne tarda pas à fe rendre dans 
fon diocèfe , où il commença à donner gratuitement 
aux fujets les plus dignes qu'il put trouver les charges 
de fa uuT.ce , quoiqu'on lui en eût offert vingt mille 
francs. Il fit faire auflï une million , ou il prêcha lui- 
même avec un zèle qui pénétrait les coeurs principa- 
lement lorfqu'il parloir de la néceffité de faire péni- 
tence. Son vifage en feu , fa voix tonnante la force 
avec laquelle il fe frapoit la poitrine , 1 ardeur qu il 
avoit pour fe mortifier lui-même , faifoient la plus vive 
impreifion fur ceux qui l'entendoient. Très - pénitent 
lui-même, il étoit toujours, revêtu d'un rude cdice, ôc 
ne couchoit que "fur la paiiie. Il fe relevoit iouvent .es 
nuits pour prier. Il ne mangeoit que des légumes , 6c 
tefnioit félon la régie de S. Benoit, quoiquil ne fe f ut 
pas aftreint par vœu à ce genre de vie. Il fe levort a 
deux heures du matin, félon la même règle , difoit 
fon bréviaire, lifoit l'écriture fainte , & a cinq heures 
il alloit lui-même réveiller un domeftique , qui reveil- 
loit enfuite les autres. Il faifoit la prière commune a 
cinq heures & demie , récitolt prime à fix heures , & 
difoit la méfie enfuite. Il fe retirait après dans fon ca- 
binet jufqu'à neuf heures qu'il donnoit audience. Il 
dînoit à onze heures avec tous ceux de fa maifon. Ses 
aumôniers étoient auprès de lui , & à une autre table 
fon maître d'hôtel & les autres domeftiques. Un des 
laquais faifoit la lectore. Le cuifinier ne fervent au prélat 
que des légumes , & la moitié d'un demi-fetier de vin; 
Pautre moitié étoit pour fa collation. On fervoit de a 
viande aux autres. Il fe couchoit à huit heures. M. le 
cardinal d'Eftrées lui ayant fait ordonner par le pape 
Innocent XI de manger du poiffon, il fe fournit , 6c 
continua jufqu'à ce que fes infirmités 1 cuuent oblige 
de manger gras , cinq ans avant fa mort. Tous les ans 
il employoit trois mois à faire la vifite d'une partie de 
fon diocèfe, fans être rebuté par les montagnes qu il 
lui falloit paffier , ni par les autres difficultés des che- 
mins. Il prêchoit dans ces vifites avec le même zèle 
qu'à Grenoble. Il terminent autant qu'il pouvoit les dif- 
férends. Il vifîtoit ainfi cent paroiiTes chaque année ^ 
& en trois ans il les vifîtoit toutes , ck le plus fouyent 
à pied. Il ne fe fervoit d'un cheval que pour les jieux 
les plus éloignés. Il faifoit auflï d'abondantes aumônes, 
outre tout le revenu de fon évêché , dorrt il ne réfer- 
voit rien. 11 a fait imprimer à Grenoble l'édit d^ car- 
dinal Carpegne , vicaire du pape , contre le luxe, des 
femmes ; & ce fut par fon ordre que M. Geneft , 
évêque de Vaifon , compofa l'excellent ouvrage connu 
fous le nom de Théologie morale de Grenoble. On a de 
lui-même une dilTertation imprimée à Grenoble pour 
foutenir la. virginité de la fainte Vierge , contre un 
auteur qui avoit ofé la nier : c'eft un in-ix. On a en- 
core de lui plufieurs lettres à fes curés pour les inftruire 
de la manière dont ils dévoient parler aux proteftans 
& fe conduire envers eux, Se fur d'autres fujets ; & 
un excellent -recueil d'ordonnances fynodales , impri- 
mé à Paris en 1690. On a imprimé huit lettres de 
ce prélat adreflees à M. Antoine Arnaud , docteur de 
Sorbonne , à la fuite du tome IX des lettres de ce 
doctour , imprimé en 1743 , in-ix , ( à Rouen. ) M. le 
Camus a fait un très-grand nombre de fondations , en- 
tr'autres celles de deux féminaires : le premier , dans la 
ville pour les eccléfiaftiques que l'on deftine aux faints 
ordres : le fécond , dans un village proche de Grenoble, 
pour former les jeunes gens qu'on jugeoit propres à 
être élevés pour le clergé. Ce pieux prélat eft mort le 
ix Septembre 1707 ; & ce font les pauvres , qu'il avoit 
tant aimés pendant fa vie, qui furent (es héritiers après 
fa mort. * Abrégé de la vie de M. le Camus , par Am- 
broife Lallouette , prêtre. Vie de M. de Rancé , par 
Marfollier. Mèm. du temps. En 1748 M. le Gras du 
Villard, chanoine de S. André de Grenoble , a fait im- 
primer à Grenoble 7 fous le titre de Laufiinne , un petit 



CAM 



vol. in- il, intitulé : Difcours fur la vie & la mort ds 
M. le cardinal le Camus , évêque & prince de Grenoble , 
accompagné d'une épure à fes diocéfains , qui renf